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Articles avec #citations tag

Recherche identitaire par René de Ceccatty

Publié le par Jean-Yves Alt

« J'écrivais pour refermer ce livre du vécu : les signes de ma sexualité m'importunaient, puisque j'aimais afin de m'en libérer ; mais voici l'ennui : il faut dire, parfois écrire pour suivre le chemin de ce dégagement ; vivre revenait trop souvent à feindre de chercher son lieu dans le labyrinthe des identités sexuelles... »

René de Ceccatty

■ in Jardins et rues des capitales, Editions de la Différence, 1980, ISBN : 2729100806


Du même auteur : Une fin - L'extrémité du monde - L'or et la poussière - Esther - L'étoile rubis - La princesse qui aimait les chenilles - Babel des mers

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Le droit à la différence vu par Jack-Alain Léger

Publié le par Jean-Yves Alt

« […] Cette tarte à la crème écœure à force de tout recouvrir de sa crème : le Même, l'Autre, la Loi. À l'intolérance du Même, ce n'est pas la tolérance du Même pour l'Autre et de l'Autre pour le Même qu'on oppose, mais l'intolérance de l'Autre. Dans le droit à la différence, c'est la différence qui est exaltée, non le droit.

Or, si je me tiens à distance de la scène homosexuelle – du ghetto pédé, allais-je écrire, cédant à mon tour au terrorisme langagier des partisans du droit à la différence, cédant à cette paranoïa qui nous fit tous joyeusement scander en mai 68 « CRS SS » –, et quelles que soient les tentations qu'offre cette scène, quelles que soient les occasions d'aventure dont je me prive ainsi, ce n'est pas que je sois, comme m'en accuserait le militant homo, un homo honteux, ou, dans son jargon : – Une qui s'assume mal ! C'est au contraire parce que je veux pleinement m'assumer ; c'est que, pour parler la langue de bois soixante-huitarde, je veux vivre ma différence ; c'est-à-dire, en langue classique, vivre avec mes contradictions, vivre dans les contradictions.

Pour cette raison, je refuse le militantisme, la platitude de ses slogans, la pauvreté de ses ambitions. Tout comme je refuse de m'assimiler entièrement au peuple de Sodome et d'y perdre mon identité. Le militantisme m'est suspect : dans son indiscrétion, je vois une atteinte à la vie privée ; l'intolérance n'est pas loin. Je suis en somme un pédé de la diaspora : homme d'abord et par ailleurs homo. Non pas homo tout court.

Rejeté du Même, je ne veux pas pour autant n'être que l'Autre. En un vivant paradoxe, je veux être le même et l'autre. Car je veux habiter un monde d'êtres singuliers et secrets ; car je veux me sentir à la fois solidaire et solitaire. Car je veux ne parler qu'en mon nom.

Et si la dignité du pédé était aussi bien dans sa honte que sa fierté ? Ou, pour mieux dire : si elle était dans sa honte et sa fierté ? Si elle était dans ce déchirement ?

Plutôt que le droit à la différence, ne faudrait-il pas revendiquer le droit de se masquer à demi — le droit au loup ?

Il va de soi par ailleurs, mais autant parer d'avance à une inutile polémique avec des militants de mauvaise foi, il va de soi que je m'oppose à la répression ouverte comme à l'oppression insidieuse qui frappent l'homosexualité, il va de soi que je m'élève contre toute espèce d'intolérance envers les déviants, il va de soi que je fais même mien le slogan :

« Out of the closets ! Down in the streets ! »

Que j'aie pris le risque de publier ce livre-ci en témoigne assez. »

in Autoportrait au loup, Jack-Alain Léger, Editions Flammarion, 1982, ISBN : 2080644874, pp.188/190

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Hommage à Daniel Defert par Michel Foucault

Publié le par Jean-Yves

La relation entre les deux hommes a duré du début des années 60 à la mort de Michel Foucault. C'est-à-dire près de vingt-cinq ans.

 

Le caractère profond de leur relation est lisible dans ce très beau texte où le philosophe parle de retrouver son compagnon :

 

« Je vis dans un état de passion vis-à-vis de quelqu'un. Peut-être qu'à un moment donné cette passion a pris la tournure de l'amour. En vérité, il s'agit d'un état de passion entre nous deux, d'un état permanent qui n'a pas d'autre raison de se terminer que lui-même et dans lequel je suis complètement investi, qui passe à travers moi. Je crois qu'il n'y a pas une seule chose au monde, rien, quoi que ce soit, qui m'arrêterait lorsqu'il s'agit d'aller le retrouver, de lui parler. »

 

Michel Foucault

 

■ Cité par Didier Eribon in Michel Foucault, Editions Flammarion, 1989, ISBN : 2080649914, page 167

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Nicolaï Kluev ou le mysticisme paysan

Publié le par Jean-Yves

Nicolaï Kluev est né dans une famille de paysans très religieux du nord de la Russie. Sa poésie, empreinte d'un mysticisme paysan, en restera constamment marquée. Evoquant la vieille Russie traditionnelle, il n'aura toujours que des amants d'origine paysanne, tel le poète Sergueï Essenine.

 

 

Il saluera la Révolution d'Octobre et l'avènement des bolcheviques, croyant trouver en Lénine un nouveau tsar-paysan prêt à sauvegarder les traditions russes. Il sera vite désillusionné. Dénoncé dans la presse, principalement pour ses orientations sexuelles, il ne pourra plus publier vers le milieu des années 20. Arrêté en 1933, il sera condamné à plusieurs années de camp de travail. Trimbalé d'un coin à l'autre de la Sibérie, il mourra d'une attaque, dans un train archi-comble, en 1937.

 

Cet homme aux yeux verts

Sent le gingembre et la menthe.

Quel Tigre et quel Euphrate

Coulent dans le sang de ses veines ?

N'y a-t-il pas un coucher de soleil du désert dans le lobe de ses oreilles.

Des léopards s'abreuvant à leur source ?

Dans les aigres bourgeons des trembles

Il y a un vinaigre biblique de la suffocante Chaldée.

Les cris d'une guilde de charpentiers russes

Sont un écho d'un campement arabe. Dans une tempête de neige lapone on discerne

La danse coralline d'un africain.

Coraux et cuir russe

Autant de causes des débordements printaniers de la poésie.

Dans une chapelle orthodoxe, un mufti vêtu à la manière arabe

Est en larmes sur un ancien livre liturgique.

C'est une rencontre, parmi nos sillons natals,

De grain et de mamelons de terre.

Dans les orbites de cet homme, comme des étoiles,

Il y a une verte flamme nocturne, Comme si parmi des forêts de bambou

De petits tigres étaient sortis furtivement sur les traces de leur mère,

Comme si sur des saules blancs, furieusement,

Du gingembre et de la menthe chilienne avaient poussés.

1924

 

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Mikhaïl Kouzmine

Publié le par Jean-Yves

Mikhaïl Kouzmine, qui appartenait à une famille de la petite noblesse, passa ses années d'adolescence à étudier la musique et à essayer de définir son identité sexuelle. C'est cette expérience qu'il décrira dans son roman : « Les Ailes » (1) en 1906. Ce roman qui connut un véritable succès fut en quelque sorte « L'Education sentimentale » des jeunes homosexuels russes du début du siècle.

 

Plusieurs recueils de poèmes contribuèrent également à la gloire de cet auteur qui chanta l'art de bien vivre et les plaisirs des jeux de l'amour. Après la Révolution de 1918 il sera l'objet d'attaques, et lui, qui aimait le style clair et élégant, deviendra de plus en plus hermétique. Dans les années 20, vivant à Leningrad, il ne pourra plus publier et devra se contenter de travaux de traduction.

 

A la fête

Toi, moi et une grosse femme,

Ayant doucement clos la porte,

Nous nous retirâmes du vacarme général.

Je te jouais mon « Carillon d'Amour »,

Il y eut un grincement permanent à la porte,

Des gravures de mode et des dandys y apparurent.

Je compris l'appel dans tes yeux,

Et nous repassâmes la porte,

Et tout le monde s'éloigna.

La grosse resta au piano,

Les dandys s'attroupèrent à la porte,

La mince gravure de mode rit d'un rire aigu.

Nous montâmes l'escalier mal éclairé,

Ouvrîmes la porte familière,

Même ton sourire devint plus languissant.

Nos yeux se voilèrent d'amour,

Et maintenant nous avons fermé à clé une autre porte encore.

Si seulement de telles nuits se passaient plus souvent !

 

1908

 


(1) Les ailes, Mikhaïl Kouzmine, Editions Ombres, 2000, ISBN : 2841421333

 

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