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Recherche pour “ jacques de langlade”

Vivre à travers les autres… par Jacques Almira

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans Tonio Kröger de Thomas Mann comme dans Le sémaphore de Jacques Almira (1), il y a l'idée que le créateur en général, ne peut vivre qu'à travers les autres et non par lui-même.

Dans le roman de Jacques Almira, monsieur Kempf est complètement bloqué depuis son enfance. Il ne peut pas affronter les autres. Son comportement n'est absolument pas normal. Il a une sorte d'incapacité de vivre normalement et ça le pousse peu à peu à une retraite absolue, il ne peut exister que dans la solitude.

Pour lui, au fond, les autres ne sont que des personnages de romans ; il les utilise, décrit leurs passions, leurs amours, puis considère ensuite qu'ils peuvent mourir. C'est ce qu'il dit à la fin à la jeune fille :

« Vous m'avez fait rêver, écrire, mais vous pouvez mourir maintenant, je n'ai plus besoin de vous. »

... et il la tue !


(1) Le sémaphore, Jacques Almira, éditions Gallimard, 1988, ISBN : 2070713040

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Au mont Athos avec Jacques Lacarrière

Publié le par Jean-Yves Alt

Vieux ménages vivant paisiblement dans leur skite, moines amoureux d'un novice au visage d'ange... Jacques Lacarrière, qui dut refuser les avances - parfois rudes - de plusieurs religieux, évoque le sujet de l'homosexualité sur le mont Athos dans son livre "L'Eté grec" (1). Un père à qui il s'ouvrit un jour de cette question lui répondit ainsi :

« L'homosexualité existe au mont Athos. Il ne sert à rien de se voiler la face. Mais il serait tout aussi faux de lui accorder trop d'importance. Elle n'est le fait que d'une minorité et de tous les péchés des moines, ce n'est pas à mon sens le plus grave. C'est un péché de chair - qui viole le vœu de chasteté - mais qui peut être aussi source d'amour. La plus dangereuse des tentations qui guettent le moine, c'est l'orgueil et le doute. Car celles-là rongent et détruisent l'âme. Et c'est l'âme, en ce lieu, que nous voulons retrouver et sauver. »

Jacques Lacarrière

(1) ■ Au mont Athos avec Jacques Lacarrière, Editions Pocket, 2001, ISBN : 2266119818


LIRE aussi de François Augiéras : un extrait de son "Voyage au mont Athos"

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Le monde désert, Pierre Jean Jouve (1927)

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux hommes, une femme et l'amour... « Le Monde désert » : un roman superbe, écrit en 1927, où la passion s'incarne avec intensité.

Février 1911 en Suisse : Jacques, un jeune peintre genevois, partage avec son ami Luc, écrivain, un chalet confortable et serein. Ils font la connaissance de Baladine, une jeune Russe divorcée, d'une très grande beauté. Elle s'attache à Jacques qui attrape une pneumonie en skiant torse nu. Quand un scandale survient à la suite de rapports sexuels entre Jacques et un jeune garçon du voisinage, le retour à Genève s'impose. Baladine choisit de vivre avec Jacques qui la prend aussi pour modèle. Malgré leur liaison, il n'en continue pas moins de fréquenter des garçons mais Baladine n'est pas jalouse. Luc revient auprès d'eux ; il aime Baladine mais elle ne veut pas exclure Jacques. Son désir le plus cher est ainsi exprimé : « Il faut que tous les trois nous soyons un. » Jacques, disparu, est retrouvé mort. La guerre survient. Quatre ans plus tard, Baladine est devenue une "business-woman" et vit seule avec le petit Pierrot, le fils de Jacques. Elle retrouve Luc et accepte de l'épouser. Mais elle disparaît tout de suite après. Luc la recherche mais ce n'est qu'en écrivant cette histoire qu'il la retrouvera, peut-être…

Ce roman de Pierre-Jean Jouve se prête mal à l'exercice réducteur du compte-rendu. Le prix de cet « opéra de chambre à trois personnages » tient en effet tout entier dans l'extraordinaire intelligence de construction du roman comme dans la sobriété et la rigueur de l'écriture.

L'homosexualité de Jacques : l'attention sur ce personnage est constamment tenue en éveil par un récit dont l'austérité et le formalisme ne sont que les élégants repères d'une écriture elliptique.

Qu'il s'agisse de l'homosexualité de Jacques ou de sa fin tragique, de la guerre armée ou de celle, amoureuse, que se livrent, au fil des ans, Luc et Baladine, le non-dit s'impose avec force et exacerbe la dimension mystérieuse et pourtant essentielle des évènements.

Un roman dont le charme envoûtant reste longtemps présent à la mémoire. Un roman plein d'une violence qui n'explose jamais mais cerne ou infuse en permanence. Un roman qui analyse aussi la cruauté et qui laisse une atmosphère de dévastation.

■ Le monde désert, Pierre Jean Jouve (1927), Editions Gallimard, Collection L'Imaginaire, 1993, ISBN : 2070728455

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Confidence et intimité par Jean-Jacques Kihm

Publié le par Jean-Yves Alt

« Deux choses importent dans l'amour et en déterminent la profondeur : d'abord la présence de deux êtres l'un à l'autre, présence plus ou moins totale (qui existe aussi bien dans l'amitié que dans l'amour) – ensuite que l'être aimé occupe la totalité du monde (ceci ne concerne que moi). »

Jean-Jacques Kihm

■ in Journal II, éditions Rougerie, 1983

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Jacques 1er Stuart de Michel Duchein

Publié le par Jean-Yves Alt

S'il ne fut ni le meilleur ni le pire roi d'Angleterre, Jacques Ier Stuart est sans conteste l'un des moins connus en France. La biographie que lui a consacré Michel Duchein nous fait découvrir le monarque mais aussi l'homme, qui n'était pas insensible au charme viril...

Dans l'histoire britannique, il est connu sous les noms de Jacques VI et Jacques Ier : roi d'Ecosse d'abord pendant trente-six ans (c'est Jacques VI) puis roi d'Angleterre pendant vingt-deux ans (c'est Jacques Ier). Ce curieux destin est le fruit d'une généalogie et d'une situation politique très complexes.

Jacques naît en 1566 dans un pays déchiré par d'âpres conflits religieux et féodaux, l'Ecosse, et au sein d'un foyer désuni. Sa mère, la reine Marie Stuart, est forcée d'abdiquer l'année suivante après l'assassinat de son mari. A l'âge d'un an, Jacques est couronné roi d'Ecosse et sans cesse ballotté d'un régent à l'autre. Coups d'Etat, intrigues, trahisons, meurtres forment le lot de ces années troublées durant lesquelles Marie Stuart, réfugiée en Angleterre sous la garde vigilante de la reine Elisabeth Ière, tente en vain de reconquérir le trône.

Dès son adolescence, Jacques montre son attirance pour les beaux garçons. En 1579, il tombe amoureux d'un vague cousin français, Esmée d'Aubigny, «l'incarnation même de l'élégance et de la séduction». En quelques mois, l'arriviste devient l'un des plus importants personnages du royaume d'Ecosse. Il n'est que le premier d'une longue série de favoris qui n'auront pas tous, loin de là, la meilleure influence sur le roi. Il en est ainsi de Patrick Gray, un jeune noble écossais, sinistre agent double mais dont le mérite est d'avoir «la beauté et la perversité d'un Lucifer» ou encore d'Edouard Wotton, un envoyé d'Elisabeth.

Durant toutes ces années où il règne sur l'Ecosse, Jacques n'a qu'une ambition : succéder à la reine d'Angleterre. Les obstacles à son projet s'abattent peu à peu : en 1587, Marie Stuart est décapitée sur ordre d'Elisabeth à la suite d'un obscur complot. Jacques épouse à vingt-trois ans Anne de Danemark qui lui donnera trois enfants : Henri, Elisabeth (l'ancêtre de la famille royale actuelle) et Charles, le futur Charles Ier d'Angleterre. Enfin, en 1603, Jacques VI d'Ecosse devient, à la mort d'Elisabeth, Jacques Ier d'Angleterre et foule pour la première fois le sol de son nouveau royaume. Pendant quelque temps, c'est l'état de grâce. Mais très vite, les problèmes apparaissent. Le Parlement n'entend pas se laisser manipuler par le roi et devient de plus en plus opposant. Circonstance aggravante, les caisses sont dramatiquement vides, ce qui n'empêche d'ailleurs pas Jacques Ier de se livrer à son péché mignon : la générosité.

Ce sont d'abord ses favoris qui en profitent largement. Jacques n'hésite pas à les couvrir de cadeaux et de distinctions, ce qui n'est pas toujours du meilleur effet. Deux hommes marqueront, de manière très différente, son règne. Robert Carr d'abord, un superbe athlète blond que le roi rencontre en 1607. C'est le plus important des amants que Jacques Ier ait jamais eus jusqu'alors. En deux années, il atteint le faîte des honneurs. Mais jouisseur sans ambition, il passera à côté du destin que Jacques lui réserve. C'est George Villiers qui atteindra ce stade suprême de la puissance aux côtés du roi auquel il est présenté en 1614.

Ce jeune noble pauvre mais au «charme irrésistible» (il a alors vingt-deux ans) ne pouvait manquer de séduire le monarque déjà vieillissant.

Au contraire des précédents, il ne semble pas que George Villiers ait été l'amant du roi. Mais la passion de celui-ci n'en est que plus forte et la carrière vertigineuse de son protégé le montre assez clairement.

Très supérieur intellectuellement à Robert Carr, éloigné définitivement après un procès retentissant, Villiers, qui reste inscrit dans l'histoire sous le nom de duc de Buckingham, réussit la performance d'être jusqu'au bout dans les meilleurs termes avec la reine et le prince héritier.

Sur le plan politique, les deux grandes idées de Jacques Ier réclament toute l'énergie qu'il ne dépense pas à la chasse, son occupation favorite, sans qu'il parvienne toutefois à les faire aboutir. Son désir d'unir les deux royaumes d'Ecosse et d'Angleterre se heurte à une inflexible fin de non-recevoir de la part du Parlement qui n'entend pas plus approuver l'alliance avec Madrid et le mariage anglo-espagnol que Jacques Ier ne cesse d'appeler de ses vœux. A sa mort, en 1625, le bilan du règne est contrasté.

Avec lui, c'est une image pittoresque, généreuse et assez anticonformiste de la couronne anglaise qui s'évanouit. Trois ans après sa mort, Buckingham, son grand amour, est assassiné. Et vingt ans plus tard, c'est Charles Ier, son fils, qui meurt décapité, comme l'avait été Marie Stuart.

■ Jacques 1er Stuart de Michel Duchein, Fayard - Biographies, 2003, ISBN : 2213614091

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