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Recherche pour “galerie au bonheur du jour expo maisons closes”

Tout contre Léo, Christophe Honoré

Publié le par Jean-Yves Alt

La douleur du mensonge P'tit Marcel a dix ans et doit son surnom tenace à son rang de benjamin au sein d'une famille soudée, complice et très contemporaine.

Trois grands frères : Tristan Grandes Dents, Pierrot Rigolo, Léo Le Plus Beau, bien plus fragiles que Marcel lorsque le drame s'abat sur la maisonnée : Léo, dont la beauté « fait partie de l'orgueil de la famille », annonce un soir qu'il a le sida. Le mal-être des grands n'est rien à côté de la rage du plus jeune, tenu hors de la confidence qu'il a néanmoins surprise.

Au malheur s'ajoute le mensonge, lâcheté protectrice qui blesse sans préserver. Marcel se révoltera, exigera l'aveu de la vérité, le partage avec ce grand frère qui échappe aux conventions des adultes. « Léo, tu n'es qu'un petit révolutionnaire réactionnaire », lui lançait son père déstabilisé. C'était avant que tout ne vole en éclats, comme les vitres de la médiathèque, brisées dans un élan rageur. Comme une chrysalide qu'il faut éventrer pour accoucher de sa maturité. Grâce à Léo, tout contre Léo, pour un jour savoir qu'on a pu réussir «à grandir sans lui». Lorsque les deux frères sont réunis à Paris, l'échéance fatale du sida est un temps occultée par l'observation du génie de la Bastille. « Ça a dû lui faire drôle au gamin, quand, d'en bas, il s'est vu en haut de cette colonne. » Un livre formidable, poignant et juste, qui réussit le miracle de dire le « je » d'un enfant de dix ans. Avec des sautes d'humeur et de registre, qui rendent la vivacité comme la nécessité de l'interrogation de l'enfant sur le monde.

Le Monde des Livres, PHILIPPE-JEAN CATINCHI, 3 mai 1996

« Tout contre Léo » n’est pas un livre sur le sida, mais sur la responsabilité qui n’est pas prise dans la famille pour gérer un drame annoncé.

Tout contre Léo, Christophe Honoré, Ecole des Loisirs, Collection Neuf, 1996, ISBN : 221103778X


Lire aussi sur ce blog, l'adaptation cinématographique du livre « Tout contre Léo » par Christophe Honoré lui-même.

Ce livre a pour suite : « Mon cœur bouleversé ».


Du même auteur : Noël, c'est couic !Le livre pour enfants


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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Tout fout le camp !, Dan Kavanagh

Publié le par Jean-Yves Alt

Dan Kavanagh est un pseudo de Julian Barnes. « Tout fout le camp ! » amène le privé londonien, Duffy, à s'offrir une partie de campagne toute professionnelle à Braunscombe Hall, superbe résidence de Vic Crowther, financier douteux à la retraite.

La satire des années Thatcher est féroce : le « châtelain », ironique modèle du « self-made man », a épousé une star du porno chic et choc, et vit entouré de parasites impécunieux et névrosés : fille accrochée à la cocaïne, fils attardé à sa maman et ex-gangster se piquant de sociologie...

Cette faune branchée, souvent drôle, est peu sympathique et même Nicki, la gamine de Vic, est détestable !

Tout fout le camp !, Dan Kavanagh

Kavanagh brosse également deux portraits d'homosexuels odieux, peu susceptibles d'attirer la sympathie du lecteur.

« Tout fout le camp ! » confirme cependant que la sexualité, lorsqu'elle est décriée sinon criminalisée, peut déboucher sur la psychose et le crime.

■ Tout fout le camp ! (Going to the Dogs) de Dan Kavanagh, Editions du Seuil, Points Policiers, 216 pages, 1982, ISBN : 978-2020198592

Quatrième de couverture : Il se passe des choses bizarres à Braunscombe Hall. Et le jour où on y découvre un "cadavre" dans la bibliothèque, le maître de maison charge Duffy – le privé cher à Kavanagh – de les élucider. Voici donc notre Duffy, ex-flic prolétaire et londonien, bisexuel de surcroît, condamné à mener la vie de château au milieu d’une bande de rupins qui lui paraissent aussi étranges que l’air insupportablement vierge de toute senteur urbaine. Son apparente naïveté face aux mœurs d’une semi-haute société de parvenus ne nuira en rien au succès de son enquête, et de cette confrontation naît une série délectable de portraits où un humour sarcastique se teinte aussi de tendresse.


Du même auteur : La nuit est sale - Arrêt de Jeu

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Bouvard, Flaubert et Pécuchet, Roger Kempf

Publié le par Jean-Yves Alt

Le chef-d'œuvre de Flaubert – Bouvard et Pécuchet – est, au-delà de la satire d'une société bourgeoise, l'exaltation de l'amitié virile, la nostalgie d'un possible paradis terrestre où deux hommes formeraient un couple solide et fidèle dans la communion de chaque instant, une histoire d'amour parfaite qui offrirait sa sérénité et sa profondeur contre les fluctuations de la passion hétérosexuelle et les servitudes de la vie conjugale.

Flaubert a vécu en célibataire. Il consacra beaucoup à l'amitié (Louis Bouilhet et Maxime du Camp). Il rêvait d'une maison où deux hommes écrivains partageraient des jours heureux de connivence affective et intellectuelle (1). Une vie d'adulte dans le prolongement des amitiés adolescentes.

Roger Kempf ouvre le labyrinthe de la personnalité de Flaubert qui aimait la liberté des réunions d'hommes, ne s'étonnait pas d'être attiré par « l'absolue beauté de l'adolescent de Damas » et qui dans ses lettres (au temps de l'inénarrable Ambroise Tardieu grand pourfendeur de l'onanisme) comparait « le travail de l'écrivain à un exercice de masturbation inlassablement répété ! Qui plus est, [il] s'était abîmé, au sens propre, cette fois, dans un orientalisme ordurier. Voyez-le dans son étuve, guettant sans vergogne un gamin, tandis que Du Camp, fort excité par les Négrillons, se faisait polluer, en reconnaissant y prendre du plaisir – circonstance aggravante – dans les quartiers déserts du Caire. »

 

Roger Kempf décrypte avec enthousiasme les chemins souterrains de Bouvard et Pécuchet :

« Pourquoi s'être tant inquiété de la couleur jaune de Madame Bovary, et si peu de la couleur tendre choisie par Flaubert pour Bouvard et Pécuchet ? »

■ Bouvard, Flaubert et Pécuchet, Roger Kempf, Éditions Grasset, 1990, ISBN : 2246438411


(1) cf. par exemple, le double pupitre qu'installent Bouvard et Pécuchet.


Lire aussi : Les tentations de Gustave Flaubert


De Jean-Paul Aron et Roger Kempf, lire aussi : Le pénis et la démoralisation de l'Occident

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Avis de recherches, un film de Stanley R. Jaffe (1983)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le mélodrame est souvent considéré avec un certain mépris car il exploiterait et flatterait les instincts prétendus primaires du public : les vallées de larmes seraient incompatibles avec la raison.

Dans Avis de recherches, un enfant, Alex Selky (Daniel Brian Corkill), est au cœur du drame, puisque c'est une histoire d'enlèvement que raconte Stanley R. Jaffe.

Le début de l'histoire est laborieux : les petites choses de la vie quotidienne qui tournent autour de la jeune mère divorcée Susan (Kate Nelligan), de son fils Alex et du chien ne parviennent guère à remplir l'écran. Puis on voit le jeune garçon dire au revoir à sa maman, s'éloigner avec son petit cartable, regarder à gauche, regarder à droite, traverser la rue, se retourner et lancer un dernier signe de la main, disparaître enfin derrière un pâté de maisons…

L'engrenage qui mène lentement à l'oppression et aux larmes met ensuite en action ses dents cruelles.

Pauvre Susan qui ne voit pas son fils rentrer de l'école !

Pauvre Susan qui apprend qu'Alex n'a même pas été vu à l'école ce jour !

Pauvre Graham Selky (David Dukes) qui demeure malgré tout le père de l'enfant (il est divorcé) et sur qui pèsent les premiers soupçons de l'inspecteur Menetti (Judd Hirsh).

Le suspense commence ; chacun peut s'identifier à la mère habitée à la fois par l'angoisse et le fol espoir... Le temps passe et l'inspecteur Menetti, qui n'a pas inventé la poudre, patauge…

Le jeune homme qui fait le ménage chez Susan et chez qui l'on peut déceler un comportement efféminé un peu stéréotypé est soudain accusé du rapt, et même du meurtre d'Alex. Il a été retrouvé à son domicile, parmi diverses preuves de ses mauvaises mœurs, un slip taché de sang appartenant au garçon disparu.

La mère, Susan, est pourtant la première convaincue de l'innocence du pauvre Philippe (Keith McDermott) qui passe en quelques instants du statut de sale pédé à celui de martyr.

Stanley R. Jaffe va crescendo pour accentuer le côté mélodramatique de cette histoire, qui fonctionne à merveille.

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Parting Glances, un film de Bill Sherwood (1986)

Publié le par Jean-Yves Alt

Une histoire gaie émouvante dans un New York touché par le sida.

Parting Glances, subtilement traduit en français par Clins d'œil sur un adieu.

Le film se déroule au cœur de Manhattan où le sida est devenu un sujet de conversation obsessionnel. Beaucoup d'individus ont été touchés par la maladie, et chacun connaît malheureusement, au moins, une personne qui est décédée. Michaël (Richard Ganoung), rewriter dans une maison d'édition, et Robert (John Bolger), cadre dans une organisation humanitaire, se fréquentent depuis dix ans et vivent en couple depuis six. Avant de le connaître, Michaël a eu une liaison avec un jeune musicien-rocker, actuellement atteint du sida.

Fataliste sur l'issue de sa maladie, le musicien se laisse assister par son ancien amant qui, tous les jours, lui consacre quelques heures afin de le distraire et le faire manger.

En "vingt-quatre heures", le spectateur découvre les caractères de chacun. Michaël est perturbé et inquiet, tandis que Robert, plus lâche, lui avoue qu'il part en Afrique (« l'Europe, c'est trop folle ! ») pour fuir la fin probable de Nick.

Double drame pour le perturbé Michaël qui va devoir remettre en cause en l'espace d'une soirée et d'une nuit, toutes ses opinions sur l'amour, la fidélité, mais surtout la maladie et la mort.

Et le film bascule d'une manière fort habile (une party d'adieu est organisée par tous les amis du couple, par surprise), dans la réflexion intelligente, habile et constructive. Loin des clichés misérabilistes qui sont trop souvent de rigueur, Parting Glances est au contraire plein de sagesse et de sérénité.

Tout en ne tombant pas dans l'absurdité inverse, c'est à dire en fermant les yeux et en fuyant la réalité. Parce que les personnages sont des gens intelligents.

La scène de la party est à cet égard riche d'enseignements : la complicité de la vieille dame qui en a vu d'autres et qui vous remonte le moral en moins de deux ; le petit jeune de vingt ans qui "désire vivre éternellement" et à qui Nick conseille plus sagement "de profiter de sa vie pépère, son bon vieux temps" et "de prendre une revanche : dire aux autres de ne pas perdre de temps". C'est tout ça "Clins d'œil sur un adieu", des témoignages d'amitié et de sagesse, et une infinie tendresse.

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