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expositions-arts

Mon regard sur le « saint Sébastien secouru par les saintes femmes » peint par Eugène Delacroix

Publié le par Jean-Yves Alt

L'église de Nantua, à deux pas des rochers qui menacent la ville, abrite un « saint Sébastien » peint par Eugène Delacroix (1798-1863). Le tableau est mangé en partie par l'ombre et il faut lever la tête pour le voir.

Détaché de l'arbre, Sébastien a glissé jusqu'au sol et, pendant que s'éloignent les soldats, une femme ôte une des flèches qui s'est plantée dans son épaule.

L'église est aussi noire que le lac du même nom et il est assez difficile de distinguer le corps étendu du jeune homme, l'abandon de sa main et ce mouvement du cou…

L'histoire d'un tableau quand je le regarde et que j'en suis ému, c'est un peu l'histoire de mon cœur : si j'aime ce Sébastien peint par Delacroix, ce jeune homme entre la mort et la vie, c'est que son image me rend la vie même, précaire et princière.

Eugène Delacroix - Saint Sébastien secouru par les saintes femmes - 1836

Eugène Delacroix - Saint Sébastien secouru par les saintes femmes - 1836

Huile sur toile, église de Nantua

A chaque fois que je regarde ce saint Sébastien, sa respiration se soulève à nouveau, son sang palpite à la naissance de son poignet gauche… judicieusement illuminé.

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Mon regard sur le « saint Sébastien pleuré par sainte Irène » peint par Georges de La Tour

Publié le par Jean-Yves Alt

Un corps de jeune homme étendu (appel évident à la Déposition de Croix) invisiblement touché par la mort est veillé par des femmes. La flèche à traversé l'abdomen sous l'arc délicat des côtes. Une seule goutte de sang a roulé sous cette peau parfaite.

Les femmes sont là : l'une (la servante ?) cache ses yeux ; l'autre (la mère ?) ouvre les mains ; une autre encore, sombre allégorie de la mort, croise pour la prière ses doigts ; une quatrième enfin aux cheveux tirés soutient, de ses longs doigts, les bras du jeune homme, comme pour en éprouver le relâchement ou pour saisir aux poignets tendus le dernier battement de la vie.

Parallèlement à la colonne de l'outrage, où des liens défaits pendent, une torche éclaire la scène, faisant monter dans la nuit sa flamme transparente, tordue comme un ruban lourd.

Saint Sébastien pleuré par sainte Irène, Georges de La Tour, vers 1649

Musée du Louvre, huile sur toile, 131cm x 167cm

Le saisissement que j'éprouve devant ce tableau ne provient pas seulement de sa construction, ni du hiératisme des figures, ni de l'étrange silence qui semble en émaner, mais de la matière dont les corps sont faits. Ceux-ci sont pétris d'une substance lumineuse, lisse, uniforme.

Corps pleins, corps sans organes, corps dont la surface n'est pas une peau, mais la tranche taillée par le ciseau du sculpteur dans un bois à la veine serrée, puis longuement poli, patiné, comme le sont les meubles.

La lumière vient s'y réfléchir de telle sorte qu'elle semble en émaner autant qu'elle les éclaire. Elle a pour effet d'unifier la surface des corps, de la rendre lisse, homogène, compacte.

Cette géométrisation des corps qui s'étagent comme des voix, le rayonnement qu'ils diffusent se prêtent pour moi à une méditation en acte dont le thème en est la chair au sens où justement l'entendent les prédicateurs. Chair coupable et meurtrie, chair menacée, chair rédimée.


Un autre tableau de Georges de La Tour sur le même thème

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Le Caravage : violences et passions

Publié le par Jean-Yves Alt

Le Caravage est poursuivi par la haine des milieux pontificaux romains et il rencontre d'autant plus d'hostilité qu'il n'hésite pas à peindre la Vierge morte, sous les traits d'une femme du peuple, sur un grabat (tableau au Louvre). Il invente depuis le début des années 1600 les plus violents clairs-obscurs de l'histoire de la peinture, d'où son surnom de « ténébriste ».

Mais il arrive ainsi à donner les visions les plus hallucinantes du désespoir et de la souffrance. Témoin la Flagellation du musée de Naples, ville où Le Caravage s'est réfugié après avoir abattu un rival.

La Flagellation, Le Caravage, 1607, Huile sur toile, 286 x 213 cm

Museo Nazional di Capodimonte, Naples

Une violente coulée de lumière fait émerger des ombres quelques pans des corps des tortionnaires, mettant en exergue le splendide torse d'un Christ apollinien. C'est de lui que semble d'ailleurs rayonner toute clarté car il est le fils de Dieu. Mais il se tord aussi d'effroi sous sa dérisoire couronne d'épines.

Il n'est plus qu'un homme, un homme qui souffre. Comme le peintre.

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Mon regard sur le martyre de saint Sébastien peint par Giovanni Cariani

Publié le par Jean-Yves Alt

Nous sommes au théâtre. Sébastien vient de faire son entrée. Comme le montre la position de ses pieds, Sébastien entre en scène comme un danseur.

Il est suivi, on ne sait pourquoi de Sainte Marguerite et de sa tarasque, monstre dévorant. Sainte Marguerite n'a pourtant rien à faire ici. Elle ne fait pas partie du trio féminin de saint Sébastien : Zoé, Irène, Lucine : celle à qui il a rendu la parole, celle qui l'a soigné et sauvé après avoir été transpercé de flèches, celle à qui il est apparu pour lui demander d'enlever son cadavre du grand égout de Rome, le cloaca maxima.

Sébastien : ses boucles blondes, admirables, encadrent son visage au teint rose, aux yeux mi-clos, au nez parfait. Deux flèches seulement l'ont atteint en des endroits sans danger, la cuisse et le bras : serait-il vrai que sainte Irène ait payé les archers pour qu'ils ne visent pas les endroits mortels ? Le bras droit levé au-dessus de la tête montre une aisselle fournie et tentante.

Qu'il est beau ce jeune homme. Il n'est ni l'adolescent au regard "vicieux" de Bellini (dans le tableau La Vierge et l'Enfant entre saint Pierre et saint Sébastien, Musée du Louvre, vers 1487), ni le tragique homme à la noble violence érotique de Mantegna. C'est un jeune homme, ou un homme jeune si l'on préfère, au torse bien dessiné, aux jambes admirables, à l'abdomen un rien trop nourri, à la poitrine prometteuse.

Une certaine aristocratie se dégage de lui et j'y suis sensible. Bien que théâtral, ce Sébastien de Cariani est élégant jusque dans la souffrance.

Saint Sébastien entouré de saint Roch et de sainte Marguerite

Giovanni Cariani (vers 1480, 1547/49 ?), peinture à l'huile

Musée des Beaux-Arts de Marseille

A regarder de près son visage, ce n'est pas exactement la souffrance que je lis : aucun Sébastien d'ailleurs, n'est à ce propos réaliste. Ce serait davantage une sorte d'extase même si elle n'atteint pas celle de la sainte Thérèse du Bernin (sculpture en marbre, hauteur : 3,50 m, chapelle Cornaro, Santa Maria della Vittoria, Rome, 1644-1652) à moins qu'il s'agisse d'un plaisir masochiste.

Marguerite donne l'impression qu'elle est l'habilleuse de ce théâtre qui a suivi la vedette au-delà du portant pour arranger, in extremis, un détail du costume.

A gauche, côté jardin, il y a saint Roch dont la présence ne sert qu'à rappeler le rôle anti-pesteux de Sébastien. Son brave chien, indifférent à ce qui se passe, attend sa pâtée avec un air attendrissant.

Au-delà de cet entourage banal, mi réaliste mi allégorique, il y a surtout Sébastien. Qui oserait se draper de ce pagne noué en «œuf de Pâques» et qui, lourdement tombe à terre, contrariant l'élégance du supplicié ?

Et pourtant si ce nœud n'existait pas, si Sébastien était représenté en invité académique, il serait moins troublant : ce pagne permet de laisser vagabonde mon imagination.

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Mon regard sur le « saint Sébastien aux archers » peint par Gustave Moreau

Publié le par Jean-Yves Alt

Il n'y a pas un saint Sébastien peint par Gustave Moreau, mais une dizaine plus les nombreuses esquisses. L'artiste ne s'est d'ailleurs pas essayé à cette représentation du saint, comme le firent nombre de peintres, par conformisme du motif.

Le mystère que provoque la peinture de Gustave Moreau est lié à l'indistinction des corps, à une sorte de Séraphita balzacienne. Ses saint Sébastien n'échappent pas à cette règle, dévirilisation accentuée des corps.

De la même esquisse, tel Prométhée séparant dans l'argile des deux sexes, Gustave Moreau tranche le lien. D'un, il fait deux.

Il est une femme, de la légende officielle de Sébastien, que le peintre ignorera. Il s'agit d'Irène, figure de la soignante qui vient panser les plaies, retirer les flèches entre deux doigts fins, ressusciter celui qui avait été laissé pour mort. Du couple, il n'a gardé qu'une figure hiératique, un Sébastien toujours debout alors même que les flèches ont constellé ses cuisses, appuyé tel un Titan contre un arbre. De deux, Moreau ne fait qu'un(e). Moreau n'a pas peint un saint, alangui, recueilli dans un snobisme extatique, presque mort ou endormi dans les bras consolateurs d'Irène.

Le pubis du saint est celui d'une femme, rond, recouvert d'un linge devenu une sorte de paréo enroulé sur sa cuisse droite. Image du désir, symbolisme d'un pantalon ouvert sur le ventre, sur le sexe.

Saint Sébastien aux archers [détail], Gustave Moreau, vers 1875

Peinture à l'huile sur toile – Musée Gustave Moreau (Paris)

Le saint lui-même dresse sa croix comme un chrome, la tête fondue dans une auréole qui singe le néon. Cette mise à mort est électrique.

Une toile survoltée… où je trouve un plaisir à plonger mon regard dans ce fouillis métallique, dans cette débauche d'accessoires incandescents, dans ce fatras de bimbeloterie et de visions orfévrées.

Gustave Moreau a particulièrement bien compris que la séduction du martyr est liée à un goût prononcé pour le fétichisme. Le mien, bien entendu !

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