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expositions-arts

Eden par François-Xavier Lalanne

Publié le par Jean-Yves Alt

Rhinocrétaire, Mouflon de Pauline, Moutons de Peter, Singe allumé… Ainsi désignées, les sculptures de François-Xavier Lalanne, avant même de les rencontrer dans un vaste salon ou au détour d'une allée de jardin, charment les oreilles.

Sculptures évocatrices d'un éden enfantin où le Petit Prince s'amuserait à rivaliser de fantaisie, pour épater Hans et Gretel.

Ces hybrides de bronze, de cuivre ou de tôle laitonnée, invitent à distribuer des caresses sur leur carapace comme sur celle de cet imposant rhinocrétaire, véritable ambassadeur rustique d'un art paisible, heureux, invitant à sourire.

François-Xavier Lalanne – Rhinocrétaire – 2005

Bronze

François-Xavier Lalanne s'inscrit dans la chronologie des sculpteurs animaliers, abondamment représentés au XIXe siècle par les Antoine-Louis Barye, Paul Simon et surtout François Pompon. Son imaginaire luxuriant évoque aussi la force inspiratrice de Magritte.

Des sculptures inventives et élégantes qui reculent les limites entre ce qu'il est convenu d'appeler l'art noble et l'art dit décoratif.

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La marque du temps par Nicholas Nixon

Publié le par Jean-Yves Alt

Le matériel utilisé par le photographe permet d'obtenir, par contact direct avec un négatif de grand format, une image remarquable de précision qui crée une présence hallucinante.

L'optique de l'appareil photographique est semblable à celle d'un microscope qui permet de découvrir un monde insoupçonné.

Un de ces mondes est celui de la transformation des corps, voire de leur décomposition invisible.

Nicholas Nixon montre l'action du temps sur la chair : les vieillards de l'hospice de Boston paraissent se situer au-delà ou en deçà de l'humain. Ils semblent avoir rejoint un monde d'avant l'apparition de l'homme.

Nicholas Nixon – Vieillard de l'hospice de Boston – 1985

Photographie noir et blanc, tirage argentique, 20 cm x 25 cm, Frac Lorraine

Si le développement embryonnaire reproduit les étapes traversées au cours de l'évolution des espèces, le corps dans son involution, son irrémédiable dégradation, semble effectuer un parcours inverse. Les visages se parent d'une peau reptilienne.

Si la lumière révèle, elle ne permet pas de résoudre l'énigme de l'origine, origine supposée unique de tous les êtres vivants. Nicholas Nixon interroge la vie, mais la précision de ses images trouble, elle heurte less certitudes et renvoie à notre irrémédiable condition de mortel.

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Matthieu et l'Ange par Le Guerchin vu par Elisabetta Rasy

Publié le par Jean-Yves Alt

« Dans un tableau du Guerchin (décrit par Elisabetta Rasy dans son roman «La fin de la bataille») qui représente saint Matthieu et l'Ange, il y a une anomalie, sinon une véritable erreur.

Saint Matthieu est aux trois quarts étendu. Le poids du corps est soutenu sans trop d'effort par le coude gauche. Le bras droit – ce bras de vieillard vigoureux et perplexe face à la majesté angélique est au centre du tableau – le bras droit se plie légèrement pour suivre le mouvement de la main sur un volume qui, à demi caché par le pan du manteau, est placé devant le saint.

La main tâte l'enveloppe externe du volume pour y trouver un appui, mais sans pression. Le geste est celui d'un aveugle qui lit avec les doigts. Matthieu a toute l'inertie de la stupeur tandis que, la tête penchée en arrière, presque rejetée, il regarde sur sa droite l'ange-garçon qui est à côté de lui.

Le garçon, blafard comme ses ailes, désigne l'Évangile que Matthieu a écrit. Matthieu est couvert de pauvres vêtements mal arrangés, le corps exposé aux regards. L'ange est enveloppé, caché dans de somptueux vêtements et de sombres drapés d'étoffes précieuses. Nous en voyons le cou épais et le visage olivâtre, imberbe, tourné vers Matthieu. Il est beau et légèrement bouffi. Sa bouche est entrouverte, comme en une pause du discours, ou de l'amour. Sa main droite tient le grand volume de l'Évangile presque perpendiculaire au sol. La gauche indique le nom de Matthieu, en bas de la dernière page écrite. Affirme, et silencieusement interroge.

Matthieu et l'Ange par Le Guerchin vu par Elisabetta Rasy

Et voici l'anomalie : devant l'ange, qui apparaît au premier regard blotti près du corps incliné du vieillard - Matthieu est la puissance même du corps et le caractère inexorable de la vieillesse - deux jambes musculeuses se croisent, inexplicablement fortes. C'est comme si ces jambes étaient celles de l'ange, comme si ce garçon aux grandes ailes repliées dans l'espace restreint du cabinet de Matthieu était assis à côté du vieillard dans une position d'enracinement au sol presque trop solide, stable jusqu'à la vulgarité. Prêt à se dresser, à exiger une réponse. Mais en fait, aussitôt après, nous nous apercevons que ces jambes sont celles de l'évangéliste, inertes mais puissantes, comme le reste de la figure.

Un support vivant pour la jeune créature qui n'a pas de corps, mais seulement un visage, qui ne peut s'en remettre, pour bouger, qu'à ses ailes perdues dans l'obscurité de la pièce.

Matthieu pense que les ailes ne suffisent pas, que le mouvement ne se dirige pas seulement vers le haut. Ainsi les jambes du vieillard deviennent aussi celles du jeune homme, comme en une lointaine figure métamorphique où le vieillard se transforme en jeune homme et inversement, en une métamorphose sans direction.

Les jambes disgracieusement appuyées au sol, mais enfin appuyées, sont l'espace qui soutient la métamorphose et lui résiste, le point de fusion, une nécessaire appartenance commune. »

Elisabetta Rasy

■ in « La fin de la bataille », éditions Rivages, 1988, ISBN : 2869301723, pages 5 à 7 (prologue)

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Mon regard sur des enluminures avec saint Sébastien

Publié le par Jean-Yves Alt

Au-delà d'une certaine naïveté dans le traitement graphique de ces enluminures, il y a dans les regards, de ces Sébastien comme dans ceux des archers, une dimension profondément humaine.

Dans ces deux enluminures, les deux bourreaux semblent soucieux. Par rapport à leur besogne, ils sont en suspens. Un doute les a envahis.

● Prennent-ils conscience de l'iniquité de la peine qu'ils viennent d'appliquer ?

● Ou veulent-ils seulement s'assurer du talent qu'ils ont mis dans leur ouvrage ? Le condamné, transformé, dans les deux enluminures, en hérisson (1), signe, il est vrai, une exécution irréprochable.

Enluminure sur parchemin tirée des Heures à l'usage de Rome, 1533

Avignon, Bibliothèque municipale

Enluminure sur parchemin tirée des Heures à l'usage de Rome, fin du XVe siècle

Angers, Bibliothèque municipale

La perplexité du bourreau fait face à la défiance des Sébastien : l'un offre un sourire incisif tandis que l'autre montre un regard tourné vers une intériorité inaccessible au soldat.

Des miniatures éloquentes !


(1) Le terme de hérisson a été employé par Jacques de Voragine dans La Légende Dorée [XIIIe siècle]

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Mon regard sur le « saint Sébastien » d'Antonio Giorgetti à Rome

Publié le par Jean-Yves Alt

Sébastien est étendu dans un abandon total. Ses yeux sont fermés. Son corps semble éprouver un épuisement absolu.

Malgré la présence des flèches, j'ai la plus grande peine à considérer cette lassitude comme la conséquence de son martyre.

Tout dans son corps exprime une suprême volupté...

Volupté de celui qui vient de faire l'amour !

Ou quand la chair est sacrée…

Antonio Giorgetti – Saint Sébastien – avant 1670

Marbre, Église San Sebastiano alle Catacombe, Rome

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