Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #citations tag

Xavier, chanté par Anne Sylvestre (1981)

Publié le par Jean-Yves

Même si les chansons d'Anne Sylvestre ne sont pas explicitement homosexuelles, elles sont d'une efficacité certaine pour la reconnaissance des différences sexuelles. Elles bousculent aussi les idées poussiéreuses de la civilisation patriarcale. Xavier parle des hommes en mouvement qui s'acceptent tels qu'ils sont, malgré l'image de « petit mâle anormal » qu'on leur colle à la peau depuis l'enfance.

 

Quand il était encore bébé, Xavier,

Voyant sa mère qui pouponnait son cadet,

Voulant tout faire comme maman, tendrement

Langeait et berçait son ourson sans façons.

Vous voyez, vous voyez qu'il était bien disposé.

 

Mais les amis, mais les parents, apprenant

Qu'il était tendre et maternel, l'eurent belle

De tomber à bras raccourcis, sans merci,

Sur la pauvre maman tranquille, malhabile.

Vous voyez, vous voyez qu'elle n'y avait pas pensé.

 

Ils lui prédirent avec terreur, quelle horreur!

Qu'il allait être, paraît-il, pas viril,

Dirent qu'il fallait mettre aussitôt une auto

Dans les mains de ce petit mâle anormal.

Vous voyez, vous voyez à quoi on peut échapper.

 

Mon Xavier n'a pas protesté, pas pleuré,

A enroulé vaille que vaille la ferraille

Dans le mouchoir de sa maman, tendrement,

Puis il a fait dodo à l'auto.

Vous voyez, vous voyez qu'on pouvait bien s'inquiéter.

 

Je dois pourtant vous rassurer sur Xavier.

Il a passé sans avanies son permis.

Ses sentiments pour son auto sont normaux.

Tous ne peuvent pas en dire autant bien souvent.

Vous voyez, vous voyez, tout finit par s'arranger.

 

Voir les commentaires

La littérature est une confrontation entre soi et soi par Yves Bonnefoy

Publié le par Jean-Yves

Elle exige une remise en question de soi-même. Elle pas n'est une évasion, un jeu, une distraction.

 

La littérature est un voyage sans fin. Le pays où l'on n'arrive jamais. On est à deux doigts de toucher l'essentiel mais on sait, au fond, qu'on n'y parviendra pas.



Les premières pages de L'Arrière-Pays d'Yves Bonnefoy traduisent cette impression :

 

« J'ai souvent éprouvé un sentiment d'inquiétude, à des carrefours. Il me semble dans ces moments qu'en ce lieu ou presque, là, à deux pas sur la voie que je n'ai pas prise et dont déjà je m'éloigne, oui, c'est là que s'ouvrait un pays d'essence plus haute, où j'aurais pu aller vivre et que désormais j'ai perdu. »

 

Yves Bonnefoy

 

Voir les commentaires

La verge vue par Léonard de Vinci

Publié le par Jean-Yves

« La verge a des rapports avec l'intelligence humaine et parfois elle possède une intelligence à elle ; en dépit de la volonté qui désire la stimuler, elle s'obstine et agit à sa guise, se mouvant parfois sans l'autorisation de l'homme et même à son insu, soit qu'il dorme, soit à l'état de veille.



Il arrive que l'homme dorme, elle ne suit que son impulsion, elle veille et il arrive que l'homme soit éveillé et qu'elle dorme. Maintes fois, l'homme veut se servir d'elle qui s'y refuse. Maintes fois, elle voudrait et l'homme le lui interdit. Il semble donc que cet être ait souvent une vie et une intelligence distinctes de celles de l'homme. Ce dernier a tort d’avoir honte de la nommer et de l'exhiber, en cherchant à couvrir, à dissimuler ce qu'il devrait orner et exposer avec pompe, comme un officiant. »

 

Léonard de Vinci

 

■ in Carnets, Editions Gallimard, collection Tel, 1989

 

Voir les commentaires

« I'm proud of my gay son » par Sarah Montgommery (1980)

Publié le par Jean-Yves

Sarah Montgommery a quatre-vingt-un ans [en 1980, quand Le Gay Voyage est paru] ; elle porte tous les jours deux triangles roses – un sur son manteau, l'autre au revers de sa robe de cotonnade imprimée. La vieille dame vive et agile me reçoit dans son appartement, dans les grands immeubles modernes qui bordent East River. Au dix-huitième étage, Sarah a reconstitué un appartement à l'anglaise, où les bibelots et les meubles encombrent le salon, un salon de H.L.M. A l'entrée, un petit autel privé – la photo de son fils, suicidé il y a dix ans avec son amant, que barre un autre triangle rose. Sarah, depuis, a fondé les Parents of gay people :

 

« Mon fils était gay dès l'âge de treize ans. Mais il ne me l'avait pas dit. Quand il est parti pour la guerre contre Hitler – il avait dix-huit ans –, il a voulu me téléphoner pour me le dire. Mais son amant, à l'époque, l'a conjuré de n'en rien faire : ils avaient peur de la réaction des autres soldats. Il s'est marié après la guerre, à San Francisco ; il avait toujours voulu avoir des enfants. Vous savez, il n'est pas vrai que les gays ne veulent pas d'enfants : certains le veulent, d'autres pas.

 

Il était musicien, il ne vivait que par et pour la musique. Il avait composé une symphonie à l'âge de seize ans ; et il avait toujours peur de se faire traiter de folle par les autres garçons parce qu'il avait cette sensibilité d'artiste. Tous les jours, il revenait de l'école en sang, les autres le battaient et le traitaient de folle, avant même qu'il sût ce que ça pouvait vouloir dire. Il ne voulait pas se battre, parce qu'il avait peur de s'abîmer les mains. Il était pianiste...

 

Comment aurais-je pu deviner qu'il était gay ? […] Il était mon plus jeune fils. Je suis le vivant exemple des mensonges qu'on raconte sur le rôle des familles par rapport aux homosexuels : j'étais beaucoup plus proche de mon fils aîné que de Charlie, et si quelqu'un avait dû devenir gay par ma faute, c'eût été lui, l'aîné... Et pourtant il est resté non-gay. Je n'utilise jamais le mot straight (hétérosexuel), je dis seulement non-gay.

 

En fait, mon fils aîné me donnait beaucoup plus de soucis que Charlie. Il s'est marié trois fois, par exemple. […] Charlie, marié, a essayé deux fois de se suicider. Je ne comprenais pas pourquoi : ses enfants l'adoraient. Il disait que sa famille serait plus heureuse sans lui... Je ne voyais pas le sens de ses paroles. Il changeait de travail souvent, et là aussi je ne comprenais pas pourquoi.

 

Après sa seconde tentative de suicide, qui a failli réussir, il m'a téléphoné pour me dire qu'il était gay. Il avait trente-cinq ans, alors. Et je lui dis cette phrase que je répète tous les jours : « I wont be a closet mother » (Je ne serai pas une mère honteuse) : puisque lui-même se proclamait gay, je devais être à ses côtés. Je l'ai dit immédiatement à tous mes amis, que mon fils était gay, et que j'en étais fière. A cette époque, il n'y avait aucun mouvement gay... Moi-même, je n'ai jamais eu aucun problème avec les gays. Quand j'étais étudiante, une amie était tombée amoureuse de moi ; nous n'avons pas eu de relations sexuelles, mais j'étais très touchée de son amour, et je le lui ai dit.

 

Charlie, ayant enfin déclaré son homosexualité, a divorcé. Il s'est installé dans le ghetto gay de San Francisco avec son amant. Je suis allée là-bas et j'ai vécu avec eux quelques semaines. Ils m'emmenaient partout, à leurs meetings, dans les bars gays la nuit […] Et j'ai trouvé que c'était merveilleusement libre, et humain.

 

J'ai alors compris bien des choses. Pourquoi il avait eu tous ces problèmes professionnels... Mais la découverte de l'oppression qu'avait subie mon fils est venue, pour moi, dans la dernière partie de ma vie, comme l'ultime révélation d'un nouveau combat à mener contre l'injustice. Après tout, ma vie, c'est soixante-dix ans de combat. A l'âge de seize ans, j'ai commencé à tenir des meetings de suffragettes chez mes parents. A l'époque, j'ai découvert que je n'avais aucun droit, que j'étais un zéro entre mon père et mon futur mari. J'ai été étudiante – peu de femmes l'étaient à l'époque – et j'ai entendu sérieusement discuter dans les universités la question de savoir si les femmes avaient assez d'intelligence pour être admises à voter.

 

[…] Mes propres parents, toutefois, étaient plutôt réactionnaires. Mon père était très riche, il possédait la moitié de la ville où nous habitions. Néanmoins, notre famille avait cette tradition hérétique. […] Mon mari, duquel j'ai divorcé, était un économiste en renom, et je disposais par lui de revenus suffisants pour me consacrer à ce que je croyais le plus juste. […] Je suis devenue l'une des premières militantes antifascistes de ce pays. J'ai même été poursuivie à ce titre par la Commission des activités anti-américaines, avant la guerre.

 

[…] quand le mouvement gay a commencé, je me suis dit qu'il fallait être là, pour mes deux hommes, pour Charlie et son amant John. Et j'ai été à la première « parade » gay, en 1970, non pas en portant une pancarte comme mère, mais simplement, comme tout le monde.

 

[…] C'est à cette époque que mon Charlie a choisi de mourir, en 1971. Le mouvement n'est pas allé assez vite pour le sauver. Un soir, son amant, John, qui était homme d'affaires à un poste important, est rentré en annonçant qu'il était mis à la porte, sans chômage – parce qu'ils avaient découvert qu'il vivait avec Charlie. Charlie est monté me voir, j'étais au lit, et il a éclaté en sanglots. Il se sentait responsable...

 

Pourtant, Charlie était assez heureux. Son ex-femme, qui est une grande amie, acceptait très bien qu'il fût gay, ses enfants, qu'elle lui laissait voir autant qu'il le désirait, le savaient aussi, et l'adoraient... Les choses peuvent être si simples quand on les laisse s'exprimer naturellement. Mais ce licenciement, venant après tous ceux que mon fils avait lui-même subi, soit du fait de mes activités de « communiste », soit parce qu'il était gay, les a poussés au suicide. Ils sont morts tous deux en s'asphyxiant au gaz d'échappement, dans le garage. Il me reste quarante lettres de mon fils, le déluge de quelqu'un qui parle après tant d'années de silence. […]

 

Aujourd'hui, l'histoire tragique de mes deux fils – pour moi ils sont tous deux mes fils – est une histoire du passé. Il faut qu'elle ne puisse jamais redevenir possible. Au début de nos « groupes de parents », les mères venaient pleurnicher en disant : « Mon Dieu, j'ai un fils gay, c'est certainement ma faute... » Et je leur répondais toujours que moi, à qui la pire chose était arrivée, j'étais fière de mon fils gay. Je suis devenue une grand-mère du mouvement. […]

 

[…] Je connais bien les enfants, et je sais comme ils ont tôt envie de sexe. Je sais aussi qu'on ne peut pas fixer de barrières à l'amour, de règles, que ça n'a pas de sens. Et je pense que nous avons désespérément besoin d'adultes qui aiment les enfants. Nous avons terriblement besoin d'enseignants gays, Par exemple, pour que les élèves gays trouvent un relais, un support. Et qu'y a-t-il de mal à ce que l'enfant et le professeur tombent amoureux l'un de l'autre ? Est-ce que ça n'arrive pas tous les jours chez les non-gays ?

 

Les convictions de ma vie, ma lutte contre toutes les formes d'oppression, n'ont jamais changé. J'étais considérée comme une figure de l'extrême gauche, j'ai été accusée de pro-soviétisme. […] même si je n'ai plus de "paradis socialiste", je continue à croire, je continuerai jusqu'à ma mort, que l'orientation sexuelle, si importante soit-elle, n'est pas toute la vie ; qu'il y a des choix politiques auxquels je reste fidèle. Je suis inquiète pour un avenir que je ne verrai pas. »

 

Sarah Montgommery

 

in « Le Gay Voyage » (Guide homosexuel des grandes métropoles), Guy Hocquenghem, Editions Albin-Michel, 1980, ISBN : 2226010408, pp. 73/81

 

Voir les commentaires

Quand les femmes préparent des guerriers à des ébats sensuels qu'elles ne partageront pas par Hugo Marsan

Publié le par Jean-Yves Alt

« De leurs doigts surchargés de bagues, les femmes caressent les joues des hommes, puis de leurs paumes elles massent les tempes doucement. Une caresse lente et attentive. Elles pianotent autour des yeux, avec méthode et application. Ils s'abandonnent, allongés sur les tapis qui recouvrent la terre au goût de mort, leur tête appuyée sur les cuisses de la femme, le visage renversé, les yeux clos. Elles sont accroupies sur leurs talons. S'ils entrouvrent les paupières, ils ne voient que leurs mains lourdes de pierres et d'or. Certains tentent de garder les yeux ouverts, mais la fatigue les emporte. Elles appuient le bout de leurs doigts aux longs ongles rouges sur la peau tannée, leur peau qu'aucune ride n'égratigne à l'exception, déjà, de fines stries blanches au coin des yeux. Les lunettes ne les préservent pas totalement de l'ardeur du soleil.

[…] elles défont un à un les boutons de leur chemise kaki et passent la paume des mains sur leur poitrine. Leurs ongles effleurent les tétons bruns qui se durcissent. […] Elles accélèrent les mouvements des doigts sur les aréoles, précisent la violence de l'attouchement. Ils se soumettent, soulèvent parfois le buste pour mieux s'adapter à l'emprise des mains. Elles voient le tissu du treillis se tendre à la braguette, elles insistent, les arrachent lentement à la torpeur. Maintenant, elles expulsent les épaules rondes des manches de la chemise. C'est un instant que la plus blasée d'entre elles reçoit chaque fois comme un choc, le déchirement que provoque la nudité des hommes trop beaux. Elles en parlent la nuit quand elles regagnent leur dortoir. […]

Les mains des femmes descendent vers le ventre, défont le ceinturon. Plus tard elles déboutonneront la braguette. Ce geste quasi maternel a des échos mystiques. […] Elles ne touchent pas directement le sexe qui se tend, arme de chair si naïve. Leurs mains se détachent très vite, glissent sur les cuisses, les genoux, les jambes. Ils capitulent. À leur tour, elles ferment les yeux sur l'infini de leur détresse.

La Vieille fait signe de prendre l'éponge lourde d'eau tiède. Elles lavent le visage, le cou, les aisselles, les seins, chaque bras que d'une main elles soulèvent puis reposent. L'éponge presse le ventre, frôle le sexe qui s'apaise. D'un geste méthodique, elles retournent le corps du garçon qui roule doucement sur le tapis. Elles ne retiennent pas un imperceptible râle de plaisir, accueillent, les yeux révulsés, l'intense blessure qui traverse leur ventre, poignarde les tréfonds de leur sexe quand sous le chuintement tendre de l'éponge tiède les fesses du garçon se raidissent puis se relâchent, offertes. […]

Chaque femme abandonne l'éponge dans l'eau de la cuvette. Sur l'ordre de la Vieille, elles se lèvent, emportent la bassine, silencieuses se glissent le long des couloirs infinis, de l'autre côté de la forteresse […]

Les hommes un à un ouvrent les yeux, deux à deux se regardent. Ils sont nus. Leurs vêtements ont été emportés dans le quartier des femmes pour être lavés et repassés. Ils sourient. Ils glissent imperceptiblement l'un vers l'autre. Le hasard de la promiscuité ? Leurs corps se touchent, ils s'étreignent, cuisses contre cuisses, les mains sur le dos de l'autre, puis sur les fesses. Ils se serrent. Chaque fragment de peau adhère à celle du frère. Siamois, ils forment un bloc épais de chair, les sexes qu'on ne voit pas se tendent jusqu'à la douleur. Un très lent roulis les berce deux à deux. Mouvement des reins, des ventres qui se frottent, des sexes collés qui frémissent d'un mouvement de plus en plus rapide.

Dans la nuit on entend les hommes jouir. Une immense rumeur qui envahit le désert, puis bientôt s'éteint, abandonnant la terre à sa solitude. Les hommes dorment enfin, enlacés, engloutis dans les tapis qu'ils ont brusquement rabattus sur leurs membres épuisés. Avant de repartir pour la guerre.

Au petit jour, les femmes lavent la grande salle pleine de nuit, secouent les tapis, frottent les taches, effacent les traces de larmes. Elles remplissent les cuvettes d'eau et les déposent au soleil. »

extrait de la nouvelle « Les femmes de la forteresse » du recueil Monsieur désire, Hugo Marsan, Éditions Zulma (collection Vierge Folle), 1992, ISBN : 2909031128, pp. 16/19

Voir les commentaires