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Articles avec #citations tag

Vices et vertu par Claude-Michel Cluny

Publié le par Jean-Yves Alt

« Les vices ne sont souvent que des passions ou des goûts que la majorité n’éprouve pas, donc n’approuve pas. »

« Le charme du vice doit beaucoup à l’ennui de la vertu – ou de ce qu’on prend pour de la vertu. »

Claude Michel Cluny

in Le silence de Delphes (L’invention du temps tome 1) Journal littéraire 1948-1962, Editions La Différence, Littérature, 2002, ISBN : 2729114203, pages 176 et 186

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Une belle compréhension par William Golding

Publié le par Jean-Yves

Après la mort de sa mère, Sammy Mountjoy, le narrateur, est élevé par un vieux pasteur, qui généreusement prend en charge ses études. Plus tard, il a des maîtresses, puis se marie.

 

Le narrateur mentionne qu'étant enfant, il a fort bien discerné combien le vieux pasteur devait se maîtriser pour ne pas céder à l'attirance provoquée chez lui par les jeunes garçons. Sammy Mountjoy, adulte, se remémore ces événements, tout en se montrant extrêmement compréhensif :

 

« Je manquerais de sincérité si je prétendais ne pas avoir la certitude de ce qu'étaient les désirs effrayants de mon tuteur. Et pourtant je dois rendre mes impressions avec une extrême prudence, car, bien qu'il fût à la limite, il ne poussa jamais plus avant, vers moi ni aucun autre à ma connaissance. Il y avait une terrible bataille qui se déchaînait d'un bout de l'année à l'autre dans son cabinet de travail, où je l'entendais parfois gémir. Rien de risible en cela, ni à l'époque, ni en souvenir. Il était incapable d'approcher un enfant avec naturel, à cause des désirs profondément ancrés qui l'emprisonnaient. Il aurait pu m'embrasser, exprimer sa joie de ma présence, s'il y avait trouvé quelque plaisir. Où donc eût été le mal ? Pourquoi n'aurait-il pas souhaité flatter, caresser, embrasser la chaleur et la rondeur de la jeunesse ? Pourquoi, dans sa peau sèche et ridée, avec ses cheveux clairsemés et son corps chaque jour de moins en moins beau, de moins en moins puissant, pourquoi n'aurait-il pas désiré boire à cette fontaine si miraculeusement renouvelée de génération en génération ? Et s'il avait eu des désirs plus violents encore, eh bien, ils étaient suffisamment répandus dans le monde et ils faisaient moins de mal qu'un dogme ou un absolu politique. J'aurais pu alors me consoler par la suite en me disant : je fus de quelque utilité et d'un certain réconfort à l'un de ceux-là. »

 

 William Golding 

 

in Chute libre, éditions Gallimard, 1961, pp. 161/162

 

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Contradiction par Roger Martin du Gard

Publié le par Jean-Yves

On est à peu près forcé de se contredire en vieillissant... On s'est donné, trente ans de suite, la tâche de rendre la vie plus complète, plus harmonieuse : et on s'aperçoit que, en somme on n'a pas perfectionné grand-chose... On se demande même quelquefois si, à la pratique, le neuf vaut toujours l'ancien ?... Quand on est sincère, quand, année par année, on a acquis le sens total de la réalité, il est impossible de n'être que logique.

 

Parole prononcée par Barois, dans Jean Barois.

 

 

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Sublimation du désir paternel par Jean-Louis Bory

Publié le par Jean-Yves

« Il y a des homos que leur "âpre stérilité" tourmente. Pas moi. J'ai déjà dit ce que je pensais de la téléologie lapinoïde. J'ai investi mes instincts paternels dans la pédagogie professionnelle : j'ai enseigné pendant près de quinze ans, je n'ai jamais eu envie de coucher avec mes élèves, je n'aime pas les mineurs, c'est une chance : dans une société aussi mal faite que la nôtre, ça mérite les angoisses de la correctionnelle ; dans ma classe je n'éprouvai qu'un désir diffus ; d'où la chaleur de mon enseignement : j'aimais mes élèves en bloc ; je ne cherchais pas à élucider dans cet attrait la part de l'aura sexuelle, elle existait sans doute, c'est elle qui fait les bons profs, regardez Socrate, le prof type, le pédago idéal, l'éveil-leur inégalable et c'est pour ça la ciguë. Mon potentiel de paternité, j'en ai fait ensuite profiter mes amants quand ils étaient — je veux dire : quand ils sont beaucoup plus jeunes que moi. Et puis cette âpre stérilité, j'essaie de la compenser par la création littéraire. A la fois mère et père (ce qui me comble), j'accouche de livres. »

 

Jean-Louis Bory

 

in « Comment nous appelez-vous déjà ? » de Jean-Louis Bory et Guy Hocquenghem, Éditions Calmann-Lévy, 1977, ISBN : 2702101887

 

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Vieillissement par Roger Martin du Gard

Publié le par Jean-Yves

Pendant longtemps, on croit que la vie est une ligne droite, dont les deux bouts s'enfoncent à perte de vue aux deux extrémités de l'horizon : et puis, peu à peu, on découvre que la ligne est coupée, et qu'elle se courbe, et que les deux bouts se rapprochent, se rejoignent... L'anneau va se boucler... On va devenir un vieux qui ne sait plus que tourner dans son cercle.

 

Parole prononcée par Barois, dans Jean Barois.

 

 

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