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La révolte des hannetons, Marcel Réja (1928)

Publié le par Jean-Yves Alt

Calomnie ou médisance ? Les entomologistes affirment que dans les idylles du hanneton la bergère se trouve souvent être un jeune berger.

Ce détail de mœurs, qui n'empêche nullement les vers blancs de pulluler, autorise certaines sectes érotiques à emprunter le nom de ce pervers coléoptère pour désigner leurs amours inter-masculines.

Les hannetons donc, rompant avec leurs habitudes bien connues de discrétion, viennent de déclencher une offensive de grand style contre l'opinion publique. Ils en ont assez d'être considérés comme des créatures monstrueuses. Ils en ont assez même de n'être pas considérés du tout, et grâce à quelques écrivains de talent ils prétendent réviser leur procès. Le coryphée de ces aimables insectes a cristallisé cet état d'âme dans un volume petit quant au format, mais formidable quant à sa signification : c'est le cri de révolte des hannetons. C'est Corydon par André Gide. […]

Vont-ils donc supplanter définitivement les gens normaux ? Ceux-ci seront-ils à leur tour obligés de se cacher honteusement pour satisfaire leurs appétits sexuels ? Il était fatal, il était nécessaire qu'une protestation se produisît, qu'une réaction s'amorça au nom du bon sens, au nom de la Raison, au nom des mœurs d'hier et d'avant-hier, au nom de Vénus gauloise et d'Aphrodite parisienne, au nom de l'Amour tout simplement.

Mais qui voudrait assumer ce rôle ingrat de l'homme raisonnable et réactionnaire, qui vient parler bon sens et morale à une assemblée de petites folles en ébullition et de snobs en plein délire de nouveauté ?

Ce fut François Porché que, sa conscience désigna pour cette entreprise à laquelle nous devons l'Amour qui n'ose pas dire son nom.

M. François Porché […] a un solide bon sens, une dialectique vigoureuse et une notion très ferme de la réalité, notion qu'il ne craint pas d'étayer, le cas échéant, d'érudition historique, littéraire, voire scientifique.

Mais comment lutter contre la pieuvre uraniste ? En poète, en homme ouvert et cultivé. Il se rend compte qu'il faut avant tout dissiper l'atmosphère trouble qui est si favorable à la progression du monstre, démolir la forteresse de sophismes et de paralogismes dont il s'enorgueillit si follement, ramener chacun à la notion de ses devoirs et de ses droits en matière de pratique sexuelle.

Pour cela, il était nécessaire de nous donner une vue d'ensemble de la question aussi objective que possible, et c'est à quoi l'auteur s'efforce en débordant le cadre strictement littéraire qu'il s'était d'abord imposé. […] Cette question qui paraît si simple aux esprits simplistes, à l'homme de la rue qui d'un cœur allègre déverse son mépris sous la forme d'une injure rituelle, cette question est en réalité très, compliquée... terriblement compliquée... et l'œuvre de François Porché lui-même, n'est pas sans donner prise à la critique.

Un fait bien avéré tout d'abord, c'est la réprobation vigoureuse, générale, que provoquait chez nous hier encore tout commerce d'homosexualité. […]

Il y a […] des exceptions à notre réprobation. Comment diable allons-nous, les justifier ?

Mais de la façon la plus simple du monde. Nous consacrons tout un chapitre ému à ce développement. Et ce n'est, ma foi, pas trop ! Cela s'appelle Dans le climat de la poésie.

« La poésie, dit Porché, lorsqu'elle imprègne un sujet donné, transforme complètement son apparence… Elle gagne le fond des choses, de sorte qu'elle modifie le sujet dans son essence même. » […] « Quelque action qu'ait commise Verlaine nous ne nous sentirons jamais le courage de le juger ni de le condamner. » […] « Mais quand il s'agissait d'autres que lui ou bien de l'homosexualité en général, nous retrouvions notre rigorisme ».

[…] Nous voilà dans une situation symétrique à celle de M. Tartuffe, lequel ne pouvait sentir les représentations picturales de certaines choses, mais avait « de l'amour pour les réalités ». […]

Mais il y a autre chose. Tout d'abord ce fait d'observation banale que toutes les civilisations, quelles qu'elles soient, (primitives, adultes ou faisandées) comportent des manifestations plus ou moins riches d'inversion sexuelle.

« On n'apporte aucune clarté dans le débat, affirme François Porché, lorsqu'on fait valoir cet argument que l'instinct homosexuel est de tous les pays et de toutes les époques. »

Et notre auteur, concédant gracieusement que l'impératif moral varie selon les temps et les lieux, déclare négliger tout ce côté de l'enquête et ne s'intéresser qu'à l'opinion des Grecs classiques.

A mon humble avis, il eût pourtant mieux valu serrer de plus près ce côté de la question, plutôt que de consacrer tout un chapitre aux divagations de ce psychologue pour femmes du monde qui a nom Freud et dont les théories pleines de choses fort intéressantes sont noyées dans un fatras d'insanités sans nom. […]

[…] Il y a un argument de l'amour grec : c'est même l'argument par excellence. Lorsqu'un homme sensé essaie de faire honte à un homosexuel de ses mœurs infâmes, l'autre se met à ricaner : — Vraiment, mon pauvre ami, vous n'êtes pas à la page. Et l'amour grec ? qu'est-ce que vous en faites ? […]

Mais tous ces homosexuels n'invertissent-ils pas la vérité ? […]

« Platon, avoue François Porché, a montré, en effet, une indéniable indulgence envers des mœurs que nous blâmerions aujourd'hui. Il est cependant plus sévère dans les Lois que dans les Dialogues. Mais c'est du point de vue social qu'il condamne alors la pédérastie plutôt que du point de vue moral » […]

Pour Xénophon, l'épouse est une ménagère. L'amour après le mariage va aux courtisanes : avant le mariage au compagnon d'armes, au camarade de palestre.

[…] Mais les Grecs sont-ils seuls à approuver ? Et nous-mêmes, sommes-nous seuls à réprouver ? […]

Cette attitude du monde hellénique prend toute sa valeur si on la confronte avec celle d'une des plus grandes civilisations du monde, dont elle est à certains titres le prolongement, je veux dire de l'Égypte. […]

En premier lieu, une constatation : notre déchiffreur d'hiéroglyphes n'a trouvé dans toute la littérature égyptienne ni loi, ni procès concernant l'homosexualité.

Cependant la religion et la morale étaient d'accord pour la proscrire aux vivants. En effet dans la confession négative qui exprime les règles applicables aux vivants sur terre, le mort déclare expressément :

N'avoir jamais violenté de femme mariée ;

N'avoir jamais forniqué avec un mâle.

Mais ils la recommandaient aux morts :

« Défunt X., on t'apporte ton ennemi, on permet que lu sois derrière lui, que tu te mettes sur lui, apparaissant reposant sur lui et que lui ne sodomise pas dans toi. »

Voilà distinguées les deux sortes de sodomie active et passive. Seule l'active est, permise aux fidèles d'Osiris, mais la passive, toujours infamante, semble être le lot exclusif des étrangers vaincus. […]

Le plus ancien document historique connu, la Bible mise à part, le code d'Hammourabi fait mention de l'inversion sexuelle, au moins par allusion, et atteste une réprobation très nette de cette pratique, en même temps qu'il en trahit la fréquence dans les milieux même les plus relevés.

Dans le monde de l'Islam, l'homosexualité, théoriquement proscrite par le Coran, s'épanouit en fait en toute liberté. Pas seulement chez les Turcs ! Les petits danseurs schleuhs de Marrakech (Kif-Kif Fatma, ti sais, Monsieur !) n'évoluent-ils pas en toute liberté sous l'œil bienveillant de nos administrateurs ?

Mais François Porché, qui a limité son étude à la civilisation hellénique et à l'amour grec, ne veut pas lâcher la partie sans avoir discuté le coup. Sans doute, le divin Platon lui-même est tout imbu des conceptions homosexuelles ; mais voyez comme chez lui ce sentiment peut s'élever, atteindre au plus haut degré de la sublimation. […] A la faveur de la confusion classique, l'amour homo et quelquefois même hétérosexuel se mussant volontiers sous le masque de l'innocente amitié, le poète ne tend à rien de moins qu'à nous montrer en ce que nous appelons l'amitié pure, la vraie, une forme plus ou moins larvée de l'homosexualité.

O Freud !... Voilà bien de tes coups !... Malgré le brillant développement de ce point de vue mystico-clinique sur l'instinct masqué et l'amitié pure, qu'il nous soit permis de ne voir là qu'un jeu littéraire prestigieux, et qui n'est d'ailleurs pas fait pour simplifier la question.

Mais revenons à nos hannetons.

[…] Il n'y a en somme que l'objet de l'amour qui est changé : hétérosexuel en deçà de notre morale, homo au delà. Mettez au féminin le nom de l'aimé dans n'importe quelle idylle homosexuelle et vous retombez dans l'idylle la plus normale du monde.

La question des invertis doit-elle donc en bonne logique être résolue dans le sens de la tolérance la plus large, comme le réclame Corydon et avec lui toute la gent uranienne ?

Il en serait ainsi si celle-ci ne contenait que des invertis-nés. Mais tel n'est pas le cas... Il s'en faut. Il s'en faut même de beaucoup. Les invertis-nés sont, on peut dire, l'exception.

Le gros de la troupe est en effet constitué par ce qu'on peut appeler les invertis d'occasion.

[…] J'entends bien que l'honnête conformiste, orthodoxe en amour, se révolte avec indignation à l'idée qu'il pourrait, qu'il aurait pu... […]

Il semble bien que nous soyons maintenant en mesure de mener contre l'ennemi une attaque frontale décisive.

Corydon ou plutôt André Gide, ayant au mépris de toute pudeur déclaré que l'homosexualité, loin d'être une monstruosité, un vice, était la chose la plus normale, la plus recommandable du monde, et ayant essayé de nous le prouver par raison démonstrative, c'est André Gide que nous combattons d'une façon courtoise, mais implacable.

Axiome liminaire, selon Gide : c'est une erreur de ne voir dans l'amour humain qu'une forme de l'instinct de reproduction. Loin d'être confondus, l'instinct de procréation et la poursuite du plaisir iraient se dissociant de plus en plus à mesure qu'on s'élève dans l'échelle des êtres (?)

Évidemment, voilà une de ces réflexions qu'il vaut mieux éviter de faire en récitant son catéchisme ! Ce n'est pas ce qu'on peut appeler une pensée de père de famille...

Mais ne serait-ce pas une simple vue de l'esprit ? François Porché est bien bon de suivre A. Gide sur ce terrain où l'on confond délibérément la cause immanente et la cause immédiate. Existe-t-il au monde un seul animal, y compris l'homo sapiens ! qui dans l'activité sexuelle ne soit poussé par l'appât de la volupté ? M. Gide croit-il que les hétérosexuels disent à leur compagne : « Viens que nous assurions l'avenir de la race !... » et que seul le philosophe hautement évolué est capable de penser ou de dire : « On va passer un bon moment !... »

S'il en est ainsi, M. Gide se trompe. Et il se trompe également quand il parle d'élévation dans l'échelle des êtres. N'exagérons rien. S'apparenter avec le coq, le pigeon, le chien, le bélier, le bouc, voire le chat, le canard et le hanneton... y a-t-il de quoi s'enorgueillir tellement ?

Cependant M. Porché veut bien passer outre. Mais lorsque Corydon ajoute : la quête du plaisir et les fins de l'espèce se trouvant ainsi différenciés, l'homosexualité cesse d'être une chose antinaturelle : halte-là !...

Vainement Gide établit que les animaux (certains au moins) se livrent tout naturellement à ce jeu...

Porché reconnaît les faits qui sont patents. Mais il ne va pas pour ça reconnaître que l'homosexualité soit une chose naturelle... Ah mais non !...

« La cause de l'animal et celle de l'homme ne sont, dit-il, pas liées le moins du monde... pour cette bonne raison que l'homme n'est pas un animal... ou plus exactement, ce n'est pas un animal comme les autres... c'est un animal moral. »

Pardon ! pardon ! Je ne sais pas si François Porché est très content de cet argument, mais, quant à moi, je le trouve déplorable pour de multiples raisons.

Nous discutons présentement pour savoir si une chose est naturelle ou hors nature. Gide cite des faits que vous ne pouviez nier et vous me répondez en parlant d'autre chose... Tenez-vous toujours que l'homosexualité soit un fait hors nature ?... Il va donc falloir admettre qu'il y a dans la nature des choses qui sont hors nature ?

Ce n'est pas là logomachie. Il faut être beau joueur, M. Porché, avouer que le mot hors nature, qui est consacré par l'usage, est un mot impropre, qui avait simplement pour but d'exprimer l'énergie de votre réprobation. Vous auriez dû dire simplement : l'homosexualité est une chose immorale !...

Seulement, voilà... c'était s'engager dans une autre affaire. Vous, lui, moi, tous, nous savons que la morale n'est pas une chose absolue. […] N'empêche que beaucoup de « morales » ont toléré sinon approuvé l'homosexualité : la nôtre est même à peu près la seule à ne pas vouloir l'admettre.

En sorte que le mot immoral, que nous devrions substituer à l'ancien mot hors nature, signifie une chose qui me dégoûte, moi, aujourd'hui, mais qui peut-être ne m'a pas dégoûté hier et ne me dégoûtera pas demain.

Non, non, cet argument ne me paraît pas de très bonne trempe. Mais cela n'empêche pas que vous avez eu cent fois raison de pousser votre cri d'alarme, et les conclusions de l'Amour gui n'ose pas dire son nom n'en demeurent pas moins très éloquentes : « L'Impudeur d'un pédéraste disons d'un sodomiste a quelque chose de particulièrement antipathique à nos mœurs. »

Et lorsque, croyant nous embarrasser, Gide nous demande :

— Au nom de quel Dieu, de quel idéal, me défendez-vous de vivre selon ma nature ? — nous lui répondons en citant son ami et coreligionnaire Oscar Wilde : « Le grand plaisir du débauché, c'est d'entraîner à la débauche. »

C'est-à-dire que, selon la détestable coutume de ceux qui ont un vice (ou une, foi quelconque) les homosexuels n'ont pas de plus grande joie que de propager leur vice en recrutant de nouveaux adeptes. Ce qui nous autorise, nous, simples hétérosexuels, à nous considérer comme en état de légitime défense, au nom du droit imprescriptible des majorités.

Car c'est un fait : nous disposons encore de la majorité !

Marcel Réja (1)

Mercure de France, 1er mars 1928, pp. 324-340


(1) Marcel Réja est le nom de plume du psychiatre Paul Meunier.


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On apprivoise la mort en arrêtant les horloges

Publié le par Jean-Yves Alt

… et en évitant le grand jour.

« La mort n'existe pas, affirma Clara. Elle est quand il n'y a plus personne.

Quand on rend l'âme ? émit Le Cornac en se tournant vers Clara.

Il n'y a rien à rendre ! Et rien à conserver. Personne ne nous l'a donnée, c'est nous qui l'avons faite !

On l'a faite pour quoi faire ? osait Le Cornac.

Pour se la montrer... pour se distraire... pour jouer à qui mieux mieux... pour être aimé, pour qu'on s'aime... Et ça ne regarde que nous !

Vous ! dit Le Tas. Vous êtes le plus beau fragment du monde que j'ai jamais approché. »

Philippe S. Hadengue

in « Petite chronique des gens de la nuit dans un port de l'Atlantique Nord », éditions Pauvert, 2001, ISBN : 2720214159

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Principe d'un travail de soi sur soi par Jean Paul Sartre

Publié le par Jean-Yves Alt

« L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu'on a fait de nous. »

Jean Paul Sartre

in Saint Genet comédien et martyr, éditions Gallimard, 1952

 

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Je n'aime pas le mot « homosexuel » par Yves Navarre

Publié le par Jean-Yves Alt

La superbe réponse d'un romancier passé du militantisme à la désillusion cela s'entend : je n'ai eu que des rapports homosexuels et je ne les ai pas décidés. Je ne les ai pas non plus affichés, contrairement à ce que l'on a pu penser, à seule fin de m'étiqueter et de me tenir à l'écart parce que j'avançais à visage découvert. Je suis ce que je suis. J'ai toujours été ce que je deviens. Sur le « déjà-tard », je découvre ce que Barthes appelle « la quiétude insexuelle ». Si inquiétude il y a, elle est d'un autre ordre amoureux. Et je sais maintenant, dix ans plus tard, pourquoi j'ai mis en exergue de « Biographie » un de mes romans (pas mon autobiographie), cette phrase ô combien poétique (et politique) de Lacan : « Il n'y a pas de rapport sexuel. » Autrement dit, la sexualité ne constitue pas forcément et uniquement un rapport. Encore moins une annonce. Si je prends le temps de vous répondre, c'est que je demande le temps d'un certain entendement.

1°. Je n'aime pas le mot homosexuel. Combien de fois ai-je pu dire que ce mot, dans son emploi et son exploit médiatique, était « hérissé de fil de fer barbelé ». Je lui préfère, et ce n'est pas un jeu de mot, le mot de « homosensuel ». Sensualité : élan, pulsion, désir, paroles échangées.

2°. Je me suis fait injurier, il y a fort longtemps, parce que, publiquement, j'osais dire que mon identité d'homosexuel c'était le « droit à l'émotion ».

3°. Pis, j'ai essayé, tenté vainement de dire que je ne me battais pas pour le droit à la différence mais pour le « droit à l'indifférence ». Le sentiment entre deux êtres humains est indifférent.

Pourquoi ce préambule, ces considérations personnelles : parce qu'il y a dans votre question encore un tri et que je ne suis pas sans penser que celles et ceux qui vivent leur homosexualité dans l'interdit (c'est-à-dire celles et ceux qui ne figureront pas au fronton de votre reportage) ne sont pas sans la vivre, également, librement. Il y a la liberté de la honte (les honteuses, comme on dit) et la liberté d'un silence souvent commandé, décidé cette fois, pour des raisons finalement respectables, puisqu'elles engagent l'emploi, le statut social et aussi parfois la volonté de ne pas faire souffrir inutilement des parents. Est-ce trop dire ?

Je garde pour moi la liste des amants (connus, célèbres parfois) qui se cachent et je conçois encore une fois « sur le tard », comme une tendresse pour eux. A moins qu'ils ne deviennent méchants. Mais j'ai rencontré plus de fiel chez les militants homosexuels que dans l'armée du silence : ils sont légion à n'avoir pas su (ou pu) s'avouer l'inavouable. Et pourtant, dans le secret de certaines rencontres, ils furent de bien plus heureux amants. Je sais, et sens de ligne en ligne, qu'il y a disgrâce entre votre question et ma confuse réponse. Il y a autant d'hypocrisie chez ceux qui s'affichent ou annoncent la couleur que chez ceux qui se taisent et vivent néanmoins une liberté. J'écris ceci, maintenant, pour ceux-là.

Yves Navarre

in Magazine « Globe », n°36, avril 1989, page 47

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La beauté grecque par Amédée Guiard

Publié le par Jean-Yves Alt

« La beauté ne consiste pas dans l'énorme, dans le grandiose, dans le dramatique, mais au contraire dans la réalisation de ce qui nous reste de nos premières virtualités. Il est curieux de constater que tous les grands artistes, depuis Michel-Ange et le Titien jusqu'à Raphaël, depuis la sculpture grecque jusqu'aux imagiers du Moyen âge, ont eu le sentiment de la beauté qui réside en des choses simples, peu épiques et peu théâtrales. Pour l'architecture, les premiers sont les Grecs, ils n'ont été ni égalés ni dépassés. Or qu'est-ce que leur temple, leur Parthénon ? Une maison, une simple maison, mais dont tous les organes sont travaillés avec amour, dont toutes les lignes sont simples, harmonieuses et équilibrées et qui est située à l'endroit où l'homme désire le mieux établir sa maison au-dessus de la ville et au-dessus de la mer. Ils sont partis de ce principe : ce qui nous est le plus intime c'est notre maison, offrons donc à la divinité ce qu'il y a de mieux comme maison. En sculpture ils n'ont pas été dépassés non plus ; or qu'est-ce qu'ils ont fait de mieux ? sont-ce les grands sujets dramatiques Hercule terrassant l'hydre de Lerne ou Laocoon enlacé par les serpents ? Non, ce qu'ils ont fait de mieux, ce sont des jeunes filles portant des corbeilles sur leur front, ou plus simplement encore un jeune homme levant les bras pour se mettre un bandeau autour de la tête. Et cela avilit par la comparaison tout ce qu'il y a de pompeux et de déclamatoire dans la sculpture et l'architecture romaines. Les Grecs ont saisi le moment précis où, dans un acte simple, l'homme développe le mieux les virtualités de son corps, toute la beauté de ses formes. »

Amédée Guiard

Jeudi 5 Septembre 1907

in « Carnet intime », Librairie Bloud & Gay, 1926

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