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expositions-arts

Gilbert & George, 20 London E1 pictures

Publié le par Jean-Yves Alt

L'œuvre de Gilbert and George met l'accent sur la critique de la société dans ses points les plus visibles et les plus récurrents : la famille, les clichés sur la sexualité, le pouvoir des uns sur les autres, l'immigration... À partir de tableaux de grands formats qui rappellent les fresques du Moyen Age et les grand tableaux de la Renaissance, ces artistes londoniens mettent en lumière nos idées reçues.

Chez Gilbert & George, leur réalisme est leur modernité : ils veulent tout simplement restituer la réalité moderne d'une façon aussi immédiate et globale que possible. Ils veulent « tout » exposer, tout répertorier, tout observer. Sans hiérarchie ni élitisme, leur obsession est de montrer simplement tout ce qui fait notre vie.

L'exposition (achevée depuis début avril 2005) mettait plus particulièrement l'accent sur l'évolution du quartier où habitent les deux londoniens, East End, à l'origine quartier ouvrier, soumis à des vagues successives d'immigration.

L'exposition "20 London E1 pictures" s'inscrivait dans la démarche artistique de Gilbert & George de respecter et d'honorer la totalité des choses. Ce projet a pris forme dans 22 œuvres, dont 5 tableaux de grand format (10 m) qui mettent en scène les deux artistes.

Ces deux-là, on les connaît. Presque des jumeaux. Quand on interroge l'un, c'est l'autre qui répond. Au costume gris répond le costume gris. À la cravate à pois, la cravate à pois. D'abord qui est Gilbert, qui est George ? Depuis des décennies, ils embrouillent les idées. Bref, Gilbert & George ne font qu'un. Un couple, bien sûr. Ce qui les intéresse ?

C'est l'individu pris dans son quotidien, ce qui l'oppresse, le perturbe. À travers des œuvres souvent gigantesques, ils nous parlent du monde. Et là, avec cette exposition, de leur quartier : l'East End de Londres. Un quartier de déshérités où ils vivent depuis toujours. Ils ont relevé tous les noms de ses rues, et pour que la mémoire de celui-ci reste intacte, ils les reproduisent, ces noms. C'est la première étape de leur langage pictural et social. Ensuite, ils introduisent la sexualité à travers leur propre image, nus ou habillés, mais toujours dans une théâtralité exacerbée, proche parfois du Grand-Guignol.

Et c'est là que leur œuvre prend toute sa force et sa virulence. Gilbert & George sont les anthropologues du signe et du corps, des entomologistes du quotidien. Cette remarquable exposition en était l'éblouissant exemple.

À LIRE :

■ Gilbert et George, Intimes conversation avec François Jonquet, Denoël, 2004, ISBN : 2207254941

Présentation de l'éditeur : Rassemblant un immense public d'un bout à l'autre de la planète, Gilbert & George ont conçu depuis la fin des années soixante une des œuvres les plus puissantes et novatrices de notre époque. Dès leurs débuts, ils se proclament " Sculpture vivante " : entre Gilbert et George, entre l'Art et la vie, se scelle alors pour toujours une alliance fusionnelle. Ils font leur le slogan "L'Art pour tous" : un art qui revendique beauté et émotion et qui touche le spectateur au cœur. Provocateurs, controversés et souvent visionnaires, ils créent leurs images comme de vastes poèmes visuels déchiffrant la condition humaine. Stimulés par une amitié de plus de dix ans avec le critique d'art François Jonquet, ils acceptent pour la première fois de se raconter dans un grand livre d'entretiens. Dans Intime conversation, où se mêlent humour et gravité, ils dévoilent des facettes inconnues de leur art et de leur vie d'aventures. Confrontés jour après jour aux tensions de l'East London, ligne de fracture entre la City et le quartier musulman, Gilbert & George portent un regard acéré sur notre temps.

L'art de Gilbert & George, une esthétique de l'exigence, Wolf Jahn, Editions Schirmer/Mosel, 1989, ISBN : 3888145309

Un livre référence épuisé à consulter en bibliothèque.

Voir le diaporama des oeuvres présentées

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L'Androgyne, d'hier à aujourd'hui…

Publié le par Jean-Yves Alt

La source originelle du mythe florissant de l'Androgyne remonterait au discours prononcé par Aristophane dans le fameux « Banquet » de Platon au cours duquel six personnages prennent tour à tour la parole pour faire, en respectant les règles immuables de la rhétorique classique, l'éloge d'Eros.

Dans la mythologie gréco-romaine, l'Androgyne prend une importance exceptionnelle, ce dont témoigne magnifiquement l'art statuaire : le corps de l'homme possède la plénitude arrondie du féminin tandis que la stature des déesses suggère une puissance d'essence masculine.

La Renaissance italienne en ressuscitant l'art antique restitue cette superbe ambiguïté des corps. Il est bien difficile de déterminer le sexe des personnages peints sur les tableaux de l'époque préraphaélite.

Ainsi, au XIXe siècle Péladan considérait-il le Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci comme « l'androgyne incomparable, plus énigmatique que le sphinx ». Il est vrai que le voile subtil qui noie les contours donne au corps et aux traits du visage une langueur et une mollesse toutes féminines.

L'Androgyne, d'hier à aujourd'hui…

Narcisse par Gustave Courtois (1853-1923)

Marseille, Musée des Beaux-Arts

On observe également une résurgence du mythe antique dans la littérature dite « décadente » de la fin du XIXe siècle et dans certains romans contemporains.

Avec Peladan et Oscar Wilde, l'androgyne renaît de ses cendres et, se conjuguant, à des fins esthétiques, avec l'hermaphrodite, connaît un curieux avatar : le « dandy ». La beauté du Dorian Gray de Wilde ou du Des Esseintes de Huysmans tient à ce qu'il y a en eux de délicatement efféminé, ce qui est un ajout à leur virilité. Le dandy atteint la plénitude idéale en réunissant une essence masculine à une forme féminine. Le roman de Dominique Fernandez « Porporino » offre à l'androgyne une nouvelle incarnation, celle d'un castrat italien du XVIIIe siècle.

Roberta, le footballeur transsexuel et féministe du « Garp » de l'Américain John Irving est une énième mutation du mythe primitif.

Autrefois extérieur à l'homme, l'androgyne représente aujourd'hui une recherche intérieure, un but à atteindre, les catégories sexuelles préétablies s'étant affaissées. Rien d'étonnant à ce que Mick Jagger et David Bowie aient osé mettre en scène l'androgyne en lui redonnant – en devenant des stars adulées – son statut ancien d'idole.

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Amour en devenir ? par Emile Friant

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux jeunes gens sont arrêtés sur le parapet d'un pont métallique. La rivière et le paysage urbain au loin ne semblent intéresser ni l'un, ni l'autre.

Autant la femme a une allure distinguée, autant l'homme montre sa quotidienneté avec son habit d'ouvrier.

Au gris de sa veste s'oppose la ceinture rouge carmin de la jeune femme qui valorise le bleu de Prusse de sa robe, accentuant ainsi l'étroitesse de sa taille.

L'homme par sa position dans le tableau occupe la plus grande partie du tableau. Cherche-t-il avec sa main droite à capter l'attention de la jeune femme ?

Mais les yeux de sa voisine marquent une absence, une vie en sursis. Si bien que le geste de l'homme et son regard deviennent stériles, vains.

Comment lire la nature arborescente au-dessus d'eux ?

En haut du chapeau de l'homme se déploie un arbre vert et vigoureux alors qu'au-dessus de la femme un arbre fluet aux couleurs automnales a du mal à occuper l'espace.

Le couple de ces deux arbres fait-il écho à celui des deux jeunes gens ?

Emile Friant a donné comme titre à ce tableau « Les Amoureux ». Les deux arbres différents symbolisent-ils l'amour impossible entre les jeunes gens ou l'arbre aux couleurs de feu reflète-t-il les pensées de la jeune femme, encore toute étonnée de l'effet que produit le jeune homme en son cœur ?

Amour en devenir ? par Emile Friant

Emile Friant – Les amoureux – 1888

Huile sur toile, 111 cm x 145 cm, Musée des Beaux-Arts de Nancy

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Violence et extase dans le corps masculin par Luis Caballero

Publié le par Jean-Yves Alt

Avec le corps, on peut tout dire, tout exprimer : le bonheur, le malheur, la grâce...

Le corps est l'outil d'expression le plus parfait qui soit. On a pu faire des mathématiques avec un corps humain comme les Grecs, de la théologie comme Michel-Ange sur les plafonds de la Chapelle Sixtine, ou exprimer un drame comme l'a fait Matthias Grünewald.

Peintre colombien, Luis Caballero est né à Bogota en 1943. Il est mort en 1996. Il a peint des corps masculins. Le corps comme objet et le corps comme signe car le corps peut tout dire.

Luis Caballero a travaillé un thème unique et obsessionnel : celui du corps. Corps seul ou au corps à corps : des corps qui s'unissent pour ne faire qu'un. Comment ne pas ressentir nos propres tensions et nos propres abandons dans les réalisations de Luis Caballero ?

Les corps masculins dessinés par l'artiste sont souvent meurtris et blessés. Le plus étonnant c'est de ne pas pouvoir distinguer si ces corps agonisent de douleur ou de plaisir : il reste que la beauté blessée et/ou la force déchue de ses corps sont sensuelles et émouvantes.

L'intention du peintre n'a pas été d'exciter sexuellement (ce que n'importe quelle photo porno peut faire mieux), mais de provoquer l'émotion à partir de la beauté des formes.

L'art de Luis Caballero n'est pas réservé aux homosexuels. N'importe qui, quelle que soit sa sexualité, peut être ému par la « Vénus » de Botticelli comme par les « esclaves » de Michel-Ange.

Violence et extase dans le corps masculin par Luis Caballero
Violence et extase dans le corps masculin par Luis Caballero

Certes, dans les œuvres de Caballero, le côté charnel et animal est lisible, mais c'est surtout le choc de l'image, qui reste ensuite. Choc qui invite à la réflexion.

Parler d'érotisme à propos de la peinture de Luis Caballero serait en faire une lecture limitée. Car ce qui apparaît nettement dans ses tableaux, c'est la violence ou l'extase. L'extase vue, plus d'un point de vue religieux qu'érotique. Peut-être parce qu'il a été déçu par l'extase érotique… Dans le sexe, on peut se perdre… Peut-être aussi, parce qu'il reste influencé par les pratiques de la religion catholique de son enfance, en Amérique Latine. Des images obsessionnelles d'horreur et de beauté. L'image obsédante du Christ : cet homme pendu et torturé sur une croix, agonisant puis mort, mais toujours beau, et qu'on lui demandait d'aimer…

Violence et extase dans le corps masculin par Luis Caballero

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Beauté plastique et engagement social par Paul Strand

Publié le par Jean-Yves Alt

« Quand la France se met en colère, le monde se met en mouvement. »

Telles sont les premières lignes qui accompagnent cette image culte de Paul Strand (1890-1976), encore trop souvent montrée hors contexte.

Publiée en 1952 dans la « France de profil », puissante radiographie en images et en textes de la France des années 1950 conçue en collaboration avec l'écrivain Claude Roy – et en forme d'hommage à Atget –, cette photographie d'un troublant jeune homme au regard révolté condense tout l'art de Paul Strand : beauté plastique et engagement social.

Beauté plastique et engagement social par Paul Strand

Paul Strand – Young Boy – Gondeville, Charente, France, 1951

Des États-Unis au Ghana, de l'Italie aux Nouvelles-Hébrides, le globe-trotter américain, exilé pour cause de maccarthysme, aura passé des décennies à décrire ce qui est constitutif d'une terre : ses hommes et ses paysages.

Formé par Lewis Hine puis proche d'Alfred Stieglitz, Strand a vite abandonné la veine pictorialiste puis abstraite de ses débuts pour verser dans cette image de rue documentaire, humaniste et engagée – il sera notamment le photographe officiel du gouvernement révolutionnaire mexicain (1933).

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