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Recherche pour “ jacques de langlade”

La fracture du myocarde, un film de Jacques Fansten (1991)

Publié le par Jean-Yves Alt

Cette production jette avec beaucoup de pertinence, d'alacrité, de finesse, le regard candide et saisissant d'une classe de collège sur le monde adulte.

Pour épargner la Ddass à leur camarade Martin (il ne veut la rejoindre à aucun prix), des jeunes adolescents vont camoufler la mort de sa mère et organiser en secret son enterrement.

La conjuration s'enfle peu à peu du nombre croissant de ses membres et de l'énormité de ses conséquences…

Jacques Bonaffé, excellent comédien, endosse le rôle d'un enseignant homosexuel : le seul adulte sain, le seul complice authentique des collégiens.

Cela suffit à rendre aigu et dérangeant un film par ailleurs tout à fait réjouissant et tout public.

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Les amis de jeunesse, Jacques Brenner

Publié le par Jean-Yves Alt

Au début des Amis de jeunesse, Jacques Brenner, auteur et narrateur, s'apprête à entrer en classe de première au lycée Corneille de Rouen. C'est l'été 1939 et il découvre Roger Martin du Gard.

Son père est chef du contentieux à la Banque de Normandie et il en trace un portrait assez sévère, le jugeant ennuyeux et satisfait de lui-même.

Mais, très vite, ce sont les amis de l'auteur que le lecteur est invité à rencontrer. La plupart appartiennent à la bourgeoisie locale : Patrice Verchon, dont le père avocat est mort, adopte une attitude vaguement nihiliste face à la vie. Richard Vadier est fils de petit fonctionnaire alors que Gilbert Mareuil vit dans un certain luxe, avec sa mère et son beau-père. C'est un bourreau des cœurs qui brûle sa vie par tous les bouts et qui abandonnera ses études pour se livrer à divers trafics.

Blaise Héran, dont le père est propriétaire de plusieurs bordels et bars louches, traverse les événements avec un équilibre qui ne se démentira pas. Jean Bertrimont, le plus remuant de tous, deviendra résistant et sera arrêté par la Gestapo.

Ces jeunes gens, et quelques autres, forment un petit groupe solide, qui s'efforce, tant bien que mal, de vivre en ces temps troublés. Comme beaucoup.

Jacques Brenner s'inscrit à l'Ecole de Droit pour attendre la fin de la guerre mais sa principale activité réside dans l'animation d'une troupe de théâtre amateur, Les Etudiants Associés. Ils montent d'abord Polyeucte, puis régulièrement d'autres spectacles jusqu'à ce que diverses autorités tentent de leur interdire de jouer Œdipe d'André Gide.

A travers le théâtre, et, plus encore, l'amitié, tous essaient plus ou moins de s'adapter à l'époque. Pour Jacques Brenner, grand dévoreur de papier imprimé et de pellicule impressionnée, le théâtre est une manière de fuir le monde réel et de fonder une communauté. Il découvre ainsi qu'une véritable amitié n'est possible qu'entre gens embarqués dans une même aventure. Elle se nourrit d'épreuves et de réussites partagées. Elle ne dure, hélas !, que le temps de l'espoir.

Les amis de jeunesse est un très beau livre sur l'amitié. C'est également un témoignage d'une grande justesse de ton sur une génération, celle des garçons et des filles qui eurent vingt ans pendant l'Occupation.

Avec l'auteur, le lecteur vit, d'une manière presque quotidienne, l'horreur des bombardements meurtriers sur Rouen, l'exode vers Nantes puis, à l'Armistice, le retour à Rouen, bientôt détruite par les bombes alliées. Ensuite, il y a la noire période de l'épuration, les trois mois de classes, le service militaire à l'état-major, le retour des amis de captivité... A la fin de la guerre (qui est aussi celle du livre), Jacques Brenner s'engage dans le journalisme et monte à la capitale.

La pudeur et l'humilité de Jacques Brenner font le prix et le charme des Amis de jeunesse.

Mais je n'ai pu m'empêcher de ressentir une certaine frustration devant le retrait de l'auteur, son effacement au profit des personnages qui l'entourent. J'aurais aimé rentrer un peu plus dans son intimité, le mieux connaître. Mais comme il l'écrit lui-même : « D'une manière très générale, j'étais spectateur né, intéressé par la comédie, sans aucun besoin d'y participer, sinon de manière intellectuelle. »

■ Les amis de jeunesse, Jacques Brenner, éditions Grasset, 1984, ISBN : 2246340314


Du même auteur : La rentrée des classes - Les Lumières de Paris

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Angus, Michel Tournier

Publié le par Jean-Yves Alt

En adaptant un épisode de La légende des siècles (« L' Aigle du casque »), Michel Tournier ose raconter un viol et ses conséquences. Sujet abondamment commenté par les médias, mot connu des enfants mais noyé dans des abîmes d'ombre. Michel Tournier appelle un chat, un chat, mais se sert d'une langue magnifique, limpide, précise, chantante, sans effets inutiles.

Angus est un superbe récit où s'exaltent les vertus éternelles de l'enfance qui sait – en dépit du rôle modérateur des adultes – que la vie est violence, aventure, une école du courage, et si possible une succession de victoires.

Jacques, très jeune adolescent, doit venger son père et sa mère, morts des conséquences de la forfaiture d'un géant monstrueux, Tiphaine. Tiphaine a violé la jeune Colombelle, fille d'Angus, fiancée à un parfait gentilhomme : Ottmar, comte des Orcades. Jacques, fruit de cet acte, vit dans la mémoire d'un père adolescent et d'une mère toute jeune qu'il n'a jamais connus, livrés aux images définitives d'un couple disparu dans la gloire de sa beauté.

Mais ce que Jacques ne sait pas c'est que le monstre est son père.

Première leçon hautement morale qui crée les hommes libres de leur hérédité.

Jacques fils de l'ogre combattra son père inconnu. Magnifique thème de la vengeance dans l'apprentissage de la douleur, joutes imaginaires dont s'effraient avec délices les enfants qui secouent, en se racontant des histoires, l'oppression enjôleuse que génère la vie de famille.

Le sommet tragique du conte, c'est la rencontre entre le monstre-père et l'enfant orphelin.

Jacques (« Il a seize ans. Il en porte quatorze. ») attaque le géant, lui crève un oeil (retournement d'Œdipe ?) et apprend, au plus fort de sa gloire, la vérité par la bouche d'un faux enfant éternel : le nain Lucain. Il a tué son père. La longue confession du père violeur, mais repenti, sonne le glas de son enfance : « Car vois-tu, si j'accepte qu'un fils tue son père – c'est dans l'ordre, et je te jure que si l'occasion s'était présentée de tuer le mien, je n'y aurais pas manqué – le petit bout de morale que j'ai ne permet pas à un père de tuer son fils. »

Tout est dit.

Jacques, fils de personne, fils de lui-même, né de son courage, de sa rage, né de son apprentissage des armes, mort à son enfance, Jacques au point de rupture entre l'enfance idéale et le vieillissement honni, commente le récit nécessaire d'une mise à l'épreuve : l'emprise prolongée des familles sur la véritable liberté de leurs rejetons.

C'est Pierre Joubert, dessinateur de tous les princes Eric du royaume autogéré de l'enfance, qui illustre ce conte où le père putatif et le père de sang sont successivement assassinés.

Un album au service juste de ce que l'enfance mérite : des mots pour apaiser les maux.

■ Angus, Michel Tournier, illustré par Pierre Joubert, Editions Signe de Piste, 1988, ISBN : 2876540231


Lire un extrait du conte, la postface de l'auteur et « L'aigle du casque » poème de Victor Hugo qui inspira Michel Tournier.


Ce conte est réédité dans le recueil « Les Contes du Médianoche » de Michel Tournier, illustré par Bruno Mallart aux éditions Gallimard/Folio.


De Michel Tournier : Gilles et Jeanne - Le Roi des Aulnes - Le médianoche amoureux - La goutte d'or


Lire aussi : Hommage à Michel Tournier

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La rentrée des classes, Jacques Brenner

Publié le par Jean-Yves Alt

Si, comme moi, vous êtes sensibles à la personnalité de Brenner, telle qu'elle se révèle, avec pudeur, dans Les amis de jeunesse, vous aurez à cœur de lire La Rentrée des classes. Publié en 1977, cet ouvrage emporte le lecteur, sous le léger voile de la fiction, dans l'enfance de l'auteur, au cœur des Vosges cette fois-ci.

Paul Régnard, le narrateur, a trop de points communs avec l'auteur pour que l'on ne s'autorise pas à lire ce roman comme une autobiographie.

L'enfance, pauvre, de Paul se déroule dans les Vosges et est placée sous le signe d'un premier amour, d'une pureté et d'une passion telles que l'on ne peut en concevoir qu'à dix ans, pour un de ses camarades de classe, Philippe Huyghens, fils de grands bourgeois.

Avec le goût du théâtre, le lecteur retrouve ici la différence marquée des classes sociales, deux caractéristiques singulières de la biographie de Jacques Brenner. L'innocence, sinon l'ignorance, de Paul est telle que, pendant les vacances, il décide d'écrire un premier roman. Cela sera, en fait, une nouvelle d'une vingtaine de pages qui se termine par le mariage de deux garçons. (pp.132-133)

A la fin du livre, la famille de Paul va s'installer à Rouen et ainsi le relais est passé aux Amis de jeunesse...

La lecture de Jacques Brenner est source de grandes joies. Sa sincérité, sa pudeur, sa sensibilité s'expriment avec simplicité et savent heureusement échapper au terrorisme de la mode.

Ecrivain de la mémoire, de sa mémoire, Jacques Brenner se retourne sur sa jeunesse avec une sérénité non dénuée de nostalgie et je ne peux que souscrire à ce qu'il écrit dans La Rentrée des classes : « Le passé m'intéresse plus que l'avenir et je comprends Apollinaire affirmant : "Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore." »

■ La rentrée des classes, Jacques Brenner, éditions Grasset, 1977, ISBN : 2246004624


Lire un autre extrait


Du même auteur : Les amis de jeunesse - Les Lumières de Paris

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Silbermann, Jacques de Lacretelle (1922)

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est un adolescent – Jacques – qui parle dans Silbermann. Mais le centre du roman est le jeune juif – Silbermann –, que le narrateur rencontre sur les bancs de la classe de troisième. Jacques admire et défend Silbermann dont le destin sera pour le narrateur un amer enseignement.

Ainsi les émotions de Jacques, ses enthousiasmes et ses faiblesses, les événements dans sa famille passent au second plan. Le roman est surtout le portrait du jeune Silbermann qui ressemble sans doute à bien des juifs mais qui jamais ne s'efface en un type trop universel et préconçu.

« Je suis content, bien content, que nous nous soyons rencontrés... Je ne pensais pas que nous pourrions être camarades.

— Et pourquoi ? demandai-je avec une sincère surprise […]

Sa main qui continuait d'étreindre la mienne, comme s'il eût voulu s'attacher à moi, trembla un peu. Ce ton et ce frémissement me bouleversèrent. J'entrevis chez cet être si différent des autres une détresse intime, persistante, inguérissable, analogue à celle d'un orphelin ou d'un infirme. Je balbutiai avec un sourire, affectant de n'avoir pas compris :

— Mais c'est absurde... pour quelle raison supposais-tu...

— Parce que je suis juif, interrompit-il nettement et avec un accent si particulier que je ne pus distinguer si l'aveu lui coûtait ou s'il en était fier. » (pp. 28/29)

Silbermann est épris de la culture française, désirant se l'assimiler complètement, avec l'espoir que son génie pourra en tirer des chefs-d'œuvre. Mais, parmi ses compagnons de classe, il ne rencontre guère que des ennemis ; tout d'abord, il croit triompher par son intelligence précoce, ses interprétations brillantes face à celles superficielles de ses camarades.

Quand on le force à la lutte, il résiste à l'oppression, par les sarcasmes, ou par des lâchetés provisoires que permet sa certitude de vaincre plus tard. La révolte accroît ses qualités ; la combativité lui devient essentielle, et, il profite de tout répit, pour accabler son entourage de son arrogance et de son insupportable loquacité.

Malgré tout, ses souffrances et son énergie le font aimer. On l'admire de ne jamais désarmer, et, quand, à la fin du livre, il comprend que les Français ne l'accepteront jamais tel qu'il est, il prend une voie détournée vers le pouvoir et l'influence, il part pour l'Amérique, d'où il veut revenir riche.

■ Silbermann, Jacques de Lacretelle (1922), Éditions Gallimard/Folio, 1973, ISBN : 2070364178


On apprend, dans « Le Retour de Silbermann » (1930) que Silbermann est revenu pour mourir misérable à l'âge de vingt-trois ans, consumé par sa fièvre d'agir, par ses jeux idéologiques ; il n'a pu soutenir longtemps l'allure de l'enfant prodige ; tôt, il s'est senti impuissant, incapable d'un effort discipliné et créateur. Les mêmes qualités, qui faisaient briller l'enfant du premier rang de la classe, ont rendu l'homme stérile.


Du même auteur : La Bonifas - Amour nuptial

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