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Parution : Les Amis célèbres, Edward Montier (1914)

Publié le par Jean-Yves Alt

Jean-Claude Féray

et les éditions Quintes-Feuilles

présentent un nouvel opus sur les amis célèbres écrit par Edward Montier (1870-1954)

Les Amis célèbres d'Edward Montier

Achille et Patrocle, David et Jonathan, Nisus et Euryale, etc., tout le monde a entendu citer ces paires d’amis.

Mais parmi ceux qui savent pourquoi ces noms sont associés, combien seraient capables de dépeindre l’amitié qui unissait ces jeunes gens ?

Combien pourraient décrire leur vie, nous parler du décor et des temps qui les ont vu évoluer ? Edward Montier s’y emploie avec charme dans cet ouvrage, en nous autorisant à suivre les récits qu’il livre à son élève bien-aimé, un Phèdre moderne dont il serait le nouveau Socrate.

Les écrits du très catholique Edward Montier (1870-1954) inquiétèrent le Saint-Office qui les condamna en 1927 en même temps qu’un courant littéraire qualifié de « mystico-sensuel ». Il est exact que Montier a exalté l’amitié entre éphèbes. Mais Il l’a fait sans craindre d’offenser Dieu, puisque, selon lui, Jésus, qui a aimé l’apôtre Jean, a fourni le témoignage de son amour jusqu’au soir de l’ultime Cène :

« En tolérant ces tendresses, il les approuvait, et, les purifiant, pour ainsi dire, il nous y conviait. »

Les Amis célèbres constitue une sorte de contrepoison dont notre époque a plus que jamais besoin : dans un monde informatisé et trépidant, Montier redonne au temps une extension, une densité et une chaleur tout humaines qui nous font reprendre goût à la lecture.

Les Amis célèbres d'Edward Montier

Editions Quintes-Feuilles

Couverture : Détail de King Cophetua and the Beggar Maid par Edward Burne-Jones, 256 pages, août 2017, ISBN : 978-2955139936, 22€

Parution : Les Amis célèbres, Edward Montier (1914)

Table des matières

Présentation

Lettre-préface d’Edward Montier

Achille et Patrocle

David et Jonathan

Socrate, Lysis et Phèdre

Nisus et Euryale

Jésus et l’apôtre Jean

Montaigne et La Boétie

E. Montier et « l’imitation chrétienne de l’amour grec »

Annexes

Présentation et extraits de Nos gentils garçonnets


Extrait de la présentation de Jean-Claude Féray

parue dans le Bulletin Quintes-Feuilles n°7, août 2017, pp. 10-14

Les Amis célèbres et Antone Ramon : un destin commun

L’ouvrage, que nous avons le bonheur de republier en grande partie, Les Amis célèbres d’Edward Montier, partage avec Antone Ramon d’Amédée Guiard un destin commun : les deux livres ont en effet souffert d’avoir paru en 1914, peu de temps avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, avec les conséquences que l’on imagine sur l’immédiateté de leur insuccès. Et cela malgré de nombreuses critiques flatteuses comme celle du Figaro (cf. l’encart p. 15 du livre, Quintes-feuilles, 2017).

Dans le cas des Amis célèbres, la guerre mit en outre un terme au projet d’un second tome annoncé par l’auteur et l’éditeur. En effet, après avoir décrit six couples d’amis de l’Antiquité, Edward Montier devait encore parler des amis saint Grégoire & saint Basile, Montaigne & La Boëtie, etc., et évoquer la vie de Pline le Jeune ainsi que celle de saint Augustin. Ce second tome ne vit pas le jour.

Guiard et Montier : deux catholiques de gauche

Outre le destin de leur ouvrage, les deux écrivains Edward Montier et Amédée Guiard partagent encore d’autres points communs. L’un et l’autre enseignèrent dans un établissement catholique, l’un et l’autre furent des éducateurs épris de l’âme adolescente, attachés à en décrire les inquiétudes et soucieux d’en résoudre les conflits. Il est juste d’ajouter qu’aucun d’eux ne fut effrayé par la beauté des éphèbes, inspiratrice de sentiments naturels qu’ils ne jugeaient pas contraires à leur religion. Animés tous deux par leur foi et la volonté d’un engagement social éducatif, ils rejoignirent le mouvement de Marc Sangnier, le Sillon, qui séduisait toute la gauche chrétienne, et dont Montherlant a décrit les choix pédagogiques avec le Collège du Parc de son roman Les Garçons.

On ne sera pas étonné d’apprendre que Guiard et Montier se connaissaient. Bien que le travail associatif et éducatif d’Edward Montier fût centré sur la Normandie et plus particulièrement sur Rouen et le patronage des Philippins, nous savons que les deux hommes se sont rencontrés au moins une fois, en 1902, à l’occasion d’une fête de l’amitié célébrée à Rouen, fête qui réunit les jeunes de différents mouvements catholiques. Dans le compte-rendu qu’il donne de cette réunion pour la revue Le Sillon, Amédée Guiard présente Edward Montier, comme « le jeune homme idéal de cette idéale jeunesse » faisant ainsi un clin d’œil à L’Idéale jeunesse (1899), premier recueil de poèmes de son ami. Montier jouissait déjà d’une petite notoriété dont Amédée Guiard était loin de bénéficier : le recueil d’Edward Montier n’avait-il pas été préfacé par un académicien français, Sully Prudhomme — deux ans avant que celui-ci reçoive le prix Nobel ? Et en 1901, Charles-Théophile Féret ne consacrait-il pas un chapitre de ses Écrivains normands contemporains au « vrai poète » qu’était Montier ?

[…] La chasteté d’Edward Montier lui permit des audaces qui lui vaudraient aujourd’hui une dénonciation rapide des sycophantes qui officient aux plus hautes fonctions de l’Église catholique, en notre XXIème siècle. Dans sa brochure sur l’Amitié (1910) Montier ne décrivait-il pas déjà – en employant l’expression même – une amitié particulière entre Jésus et saint Jean, l’apôtre baptiste ? Voici en effet ce qu’il écrit au sujet du Christ :

« Il a laissé la tendresse de saint Jean aller avec lui jusqu’à la plus grande familiarité, et à l’heure même où il instituait le sacrement de son amour, au dernier soir de sa vie mortelle, quand l’ombre du gibet se projetait déjà sur son front, il permettait au disciple qu’il aimait entre tous les autres, de reposer sur sa poitrine, d’appuyer son front virginal sur son propre cœur, plus brûlant d’amour que jamais, et de partager, avec lui d’abord, le vin de son sang et le pain de son corps. L’amour de tous les hommes, à la veille de sa mort, n’a pas pu distraire le Christ lui-même de l’amitié particulière de saint Jean. En tolérant ces tendresses, il les approuvait, et, les purifiant, pour ainsi dire, il nous y conviait. »

Et que dire en général de l’abondante production de Montier évoquant souvent la jeunesse et qualifiée par le Vatican de mystico-sensuelle ? Nous avons choisi de reproduire en annexe quatre poèmes extrait de L’Idéale jeunesse ainsi qu’une page de journal écrite à dix-neuf ans, qui en donnent le ton. Cette littérature inquiéta quelque peu le Saint-Office : plusieurs rapports, à partir de 1917, en dénoncèrent le dévoiement théologique. Ce fut d’ailleurs, d’une manière plus générale, le mouvement littéraire appelé Renouveau catholique qui fut critiqué et condamné. Ce mouvement regroupait Edward Montier, Léon Bloy, François Mauriac, Paul Claudel et Robert Valléry-Radot (lequel devint prêtre et finit son existence comme moine trappiste). En 1927, les écrits de Léon Daudet firent à leur tour l’objet d’un rapport qui aboutit à une Instruction de Pie XI condamnant de manière globale toute cette littérature sensuelle et mystico-sensuelle. L’Instruction du pape, émise le 3 mai 1927, a-t-elle joué un rôle dans la mise à l’écart d’Edward Montier, cette année-là, de la direction des Philippins de Rouen ? En réalité, les circonstances de cette éviction sont plus troublantes : elles sont décrites en postface.

[…] L’auteur ne cache pas qu’il a eu le bonheur de connaître un amour platonique constructif, à vocation pédagogique, avec un adulte lorsqu’il était adolescent, et dans la mesure où lui-même a reçu un tel appui, il veut en instruire un alter ego et perpétuer ainsi les enthousiasmes de ses quinze et seize ans, âges que son cœur a gardés au fond de lui.

Guiard et Montier : une vie divergente malgré des préoccupations pédagogiques communes

Il est difficile de déterminer où se trouve vraiment la leçon morale d’Antone Ramon, le roman qui avait tant plu à Montherlant. Même si la morale de l’histoire n’est pas dans la mise en garde de l’abbé Buxereux à l’égard de Georges Morère (« Non, tu ne dois pas t’abandonner à cette amitié particulière, parce que... qui veut faire l’ange fait la bête »), même si, au contraire, cette morale réside dans la condamnation d’un rigorisme borné et contreproductif qui aboutit à la mort du jeune Antone, il est certain que Guiard s’est montré beaucoup plus timoré dans ses éloges de la beauté adolescente et beaucoup plus prudent à l’égard des amitiés entre garçons ou entre maîtres et élèves que son confrère Edward Montier. [...]

Jean-Claude Féray, août 2017

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Quand Stendhal illustrait Géricault

Publié le par Jean-Yves Alt

« Julien était le plus heureux des hommes. Naturellement hardi, il se tenait mieux à cheval que la plupart des jeunes gens de cette ville de montagne. [...] Son bonheur n'eut plus de bornes, lorsque, passant près du vieux rempart, le bruit de la petite pièce de canon fit sauter son cheval hors du rang. Par un grand hasard, il ne tomba pas ; de ce moment il se sentit un héros. Il était officier d'ordonnance de Napoléon et chargeait une batterie. »

Théodore Géricault – Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant – 1812

Huile sur toile, 349cm x 266cm, musée du Louvre

(1) Le rouge et le noir, Stendhal, Tome I, chapitre XVIII

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Bonheur des injures, Marcel Jouhandeau

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est une révélation que d'être insulté, méprisé publiquement. On fait la connaissance de certains mots qui n'étaient jusqu'alors que des accessoires de tragédie et dont on se voit tout d'un coup affublé, accablé.

On n'est peut-être plus celui qu'on croyait. On n'est plus celui que l'on savait, mais celui que les autres croient connaître, reconnaître pour tel ou tel.

Si quelqu'un a pu penser cela de moi, c'est qu'il y a quelque vérité là-dessous. On essaie d'abord de prétendre que ce n'est pas vrai, que ce n'est qu'un masque, une robe de théâtre qu'on vient de jeter sur vous par dérision et on veut les arracher, mais non ; ils adhèrent tellement qu'ils sont déjà votre visage et votre chair et c'est soi-même qu'on déchire, en voulant s'en dépouiller. [page 191]

Marcel Jouhandeau

■ in De l'abjection, Editions Gallimard, 2006, ISBN : 207077743X

Lire la citation précédente

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Sexe couvert dans la BD

Publié le par Jean-Yves Alt

… ou quand ce qui est caché permet toutes les lectures possibles des images.

Comme cette vignette d'un album de Jacques Martin, «L'enfant grec».

Enak et Alix, vendus sur la place d'Athènes, ont été placés chez Hykarion pour y apprendre le métier de potier.

Mais que regarde donc Enak avec tant d'insistance ? Serait-ce quelque chose que le lecteur ne peut apercevoir car caché par ce coussin rayé ?

Alix serait-il en train de bander ? Est-ce cela qui pourrait expliquer les yeux pleins de désir, de son ami ?


Lire aussi :

Alix, une série culte de Jacques Martin

Alix, une inaptitude troublante à faire le bonheur d'une femme

Alix, favorise ses « favoris »

Alix, Enak, une romance en construction


Lire une interview de Jacques Martin réalisée par Gérard Lefort et Mathieu Lindon pour Libération en 1996.

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Epicure à contre-courant

Publié le par Jean-Yves Alt

Épicure (341-vers 270 avant J.-C.) fut contemporain d'Alexandre le Grand. Pourtant, sa grande affaire ne fut pas la politique, mais l'amour. Et donc la mort.

Car on n'aime pleinement qu'à condition de savoir que le temps nous est compté. Politiquement, Épicure apparaît comme l'anti-Aristote : il prône le retrait du monde. Le sage, rappelle-t-il, doit vivre en marge des affaires de la cité.

Une véritable révolution, à l'époque ! Car tout, dans la Grèce du IVème siècle, prend sens à partir du rapport de l'homme à l'Etat. [L'épicurisme n'est possible, qu'à cause de la bataille de Chéronée - victoire de Philippe de Macédoine sur les Athéniens- , grande fracture dans la belle totalité grecque : soudain, la cité grecque perd son autonomie et le salut doit se trouver ailleurs.]

Le parallèle est frappant entre l'époque d'Épicure et la nôtre : la foi en la politique a disparu, rejoignant dans les limbes la foi en nos dieux. Le salut, pour nous, doit désormais se chercher ailleurs que dans la vie politique.

Mais où ?

A cette question, Épicure apportait une réponse que nous devrions méditer.

Le but de la vie est déjà ce que les Américains théoriseront sous le nom de « poursuite du bonheur ».

Encore faut-il s'entendre sur le sens de ce mot. Le bonheur n'est pas le confort, encore moins la possession de biens, et surtout pas les honneurs ou les babioles qui accompagnent la reconnaissance sociale. Non, le vrai bonheur consiste à vivre débarrassé des superstitions :

- Au premier rang d'entre elles, LA CROYANCE EN L’INTERVENTION DIVINE. Rien à voir avec l'athéisme. Simplement, explique Épicure, les dieux vivent en des sphères qui nous éloignent d'eux à jamais. Il est dans leur nature divine de ne pas s'occuper des mortels ; ce serait déchoir de leur rang que de veiller sur nous.

- Autre croyance néfaste : LA PEUR DE LA MORT. « Familiarise-toi avec l'idée que la mort n'est rien pour nous », ose écrire Épicure. Si la mort n'est rien pour nous, c'est qu'elle est absente lorsque nous sommes en vie et n'apparaît qu'au moment où nous ne sommes plus là : il ne peut donc jamais y avoir coïncidence entre nous-même et notre propre mort. Ainsi, imaginer le moment de notre mort est absurde : si on ne peut se représenter la mort, la craindre est vain. Cette crainte est le produit de l'imagination, de la superstition. Épicure ajoute à cet argument logique un argument « physique » : la mort, écrit-il, représente la dispersion des atomes dont nous sommes composés ; or, ces atomes sont éternels, remis à la disposition de l'univers pour se reformer en d'autres corps. Cette idée suppose qu'à travers notre mort se met en place une immortalité qui n'est plus celle de l'âme (comme ce le fut pour Platon et Aristote et comme ce le sera pour les penseurs chrétiens), mais celle des atomes.

Refuser les dogmes et les superstitions permet au sage de se tenir à l'écart de la douleur.

Reste les DOULEURS LIÉES AUX PASSIONS. Pour les éviter, Épicure invite à distinguer les plaisirs : tous ne se valent pas. Ainsi l'épicurien choisit les plaisirs « naturels et raisonnables ». Il prend peu, et uniquement ce qui conduit à la paix du cœur. S'il aime, s'il vit intensément, c'est parce qu'il sait qu'il va mourir, que le présent est le seul temps du bonheur.

Cette morale de l'urgence est aussi une éthique de l'instant. Pour le temps présent.

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