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expositions-arts

Une zampogne pour départager Marsyas et Daphnis

Publié le par Jean-Yves Alt

Le personnage d'Apollon se reconnaît aisément grâce à ses attributs caractéristiques : arc, carquois et lyre. Le personnage de Marsyas, beaucoup moins.

Marsyas est un satyre phrygien. Les satyres, dans les premières représentations artistiques, montraient des personnages ayant les oreilles, les membres inférieurs et la queue d'un cheval.

Le Marsyas du Pérugin n'est pas représenté ainsi. S'agit-il alors d'un autre personnage ?

La représentation mi-hommes, mi-chevaux pour les satyres disparut avec le temps si bien qu'il est difficile d'affirmer que ce personnage de gauche n'est pas Marsyas.

Un autre détail permet de faire une nouvelle hypothèse : le jeune homme joue de la zampogna (zampogne), un instrument qui aurait été inventé par Daphnis.

Alors… ce tableau longtemps dénommé, « Apollon et Marsyas », pourrait représenter plutôt « Apollon et Daphnis », jeune pasteur mort d'amour pour Apollon.

Pietro Vannucci (dit Le Pérugin) – Apollon et Marsyas (Apollon et Daphnis ?) – 1495

Huile sur bois, 39cm x 29 cm, musée du Louvre

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Le photographe Von Gloeden vu par Roland Barthes

Publié le par Jean-Yves Alt

Le Baron Wilhelm Von Gloeden, dont Roger Peyrefitte est admiratif, a dénudé ses modèles dans ses photographies d'art dans la tradition des académies de dessin d'après le nu.

Pour Roland Barthes, cette renaissance de l'imagerie arcadienne est une imposture : on peut lire à l'article « Von Gloeden » de L'Obvie et l'Obtus (1) :

En combinant « la Grèce végétale, la statuaire romaine et le "nu antique" [...] carnaval de contradictions », « éphèbes, pâtres [...], tuniques, couronnes, stèles » mènent à une « Antiquité ainsi affichée (et par référence l'amour des garçons ainsi postulé) » que le photographe « peuple de corps africains ».

 Von Gloeden – Quatre enfants dans u paysage rocailleux – vers 1900

(1) L'Obvie et l'Obtus, Roland Barthes, éditions du Seuil, 1982

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Subtil chardonneret par Tiepolo

Publié le par Jean-Yves Alt

Que vient donc faire ce chardonneret posé sur la main de l'enfant Jésus ?

Est-il un simple compagnon de jeu ? Difficile à admettre sur cette représentation où la main potelée de l'enfant ne semble être qu'un perchoir pour l'oiseau.

Ce chardonneret suggère-t-il alors quelque chose qui viendrait du ciel ? Ce qui pourrait être en accord avec la grâce de la scène représentée.

Il faut préciser que cet oiseau est familier des épines ; il se nourrit notamment de graines de chardon. Il aurait, selon une légende, avec son bec, retiré une épine de la tête de Jésus cloué sur la croix ; une goutte du sang du Christ tombée sur le dessus de sa tête serait à l'origine de son signe distinctif.

Giovanni Battista Tiepolo – La Madone au chardonneret (détail) – vers 1770

National Gallery of Art, Washington (États-Unis)

Ainsi, la présence du chardonneret dépasse le simple thème de la maternité. Elle devient une allusion raffinée à la future passion du Christ.

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Mon regard sur le saint Sébastien de Cima

Publié le par Jean-Yves Alt

Le jeune homme arrêté sur un chemin tranquille pourrait être un jeune athlète. Son visage évoque celui d'un ange. Seule, la flèche (du reste, assez peu visible), plantée dans sa cuisse droite, permet de voir autre chose.

Les bras attachés dans le dos ne montrent aucune tension, la blessure provoquée par l'unique flèche ne saigne pas : le saint non seulement paraît ne pas souffrir, mais il présente, à mes yeux, cette légèreté que je vois dans les petits nuages ainsi que dans le paysage paisible en arrière-plan. La rotonde massive du château Saint-Ange de Rome a perdu de sa robustesse.

Le tragique, la violence ne sont pas présents dans cette peinture. Le peintre semble n'avoir que faire du pathétique. Qu'a-t-il alors voulu montrer derrière cette non-représentation de la douleur ?

Giovanni Battista Cima, dit Cima da Conegliano – Saint Sébastien – 1500/1502

Huile sur bois, 116,5cm × 47cm, musée des Beaux-Arts de Strasbourg

Peut-être l'idée d'une sainteté parfaite, optimale… accomplie.

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Rencontre massive de la sculpture et de l'architecture par Michaël Kenna

Publié le par Jean-Yves Alt

Si, dans le travail de Michaël Kenna, domine le paysage, il n'est pas seul présent car le principe de nature ne saurait être autonomisé.
La photographie, ci-dessous, remet en cause la dichotomie nature-culture : l'être humain apparaît sous la forme d'une sculpture d'un homme nu, vu de dos, dont la masse de pierre, presque charnelle, semble écraser l'un des symboles architecturaux français : la tour Eiffel.
Le dos massif de l'homme fait écran, il remplit l'image de son opacité ; pour autant il est impossible de suivre la direction de son regard puisque le nôtre est inexorablement attiré par cette minuscule tour grandie par la lumière.
Que produit cette rencontre entre l'architecture de fer devenue lumineuse et la sculpture de pierre ?
 Michaël Kenna – Strong Man and Tower (Night) – 1987
Photographie
Peut-être suggère ou révèle-t-elle la question d'un phallus demeurant caché à notre regard…

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