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Recherche pour “christian gury gide et lyautey”

"Mon Genet" par Edmund White

Publié le par Jean-Yves Alt

Genet avait été un symbole pour les gays américains de ma génération - et pour les rebelles en général. Il était très lu et son théâtre beaucoup joué. C'était un écrivain qui appartenait aux lecteurs du monde entier - satanique, mais pas plus que Sade, Bataille ou Céline.

Il était un auteur universel, malgré son indifférence pour le mariage, la famille, la bataille des sexes, l'adultère et tous les autres grands thèmes bourgeois. Ce dont il parlait dans ses romans, c'était du viol en prison, de la prostitution des travestis, du vol et de la trahison, et cela dans une langue somptueuse qui transformait la dégradation en sainteté.

Aucun écrivain gay de son époque n'avait ainsi affirmé l'homosexualité, sinon par quelque tour de passe-passe nietzschéen, en inversant toutes les valeurs normales. Même Proust avait été obligé de présenter des arguments botaniques peu flatteurs, qui semblaient ainsi reconnaître à quel point l'homosexualité est répugnante - sauf que Proust invente tant de théories différentes qu'elles finissent par s'annuler mutuellement.

Proust, Gide, Genet - trois écrivains non seulement homosexuels mais qui placent l'«inversion» au cœur de leur art - me persuadent que l'homosexualité a été essentielle au développement du roman moderne, parce qu'elle a conduit à une redéfinition de l'amour, à un profond scepticisme sur le caractère naturel de la répartition des rôles entre les sexes, et à une renaissance de la tradition classique de l'amour entre personnes du même sexe qui avait dominé la poésie et la prose occidentales jusqu'à l'avènement du christianisme.

Sans doute était-il impossible de recouvrer aujourd'hui la sérénité parfaite de l'amour entre homme et adolescent des Grecs. De fait, l'univers moral de Proust et Genet reposait sur la monstrueuse perversité de la passion homosexuelle moderne. Mais s'ils étaient de grands esprits à la philosophie déroutante et de grands stylistes, leur regard sur la destinée humaine tirait son originalité de ce sujet dont ils disposaient, vaste, neuf et authentique. A l'inverse des écrivains masculins hétérosexuels, ils ne se contentaient pas d'offrir leur propre étude de l'adultère ou d'affirmer leur masculinité ; au contraire, Proust et Genet démontaient toutes les idées reçues sur le couple, la virilité, l'amour et les rôles sexuels. Proust élabora les règles qui régissent la jalousie, hétérosexuelle ou gay ; Gide étudia la passion entre hommes jeunes et vieux dans Les Faux-Monnayeurs, l'un des quelques grands livres du siècle dernier ; et Genet transforma les parias en saints, et se plongea à corps perdu dans la poésie de l'abjection.

Cette tradition fut pour moi une source d'inspiration. Elle attestait que l'art avait toujours le pouvoir de créer des mythes et de transformer le monde. Elle montrait que la fiction n'était pas seulement mimétique mais aussi prophétique.

Edmund White

■ in Mes vies [une autobiographie], Editions Plon, 2006, ISBN : 2259204236, pages 341-342

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Révélation par Christian Schad

Publié le par Jean-Yves Alt

Christian Schad se spécialisa dans les scènes de mœurs. Dans le tableau qui porte son nom, le comte Saint-Genois d'Anneaucourt est campé entre un travesti et une femme, qui semble redouter la concurrence de l'intrus. Ainsi l'homosexualité latente du comte est révélée par la mise en scène discrète des personnages de second plan.

 

Christian Schad – Portrait du comte Saint-Genois d'Anneaucourt – 1927

Huile sur toile, 86 x 63 cm, Musée National d'Art Moderne, Paris

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Autre révélation par Christian Schad

Publié le par Jean-Yves Alt

La jeune femme morne, aux yeux cernés de noir et à la peau livide, porte les cheveux courts et un smoking sombre sur une chemise blanche. Elle est seule dans un bar ou une boîte de nuit dont les lumières se reflètent dans un miroir situé à l'arrière-plan.

Lotte, portrait de Christian Schad serait-elle le prototype de la nouvelle femme, image même de la modernité ?

 

Christian Schad – Lotte – 1927/1928

Huile sur toile, 55.2 x 54.5 cm, Sprengel Museum, Hannover

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L'arche du paradis, Christian Harrel-Courtès

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour Christian Harrel-Courtès, Venise est l'île magicienne des désirs les plus cachés au fond de soi.

Dans son roman, il campe un homme d'affaires d'une trentaine d'années en proie à la révélation de sa propre homosexualité.

Venise n'est-ce pas le lieu idéal pour remettre en question certains préjugés moraux ?

Alain de Sambrun, venu pour peindre le baroque de ce décor Italien se surprend lui-même à tomber amoureux d'Angelo – restaurateur de tableaux.

Angelo est un jeune homme de plaisirs qui refuse tout attachement sentimental. Ce qui n'ira pas sans quelques heurts.

Le trouble d'Alain sera augmenté par d'inquiétantes visites au monastère de San Francesco del Deserto...

Une magnifique promenade dans Venise.

■ L'arche du paradis, Christian Harrel-Courtès, éditions Mengès, 1984, ISBN : 285620203


Du même auteur : La Matriarche

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L'homosexualité chez Paul Claudel (2/2)

Publié le par Jean-Yves Alt

La hargne contre l'aveu, voire contre une certaine exploitation littéraire de l'homosexualité se retrouve, à plusieurs reprises, sous la plume de Paul Claudel.

Lorsqu'en 1914, Claudel découvre, à la lecture des pages des Caves du Vatican, « un passage pédérastique qui éclaire pour moi d'un jour sinistre certains ouvrages précédents de notre ami... » (1), c'est la rupture avec André Gide. Une rupture qui durera dix ans.

Plus tard, il montrera la même hargne envieuse face à la renommée des surréalistes. Ne déclare-t-il pas à un journaliste italien, dans une interview au journal Il Secolo en 1929 : « Quant aux mouvements actuels, pas un seul ne peut conduire à une véritable rénovation ou création. Ni le dadaïsme, ni le surréalisme qui ont un seul sens : pédérastique ! » (1)

Que l'auteur de Tête d'or fasse de tels reproches au mouvement du très homophobe André Breton, est du plus haut comique !

La réponse ne se fait pas attendre, une trentaine d'artistes liés aux mouvements incriminés répondent par une « Lettre ouverte » :

« Monsieur, notre activité n'a de pédérastique que la confusion qu'elle introduit dans l'esprit de ceux qui n'y participent pas. Peu nous importe la création. [...] Il ne saurait y avoir pour nous ni équilibre, ni grand art. [...] Il ne reste debout qu'une idée morale, à savoir par exemple qu'on ne peut être à la fois ambassadeur de France et poète. [...] Nous déclarons trouver la trahison et tout ce qui, d'une façon ou d'une autre, peut nuire à la sûreté de l'État, beaucoup plus conciliable avec la Poésie que la vente de "grosses quantités de lard" pour le compte d'une nation de porcs et chiens. [...] Nous vous abandonnons à vos bondieuseries infâmes. Qu'elles vous profitent de toute manière ; engraissez encore, crevez sous l'admiration de vos concitoyens. Écrivez, priez et bavez ; nous réclamons le déshonneur de vous avoir traité une fois pour toutes de cuistre et de canaille. » (1)

Voilà ce qui arrivait quand on traitait les autres de « pédés » durant l'entre-deux-guerres. Enfin, que ne pardonnerait-on pas aux génies !


(1) in Paul Claudel ou l'enfer du génie, de Gérald Antoine, Editions Robert Laffont, 2004, ISBN : 2221103475

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