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Articles avec #citations tag

Quand le désir de l'autre donne l'air d'un fou par Jean Genet

Publié le par Jean-Yves Alt

Le désir de l'autre dépasse parfois la simple manifestation charnelle. A la beauté, à la jeunesse, il est demandé une réponse plus vaste qui résoudrait l'énigme du bonheur. Jean Genet écrit aussi ce besoin d'absolu :

« Jeune arbre aux cuisses d'eau ! Ecorce blasonnée ! Dans le creux de ton coude se déroulaient des fêtes étonnantes et interminables. L'épaule du Parthénon. Un trèfle noir. Je suis une pelote d'étoupe traversée d'épingles d'or. Le goût de ta bouche : au fond d'un vallon silencieux s'avançait une mule en soutane jaune. Ton corps était une fanfare où pleurait l'eau. Nos amours ! Souvenez-vous. On éclairait l'étable d'un lustre. On éveillait les bergers parés pour leurs messes. Ecoutez leurs chants confondus dans une légère haleine bleue ! Je pêchais des poissons dans ton œil ! Le ciel ouvrait ses portes. (...) Ces paysages que je découvre... sont de la même substance que les visions que je découvre quand ma bouche et ma langue sont occupés dans les poils d'un œil de bronze où je crois reconnaître un rappel des goûts de mon enfance pour les tunnels. J'encule le monde. »

Jean Genet, in Pompes funèbres, Gallimard, L'Imaginaire, 1953

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Un garçon peut-il être féministe par Martin Page

Publié le par Jean Yves Alt

ou le féminisme est-ce seulement une affaire de filles ?

Féminisme est un beau mot qui a une belle histoire. Les combats féministes ont apporté une certaine liberté et un commencement d'égalité aux femmes. Rien ne leur a été donné : leurs droits ont été conquis à force de luttes courageuses.

A priori les garçons pourraient penser que la domination masculine a quelques avantages.

Après tout, les hommes sont mieux payés que les femmes et ce sont eux qui prennent la plupart des décisions. Les garçons pourraient se dire : « Quel bonheur d'être dominant. Les femmes me préparent à manger et font ma lessive. C'est la belle vie. »

Mais c'est un mauvais calcul, car dans le même temps la société pousse les hommes à adopter des conduites à risque. Ils se ruinent la santé et le moral à vouloir apparaître importants et puissants : « J'adore conduire vite et boire beaucoup d'alcool. J'aime montrer ma force et me battre pour des raisons futiles. Je suis un vrai mec ». Ce n'est pas pour rien s'ils meurent plus jeunes que les femmes : être dominant est épuisant et dangereux. Certains pensent que le féminisme est contre les hommes. Au contraire, le féminisme offre la liberté aux hommes de ne pas correspondre à leur rôle classique : ils peuvent s'inventer comme ils le veulent, en dehors des obligations et des clichés. Être dominant pose un problème éthique : il n'est pas acceptable qu'un homme désire que les femmes soient reléguées à des positions inférieures. Un homme antiféministe est une caricature virile, un petit tyran ridicule : « Je suis fort, je parle fort, je prends beaucoup de place et je fais des caprices (mais en vérité j'ai très peur de ne pas être pris au sérieux) ».

Le pire c'est qu'il n'y a pas que des garçons qui sont anti féministes : certaines filles le sont ! Elles s'arrangent avec cette inégalité, elles ont tellement été éduquées à l'obéissance qu'elles trouvent ça normal, et trouvent même des avantages à cette soumission.

Le féminisme c'est une éthique qui devrait être partagée et portée par tous ceux qui souhaitent une vie démocratique, enrichissante et harmonieuse.

Dans ses relations amicales, amoureuses, et à l'école, un garçon curieux et intelligent devrait désirer considérer les filles comme ses égales. La démocratie n'est pas seulement un système de gouvernement, c'est aussi un certain comportement dans la vie de tous les jours. Un démocrate ne se contente pas de voter, il instaure la démocratie au quotidien avec ses proches. Donc oui, un garçon peut et même devrait être féministe !

Un homme féministe c'est un homme libre, qui sait qu'être dominant est une aliénation au même titre qu'être dominé, et que les hommes ne seront pas libres tant que les femmes seront dominées.

Le vilain petit canard n°1, Martin Page, septembre-octobre 2014, pp. 26-27

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Définition du personnage par Daniel Mesguich

Publié le par Jean-Yves Alt

« Interpréter un personnage, c'est toujours jouer de l'Autre, une traversée souterraine toujours vers le versant contraire, le versant interdit : un changement des sexes. »

Daniel Mesguich

in « L'éternel éphémère » de Daniel Mesguich, Editions Verdier, 2010, ISBN : 978-2864324614

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Ce que Paul Morand (1888-1976) a dit de Louis II de Bavière

Publié le par Jean-Yves Alt

« L'Ile des Roses, de Louis II, est voisine du château natal d'Elisabeth, Possenhofen. Souvent, le yacht de Louis II, le Tristan, croise sous les yeux d'Elisabeth ; le roi fou en descend, vient la chercher, pour un de ses dîners où les valets sont masqués (pour les avoir trop aimés, Louis II ne peut plus les voir) ou invisibles, et où la table toute servie monte par une trappe.

Une correspondance mystico-amoureuse s'échange entre l'Aigle (Louis II) et la Colombe (Elisabeth). Loin du verbiage exécrable des fonctionnaires, les deux souverains communient dans un amour commun pour la Grèce.

Par un étrange transfert sentimental, le roi de Bavière ira jusqu'à se fiancer à Sophie-Charlotte, fille du duc Maximilien et sœur cadette de l'impératrice Elisabeth. Mais il a trop présumé de ses forces ; venu à Possenhofen surprendre sa fiancée, il ne pourra se décider à lui parler, se contentera de poser un bouquet de roses sur le piano et s'enfuira.

"Je vois approcher avec terreur le jour de mon mariage", écrira-t-il ; un peu plus tard, il notera dans son Journal : "Dieu merci, cette chose affreuse ne s'est pas accomplie !"

Est-ce pour avoir voulu forcer sa nature à des amours normales que Louis II perdit la raison ? Ses médecins décident, peu après, de l'interner... » (1)


(1) in La Dame blanche des Habsbourg, Paul Morand, Editions Perrin, 2000, ISBN : 2262016844

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Platon triche avec la chair par André Gide

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans les Annales du Centre Universitaire Méditerranéen, grand plaisir à trouver le Cours sur l'Art et la Pensée de Platon, du Père Valensin. Il signe Auguste Valensin, car lui déplaît cette sorte d'isoloir que risque de faire sa soutane, dans ses rapports avec le public, avec autrui; et on lui sait grand gré de rester sur le plan humain le plus possible, de se mettre de plain-pied avec vous. Egalement gré d'aborder sans effarouchement certaines questions scabreuses. Il en parle fort bien, avec la décence que l'on pouvait attendre de sa soutane, et avec une sorte de hardiesse qu'on n'osait espérer.

Néanmoins il est amené à tricher un peu, sans le vouloir, sans le savoir. Car enfin cette chasteté triomphante qu'il propose n'était pas un idéal païen ; pas même selon Platon, semble-t-il (ou qu'exceptionnellement), lequel cherche avant tout le bien-être harmonieux de la Cité et, comme le dit Valensin : « Une seule fin règle tout : assurez de beaux types d'humanité. » De sorte que la question reste tout urgente, laquelle il escamote ; à laquelle il ne devrait pas se dérober : Cette surabondance de pollen qui gêne l'adolescent, va trouver à se dépenser comment ? Espère-t-il que l'abstinence la résorbera tout entière ? Il sait bien que non ; ou que très exceptionnellement ; et en vue de quel idéal de sainteté que seul le christianisme peut légitimer... C'est sur ce point précis que porte la tricherie : on escamote l'exigence de la chair, de l'exonération nécessaire des glandes, pour laquelle il n'y a que quelques solutions, passées sous silence et pour cause : masturbation ou éjaculations spontanées, durant le sommeil ; et avec quels rêves érotiques ? Ici Platon lui-même triche en sublimant tout cela, qui reste d'ordre tout réel, et matériel, et... pratique. Je soutiens que le bon ordre de la cité se trouve moins compromis par le contact recherché entre jeunes mâles, et tire moins à conséquence que lorsque la libido dirige aussitôt les désirs de ces adolescents vers l'autre sexe. Je ne puis croire que ces rapports d'adolescents tels que nous les propose l'antiquité, soit entre eux, soit avec des aînés, restassent chastes, c'est-à-dire non accompagnés d'émissions libératrices ; et si Platon n'en parle pas, c'est par décence et parce que, la chose allant de soi, il devenait inutile et malséant d'en parler. Platon sait fort bien que, lorsque Socrate se dérobe aux offres et provocations d'Alcibiade, il propose une sorte d'idéal quasi paradoxal, qui prête à la fois à l'admiration et au sourire, parce qu'il n'est pas naturel et ne peut servir d'exemple qu'à de très rares. Il s'élève ainsi au-dessus de l'humanité, direz-vous ; en vue de quelle récompense mystique, ou satisfaction de l'orgueil ?

Et lorsque Valensin écrit : « La question est donc tranchée : Platon ne peut être annexé par les partisans du vice » (ce mot péjoratif comporte en lui-même déjà un jugement qui n'est pas de mise, car il n'y avait pas là vice, à proprement parler, aux yeux des contemporains de Platon) ; « il condamne les comportements de la Vénus vulgaire. Il les condamne autant qu'il approuve et encourage ceux de la Vénus céleste », il s'agit aussi bien des rapports hétérosexuels que des homosexuels. Il oppose (Platon) vertu et laisser-aller au plaisir, quel que soit celui-ci.

André Gide

in Journal 1942-1949 d'André Gide, Gallimard, 1950, 11 juin 1948, pp. 299/301

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