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Articles avec #citations tag

L'homosexualité dans « La philosophie dans le boudoir » de Sade (1795)

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans « La philosophie dans le boudoir », on trouve dès les premières pages un discours sur l’homosexualité. A cette époque révolutionnaire, où la bourgeoisie est instituée, la « bougrerie » (avoir des mœurs de sodomite) est associée aux aristocrates. Le Chevalier de Mirvel fait un éloge de l'« homosexualité » alors que pour les révolutionnaires, seule l'hétérosexualité peut être triomphante : le Chevalier de Mirvel s'en prend aux Don Quichotte de ces goûts ordinaires. Il dit à la fois accepter tous les goûts et, en même temps, établit une hiérarchie entre les goûts naturels et ceux de l'homosexuel, en qualifiant ces goûts de « bizarres » et de « singuliers », ce qui sous-entend que l'homosexuel reste contrefait, non normal.

Le Chevalier : « Je ne te cacherai point mes extravagances avec lui : tu as trop d'esprit pour les blâmer. Dans le fait, j'aime les femmes, moi, et je ne me livre à ces goûts bizarres que quand un homme aimable m'en presse. Il n'y a rien que je ne fasse alors. Je suis loin de cette morgue ridicule qui fait croire à nos jeunes freluquets qu'il faut répondre par des coups de canne à de semblables propositions ; l'homme est-il le maître de ses goûts ? Il faut plaindre ceux qui en ont de singuliers, mais ne les insulter jamais : leur tort est celui de la nature ; ils n'étaient pas plus les maîtres d'arriver au monde avec des goûts différents que nous ne le sommes de naître bancal ou bien fait. Un homme vous dit-il d'ailleurs une chose désagréable en vous témoignant le désir qu'il a de jouir de vous ? Non, sans doute ; c'est un compliment qu'il vous fait ; pourquoi donc y répondre par des injures ou des insultes ? Il n'y a que les sots qui puissent penser ainsi ; jamais un homme raisonnable ne parlera de cette matière différemment que je ne fais, mais c'est que le monde est peuplé de plats imbéciles qui croient que c'est leur manquer que de leur avouer qu'on les trouve propres à des plaisirs, et qui, gâtés par les femmes, toujours jalouses de ce qui a l'air d'attenter à leurs droits, s'imaginent être les Don Quichotte de ces droits ordinaires, en brutalisant ceux qui n'en reconnaissent pas toute l'étendue. »

Donatien Alphonse François de Sade, « La philosophie dans le boudoir » ou Les instituteurs immoraux - Dialogues destinés à l'éducation des jeunes demoiselles

Premier dialogue entre Mademoiselle de Saint-Ange et le Chevalier de Mirvel, Londres, 1795

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Quand le désir de l'autre donne l'air d'un fou par Jean Genet

Publié le par Jean-Yves Alt

Le désir de l'autre dépasse parfois la simple manifestation charnelle. A la beauté, à la jeunesse, il est demandé une réponse plus vaste qui résoudrait l'énigme du bonheur. Jean Genet écrit aussi ce besoin d'absolu :

« Jeune arbre aux cuisses d'eau ! Ecorce blasonnée ! Dans le creux de ton coude se déroulaient des fêtes étonnantes et interminables. L'épaule du Parthénon. Un trèfle noir. Je suis une pelote d'étoupe traversée d'épingles d'or. Le goût de ta bouche : au fond d'un vallon silencieux s'avançait une mule en soutane jaune. Ton corps était une fanfare où pleurait l'eau. Nos amours ! Souvenez-vous. On éclairait l'étable d'un lustre. On éveillait les bergers parés pour leurs messes. Ecoutez leurs chants confondus dans une légère haleine bleue ! Je pêchais des poissons dans ton œil ! Le ciel ouvrait ses portes. (...) Ces paysages que je découvre... sont de la même substance que les visions que je découvre quand ma bouche et ma langue sont occupés dans les poils d'un œil de bronze où je crois reconnaître un rappel des goûts de mon enfance pour les tunnels. J'encule le monde. »

Jean Genet, in Pompes funèbres, Gallimard, L'Imaginaire, 1953

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Un garçon peut-il être féministe par Martin Page

Publié le par Jean Yves Alt

ou le féminisme est-ce seulement une affaire de filles ?

Féminisme est un beau mot qui a une belle histoire. Les combats féministes ont apporté une certaine liberté et un commencement d'égalité aux femmes. Rien ne leur a été donné : leurs droits ont été conquis à force de luttes courageuses.

A priori les garçons pourraient penser que la domination masculine a quelques avantages.

Après tout, les hommes sont mieux payés que les femmes et ce sont eux qui prennent la plupart des décisions. Les garçons pourraient se dire : « Quel bonheur d'être dominant. Les femmes me préparent à manger et font ma lessive. C'est la belle vie. »

Mais c'est un mauvais calcul, car dans le même temps la société pousse les hommes à adopter des conduites à risque. Ils se ruinent la santé et le moral à vouloir apparaître importants et puissants : « J'adore conduire vite et boire beaucoup d'alcool. J'aime montrer ma force et me battre pour des raisons futiles. Je suis un vrai mec ». Ce n'est pas pour rien s'ils meurent plus jeunes que les femmes : être dominant est épuisant et dangereux. Certains pensent que le féminisme est contre les hommes. Au contraire, le féminisme offre la liberté aux hommes de ne pas correspondre à leur rôle classique : ils peuvent s'inventer comme ils le veulent, en dehors des obligations et des clichés. Être dominant pose un problème éthique : il n'est pas acceptable qu'un homme désire que les femmes soient reléguées à des positions inférieures. Un homme antiféministe est une caricature virile, un petit tyran ridicule : « Je suis fort, je parle fort, je prends beaucoup de place et je fais des caprices (mais en vérité j'ai très peur de ne pas être pris au sérieux) ».

Le pire c'est qu'il n'y a pas que des garçons qui sont anti féministes : certaines filles le sont ! Elles s'arrangent avec cette inégalité, elles ont tellement été éduquées à l'obéissance qu'elles trouvent ça normal, et trouvent même des avantages à cette soumission.

Le féminisme c'est une éthique qui devrait être partagée et portée par tous ceux qui souhaitent une vie démocratique, enrichissante et harmonieuse.

Dans ses relations amicales, amoureuses, et à l'école, un garçon curieux et intelligent devrait désirer considérer les filles comme ses égales. La démocratie n'est pas seulement un système de gouvernement, c'est aussi un certain comportement dans la vie de tous les jours. Un démocrate ne se contente pas de voter, il instaure la démocratie au quotidien avec ses proches. Donc oui, un garçon peut et même devrait être féministe !

Un homme féministe c'est un homme libre, qui sait qu'être dominant est une aliénation au même titre qu'être dominé, et que les hommes ne seront pas libres tant que les femmes seront dominées.

Le vilain petit canard n°1, Martin Page, septembre-octobre 2014, pp. 26-27

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Définition du personnage par Daniel Mesguich

Publié le par Jean-Yves Alt

« Interpréter un personnage, c'est toujours jouer de l'Autre, une traversée souterraine toujours vers le versant contraire, le versant interdit : un changement des sexes. »

Daniel Mesguich

in « L'éternel éphémère » de Daniel Mesguich, Editions Verdier, 2010, ISBN : 978-2864324614

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Ce que Paul Morand (1888-1976) a dit de Louis II de Bavière

Publié le par Jean-Yves Alt

« L'Ile des Roses, de Louis II, est voisine du château natal d'Elisabeth, Possenhofen. Souvent, le yacht de Louis II, le Tristan, croise sous les yeux d'Elisabeth ; le roi fou en descend, vient la chercher, pour un de ses dîners où les valets sont masqués (pour les avoir trop aimés, Louis II ne peut plus les voir) ou invisibles, et où la table toute servie monte par une trappe.

Une correspondance mystico-amoureuse s'échange entre l'Aigle (Louis II) et la Colombe (Elisabeth). Loin du verbiage exécrable des fonctionnaires, les deux souverains communient dans un amour commun pour la Grèce.

Par un étrange transfert sentimental, le roi de Bavière ira jusqu'à se fiancer à Sophie-Charlotte, fille du duc Maximilien et sœur cadette de l'impératrice Elisabeth. Mais il a trop présumé de ses forces ; venu à Possenhofen surprendre sa fiancée, il ne pourra se décider à lui parler, se contentera de poser un bouquet de roses sur le piano et s'enfuira.

"Je vois approcher avec terreur le jour de mon mariage", écrira-t-il ; un peu plus tard, il notera dans son Journal : "Dieu merci, cette chose affreuse ne s'est pas accomplie !"

Est-ce pour avoir voulu forcer sa nature à des amours normales que Louis II perdit la raison ? Ses médecins décident, peu après, de l'interner... » (1)


(1) in La Dame blanche des Habsbourg, Paul Morand, Editions Perrin, 2000, ISBN : 2262016844

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