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Recherche pour “galerie au bonheur du jour expo maisons closes”

Le ciel de Paris, un film de Michel Bena (1992)

Publié le par Jean-Yves Alt

Un chasse-croisé entre trois jeunes gens, sur le thème du désir.

Marc et Suzanne partagent à Paris le même appartement. Une pudique amitié les lie, jusqu'au jour où ils rencontrent à la piscine qu'ils fréquentent assidûment, Lucien, un garçon plutôt renfermé qui sauve Suzanne de la noyade. Marc, homosexuel, est immédiatement séduit par le jeune homme qui, lui, n'a d'yeux que pour Suzanne. Une amitié douloureuse va unir les trois personnages...

Un imbroglio sentimental à la tonalité plutôt sombre qui mêle trois êtres jeunes, deux garçons et une fille, entre lesquels circule, volatile, récurrent, panique, le désir.

Le ciel de Paris de Michel Bena (un ancien assistant de Téchiné), on a souvent l'impression que l'essentiel s'est passé hors champ. Cette histoire d'amour à trois, pas vraiment triangulaire, vaut par la présence d'une Sandrine Bonnaire (Suzanne) excellente, honnêtement secondée par Marc Fourastier (Marc) et Paul Blain (Lucien).

Suzanne s'y montre à fleur de peau. Lucien est un peu gauche et coincé et voudrait tant que Suzanne soit à lui, d'emblée. Marc, est le plus habité de ce trio fatal, en dépit (ou à cause) de son âpreté. Une rencontre à la piscine, un amour-passion indicible et précaire, sans répondant, pour Lucien qui, lui, en pince pour Suzanne, l'amie-complice de Marc.

Marc est un personnage très entier. Il drague Lucien à la piscine, et on a l'impression parfois que c'est Lucien qui le dévore du regard. Lucien est sans doute simplement troublé. Pour lui, Suzanne et Marc sont des inconnus, c'est le garçon qui l'accoste, mais il imagine que cette femme et cet homme forment un couple. A un moment, Lucien dira à Marc : « Je ne peux pas te donner ce que tu demandes. »

La force du sentiment conduit au désir. Les sentiments sont asexués. C'est très bien montré dans le sens Suzanne-Marc. Mais entre Lucien et Marc, l'échec est patent. Suzanne navigue de l'un à l'autre. Lucien n'a catégoriquement rien à dire à Marc.

Marc apparaît comme une victime et en même temps, il est difficile de le trouver totalement sympathique. Marc vit avec Suzanne sans la voir. Il exige tout, immédiatement, de Lucien. Quand il se rend à l'évidence que cela ne marche pas, il dit à Suzanne : « Laisse-le tomber. Suis-moi ! »

Par déception Marc va "se lever" un type sur les quais. Le mec qu'il rencontre a tout pour séduire, mais Marc, au retour, ne se sent pas plus heureux. Il ne recherchait donc pas simplement un corps...

Le ciel de Paris est un film assez "janséniste" : le dialogue est très stylisé, il n'y a pas de musique. Comme si le réalisateur avait voulu aller droit au but, éviter tout élément inutile à l'intrigue. A la manière d'une tragédie classique, où les actes quotidiens, quand ils ne sont pas éludés, doivent produire du sens.

Entre Suzanne et Marc, le compagnonnage reste périlleux, traversé de rancœur et de jalousie. A la dernière image du film, la piscine est vide, et l'eau transparente...

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Nuit docile , un film de Guy Gilles (1987)

Publié le par Jean-Yves Alt

Un homme, Jean, rompt avec sa femme, Stella, et rencontre un jeune tapin, Jeannot, qui se vend pour manger. Tout se passe en une nuit, nuit docile, nuit d'initiation, nuit tragique. Guy Gilles, a réalisé, plus que jamais au cœur d'un univers sombre, sans illusions, un film imprégné de la nostalgie des jeunes corps.

« Je ne rentrerai plus jamais,

c'est fini parce que je ne t'aime plus. »

Avec "Nuit docile", le spectateur est frappé par l'incessant passage du noir et blanc à la couleur. Il faut noter que, Jean, l'homme qui rompt avec sa femme, est peintre : il voit certaines choses comme des tableaux, comme il aimerait les peindre. En utilisant le noir et blanc et la couleur, le réalisateur permet de relier les retours en arrière à ce que Jean vit cette nuit là. On peut penser aussi que ce sont des images mentales qui rejoignent son univers pictural qu'il a dans sa tête.

Jean rencontre des gens, et en particulier le jeune Jeannot qui lui donne la possibilité de vivre en une nuit tout ce qu'il aurait voulu vivre durant toute sa vie. Il explique à sa femme que son sens de l'absolu le pousse à considérer l'amour d'une manière romantique mais il regrette que l'amour ne dure pas avec la force des premiers jours.

Avec l'apparition de Jeannot, Jean va vivre pleinement tout son potentiel en un laps de temps très court. Jeannot est une sorte d'accoucheur qui révèle la vérité des autres personnages. Plus exactement un accoucheur accouché, car Jean est aussi amené à faire dire des choses à Jeannot. Mais le jeune homme, qui est un cynique tendre, est tellement pris dans son style de vie qu'il ne se rend plus très bien compte de ce qu'il vit : il est dans un tel état de confusion que les choses les pires lui semblent naturelles.

Quand Jeannot dit : « La mort je la vois en face », on peut considérer qu'il est conscient de ce qu'il fait : le cœur de son personnage reste pourtant cette peur d'aimer qu'il manifeste notamment dans la cabine téléphonique lorsqu'il déclare qu'il n'aimera jamais.

Jean lui répond alors :

« Tu aimeras, tu souffriras comme tout le monde, sinon tu deviendras un vilain petit fruit sec. »

Jean, l'adulte, tient en quelque sorte un double discours, puisque avec Stella qu'il a aimée et avec Jeannot, il fait courir sur le film deux langages différents :

- En révolte contre Stella, il tient un langage plutôt dur, mais on voit dans les retours en arrière qu'à d'autres moments de leur vie commune, il n'a pas toujours parlé comme ça.

- Au contraire, l'espèce de désespoir du jeune prostitué l'amène à lui dire ce qu'il y a de beau dans la vie.

Entre cette dureté et cet enthousiasme, il y a Rémy, le cinéaste qui a aimé Jean et que Jean a aimé lorsqu'il était adolescent. Rémy est une sorte de médiateur.

"Nuit docile" oppose le visage marqué de Jean à ce qu'il était à dix-sept ans, sur la vidéo de Rémy. C'est un peu un résumé de la vie, l'altération des visages et la fixité du souvenir. Jean est court-circuité par le temps, mais c'est surtout un homme qui se sent ballotté entre sa passion de l'art et celle des êtres humains. C'est difficile pour lui de concilier ces deux passions, mais la situation est plus difficile encore pour les gens qui l'aiment : l'art est un rival pour Stella.


Du même réalisateur : Le crime d'amour

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Prick Up Your Ears, un film de Stephen Frears (1987)

Publié le par Jean-Yves Alt

Evocation de la vie du célèbre auteur dramatique anglais Joe Orton, assassiné le 9 août 1967 par son ami et amant Kenneth Halliwell, qui à son tour se donna la mort en avalant une forte dose de barbituriques. C'est en venant identifier les cadavres que l'agent littéraire Peggy Ramsay découvre le journal intime de Joe Orton...

Prick Up Your Ears s'ouvre sur l'issue fatale des amours de Joe Orton et de Kenneth. En commençant par la fin, en se débarrassant d'emblée de la mort, Stephen Frears peut ensuite éviter judicieusement une possible tentation de la tragédie permanente, qui aurait été en absolue contradiction avec la nature même du caractère de Joe.

Prick Up Your Ears apparaît, en réalité, plutôt comme la chronique dédramatisée d'un fait divers tragique dont la longue genèse a beaucoup plus les accents de la tragi-comédie. Avec raison, Stephen Frears n'a jamais surévalué l'intervention d'un inéluctable destin, même si peu à peu on s'aperçoit que ce couple terrible devait craquer un jour ou l'autre, car le succès de Joe renvoie inévitablement Kenneth à sa propre impuissance, interdit tout partage du succès, donc entame son désir de reconnaissance et hypothèque même jusqu'à son identité soudain rejetée dans l'ombre. A ce titre, le film pourrait être une moitié de tragédie : Kenneth seul ressent ce sentiment de tragique.

Cette dédramatisation du drame se traduit par un ton souvent très drôle, imprégné de la personnalité énergique, enjouée et jouisseuse de Joe. Tout ce qui est pour Joe occasion de jubiler est une souffrance pour son ami, sans qu'il en mesure d'ailleurs réellement la portée. Ces deux pôles de sensibilité ne cessent de se répondre tout au long du film, et trois scènes en particulier suffisent à illustrer cette situation insoluble :

- celle où Joe drague un homme qu'il suit jusque chez lui et à qui il impose la participation de Kenneth

- celle de la drague dans la pissotière où Kenneth, traîné là par Joe et emperruqué, est frustré de son plaisir d'une aventure furtive par l'arrivée intempestive des flics (notons au passage comment un lieu présenté souvent sous un aspect sordide peut changer de couleur quand Stephen Frears en fait le décor d'un épisode plus allègre)

- la scène enfin de l'évasion dans un Maroc présenté par Frears comme une gâterie de clichés homos, comme une parodie fantasmatique d'un lieu privilégié de la mythologie gaie

Dans les trois cas, ce qui est vécu par Joe avec spontanéité, optimisme et sens du plaisir provoque toujours chez Kenneth un sentiment de malaise, de frustration, voire de désespoir.

Après "My Beautiful Laundrette", qui s'attachait à montrer la construction d'un couple homosexuel dans un contexte hostile, "Prick Up Your Ears" renverse ici les données en montrant la destruction d'un couple séparé par trop d'incompatibilités fondamentales, dans un milieu pourtant, a priori plus libre, et moins en butte au tabou. Manière pour Stephen Frears de boucler, provisoirement, la boucle.

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Le temps qui reste, un film de François Ozon (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

Suite à un malaise, Romain (Melvil Poupaud), un jeune photographe homo, apprend qu'il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Un médecin lui a annoncé la nouvelle : cancer généralisé. « 5% de survie et encore, en suivant un traitement. » Traitement refusé par Romain. "Le temps qui reste" se consacre aux dernières semaines d'un homme condamné par la maladie et s'attache à ces moments où la vie s'échappe de manière inexorable.

Romain n'est pas toujours aimable. Avant de connaître sa maladie, il est même méprisant envers les autres. Après, il se débat avec ses contradictions. Durant tout le film, il reste, tour à tour, irritant et attachant. Il n'a que peu de temps : la mort l'a pris en otage.

Comment réagit-on quand on vous annonce votre mort prochaine ?

Peut-on faire le deuil de sa propre vie ? Et si oui, comment ?

François Ozon a su éviter deux écueils :

- le premier aurait été de raconter l'histoire d'un mec qui en profiterait au maximum à l'image des "Nuits fauves" (1992) de Cyril Collard.

- le second étant la réconciliation avec toute la famille et tous les amis qui seraient là le jour de sa mort, comme le larmoyant "Philadelphia" (1993) de Jonathan Demme.

Malgré le caractère détestable de Romain, je me suis attaché à ce jeune homme torturé et malheureux qui va vers quelque chose de plus simple : la scène où il photographie son neveu, à l'insu de sa sœur, est une pure merveille d'émotions retenues.

A un moment de son parcours, Romain se rend chez sa grand-mère paternelle incarnée par Jeanne Moreau. Des petits trucs, comme le fait de prendre des vitamines ou de dormir nue, nourrissent son personnage de façon lumineuse alors même qu'elle n'a pas le rôle principal (elle apparaît dans une seule courte séquence). Quand elle demande à son petit-fils pourquoi elle est la seule personne à connaître sa maladie, Romain lui répond :

« Parce que tu es comme moi, tu vas bientôt mourir. »

Elle, de sourire, et d’ajouter :

« Tu sais Romain, cette nuit, j'aimerais partir avec toi. »

Avant de mourir, Romain va transmettre la vie à travers une serveuse de restaurant (fabuleuse Valeria Bruni-Tedeschi) dont le mari est stérile. J'aurais personnellement supprimé la scène chez le notaire où Romain désigne l'enfant à naître comme son héritier. Je ne comprends pas ce qu'elle apporte et aurait pu rester dans le "hors champ".

Ce n'est pas la première fois que François Ozon "invite" la mort dans ses films. "Sous le sable" en 2001 et "Le temps qui reste", sont des films complémentaires qui représentent les deux faces de la même médaille : celle de la disparition de l'autre.

Avec François Ozon, on comprend que le cinéma peut être autre chose que du divertissement. "Le temps qui reste" n'a pourtant rien de désespérant.

A la fin du film, réconcilié avec lui-même, il ne reste plus à Romain qu'à s'allonger sur une plage. Poignant et superbe plan final où tout se retire progressivement : les vacanciers, la mer, la vie. Au loin, le soleil plonge dans l'océan. Un homme a vécu. Au moment où Romain part, je me suis dit que je venais de voir un très beau film.

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Un compagnon de longue date, un film de Norman René (1990)

Publié le par Jean-Yves Alt

Chronique des années sida dans la bourgeoisie intello blanche de la côte Est des Etats-Unis. Fidèle, sensible, concrète. "Un compagnon de longue date" retrace, sur huit années, la vie d'un petit groupe d'homosexuels frappés de plein fouet par le sida. Tragédies personnelles, drame collectif... Ce film est le témoignage vivant de toute une génération et l'histoire d'un apprentissage politique : comment des hommes deviennent actifs, volontaires, productifs. Comment la maladie, source de souffrance, de malheur, est devenue aussi un moteur, une exigence.

L'action se passe à Los Angeles, entre 1981 et 1989. Les protagonistes ? Des garçons de vingt à quarante ans, très "comme il faut", très "middle class" : un job, une vie aisée, limpide, réglée. Tout commence avec cet article du New York Times qui, dans son édition du 3 juillet 1981, évoque l'apparition d'un "cancer rare chez quarante et un homosexuels". A partir de ce jour-là, l'existence de ce petit groupe de personnages bascule.

"Un compagnon…" retrace, sur ces huit années, la vie de ce microcosme amical et amoureux frappé de plein fouet par le sida. Le film profile, sous la trame de la fiction, le documentaire de ces années : le passage gradué de la déroute à la prise de conscience, de la panique à la mobilisation, de l'énigme (1981) à la mise au point des premiers traitements efficaces (1987), en passant par l'isolation du virus (1983) et la mise en place des tests de dépistage (1984).

Les personnages incarnent des psychologies en même temps qu'ils illustrent l'évolution d'une communauté par rapport à la montée de l'épidémie. Sans didactisme, sans schématisme, ce film apporte un témoignage vivant sur cette période, et construit une fiction vraisemblable, attrayante, avec des personnages qui ne sont pas seulement des archétypes. Avoir su doser habilement l'aspect humain (la diversité des attitudes, le bouleversement des existences, le réseau des sentiments, etc.) et le regard historique est sans doute la meilleure réussite de "Un compagnon…"

Ce film bouleverse les certitudes trop faciles sur les gays, sur leurs modes de vie, sur leur rapport à la maladie : ici, pas d'érotisme hard, pas de frénésie noctambule, de sexualité hystérique. Le cliché du "groupe à risque" est sérieusement ébranlé.

Les thèmes de l'identité homosexuelle par rapport à la famille, du sida face aux parents ou aux proches, sont totalement écartés. En faisant ce choix, le réalisateur s’est démarqué de l'approche habituelle de l'homosexualité, qui focalise souvent les relations sur la recherche d'une reconnaissance vis-à-vis des "straights". Moyen original de montrer des adultes, des jeunes gens qui s'assument - tant bien que mal - (il y a un personnage de comédien qui a peur pour sa carrière), en tout cas intégrés à la société et qui, tout à coup, se trouvent confrontés à un drame personnel et à une tragédie collective.

Un film optimiste, en somme.

Que penser de la scène finale qui rassemble tous ces "compagnons de longue date", morts et vivants, dans des retrouvailles oniriques ? Norman René a-t-il voulu montrer une résurrection ? Ou simplement célébrer le courage d'une communauté ?

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