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Jacques d'Adelswärd-Fersen : l'insoumis de Capri, Viveka Adelswärd & Jacques Perot

Publié le par Jean-Yves Alt

Viveka Adelswärd et Jacques Perot viennent de publier une biographie très fournie du baron Jacques d'Adelswärd-Fersen (1880-1923). Les deux auteurs appartiennent à la famille du baron qui a des origines suédoise et française. L'ouvrage commence par le scandale de 1903 où Adelswärd-Fersen est arrêté pour avoir invité des lycéens de bonnes familles dans son appartement pour qu'ils participent à des tableaux vivants inspirés de l'antiquité. Le médecin de la prison lui détecte des maladies vénériennes : Jacques aurait-il couché avec d'autres personnes que des élèves des établissements chics ?

Le procès passé, le baron s'exile à Capri, où quelques années plus tard, il lance ce qu'on peut considérer comme la première revue homosexuelle militante : « Akademos ».

Le lecteur de cette biographie ne peut être que séduit par cet être exceptionnel, par ces happy-few qui l'entourent et qui se tiennent en marge de la société, beaux et mystérieux, à la fois acteurs et spectateurs d'une vie souple et ombrée de désespoir (l'opium permettra un temps d'y faire face), spectacle qu'ils offrent aux « autres », les mesquins, les étriqués de la vie.

À Capri, Jacques d'Adelswärd et Nino Cesarini organisent leur duo dans la villa Lysis que le baron vient de faire construire. Jacques met en place tous les ingrédients pour subjuguer et séduire le jeune homme qui aime aussi les jolies femmes... Nino l'accompagnera pourtant jusqu'au bout.

Parce que le baron possède les dons des demi-dieux antiques, cette homosexualité peut s'afficher, mais le scandale mondain n'est jamais loin quand on appartient à une très riche famille industrielle et aristocrate. Il faut parfois éloigner Jacques pour protéger les autres membres de la famille.

Jacques d'Adelswärd-Fersen : l'insoumis de Capri, Viveka Adelswärd, Jacques Perot, Editions Séguier, mars 2018

Jacques d'Adelswärd-Fersen : l'insoumis de Capri, Viveka Adelswärd, Jacques Perot, Editions Séguier, mars 2018

Acrobatie suprême de ce libertin qui s'interroge sur son mariage avorté avec Blanche de Maupeou : c'est la méditation d'un penseur solitaire, souple et brillant comme un Diderot.

Enfin, suprême saut périlleux, Adelswärd-Fersen a écrit dans un manuscrit resté inédit, un homme face à lui-même, avec l'élégante discrétion qui transcende le désespoir.

Les morts qui nous aimaient ne mourront pas toujours :

Après avoir erré dans l'âpre inquiétude

Ils sauront retrouver le chemin d'habitude...

Mais leur âme a besoin du chaud de notre amour.

Les morts qui nous aimaient nous protègent dans l'ombre :

Pour leur calme éternel nous sommes des enfants...

Et si je les crois fiers de nous voir triomphants,

Ils sanglotent tout bas quand notre bonheur sombre...

Les morts qui nous aimaient ne nous voient point vieillir,

Ils contemplent nos cœurs, plus sûrs que nos visages...

Délivrés par la tombe, ils voient, et partagent,

Avec nous, les palais sculptés de Souvenirs !...

Jacques

Pâques 1922

Viveka Adelswärd et Jacques Perot perpétuent dans cette biographie la tradition du dandy qui est devenu un grand écrivain : ce qui contredit les mots de Jean Cocteau dans sa préface au roman de Roger Peyrefitte [L'exilé de Capri – 1959]. Les auteurs montrent que Jacques Fersen a su créer dans sa vie un décor transfiguré par la sensualité de ses héros traversés des désirs et des meurtrissures de l'amour ; il a su mêler réalisme et mystère ; il a su éclairer différemment ses personnages et ses lieux... avec une voix infiltrée d'une quête de l'infini dans l'élégante acrobatie de l'éphémère : préciosité cruelle, cassée d'éclairs, intimité du solitaire dans la clairvoyance que confère l'isolement, écriture sensible aux mouvements du temps, arrimée à l'enfance, mais parcourue de grandes convulsions dont n'émerge – suprême délicatesse – que la vague calmée, le silence des jardins fermés quand la tourmente marque de trop de brûlures.

L'ouvrage est complété avec de nombreuses photographies, d'une bibliographie des œuvres de Jacques d'Adelswärd-Fersen ainsi que de notes renvoyant à des travaux nombreux tels ceux de Jean-Claude Féray, Patrick Cardon, Will H.L. Ogrinc, etc.

■ Jacques d'Adelswärd-Fersen : l'insoumis de Capri, Viveka Adelswärd, Jacques Perot, Éditions Séguier, 250 pages, 1er mars 2018, ISBN : 9782840497059, 21€

Jacques d'Adelswärd Fersen - tirage argentique ancien - collection particulière

Jacques d'Adelswärd Fersen - tirage argentique ancien - collection particulière

Prologue : souvenirs de famille

Viveka Adelswärd contemple la photographie d'un mariage. Elle est prise en 1901, alors que les grands-parents de son mari viennent de se marier. Les nouveaux époux sont entourés des demoiselles et garçons d'honneur et elle cherche à savoir qui est ce jeune homme élégant dont elle n'a jamais vu le portrait. On lui dit qu'il s'agit d'un cousin français, Jacques d'Adelswärd, puis son regard croise celui de la mariée. Elle s'appelle Louise Adelswärd, née comtesse Douglas. Elle ne l'a rencontrée qu'une seule fois, venant alors de se fiancer avec son petit-fils, Johan. Voilà pourquoi une foule de questions se presse dans sa tête, et Viveka regrette de ne pas les avoir posées à Louise Adelswärd. Que pensait-elle du cousin français de son mari qui était l'un de ses garçons d'honneur ? Avait-il fait bonne impression sur les familles suédoises, les invités avaient-ils apprécié son toast en vers adressé aux demoiselles d'honneur ? À cette occasion, on avait certainement dit des amabilités sur lui... Ce n'est que deux ans plus tard, en effet, que le jeune homme se retrouverait au centre d'un grand scandale dont elle ne sait encore rien.

Viveka se souvient alors d'un magnifique bijou armorié qu'on appelle une châtelaine, qu'une cousine éloignée de son mari mariée à un italien lui a offerte en souvenir de la mère de Jacques, pour qui cet objet a été créé. Prise de curiosité, elle veut en savoir plus sur cet Adelswärd à la réputation sulfureuse. Elle retrouve d'abord plusieurs de ses œuvres dans la grande bibliothèque du château familial d'Adelsnäs, puis toute une correspondance inédite envoyée par Adolf Adelswärd, attaché militaire à Paris, à son frère, au cours de l'année cruciale de 1903 celle du fameux procès. Tout cela ne doit pas rester caché.

À l'attention du public suédois, elle rédige une biographie, « Alltför adlig, alltför rik, alltför lättjefull. » Jacques d'Adelswärd-Fersen, fruit d'une recherche de plusieurs années, qui paraît en 2014 chez Carlsson et rencontre un grand succès.

De son côté, de longue date, Jacques Perot avait réuni une importante documentation sur la branche française des Adelswärd et notamment sur Jacques, personnage atypique et controversé, qu'il avait découvert juché sur l'une des branches de son arbre généalogique lorrain. Il possédait le portrait d'Oscar d'Adelswärd, député de 1848, fondateur des Aciéries de Longwy et grand-père de Jacques. Son père lui avait autrefois évoqué à mots couverts le scandale de 1903, dont il avait entendu parler dans sa famille. En 1986, Jacques Perot publia « Le destin français d'une famille suédoise : les barons Adelswärd » dans le Bulletin du musée Bernadotte de Pau, y consacrant quelques pages à la biographie de Jacques d'Adelswärd, grâce auxquelles il fit revivre le cousinage italien avec les descendants de la sœur de Jacques. Gaby, marquise di Castelbianco et nièce du poète, qui posséda sa Villa Lysis à Capri, partagea avec lui récits et anecdotes et lui offrit quelques souvenirs de son oncle. Anna Maria Fiola, sa fille, poursuivit avec chaleur ce qui avait si bien commencé. Depuis, il fit une rencontre enrichissante avec Delfina di Bugnano, autre petite-nièce de Jacques, qui partagea également avec lui des éléments inédits.

La préparation du livre de Viveka Adelswärd, rencontrée grâce à Internet, conduisit à de nombreux échanges entre la Suède et la France, suivis de rencontres chaleureuses et fructueuses entre Johan et Viveka Adelswärd et Jacques Perot, en Suède et à Paris. L'ouvrage de Viveka se devait d'être traduit, mais sans doute aussi adapté au public français. Sur la suggestion de Jean Le Gall, directeur des éditions Séguier, c'est une version fort différente, enrichie de recherches faites en France et en Italie et de documents souvent inédits, qui est proposée au lecteur, une œuvre à deux mains, l'une suédoise, l'autre française. En écho aux emblèmes de ces deux pays qui entouraient le cercueil de Jacques d'Adelswärd-Fersen lors de ses funérailles, à Capri, le 10 novembre 1923.

in "Jacques d'Adelswärd-Fersen : l'insoumis de Capri", Viveka Adelswärd, Jacques Perot, Éditions Séguier, 2018, pp. 11-14

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De battre mon coeur s'est arrêté un film de Jacques Audiard (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

Les cloportes qui se métamorphosent en héros, Jacques Audiard en raffole. Dans le genre bête sombre candidate à la rédemption, Tom est un spécimen du plus bel effet : 28 ans, un costume noir et des mœurs de voyou. Tom fait dans l'immobilier, cogne le squatter, déloge le pauvre, engraisse le spéculateur. Une tradition familiale. Tom frappe, papa applaudit.

Mais ce fils parfait se rêve aussi en concertiste, comme maman. Une rencontre le pousse à reprendre le piano. Il s'enferme, se reconstruit, s'acharne sur son clavier avec le concours d'une virtuose chinoise.

La jeune femme ne parle pas un mot de français. Qu'importe, Tom se doit de réapprendre le langage des sentiments. Et au passage tuer le père, pour enfin revivre. La trame est inspirée de Mélodie pour un tueur (film américain, 1978), de James Toback, mais Jacques Audiard se la réapproprie, en fait un magnifique combat de l'ombre et de la lumière. L'histoire d'une renaissance qu'incarne avec une rare intensité Romain Duris.

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Événements autour de Jacques d'Adelswärd-Fersen, le créateur de la 1ère revue homosexuelle francophone : Akadémos (1909)

Publié le par Jean-Yves Alt

Jacques d’Adelswärd-Fersen (Paris 1880 – Capri 1923) n'est connu que d’un public restreint. Aristocrate, écrivain et poète français, le décadentisme est l’essence même de son œuvre. Auteur d’une vingtaine de romans et d’ouvrages de poésie, il est surtout le père d’AKADÉMOS, la première revue homosexuelle française, créée en 1909. Une homosexualité qu’il revendique, qui l’amène en prison, et qui lui vaut d’être rejeté du monde de la littérature française.

Les rencontres seront animées par Gianpaolo Furgiuele, auteur de Jacques d'Adelswärd-Fersen, persona non grata aux éditions Laborintus (2020) et Patrick Cardon pour les rééditions de trois livres de Fersen (Lord Lyllian, Le Baiser de Narcisse, Ainsi parlait Marsyas) et surtout pour le projet de réédition d'Akadémos aux éditions QuestionDeGenre /GKC.

Événements autour de Jacques d'Adelswärd-Fersen, le créateur de la 1ère revue homosexuelle francophone : Akadémos (1909)

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La chatte à deux têtes, un film de Jacques Nolot (2002)

Publié le par Jean-Yves Alt

Triangle amoureux dans un cinéma porno. La caissière, ancienne prostituée, abuse de la naïveté de son jeune projectionniste pour draguer un homme de 50 ans, écrivain et ancien gigolo, tandis que ce dernier se sert de la complicité de la caissière pour draguer le jeune projectionniste...

LE REALISATEUR : Jacques NOLOT

Jacques Nolot arrive à Paris à 17 ans sans diplômes pour vendre des légumes. Deux ans plus tard, il s'inscrit dans un cours d'art dramatique qui lui permet de faire de nombreuses rencontres dont celle déterminante d'André Techiné. Avant d'apparaître dans Hôtel des Amériques en 1981, Jacques Nolot fait une petite apparition dans Molière et Charlots contre Dracula. Sa collaboration avec Techiné se poursuit dans les années qui suivent. En 1983, le cinéaste adapte une de ses pièces pour tourner un moyen-métrage, La Matiouette, pour lequel il lui offre le rôle principal. Jacques Nolot fait ainsi des apparitions dans Rendez-vous (1984), Le Lieu du crime (1985), Les Innocents (1987), Les Roseaux sauvages (1993) et Ma saison préférée (1994). En 1991, André Techiné s'inspire d'un récit autobiographique de son ami pour écrire le scénario de J'embrasse pas.

La carrière de Jacques Nolot est ainsi marquée de rencontres. Il collabore deux fois avec Patrice Leconte, Danièle Dubroux, Claire Denis et Paul Vecchiali, signant même le scénario du Café des jules mis en scène en 1988 par ce dernier. L'acteur est le plus souvent relégué dans des rôles secondaires dont il se fait une spécialité. On le retrouve chez différentes générations de cinéastes comme Jean Becker, Jacques Demy, Noémie Lvovsky, Luc Moullet ou François Ozon.

En 1986, l'insistance de son entourage et notamment d'Agnès Godard le pousse à passer à la mise en scène. Il tourne le court métrage Manège. Il faut alors attendre onze ans pour le voir passer au long avec L' Arrière-pays, récit autobiographique autour de son retour au village natal au moment de la mort de sa mère.

Parole à Jacques Nolot

Jacques Nolot décrit son nouveau film comme une histoire d'amour : « Il y a ce petit clin d'oeil en dérision, avec cette chanson d'amour "te quiero, te quiero, l'amor, l'amor". Beaucoup de ceux qui viennent là sont en manque d'amour. Je ne sais pas s'ils vont en trouver, mais il faut bien aller quelque part... C'est ce qui donne une dimension tragique à tous les personnages, elle est particulièrement forte chez l'homme de cinquante ans. »

Jacques Nolot, également scénariste du film, a écrit des dialogues plutôt crus : « J'écoute beaucoup la rue, et j'écris comme je parle. Je ne sais pas faire autrement. Mon écoute, ma lucidité, mon regard sur les autres me donnent sans doute plus d'acuité dans les dialogues, et de générosité dans ma façon de filmer. »

Jacques Nolot revient sur ses appréhensions à filmer des scènes de sexe : « Ce film me faisait peur. C'est très difficile de filmer le sexe. Je ne voulais pas de plans fixes, la caméra, toujours, effleure, glisse, et passe sur les corps comme quelque chose de sensuel, d'un peu érotique. J'ai essayé d'être le plus simple possible. Pas de gros plan, on verra ce qu'on verra, et ce qu'on en retiendra. »

MON COMMENTAIRE : Un film plus symboliste que réaliste de Jacques Nolot

Voilà un film aussi étrange et surprenant que son titre le laisse supposer. Plantant sa caméra dans un cinéma pornographique, Jacques Nolot en filme la faune et s'essaie à capter les émotions et les sentiments des hommes qui y défilent. Construit autour de perpétuels allers-retours entre une salle qui se remplit progressivement et dans laquelle la frustration le dispute au voyeurisme, et une caisse qui voit discuter la volubile ouvreuse avec ses quelques clients sympathiques, le film de Jacques Nolot interroge une humanité différente, secrète, voilée et plonge les yeux qui d'ordinaire provoque plutôt un détournement des regards.

Dans cette salle surchauffée aux sièges usées et aux spectateurs de tous âges, certains viennent exercer un voyeurisme presque banal tandis que d'autres profitent de l'atmosphère de la petite salle pour vendre leur corps et profiter de la frustration de certains spectateurs. Les langues se délient et les pantalons s'ouvrent, on parle cru et on montre sans fard. La salle, qui n'accueillent plus de couples depuis des années comme le regrette un habitué, devient un marché interlope qui voit se mêler travestis et homosexuels se prostituant sur un coin de siège ou contre un mur pour un peu d'argent. Une seule constante à tout cela : la misère sexuelle qu'exprime aussi bien les actes des spectateurs que le discours de la seule femme du film, une ouvreuse désabusée et de ses rares amis.

Mais si le film en montre beaucoup, il offre également matière à réflexion surtout à travers le personnage interprété par Jacques Nolot, vieil homosexuel quelque peu désabusé de voir l'amour réduit à si peu par l'argent et le SIDA. Beaucoup de corps pour illustrer la froideur des cœurs de personnages troubles mais pas forcément troublés. Fermer la porte est facile, Jacques Nolot propose de jeter un regard différent sur un monde trop mal perçu parce que trop mal compris, à chacun d'en garder ce qu'il voudra.

Un regret : si Jacques Nolot ouvre subtilement son film, il préfère un peu trop souvent la crudité à l'ellipse, ce qui à la longue finit par lasser. Un film étrange à regarder comme il est : unique, à part et sans doute dérangeant pour certains mais en même temps révélateur d'un réel malaise social.

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Normal par Roger Martin du Gard (Les Thibault)

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce qui est effrayant, c'est de ne pas savoir ce qui est... normal... Non, pas normal, c'est idiot... Comment dire ?... On a des espèces d'élans vers ceci... ou cela... Des élans qui jaillissent du plus profond... Et on ne sait pas si les autres éprouvent la même chose, ou bien si on est... un monstre !

Parole prononcée par Jacques Thibault dans Les Thibault, Le Cahier gris

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