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Maurice Sachs d'Henri Raczymow

Publié le par Jean-Yves Alt

Comment devient-on un agent de la Gestapo quand on est un écrivain juif et homo ?

En 1944, Maurice Sachs est emprisonné à Hambourg. Il a trente-huit ans et il ne lui reste guère plus d'un an à vivre. L'essentiel de son œuvre est écrit, mais loin encore d'être publié. Arrivé en 1942 dans ce port allemand, comme simple ouvrier (engagé volontaire), il y devient ensuite un agent actif de la Gestapo. C'est pourtant cette même Gestapo qui le jettera en prison quelques mois plus tard. Non pas parce qu'il était juif (un bon motif) ni même homosexuel (un autre bon motif), mais parce que Sachs, aventurier par excellence, n'aura jamais été capable de servir sérieusement un autre maître que celui qui présidait aux caprices de son propre destin. Ange du mal par essence, traître et escroc par vocation, amoraliste par philosophie et écrivain par-dessus tout, qui était donc, en définitive, Maurice Sachs ?

Né dans le même milieu social que celui de Marcel Proust (une bonne génération après cependant, et sans la chaude affection maternelle et grand-maternelle qui entourait l'auteur de la Recherche), Maurice Sachs a plutôt tourné comme Jean Genet. A cette différence près qu'il laisse loin derrière lui son proche cadet en « voyoucratie littéraire » dont la vie, par comparaison avec celle de Sachs, apparaît – rétrospectivement – passablement embourgeoisée.

En 1944 donc, sentant venir sa mort prochaine (il rêve pourtant à de grands voyages en Orient, après la guerre) et ayant mis à profit ses longs mois d'incarcération pour achever ses Mémoires, Sachs rédige sa propre notice autobiographique.

Voilà comment il résume sa vie :

« Maurice Sachs est né à Paris en 1906. Sa famille tenait d'un côté à la bourgeoisie du négoce, de l'autre aux lettres et à la musique. Son grand-père qui avait été l'un des soutiens de Jaurès et de Briand, et l'un des douze fondateurs de L'Humanité, était l'ami intime d'Anatole France. Sa grand-mère avait épousé Jacques Bizet, fils du compositeur de Carmen et de madame Bizet-Strauss dont le salon était célèbre, qui protégeait Marcel Proust et dont les saillies d'esprit ont servi à tracer le portrait de la duchesse de Guermantes. Sachs pénètre dans le milieu des arts ; il rencontre Jean Cocteau, s'affide aux jeunes qui l'entourent, monte pour la première fois sur la scène à l'époque des Soirées de Paris du comte de Beaumont. Mais ces milieux sont travaillés par d'autres pensées que celles de la poésie. L'influence de Jacques Maritain s'y fait sentir, Sachs se lie d'amitié avec le philosophe néo-thomiste, s'exalte et entre au séminaire des Carmes, bien sincèrement persuadé de sa vocation pastorale. Mais le service militaire verse une eau froide sur cette fièvre religieuse. Il quitte le séminaire, et se jette dans les folies. Passe en Amérique, s'y débrouille au mieux, y reste quatre ans et revient en France. André Gide l'y protège. Il commence à publier et sa vie, dès lors, aurait pu prendre un tour plus sérieux si Sachs n'avait eu un caractère indisciplinable, et si la guerre, enfin, qui rompt les résolutions les meilleures, n'était venue à la traverser. Sachs, contraint par des revers de famille, de gagner sa vie dès l'âge de dix-sept ans, et ne sachant rien faire, s'est livré, sans calcul et sans prudence, à cette grande Aventure amorale qui tente ceux qui se sentent propres à tous les états, et ne peuvent se consacrer à aucun. Il s'est abandonné à cette existence d'intrigues et d'enthousiasmes, de farces et de malheurs, d'expédients et de plaisirs, qui l'a porté de pays en pays et de métier en métier. Journaliste, comédien, religieux, fonctionnaire, commis chevalier d'industrie, marchand, critique, agent secret, ouvrier d'usine, conférencier célèbre aux Etats-Unis, puis mendiant obscur, il s'enivrait d'alcools et de rêve avec Nietzsche dans une poche et Casanova dans l'autre. Homme des villes et des campagnes, reçu dans bien des salons, adulé dans bien des milieux, renié par bien d'autres, Sachs a beaucoup vu et beaucoup vécu : mais ce qu'il sait, il l'a payé son prix. La passion des lettres lui est venue très tôt ; il les a cultivées sans cesse malgré les vicissitudes extraordinaires. Mais sa singulière existence explique le mélange de traits intéressants et d'articles inégaux ou hâtifs qu'offrent les écrits de sa jeunesse (...). Moraliste sceptique et pessimiste joyeux, sa philosophie consiste à reconnaître que l'homme si méprisable qu'il soit est toujours digne d'amour et si aimable soit-il peut être encore méprisé... »

Voilà qui est bien écrit et globalement juste après avoir fait la lecture de la très documentée biographie de Maurice Sachs par Henri Raczymow. Bien sûr, il y aurait quelques correctifs, quelques précisions à apporter à cet auto-résumé. Sur sa mort qu'il ne pouvait rédiger et qui permet de voir la part qu'il faut sans cesse faire chez Sachs entre la légende et la réalité. Philippe Monceau, qui avait fricoté avec le Maurice Sachs gestapiste de Hambourg, a publié en 1950, avec l'aide d'André Du Dognon, dans « Le dernier sabbat de Maurice Sachs », son témoignage sur la fin tragique de l'auteur. Voilà comment Henri Raczymow résume les faits, selon la version de Philippe Monceau :

« De nombreux détenus dans la prison de Fuhlsbüttel l'étaient du fait de Sachs. Plus l'issue de la guerre approchait, plus les prisonniers étaient certains de la défaite de l'Allemagne, plus grandissait leur haine à l'égard de Sachs, leur désir d'en tirer vengeance le moment venu. Au printemps 1945, quand ils entendirent tonner les canons anglais aux portes de Hambourg, les Allemands déguerpirent de Fuhlsbüttel. Livrés à eux-mêmes, les détenus, dans chaque chambrée, à l'aide d'une table utilisée comme bélier, défoncèrent les portes et délivrèrent leurs codétenus. Au rez-de-chaussée, les prisonniers des cellules individuelles avaient tous été mitraillés. Sauf l'un d'eux : Sachs. "Ils nous ont laissé Maurice la tante" fut le bruit qui se répandit aussitôt comme une traînée de poudre. Les ex-détenus se précipitèrent dans la cellule de Sachs. Sachs tremblant, apeuré, […] s'était réfugié dans le fond de la cellule [...] Salope, ordure, enculé, ponctuaient les coups qu'il recevait en râlant [...]. Il s'appuyait au mur, son visage amaigri, moite de sueur et de sang, il subissait les injures et les coups avec des gémissements et parfois un cri de douleur. Lorsqu'il allait s'affaisser, une espèce de colosse au crâne tondu l'empoignait et le recollait au mur comme un chiffon. Bientôt, son corps ne fut plus qu'une masse sanglante et informe, une bouillie de chair, d'os et de sang. Et comme on perçut sous les fenêtres les hurlements des chiens bergers allemands abandonnés là, quelqu'un lança : "Y a qu'à leur foutre la tante à bouffer". Ce qui fut fait. Le cadavre de Sachs fut livré aux chiens affamés. »

Autant le dire tout de suite, cette version est entièrement fausse. Version trop belle pour être vraie, comme le montre de manière indiscutable Henri Raczymow dans son livre.

En fait, lorsqu'en 1945, les Anglais arrivent aux portes de Hambourg, les Allemands ont pris la fuite en emmenant leurs prisonniers. C'est au cours de leur longue marche vers la mer du Nord que Maurice Sachs, épuisé et refusant de reprendre la route, a été abattu d'une balle dans la nuque par un SS, le 14 avril 1945 à 11 heures du matin. Pourtant cette légende sera tenace.

Maurice Sachs s'appelait en fait Maurice Ettinghausen. Sachs est le nom de sa mère, Andrée. De son père, Herbert Ettinghausen, Sachs ne sait rien et ne voudra jamais rien se savoir. En 1912, Maurice a alors six ans, son père divorce d'avec sa mère et disparaît à tout jamais de leur vie. Quant à Andrée Sachs, ce n'est guère mieux. Pas très maternelle avec son fils unique, qu'elle l'abandonne bien vite à une nurse anglaise ; elle disparaîtra, complètement elle aussi, de la vie de Maurice lorsqu'il aura seize ans. De sa prime enfance, Maurice, d'habitude si volubile concernant les détails de sa vie, écrit qu'elle « n'intéresse personne ni moi-même » et il ajoute « Tout est gris et uniforme dans mes souvenirs. Dix ans de silence et d'ennui. » Sur cette période on apprend seulement qu'Andrée voulait une fille, et qu'ainsi, pour être aimé de sa mère, en vain, le petit Maurice désirera toujours être une fille, lui aussi. D'ailleurs, dès sa petite enfance, il scandalisera sa nounou en tenant à tout prix à « pisser assis ». C'est au fait que sa mère ne voulait pas de garçon, que Sachs – qui plus tard subira une analyse – attribue sa honte d'exister, le mépris qu'il portera toujours à sa propre personne et aussi son homosexualité.

A dix-sept ans, Maurice Sachs est livré à lui-même. Sa mère, fuyant les créanciers, s'est réfugiée à Londres. Elle reviendra à Paris, seulement dans les années 50, après la mort peu glorieuse de son fils. Celui-ci, commençant à atteindre une certaine notoriété, elle va enfin s'en occuper, via son œuvre posthume et ses droits d'auteur.

Encore adolescent, Maurice Sachs pénètre très rapidement dans le gai Paris de l'entre-deux-guerres. Commence pour lui ce qu'il appellera, pertinemment, la période des « travaux forcés de la frivolité » : le programme de toute sa vie. Ses livres, « Au temps du Bœuf sur le toit » ou « Le Sabbat », témoignent de cette jeunesse orageuse. Cultivé, séduisant, amusant la galerie par ses imitations ou ses propos mondains ou indiscrets, Maurice Sachs n'a aucun mal à s'introduire dans le monde et le demi-monde branché de l'époque. Il inaugure aussi la période des petits boulots et des premières indélicatesses. Celle également des premières dettes, Maurice aime les belles chemises de chez Charvet, les foulards de soie, les vestons bien coupés, les dîners fins.

Par ailleurs, jeune et séduisant, il prend déjà le pli de couvrir ses petits amis de cadeaux. Sachs, qui fréquente aussi les bals homos de l'époque où il lève gouapes et autres gigolos, aura toute sa vie recours aux amours tarifées. Se méprisait-il trop pour penser qu'on puisse l'aimer pour lui-même ? Pourtant, même vers la trentaine, alors qu'il aura monstrueusement engraissé (plus de 100 kg) et perdu une bonne partie de ses cheveux, tout le monde s'accorde encore pour témoigner de l'immense pouvoir de séduction qu'exerçait Maurice Sachs. Constamment, au cours de sa vie, il réussira à mettre dans son lit les garçons qu'il a désirés. Et cela jusqu'à la fin. A preuve cet autre témoignage de Philippe Monceau, rapporté par Henri Raczymow.

La scène se passe à Hambourg au printemps 1943. Sachs, redevenu Maurice Ettinghausen (ça sonnait plus aryen), est introduit par Monceau auprès d'un autre agent français de la Gestapo, le jeune Paul Martel, également homosexuel :

« Ils le rencontrèrent sur l'Alstersee, naviguant lui aussi, en compagnie d'un membre de l'Afrika-korps qu'il tenait par la main. Monceau arrime les deux voiliers et s'embarque avec Sachs dans celui de Martel. Alors, Sachs y va de son inusable numéro de charme, parlant anglais avec Werner, l'ami allemand de Martel. Ils mangent des gâteaux, débouchent deux bouteilles de vin d'Alsace. Et Monceau et Martel d'en venir à l'objet de cette rencontre : ce qu'on peut faire de Maurice Ettinghausen. L'avis de Martel tombe sans attendre : les services de la Gestapo. Il fera aussitôt une lettre à l'attention de Christian Mathisen, Oberkriminalsekretär, qu'il remettra à Sachs. A l'issue de cet après-midi entre hommes, Paul Martel fera cette confidence à Philippe Monceau : "Vois-tu Philippe, moi qui n'ai que de beaux garçons, je ne pourrais, s'il me le demandait, refuser de coucher avec lui." »

Très rapidement, Paul Martel deviendra l'amant de Maurice Sachs. Ce qui ne l'empêchera pas, quelques mois plus tard, de dénoncer le laxisme et le double jeu de Sachs, avec lequel il est chargé d'infiltrer les milieux français de Hambourg, à leurs supérieurs de la Gestapo. D'où l'emprisonnement de ce dernier, et sa mort. Comme quoi, d'une manière ou d'une autre, en amour, Sachs aura toujours payé.

Malgré tout, Sachs connaîtra deux grandes passions. La première avec Henry Wibbels, un jeune et beau Californien qui partagera sa vie entre 1933 et 1937. Et plus tard, en 1941, avec un garçon d'une beauté parfaite, Alcibiade retrouvé : il s'appelle Robert, Bob pour les intimes. L'un et l'autre des amants de Sachs, que celui-ci entretiendra totalement, magouillant et volant pour cela, le quitteront tour à tour, lassés.

Outre les amours, la vie de Sachs sera traversée par de solides amitiés. Solides amitiés qui elles aussi tourneront mal. Au commencement il y eut Cocteau, prince du verbe. Maurice a dix-sept ans lorsqu'il rencontre le poète. C'est un Cocteau de trente-cinq ans, fumeur d'opium et veuve inconsolable de Radiguet qui lui ouvre les bras. Dans ces années-là, on verra Sachs aimer, vénérer, idolâtrer Cocteau comme son dieu, son modèle, son maître. C'est d'ailleurs sur les pas de Cocteau, alors ramené à Dieu par Jacques Maritain, que Sachs se fera séminariste et même prêtre. Tout cela le plus sincèrement du monde. Ce qui n'interdira pas à Sachs de profiter d'un séjour de Cocteau à Villefranche, pour déménager les manuscrits et objets d'arts qui se trouvaient dans la chambre du poète, rue d'Anjou, et de les vendre à son profit. Cocteau lui pardonnera.

Ce qu'il pardonnera moins, quelques années plus tard, c'est lorsque Sachs le fera proprement chanter, lui proposant de retirer, moyennant finance, les quelques pages désobligeantes sur lui à paraître dans « Le sabbat ».

C'est pour des raisons identiques, qu'en 1935, Max Jacob mettra fin, définitivement, à la profonde amitié qui le liait depuis dix ans à Maurice Sachs. Max Jacob n'appréciera pas du tout le portrait peu amène que tracera de lui Maurice Sachs. Pourtant, entre le garçon de vingt ans et le poète de cinquante ans, s'était créée, dès 1926, une solide relation : Max Jacob déclarant à qui voulait l'entendre que son cher fils (Maurice Sachs) serait un jour un grand écrivain. Curieux de voir la similitude de destin et la différence des voies suivies par ces deux hommes. Max Jacob, homosexuel tiraillé par sa sensualité, poète subtil, juif converti au catholicisme, homme très pieux, baptisé par Cocteau, finira, lui aussi en 1945, mais pour d'autres raisons, dans un camp nazi.

La biographie d'Henri Raczymow conte aussi, dans le détail, la relation nouée entre Violette Leduc et Maurice Sachs. Une version qui fait pendant avec celle donnée par Violette Leduc dans « La bâtarde ». Cette dernière aima passionnément Maurice Sachs, bien avant de s'éprendre d'amour pour un autre homosexuel maudit, Jean Genet. C'est probablement parce qu'il était excédé par les incessantes pleurnicheries de cette grande amoureuse, avec laquelle il s'était réfugié quelques mois en Normandie, que Maurice Sachs a décidé de partir brusquement pour Hambourg, à la rencontre de son fatal destin.

Après les premiers mois d'euphorie comme ouvrier à Hambourg, Sachs se lassera de sa dure condition de prolétaire et ne verra plus en ses « camarades » qu'un « troupeau de cons ».

C'est alors qu'il demande à Violette Leduc, seule condition pour qu'il puisse retourner en France et résilier son engagement, un certificat de grossesse. Violette obtiendra ce faux document d'un médecin complaisant, mais, après hésitation, le déchirera, écrivant à Sachs qu'elle n'a pu obtenir ledit certificat. A la suite de quoi Sachs quittera l'usine pour la vie plus lucrative d'agent secret.

Au chapitre des amitiés de Maurice Sachs, il faut parler aussi d'André Gide, qui l'introduisit à la NRF, et également de Gaston Gallimard, qui refusa presque tous les manuscrits de Sachs de son vivant mais les publia dans les années 50. Deux hommes que Sachs admirait pour leur droiture morale, principalement. Car, contrairement à ce que l'on pourrait croire et conformément au principe des extrêmes qui s'attirent, Maurice Sachs, toute sa vie, cherchera le contact des personnes morales qu'il admire et auprès desquelles il espère se réformer. Nostalgie de la pureté, de la droiture, des racines aussi chez Sachs, qui enviera ses amis qui vivent en couple, dans l'harmonie, tels Jacques et Raïssa Maritain, Marcellin et Madeleine Castaing, Pierre Fresnay et Yvonne Printemps.

Malgré tous ses efforts, toutes ses tentatives, jamais Maurice Sachs ne parviendra à franchir la frontière qui sépare le mal du bien. Il aura tenté de devenir plus chrétien que Cocteau en se faisant prêtre, plus communiste que Gide (le Gide d'avant le voyage en URSS) en écrivant un éloge de Maurice Thorez (« Maurice Thorez et la victoire du communisme », 1936) ; il voulait être reconnu en tant qu'auteur et ne le sera qu'après sa mort. Cherchant un maître à penser, un statut social, des racines, un ordre moral, il sombrera dans le nazisme. Et là encore, il ne se fixera pas et les nazis le liquideront.

Après la publication du « Sabbat », en 1947, les jugements n'ont pas manqué. Les vrais critiques, tels Robert Kanters, Maurice Nadeau ou Etiemble, sur le strict plan littéraire, y sont allés de leurs éloges. Sur le plan « moral » les avis ont été plutôt contraires. Aragon a crié au scandale contre cette publication, affirmant que Maurice Sachs s'était fait naturaliser Allemand (faux), qu'il avait servi la Gestapo (vrai) et qu'il avait été fusillé par les Alliés (encore faux). Comme quoi les staliniens ne s'embarrassaient pas de la vérité.

Aux jugements sans appel, on peut préférer le témoignage, plus chrétiennement charitable, de Raïssa Maritain qui, tout autant indignée par la lecture du « Sabbat », écrit cependant à un ami :

« Il y a un autre mérite à son crédit, c'est que tout le mal qu'il a fait, il ne l'a pas déguisé en bien par de fausses théories, comme l'ont fait des auteurs renommés et couverts de gloire, mais le mal il l'a appelé mal ; et le bien, s'il n'a pas eu la force de le rechercher réellement, il a du moins aspiré vers lui, il a certainement souffert de ne pouvoir y atteindre. Dieu seul peut savoir le degré de sa responsabilité dans le mal ; pour nous qui connaissons un peu le lourd héritage qu'il a reçu des siens, ne le jugeons pas... »

■ Maurice Sachs d'Henri Raczymow, éditions Gallimard, 1988, ISBN : 2070713768

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Entre les lignes : Valéry Larbaud par Jacques Fréville

Publié le par Jean-Yves Alt

Laissez-moi, s'il vous plaît, ce soir, vous conduire, dans la compagnie de Valéry Larbaud, au vert paradis des amours asexuées.

Larbaud est en effet l'un des auteurs qui, à mon sens, ont le mieux pénétré les cruelles douceurs, les troublantes ambiguïtés des amours arcadiennes à leur naissance ; et ceci concerne aussi bien nombre de vous, cousins, que, cousines, beaucoup des vôtres.Je m'effacerai devant lui. Je lui laisserai souvent la parole. Toute glose excessive serait ici un sacrilège.

Je ne rappellerai d'abord que pour mémoire la délicieuse idylle nouée entre le petit Marquez et Joanny Léniot dans Fermina Marquez. L'ouvrage est connu. C'est même (avec Barnabooth) le seul ouvrage vraiment connu de Larbaud.

Une telle fraîcheur, pourtant, se dégage de ces pages que je ne résiste pas à la tentation de citer quelques lignes, tant elles éveillent de souvenirs chers en des mémoires arcadiennes.

« Le petit Marquez, pour la première fois, regarda Léniot. Et son regard était plein d'étonnement. Il essaya, tristement, de sourire. Alors, Joanny n'hésita plus. Il lui prit la main, se pencha sur lui et l'embrassa. Marquez se débattit, voulut se dégager ; sa fierté se révoltait. Mais il avait trouvé, depuis son entrée au collège, tant de dureté, et tant de cruauté même, que cette marque de tendresse – et venant d'un grand – abolit tout son courage, toute sa farouche résignation à souffrir. Il s'abandonna, mit sa tête contre la poitrine de cet ami, et pleura toutes ses douleurs. Cependant tous deux, enlacés, continuaient à monter, mêlés à la foule des élèves. Léniot cherchait des paroles appropriées ; mais il n'en trouvait pas. Une joie triomphale le possédait (...) Voilà sans doute ce que c'était que « goûter dans le crime une tranquille paix ». Ainsi parle Larbaud. Rien que par touches légères. Jamais il n'appuie, jamais il ne force. Tout est pudeur. Tout est grâce. »

Ouvrons maintenant le recueil des Enfantines :

La première nouvelle, intitulée Rose Lourdin, est le récit d'un amour de collégiennes : celui de la petite Rose, la narratrice, pour une compagne d'école : Rosa Kessler. Tout serait à citer.

Une phrase seulement, une longue phrase gonflée de nostalgies sur quoi s'achève (ou presque) le récit, me servira d'illustration à ce que j'avance :

« Voilà. Mais de l'essentiel je ne vous ai rien dit. Oh, la couleur, le son, la figure de ces vieux jours sans histoire de mon enfance. La voix solitaire de notre cloche, à la fin d'une longue aube où les chants d'oiseaux avaient foisonné ; les acacias en fleurs, dans la cour, toute une nuit au fond de mon sommeil, comme un goût dans la bouche ; l'odeur neuve de ma robe d'uniforme, les dimanches matins, quand je sentais devant moi un grand jour sans leçons, pour ne penser qu'à elle... »

Toutes les Enfantines, du reste, sont parsemées d'impressions arcadiennes, fulgurantes et fugitives comme des éclairs, qui, peut-être, n'arrêtent pas l'attention de M. Joseph Prud'homme (car M. Prud'homme ne s'intéresse jamais qu'aux intrigues dans ce qu'il lit) mais qui, chez vous, cousins, éveillera, j'en suis sûr, de longs émois, de précieuses résonances, et chez vous aussi, cousines.

Regardez Dolly : « elle s'est amourachée d'une de ses camarades d'école, et aujourd'hui elles se sont donnés rendez-vous près de la rivière, là où il y a des pentes gazonnées où l'on s'étend et du haut en bas desquelles on se laisse rouler en riant ».

Même charme délicat, mêmes chastes aperçus (et toujours aussi troublants) dans Rachel Frutiger, dans Devoirs de vacances.

Témoin cette porte ouverte sur des arrière-plans arcadiens, bleutés de brumes à la Vinci, à la fin de Devoirs de vacances :

« Ah, comme, tout à coup, le bonheur vient nous trouver jusque sur le seuil du sommeil : après-demain, dans le tumulte d'un soir de rentrée, sous les lumières rouges, dans la poussière, au tournant d'un corridor, une petite main brune se posera doucement sur notre bras... »

Qui de nous, cousins, qui de vous, cousines, n'a rêvé de la sorte, en tel début d'octobre, en telle veille de rentrée des classes ?

Ici et là, aux images vaporeuses, aux songeries éveillées, viennent se mêler des réflexions, des commentaires égrenés sur un mode léger, avec ce ton feutré dont Larbaud a le secret, comme en se jouant, sans y toucher, sans y paraître. Voici l'une de ces notules, abandonnée à plume courante ; je l'emprunte au recueil Amants, heureux amants :

« Le sexe : une chose ajoutée, un déguisement. Et puis, il y a tous les degrés de l'un à l'autre. »

Ou bien ceci, dans la série de Jaune Bleu Blanc :  

« Essayer de faire croire à son jeune ami qu'un homme de quarante ans est un vieillard. »

Pour qui sait à quel point Valéry Larbaud pesait chacun de ses mots, et le moindre de ses silences, le choix du masculin, ici, est singulièrement révélateur.

Il faut lire également – et toujours dans Jaune Bleu Blanc – l'admirable portrait, esquissé par Larbaud en quelques pages, du gigolo-parisien-type ; c'est un croquis à la pointe sèche, implacable de netteté, mais ouaté, après coup, de flous comme attendris, qui adoucissent l'image et s'attardent sur ses contours. L'ironie reste tendre, un peu complice ; on y sent même percer de secrètes nostalgies. Le dernier mot dit tout (comme souvent chez Larbaud) :

« Il me semble, vraiment, qu'en perdant ce camarade, je me suis éloigné du cœur de Paris. »

Voilà donc, jetées au hasard, sans ordre aucun, quelques images, parmi bien d'autres ; et peut-être pas les meilleures.

Il m'eût fallu copier, il m'eût fallu transcrire ; il m'eût fallu œuvrer en vrai Bénédictin. La place eût manqué ici, et le travail, je le confesse, eût insulté à mon sybaritisme.

Mon seul propos, ce soir, chers cousins et cousines, aura été de vous inciter à ouvrir ces recueils de récits, de nouvelles, tous ces petits livres d'allure anodine. Si j'ai réussi dans mon dessein, je vous aurai permis, me semble-t-il, de retrouver, au gré de vos lectures d'hiver, l'odeur insaisissable et saisissante des printemps évanouis, le goût tenace, le goût fugace des paradis perdus : nos paradis perdus, notre quête éternelle.

Le meilleur de nous-mêmes est sans doute là, dans le souvenir de muettes et sourdes amitiés, nées sous quelque préau d'école, mûries dans la pénombre des dortoirs : de ces amitiés que, maintenant, nous appelons « particulières ».

De telles amitiés, avant que Roger Peyrefitte les nommât et s'en fît l'historien unique, en leur donnant une éternelle jeunesse, Valery Larbaud a été, en quelque sorte, le poète élégiaque, le chantre précurseur. Il a su, mieux que personne, discerner au cœur de l'homme adulte, la secrète nostalgie du paradis perdu ; en le lisant, chers cousins, chères cousines, chacune et chacun d'entre vous la retrouvera, cette nostalgie, cruelle et douce comme une blessure infligée par une main chérie : « Qui chante son mal l'enchante. »

Alors, comme l'a su faire Valery Larbaud dans Aux couleurs de Rome, vous redécouvrirez, par là même, toute la saveur de ce merveilleux vers incantatoire échappé à la plume de Francis Thompson :

« Toi, dont le sexe n'est encore que dans ton âme... »

C'est toute la grâce que vous souhaite en vous quittant,

Votre cousin de Béotie,

Jacques Fréville

Arcadie n°144, décembre 1965

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Entre les lignes : un béotien et deux curés par Jacques Fréville

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans mon village, en Béotie, j'ai un curé que j'aime beaucoup. C'est un bon vieux curé de derrière les fagots, cultivé, indulgent, qui porte la soutane, dit la messe en latin et qui, jadis, a enseigné les collégiens d'une ville proche – précieuse école pour un observateur de qualité – bref, un curé comme on n'en fait plus guère. Il s'appelle Barbeloup, chanoine de son état.

Son vicaire, le pétulant abbé Rigord, porte le pull-over à col roulé, parle argot, boit dans les bistrots, tape sur le ventre de ses paroissiens, sur les fesses de ses paroissiennes, bine la betterave, milite dans les milieux syndicalistes, ne croit apparemment à Dieu ni Diable, et produit à tous vents quelques idées toutes faites sur un peu tout, et notamment sur vous et moi, cousins, qui pratiquons Platon dans son contexte.

Mon jardin voisine celui du presbytère. Il en résulte que, parfois, le soir, sur le serein, nous échangeons quelques légers propos en échenillant nos arbres mitoyens, ou en tondant nos haies communes.

L'an dernier, par un doux crépuscule de septembre – à moins que ce fût en août – alors que, pour me préparer à d'ardentes joutes nocturnes, je caressais d'une main complice la croupe d'un ami de prédilection, dont le galbe a le don de m'exciter, je vis surgir sous mes yeux étonnés, bavant, criant, et, sécateur au poing, s'agitant à la façon d'un lunatique, M. l'abbé Rigord, nouveau Savonarole.

— Cochon ! hurlait-il. N'as-tu pas de honte ?

— Pas l'ombre, dis-je bien poliment. J'aime ce garçon. Il m'aime. Et nous aimons l'amour. Dieu nous a fait ainsi. Répondons à ses vues.

— N'as-tu pas lu, cochon, ce que dit la Genèse, au chapitre XIX, sur les anges de Sodome ?

A ce moment précis, la joue en fleur, l'œil tout pétillant des derniers rayons du soleil mourant, le chanoine Barbeloup s'approcha en riant.

— Vous n'êtes qu'un sot, Rigord, lui lança-t-il. Et c'est à croire que vous n'avez point lu la Bible...

— Alors là, père curé, alors là..., dit Rigord.

Et il se tut, stupide, les deux poings sur les hanches, faisant – comme disait Sorel dans Francion – « le pot à deux anses », la bouche ouverte.

Il en fallait plus pour mettre à quia le curé Barbeloup, homme de ressources. Il sourit, l'œil plissé ; puis, très doucement :

— Si les Sodomites ont été châtiés, c'est simplement, expliqua-t-il, parce qu'ils ont manqué aux lois de l'hospitalité. Lisez le texte. Il est formel. Lot ne demandait rien autre chose que le respect de cette obligation sacrée aux sémites : « Je vous en prie, mes frères, disait-il à ses compatriotes, que seulement vous ne fassiez rien à ces hommes, puisqu'ils ont pénétré dans l'ombre de mon toit ! » (Genèse, XIX, 8.) Et si les Sodomites furent condamnés, ça été simplement parce qu'ils refusaient de respecter la liberté des invités de Lot. Mais, dans votre cas...

Cordial, le bon curé me regardait.

— Je ne sache pas que vous cherchiez à imposer à l'hôte...

— Oh ! pas du tout s'écria mon ami. C'est moi qui ai hâte de...

— Fort bien, fort bien. N'insistez pas.

Rigord ne voulait pas se tenir pour battu.

— La Bible, enchaîna-t-il, est bourrée d'interdits contre ce vice atroce. Rappelez-vous, père curé, le Lévitique, chapitre XVIII, verset 22 : « Avec un mâle tu ne coucheras pas comme on couche avec une femme. C'est une abomination. »

— Soit, répondit le bon chanoine. Mais cette parole se trouve entremêlée dans un salmigondis d'interdictions variées, dont le moins qu'on puisse dire est qu'un grand nombre sont... mettons... désuètes ! N'est-il pas écrit, chapitre XIX : « Vous ne tondrez pas en rond le bord de votre tête, et tu ne supprimeras pas le bord de ta barbe ? » Vous êtes, l'abbé, coiffé, taillé, précisément de la manière, qu'a interdite le Lévitique.

— Cela n'est pas sérieux, reprit Rigord. Vous me citez le chapitre XIX. Laissez-moi citer le chapitre XX : « L'homme qui couche avec un mâle comme on couche avec une femme, tous deux ont fait une abomination... »

— Bien sûr, bien sûr ! Mais vous trouvez ces commandements par des raisons... comment vous dire ?... d'eugénisme, de politique démographique et nataliste. Il s'agissait alors, pour un peuple petit, de protéger la race, de la répandre. On s'attaquait, de reste, aussi bien à l'inceste, et pour les mêmes raisons. Voyez, chapitre XX : « L'homme qui couche avec sa tante, il a découvert la nudité de son oncle ; ils encourent leur péché, ils mourront sans enfants. » Ce qui veut dire que les enfants de cet inceste ne seront pas viables. Et n'y cherchez, surtout pas, de double entente. Un bon Israélite, aux temps bibliques, ne devait pas se marier en famille, crainte qu'en naquissent des fruits dégénérés. Dieu est fort loin de ces préceptes fort humains, et... comment dites-vous, l'abbé, dans votre jargon à la mode ?... Conjoncturels... C'est ça : conjoncturels... Mais revenons plutôt à l'hospitalité, clef du problème. Voyez encore, au Lévitique (XIX, 33), cette loi vraiment divine : « Quand un hôte séjournera chez toi, dans votre pays, vous ne le molesterez pas : comme un indigène d'entre nous sera pour vous l'hôte qui séjourne chez vous, et tu l'aimeras comme toi-même, car vous avez été des hôtes au pays d'Egypte. Je suis Yaveh, votre Dieu ! » Voilà comme parlait le Dieu d'Israël ; et c'est vivement ignorer sa parole que préférer de ridicules tabous de circonstances à cette grande loi du respect dû à l'hospitalité qui faisait le fondement des sociétés sémites.

— Mais, rabâcha l'abbé, tous les vices de la chair...

— Les vices de la chair, dit le bon curé, sont comme poussière aux prix de ce précepte. Rappelez-vous encore Josué, chapitre VI, versets 15 et suivants. Quand les murailles de Jéricho tombent au septième son des trompettes sacrées, une seule femme est sauvée : Rahab, la prostituée. Pourquoi ? Par la raison qu'elle a caché les messagers de Dieu. « Croyez-moi. Si les Sodomites, au lieu de s'acharner à efforcer à toute outrance les visiteurs célestes, leur avaient poliment demandé les grâces de la courtoisie charnelle, de deux choses l'une : ou – comme il est probable – essuyant un refus, ils se fussent contentés de faire l'amour avec des jeunes gens plus accueillants ; ou même – qui sait ? – ils eussent peut-être, d'aventure, pu, par prières, obtenir ce qu'ils n'ont pu avoir par menaces. Dans tous les cas, ils n'auraient pas été brûlés ; car ils n'auraient pas manqué à l'hospitalité ; ce qui eût épargné aux pauvres hommes des siècles suivants bien des contre-sens, bien des contretemps, bien des bûchers... »

Les oiseaux, dans un poirier haut, chantaient gaiement.

L'arche brisée d'un arc-en-ciel mort-né irisait l'horizon de nuances tendres ; et, caressant doucement l'ami qui m'attendait, tout chaud, déjà, des plaisirs proches, il m'était bon de m'attarder à écouter ce prêtre intelligent qui, sans nous l'oser dire, bénissait en secret le commerce de nos cœurs.

L'abbé Rigord, encore un coup, contre-attaqua.

— Quoi, père ! s'insurgeait-il. Oseriez-vous nous dire que Dieu, jamais, n'a condamné en propres termes...

— Pas que je sache, dit M. Barbeloup. Lisez les règles du Deutéronome. Vous y trouvez prescrits le respect du sabbat ; l'interdiction d'adorer les idoles, celles de voler, de tuer, d'être adultère, l'obligation formelle d'honorer père et mère. Mais, de sodomie, pas l'ombre de mot. Et Yahvé, pourtant, édicta ces lois solennellement, une fois pour toutes, sur la montagne, au sein du feu, dans le buisson ardent, sous la nuée des brumes, à voix très haute. Or, dit l'Ecriture, « il n'ajouta rien » (Deutéronome, V, 22). N'était-ce pas, cher ami, le lieu et l'heure, s'il l'eût voulu faire, de s'en bien ouvrir ?

Rigord, une fois encore, essaya de sévir.

— Mais, la prostitution... commença-t-il ?

— Pour la prostitution, murmura M. Barbeloup, je suis d'accord. Elle est condamnée. Soit. Mais encore ? Notez, mon frère, que Dieu ne distingue pas. Il promulgue, en ce même Deutéronome, chapitre XXIII, verset 18, une loi unique : « Il ne faut pas de prostituée sacrée chez les filles d'Israël, ni de prostitué sacré parmi ses fils. » Notez, mon frère, qu'il commence par les dames. Et c'est la prostitution, fût-elle sacrée, qu'il condamnait en bloc. Rien autre chose.

— Mais, risqua encore M. Rigord, si une femme avisée avait su honorer de ses faveurs dernières tous les hommes de Sodome, et que ceux-ci s'y fussent tenus, ne pensez-vous pas, père, que le feu du ciel ne fût pas tombé sur cette ville maudite ? Et ne vaut-il pas mieux, par conséquent, choisir une femme que de choisir... ?

Le père curé coupa l'abbé dans son élan.

— Lot l'a tenté. Il a échoué. Nous le savons. Mais rappelez-vous, frère, au livre des Juges, chapitre XIX, l'étrange aventure arrivée au pèlerin qui, se rendant de Bethléem à Jérusalem, chercha refuge dans le village de Guibéah. Des « vauriens » prétendirent, forçant la porte de son hôte, le connaître en un sens fort proprement biblique. L'hôte fit alors sortir sa fille ; et les vauriens, faute de connaître l'homme qu'il hébergeait, connurent la fille. Ils la pratiquèrent toute la nuit. Au lendemain matin, le papa dépeça cette fille obéissante en douze parties qu'il expédia – aux fins que nul s'en ignorât – vers chacune des douze tribus d'Israël.

— Pourquoi ? demandai-je.

Mon curé sourit.

— Les voies de Dieu, dit-il, nous sont impénétrables...

Impatient, le vicaire lâcha un nouveau « mais ». C'était par trop passer la dose permise. Notre chanoine, d'un geste, le fit taire.

— Permettez-moi, mes chers voisins, dit-il pour nous, de vous citer en vous quittant l'un des versets d'un des plus beaux poèmes bibliques. Il figure au deuxième livre de Samuel, chapitre premier, verset 26. Il a été consacré par David à la mémoire de son ami Jonathan, fils de Saül, dès la nouvelle de sa mort. « Je suis en détresse à cause de toi, mon frère Jonathan ! Tu n'étais très cher, ton amour était pour moi plus merveilleux que l'amour des femmes... »

Ayant ainsi parlé, notre voisin le curé Barbeloup cueillit une fleur, en respira l'odeur, et, s'éloignant :

— plus merveilleux, répéta-t-il.

Déjà, il atteignait le seuil du presbytère. Un dernier coup encore, il se tourna vers nous et, regardant l'ami dressé à mon côté :

— Prostitué, non ? demanda-t-il d'une bouche blagueuse. Mon ami, étonné, eut un geste offensé.

— Parfait, parfait. Libre de consentement ? Aucune violence, nul manque à l'hospitalité, comme à Sodome ?

Je souris. L'ami souriait. Et, d'un seul cri :

— Pour sûr que non ! Bien au contraire !

— Alors, messieurs, nous dit le bon curé, suivez les voies de Dieu, qui sont mal pénétrables.

Et, lentement, dans la nuit tombante, il nous bénit du signe de la croix.

Arcadie n°239, Jacques Fréville, novembre 1973

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Leçons de sagesse : Excursion mythologique par Jacques Fréville

Publié le par Jean-Yves Alt

Chers cousins d'Arcadie,

Il y a déjà quelques années, j'aimais à répéter, à clamer mon indifférence pour la gastronomie, l'œnophilie ; je dévorais alors n'importe quoi d'une dent égale, et j'aimais qu'on le connût : œnophilie, gastronomie, disais-je : vices de vieillards... C'est par la même raison, dans le même esprit, suivant la même démarche que je méprisais alors très cordialement les bibliophiles. Que m'importait le contenant de mes lectures ? Seul, le contenu valait qu'on le dégustât ; et je ne m'en faisais pas faute. Vorace des nourritures terrestres, j'avais alors pour celles de l'esprit (qu'une candide confusion me faisait assimiler aux productions de la plume), une véritable boulimie.

Là-dessus le temps a fait son œuvre, hélas ! Dois-je dire hélas, de reste ? Je n'en suis pas certain. Avec des goûts renouvelés, j'aborde allègrement ma trentaine : le monde, pour moi, se renouvelle ; ses fastes, ses charmes se décantent, se nuancent, et peut-être bien est-ce tant mieux. De cela, je viens de faire une petite expérience aujourd'hui. Voici comme.

J'avais souscrit naguère, un peu machinalement, à l'édition offerte par le « Club du Livre » d'une grande Mythologie sur papier noble, dans la version de M. Mario Meunier, illustrée par Edy Legrand. Quand je dis machinalement, j'écris à la légère : je devrais dire plutôt passionnément. Seulement, entendons-nous : de passion, pour ce livre, à peine en eussé-je une once, dans ce temps-là ; je le jugeai sur quatre épreuves approximatives : c'est pour le représentant que je pris alors flamme, un représentant qui aurait pu (mais où, diable, les prenez-vous, chers éditeurs, ces éphèbes aux familiarités captieuses ?) oui, je l'avoue, qui aurait pu me faire souscrire à un voyage lunaire, martien, voire (qui pis, certes, eût été) à l'édition complète des œuvres de l'illustre Jouhandeau.

Or, la voici maintenant qui m'arrive, cette Mythologie, alors que, de cette négociation bâclée sous l'envoûtement, ne remontait parfois aux frontières de ma mémoire, de plus en plus trouble et troublant, que le souvenir dans un éclair d'une large poitrine brunie, hâlée, dans l'éclatement rayonnant d'une échancrure de chemise (l'été laissait de ces libertés, fût-on l'ambassadeur d'une Maison vénérable), et du moulage étroit d'un blue-jeans agressif.

Faute de mieux donc, j'ai feuilleté en rêvant ce très beau livre fourmillant d'images aimablement hellénistiques, avec ces délices de solitaire que chantèrent bien feu France et feu Barthou.

Ma foi, mes cousins, je n'ai pas perdu mon temps, et, si vous faites comme moi, vous y trouverez mille agréments.

Pour l'instant, je n'ai pas encore achevé le premier volume de ce maître-ouvrage qui en comporte deux ; aussi n'est-ce, à la volée, que d'humbles glanes de tâcheron de la critique, de moissonneur attardé sur l'aire au crépuscule, que je viens de ramasser pour vous, débonnairement, sans me hâter trop.

Le style de ces récits, harmonieusement unis en un faisceau succulent, comme doré, le style dis-je est clair, sec, alerte, crépitant, avec une pointe d'humour et un zeste de nostalgie bref, c'est celui du regretté Mario Meunier.

Permettez-moi de vous en donner deux exemples, avant de conclure mes bavardages.

Dans le chapitre consacré à Zeus :

« Zeus, pourtant, en tant que créateur de tout ce qui est beau, n'aimait pas seulement que la beauté des femmes. Il lui fut donné de découvrir un jour un adolescent d'un attrait merveilleux. Pour garder toujours auprès de lui celui qu'il estimait le plus beau des mortels, il résolut de l'enlever de la terre et d'en faire dans l'Olympe son gracieux échanson. Or, un soir que Ganymède, encore jeune berger, tout en gardant son troupeau sur les pentes herbeuses du mont Ida, était assis sur un rocher et jouait de la flûte, Zeus, transformé en aigle de grand vol, s'abattit soudain derrière lui. Il agrippa ses serres, rendues inoffensives, aux flancs du jouvenceau, piqua son bec en ses cheveux, déploya ses ailes vigoureuses, et enleva ce bel adolescent. Ganymède, dès lors, devint un habitant du ciel. Au lieu de fromage et de lait, il se nourrit, comme les Dieux, de nectar et d'ambroisie, et il obtint ainsi, pour charmer le regard heureux des Immortels, le privilège d'une éternelle jeunesse. »

L'histoire est fameuse, bien sûr ; et les ornemanistes même de la Madeleine de Vézelay la connaissaient, qui en tirèrent le motif d'une corbeille de chapiteau pour le vaisseau majeur de la basilique – à la grande ire de saint Bernard qui, dans une épître bouillante, fulmina contre ces représentations sacrilèges de scènes païennes et de monstruosités « contre nature » dans un asile sacré, ad, sans doute « majorem Dei gloriam » et, plus heureusement, sans le moindre effet.

N'importe, au vrai, que l'histoire soit célèbre : ne trouvez-vous pas, mes cousins, un plaisir nouveau dans cette résurrection du mythe grec par la plume alerte et toujours, et à jamais vivante, de l'incomparable helléniste qu'était Mario Meunier ?

Pour ma part, j'y suis sensible. Et je veux encore, avant de vous quitter un temps (le temps d'un numéro de cette revue, de quelque jardinage pour votre serviteur, et pour vous, cousins, de quelque vacance), oui, je veux, s'il vous plaît, vous rapporter la version que donne le même auteur, dans le même ouvrage, des amours d'Apollon et d'Hyacinthe :

« Fils du roi Amyclos, Hyacinthe était un jeune garçon d'une beauté merveilleuse. Apollon s'en éprit et sut s'en faire aimer. Souvent, sur les bords fleuris de l'Eurotas, ils allaient ensemble s'exercer au lancement du disque. Or, un jour que, suivant leur habitude, ils s'essayaient à ce rude combat, le destin voulut que le disque lancé par Apollon vînt s'abattre sur la tête du malheureux enfant. Le sang jaillit en abondance, et Hyacinthe, mortellement atteint, s'affaissa sur le sol comme une tige morte. Le Dieu pâlit sous ce coup foudroyant. Se jetant à terre, il prit sur son bras gauche cette tête fléchissante, étancha le sang de la blessure et sur elle appliqua, en tant que Dieu de la médecine, des plantes salutaires. Mais l'art est sans vertu quand la blessure est sans remède. Hyacinthe n'était plus. Eperdu de douleur, le jeune Dieu de l'été s'écria : "Tu meurs, ô enfant bien-aimé, et la riante jeunesse a été moissonnée par ma main ! Puisque je ne puis t'accompagner dans la mort, je veux du moins te rendre immortel comme moi." Changé en fleur, tu revivras, tu renaîtras, et refleuriras chaque fois que le printemps détrônera l'hiver. A ces mots d'Apollon, du sang d'Hyacinthe répandu sur le sol s'éleva une fleur qui conserva son nom. »

Ce beau récit, si sobre et dépouillé (mais, cousins, encore un coup, tout le livre vaut une lecture), ce récit m'a rappelé un poème consacré par Rémy Belleau, l'un des sept de la Pléiade, à ce drame mythologique et arcadien. J'y reviendrai, seulement, il se fait tard ; la pluie vient de s'arrêter de tomber sur mon jardin baigné de brume et je veux profiter du reste de demi-jour pour rouler, et si possible tondre mon gazon. la Béotie a ses rites ; il importe que j'y sacrifie.

Donc, mes cousins, bien le bonsoir, et à la prochaine livraison.

Votre cousin de Béotie,

Jacques Fréville

Arcadie n°93, septembre 1961

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Brève histoire des "homosexuels" français (1)

Publié le par Jean-Yves Alt

I - 1580 : le souverain des mignons

La grande mode ? Etre frisé et fraisé.

On voyait les « mignons » tout court, comme Grammont, Bellegarde ou Epernon, les «grands mignons», comme Quélus ou Maugiron et Joyeuse, enfin, «l’archi-mignon». Henri III s’était entouré d’une cour de jeunes hommes, beaux, intrépides et fringants bretteurs, qui défraya la chronique du temps. C’était moins leurs mœurs qu’on leur reprochait que leur penchant dispendieux.

Le bon peuple de Paris accusait son souverain de dilapider l’argent du royaume en parures et dotations pour ses amants «frisés et fraisés». Des libelles injurieux s’échangeaient sous le manteau dans les tavernes de la capitale. Le 4 février 1579, alors qu’il visite la foire Saint-Germain (6e), le roi fait jeter en prison des écoliers déguisés avec d’énormes fraises découpées dans du papier, qui l’ont moqué sur son passage. Et les folies continuent. En 1587, 500.000 écus sont prélevés sur les rentes de la ville pour être engloutis en fêtes, bals et colifichets destinés aux chers mignons. Le Parlement de Paris se fendit d’une remontrance au roi pour lui faire valoir qu’en attendant les pauvres crevaient un peu plus de faim… Deux ans plus tard, le moine Jacques Clément l’assassine et les mignons passent aussitôt à la trappe.

II - Le Grand Siècle des tapioles

Dès le XVIIe siècle, le quartier du Marais abritait le "beau vice". Lecture non expurgée des "Historiettes".

Paris, mai 1610. Henri IV est assassiné par Ravaillac alors que son carrosse, ralenti par la foule, piétine rue de la Ferronnerie (1er), devant l’actuel Banana Café. Ça, tout le monde connaît. Bon. Mais il faisait quoi, là, ce brave Henri IV ? Il allait où ? Ça, ça n’est pas dans les manuels d’histoire. Dommage. Parce que l’anecdote est savoureuse. D’après Tallemant des Réaux, il emmenait l’un de ses fils, Vendôme (prénom César), un bâtard (légitimé) qu’il avait eu avec Gabrielle d’Estrées, chez la belle Angélique Paulet, célèbre courtisane de l’époque, dans l’espoir de faire passer audit César, alors âgé de 16 ans, son «ragoût d’Italie» – comprenez, pour le rendre hétéro. Et donc, grâce – ou faute – à Ravaillac, l’affaire loupera si bien que César de Vendôme fut l’une des plus grandes «tapioles» du Grand Siècle (qui en compta pourtant beaucoup), au point que son hôtel (à l’emplacement actuel de la place Vendôme) fut rebaptisé par les mauvaises langues du temps «l’Hôtel de Sodome» (ça tombait bien, ça rimait).

Gédéon Tallemant (1619-1692), dit Tallemant des Réaux, à qui l’on doit cette précieuse précision sur l’assassinat du Vert-Galant, était issu d’une famille de la haute finance protestante. Il passa sa vie à noircir des cahiers où il croquait les grands de son temps, de préférence avec force détails scabreux, dans une suite de portraits qu’il appelait ses «Historiettes» (ou cliquer sur le livre). La première édition (expurgée!) des «Historiettes» ne vit le jour qu’en… 1834, et fit aussitôt scandale. Pensez ! Louis XIII y était décrit comme un pauvre type sans volonté, jaloux et colérique avec ses… amants, dont le fameux Cinq-Mars. Chez Tallemant, pas d’équivoque: le père de Louis XIV est une tante. A l’écoute de tout ce qui se murmurait dans Paris, Tallemant nous a laissé un portrait sans fard des mœurs du Grand Siècle. Le «beau vice» s’y étale avec une impudeur qui ravale les audaces de la presse trash anglo-saxonne à de la littérature de confessionnal. Boisrobert, vieillissant, se flatte-t-il de s’être «fait mettre deux fois dans le cul par un beau laquais».

Tallemant réfute : «Peu de temps après, il eut besoin d’un lavement. L’apothicaire eut assez de peine à faire entrer ce qu’il fallait dans son cul, tant il était étroit.» Comme Tallemant ne s’intéresse qu’aux gens bien nés, tout cela se passe pour l’essentiel dans le Marais (où habitait alors l’aristocratie). Ça nous rappelle quelque chose. Et quand Tallemant, vieux français oblige, écrit que Louis XIII était d’un naturel «assez gay», on se dit que c’est vraiment arrivé demain.

Sous Louis XIV, le cache-cache avec la police des mœurs

Les adeptes de la vie en plein air fréquentaient assidûment les bosquets des Champs-Elysées. Et pas pour y planter des choux.

C’est au début du XVIIIe siècle qu’on voit s’esquisser, à Paris, une «géographie de l’inversion», avec ses lieux de drague et de sociabilité. Celle-ci existait depuis longtemps, mais ce qui est nouveau, c’est qu’on dispose de documents l’attestant. En 1667, Louis XIV a décidé la création à Paris (dont il se méfie depuis la Fronde) d’une lieutenance générale de police. Le lieutenant général a les pleins pouvoirs pour informer le souverain de ce qui se passe dans la capitale. D’où une armée de mouches (indics) travaillant sous ses ordres et qui forment rapidement une véritable police des mœurs dans la capitale. On sait ainsi, grâce aux innombrables rapports, que les homos de l’époque ont leurs cabarets de prédilection, comme Poirier, rue des Etuves-Saint-Honoré (aujourd’hui rue Sauval, 1er), ou le marchand de vin La Marre, rue de la Harpe (6e). Le Faubourg-Saint-Antoine a lui aussi ses «bars gays» : La Tour d’Argent, Faubourg-Saint-Antoine ; La Croix d’Or, rue de la Roquette, ou le Soleil d’Or, rue de Lappe. De nombreuses guinguettes, aux portes de la capitale, sont également fréquentées des homos. Toutefois, la drague extérieure restait encore la plus courante. Les endroits abondaient, comme sur les quais, aux beaux jours, où des groupes de jeunes gens venaient se baigner nus dans la Seine sous le regard intéressé des adultes.

Mais la plaque tournante de la drague parisienne était assurément le jardin des Tuileries. Et pour consommer, il suffisait de traverser la place Louis XV (actuelle place de la Concorde), pour rejoindre les bosquets du bas des Champs-Elysées. Un siècle plus tard, c’était toujours vrai. L’allée des Veuves, bien connue des lecteurs des «Mystères de Paris», bordée de potagers et de guinguettes louches, n’était pas pour les enfants de chœur. Aujourd’hui, elle s’appelle l’avenue Montaigne.

III - La Gay Pride de Cambacérès

Grâce au duc de Parme, archichancelier de l’Empire, le Code Napoléon reste muet sur le chapitre de l’homosexualité.

Depuis leur construction, cinquante ans plus tôt, par le futur Philippe Egalité, les arcades du Palais-Royal n’ont cessé d’être un rendez-vous mondain, intellectuel et sexuel. Quartier général de la prostitution, l’endroit est aussi abondamment fréquenté des chevaliers de la «manchette». Avec, en prime, sous le Consulat et l’Empire, une attraction proposée gratuitement au bon peuple par le sieur Jean-Jacques Régis de Cambacérès, duc de Parme, archichancelier de l’Empire, altesse sérénissime et grande folle devant l’Eternel. Né en 1753 à Montpellier, fils d’un conseiller à la Cour des Comptes, Cambacérès traversera la Révolution sans perdre la tête. Fin juriste à l’intelligence aiguë, il joue, avec succès, la carte Bonaparte, qui en fait son second consul. Les mœurs du sieur Régis sont déjà connues comme le loup blanc, ce qui inspirera à Talleyrand ce mot splendide, alors qu’il voit un jour passer les trois consuls, Bonaparte, Cambacérès et l’insignifiant Lebrun: «Hic, haec, hoc» (celui-ci, celle-là, ça). Cambacérès emménage alors à l’hôtel d’Elbeuf (démoli en 1838), entre les Tuileries, où réside Bonaparte, et le Palais-Royal. A la belle saison, chaque soir ou presque, l’après-dîner est l’occasion d’un rituel immuable: Cambacérès, en grand apparat (entendez, disparaissant sous les falbalas), part se promener au Palais-Royal, suivi de ses fidèles «secrétaires», à la fonction décorative. Une sorte de Gay Pride avant la lettre et sans les watts. Les provinciaux de passage, ahuris, se poussent du col pour assister à la procession.

Avec l’Empire, Cambacérès est élevé à la dignité d’archichancelier. Il déménage au 56 rue Saint-Dominique, aujourd’hui 246 boulevard Saint-Germain (7e), mais n’en continue pas moins ses processions digestives au Palais-Royal. Sous la Restauration, les caricaturistes s’en donneront à cœur joie pour railler le souvenir de celui qui faisait un peu figure de «première dame» de l’Empire. Mais les homos, reconnaissants, devraient lui élever une statue. Grâce à Cambacérès, en effet, le Code civil, dit Code Napoléon, reste muet sur le chapitre de l’homosexualité (et comme on sait, qui ne dit mot consent), ce qui valut à la France, jusqu’à Pétain, d’avoir une des législations les plus tolérantes du monde.

Article publié dans un cahier parisien du Nouvel Observateur puis repris en partie sur le site de France Culture (auteur : Martin Pénet pour le paragraphe IV - 1919/1939 : Des années vraiment folles) (1)


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(1) Les auteurs des autres parties me sont inconnus.

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