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Articles avec #citations tag

Ce qui est insupportable chez deux homosexuels par Michel Foucault

Publié le par Jean-Yves Alt

« Deux garçons qu'on voit partir pour aller coucher dans le même lit, on les tolère, mais si le lendemain matin, ils se réveillent avec le sourire aux lèvres, ils se tiennent par la main et s'embrassent tendrement et affirment ainsi leur bonheur, là on ne leur pardonne pas. Ce n'est pas le départ heureux pour le plaisir qui est insupportable, c'est le réveil heureux. »

Michel Foucault

in Entretien avec Jean le Bitoux. « Le Gai Savoir », La Revue H, n°2, 1996

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Un curieux serviteur par Christian Combaz

Publié le par Jean-Yves Alt

On relève dans l'Évangile un passage suspect (Matthieu 8: 5-13 et Luc 7: 1-10) qui éveille la curiosité de l'historien et du romancier, celui où un centurion romain vient voir Jésus pour lui demander du secours car son serviteur est malade.

Imaginez un colonel du Pentagone qui traverserait Washington à 1 heure du matin pour réclamer l'intervention d'un médecin d'urgence au chevet de son employé mexicain. Le médecin se dirait : « C'est bizarre. » Là, nous avons un brigadier (élu) d'une armée puissante où les pratiques homosexuelles étaient ultrarépandues, et qui se préoccupe du sort d'un simple serviteur, en allant voir un guérisseur juif dont on lui dit grand bien mais qui fait partie du peuple écrasé par l'envahisseur.

Dans le texte de l'Évangile selon saint Luc, les mots grecs sont « entimos doulos », ce qui se traduit par « esclave favori » ; quant à Matthieu, dans la conversation qu'il rapporte entre le centurion et Jésus, il utilise deux mots, l'un pour désigner ses esclaves ordinaires, « doulos », et l'autre, « pais », pour désigner le jeune malade, ce qui lui donne un statut particulier d'enfant chéri de la maison.

Il nous reste de cette scène ce curieux échange verbal que rapportent les chrétiens à la messe en se frappant la poitrine :

« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. »

Selon toute vraisemblance, le centurion, instruit du peu d'indulgence que montraient les Juifs à l'égard des pratiques pédérastiques de l'armée romaine, a probablement conçu un scrupule de dernière minute et s'est dit : « Les Juifs n'aiment pas nos mœurs, je ne vais pas braquer ce Jésus et compromettre mon affaire en lui demandant de me suivre chez moi pour lui montrer de quel genre de serviteur il s'agit. »

À quoi le prophète juif répond à la cantonade que non seulement la confiance de cet homme à son égard est très grande, mais que les Juifs, si orthodoxes, si assurés d'être du bon côté, ne seront pas les premiers au Royaume des Cieux.

Christian Combaz

in Les âmes douces : personne n'est contre-nature, Editions Télémaque, 320 pages, 8 octobre 2015, ISBN : 978-2753302792, pp. 172-173

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Conclusion (?) avec Yves Navarre

Publié le par Jean-Yves Alt

« Ce que nous avons vécu, vit encore, et vivra en marge de toute morale et de toute loi, là où les êtres humains acceptent d'être ce qu'ils sont et ne s'en contentent jamais. »

Yves Navarre

in Le petit galopin de nos corps, éditions Robert Laffont, 1977, p. 185

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Sur Noël par Thomas Hardy et les personnages de Linda Newbery

Publié le par Jean-Yves Alt

— J'ai lu ça dans le Times l'année dernière, avant de te connaître, lui avait dit Alex. Je crois que tu vas aimer.

Le poème, intitulé The Oxen, « Les Bœufs », était de la plume du romancier Thomas Hardy :

Veillée de Noël, minuit à l'horloge. « Ils sont tous à genoux maintenant », Dit un ancien, parlant à notre bande blottie Près de l'âtre où rougeoient les braises. Et nous d'imaginer ces humbles, ces douces créatures Chez elles, dans leur enclos de paille,
Personne ne doutant Qu'à genoux, en cette minute, elles le fussent en effet. Rares sont ceux, de nos jours, qui broderaient De pareilles fantaisies ! Pourtant, Si quelqu'un me disait la nuit de Noël: « Viens là-bas à la grange voir les bœufs à genoux Dans la vallée perdue De notre enfance », Je l'accompagnerais dans l'obscurité En songeant : « Pourvu que ce soit vrai. »

La première fois qu'il avait déplié ce billet, sachant qu'Alex l'observait dans l'attente de sa réaction, Edmund avait lu le poème trois fois : pour lui-même, pour Alex, pour l'Alex qui avait souhaité le lui faire partager. Il essaya de ne pas s'attarder sur un léger pincement d'amertume : si Alex lui donnait le poème de Hardy, c'était pour lui montrer ce qu'était le vrai travail d'un poète, pour pointer l'insuffisance de ses propres vers.

— Oui, c'est très beau, approuva-t-il. Pourquoi l'aimes-tu à ce point ?

Ils étaient à la popote des tranchées, appuyés au parapet dans l'aube grise et froide. Quelque part, or, faisait frire du bacon.

— Parce que Thomas Hardy, c'est évident, a sur Dieu la même opinion que moi.

Alex se frappait les côtes pour ne pas perdre sa chaleur.

— Il ne peut pas croire vraiment en lui, mais il accepterait de bon cœur une preuve si elle se présentait. Tu sais quoi ? La première fois que j'ai lu ces lignes, j'en avais des frissons dans le dos.

Edmund le regardait.

— Des frissons de peur ?

— Non. D'envie.

— Tu as envie de croire, comme lui ? Qu'en dirait Karl Marx ?

— Ça, c'était la première fois que j'ai lu le poème. Plus maintenant. Rares sont ceux, de nos jours, qui broderaient / De pareilles fantaisies ! Thomas Hardy voulait sûrement parler de tout ça... – Alex remua sa main gantée en direction du no man's land : ... aussi bien que des progrès en matière de connaissance scientifique. À cause de la guerre, croire est devenu impossible, même pour ceux qui croyaient avant. Il n'y a pas de Dieu. Il n'y a que des hommes, et ce qu'ils se font les uns aux autres.

— Sauf quand tu tombes à minuit sur des bœufs à genoux dans une étable. On devrait peut-être essayer de les voir cette nuit. Ça te convaincrait ?

Nativite Campin boeuf

Robert Campin - Nativité (détail)- vers 1425 (Musée Beaux Arts, Dijon)

— Au front, la pause de Noël, on ne sait pas ce que c'est. Malheureusement.

— D'accord, mais si...

— Si on trouvait une étable, et s'il y avait là des bœufs agenouillés dans la paille ? Non. Ça ne me convaincrait pas. Je me dirais qu'ils ruminent, voilà tout. C'est un conte de fées, comme le suggère Hardy. Un joli conte, mais un conte. Il me faudrait d'autres preuves que celle-là.

in « Graveney Hall », Linda Newbery, traduit de l'anglais par Joseph Antoine, Le Livre de Poche, janvier 2014, ISBN : 978-2253178088, pp. 252-255

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Mariage et conception entre hommes par Lucien de Samosate

Publié le par Jean Yves Alt

Les Histoires vraies racontent le voyage du narrateur dans des contrées inexplorées :

"J'aimerais maintenant rapporter les choses extraordinaires et surprenantes que j'ai observées durant mon séjour sur la Lune. D'abord le fait que ses habitants ne naissent pas de femmes mais de mâles. Ils pratiquent le mariage entre mâles et ignorent absolument jusqu'au nom « femme ». Avant vingt-cinq ans, chacun tient lieu d'épouse, ensuite il devient l'époux. La gestation ne se fait pas dans le ventre mais dans le mollet : l'embryon une fois conçu, la jambe grossit. Un certain temps après, on l'ouvre et on en extrait un fœtus mort. On l'expose au vent, bouche ouverte, on le ramène ainsi à la vie. Il me semble que les Grecs ont tiré de là le nom du mollet [gastrocnémie], parce que, chez les Sélénites [habitants de la Lune], c'est lui qui remplace le ventre pour porter le fœtus.

Mais je vais raconter encore plus fort que cela. On trouve chez eux une race d'hommes appelés Dendrites [hommes des arbres] qui naissent de la façon suivante. On coupe le testicule droit d'un homme et on le plante dans le sol. Il en pousse un très grand arbre, fait de chair et semblable à un phallus. Il a des branches et des feuilles, et ses fruits sont des glands longs d'une coudée. Quand ils sont mûrs, on les cueille et on les casse pour en faire sortir les hommes. Ceux-ci ont des sexes postiches, certains d'ivoire, d'autres (les gens pauvres) de bois ; ils s'en servent pour saillir leurs partenaires et s'unir avec eux."

Lucien de Samosate

in Histoires vraies, A, 22

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