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expositions-arts

Les marbre du Foro Italico à Rome

Publié le par Jean-Yves Alt

De 1927 à 1933, Mussolini a fait construire un stade pour les jeux olympiques. En haut des gradins, veillent soixante athlètes nus. Ces statues ont été censurées pour des raisons politiques et idéologiques. Elles sont un rien académiques, certes, avec un aspect très viril.

Peut-être leur manque-t-il la dimension de l'androgyne.

Trop de muscles au point que certaines sont laides, prognathes presque… mais la plupart sont belles et troublantes.

De belles résurgences de l'art néo-classique comme on en trouvait déjà dans La Marseillaise de François Rude, œuvre d'ailleurs assez coquine.

Dominique Fernandez au pied d'un athlète du Stadio dei Marmi à Rome – 1989 ( ?)

« Tout nus la plupart, pourvus d'organes génitaux soigneusement et puissamment modelés, les soixante athlètes de marbre du Foro Italico de Mussolini forment la plus longue galerie et la collection la plus variée de fantasmes homosexuels qui soient jamais parues au monde. Ce stade n'attire guère de visiteurs ; il n'est pas inscrit parmi les monuments que les tours guidés de Rome proposent aux touristes. C'est pourtant une des curiosités les plus étonnantes de la ville éternelle, et à bien des égards une des plus belles. En tout cas, l'ensemble le plus cohérent de statues élevé depuis la ruine du monde antique. Si elles dérangent autant, si elles font honte, si on cherche à les faire oublier, est-ce seulement parce qu'elles portent une marque politique infamante ? »

in "Le rapt de Ganymède", Dominique Fernandez

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Créature dantesque à Conques

Publié le par Jean-Yves Alt

Le Léviathan est un gigantesque dragon-serpent dont les ondulations seraient à l'origine des vagues. Créé par Dieu (Apocalypse de Baruch – livre apocryphe de la Bible), cet animal est le maître des océans.

Rien ni personne ne peut résister à sa puissance.

À l'origine, selon la tradition, Dieu créa un couple de Léviathans. Mais, conscient de leur potentiel de destruction, il fit mourir l'un de ces monstres, accordant l'immortalité à l'autre à titre de compensation. Cette immortalité vaudra jusqu'au jour du Jugement Dernier, où le Léviathan mourra, tué par l'archange Gabriel. Ses restes seront étendus au-dessus des murailles de Jérusalem et le rayonnement de sa peau iridescente illuminera toute la planète.

Le démon, qui regarde derrière lui les bienheureux entrant au Paradis pousse les damnés dans la gueule du Léviathan qui marque l'entrée de l'enfer.

Tympan de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques en Aveyron (détail) – XIe-XIIe

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Le taureau vu par Jules Renard et Henri de Toulouse-Lautrec

Publié le par Jean-Yves Alt

Le pêcheur à la ligne volante marche d'un pas léger au bord de l'Yonne et fait sautiller sur l'eau sa mouche verte.

Les mouches vertes, il les attrape aux troncs des peupliers polis par le frottement du bétail.

Il jette sa ligne d'un coup sec et tire d'autorité.

Il s'imagine que chaque place nouvelle est la meilleure, et bientôt il la quitte, enjambe un échalier et de ce pré passe dans l'autre.

Soudain, comme il traverse un grand pré que grille le soleil, il s'arrête.

Là-bas, du milieu des vaches paisibles et couchées, le taureau vient de se lever pesamment.

C'est un taureau fameux et sa taille étonne les passants sur la route. On l'admire à distance et, s'il ne l'a fait déjà, il pourrait lancer son homme au ciel, ainsi qu'une flèche, avec l'arc de ses cornes. Plus doux qu'un agneau tant qu'il veut, il se met tout à coup en fureur, quand ça le prend, et près de lui, on ne sait jamais ce qui arrivera.

Le pêcheur l'observe obliquement.

― Si je fuis, pense-t-il, le taureau sera sur moi avant que je ne sorte du pré. Si, sans savoir nager, je plonge dans la rivière, je me noie. Si je fais le mort par terre, le taureau, dit-on, me flairera et ne me touchera pas. Est-ce bien sûr ? Et, s'il ne s'en va plus, quelle angoisse ! Mieux vaut feindre une indifférence trompeuse.

Et le pêcheur à la ligne volante continue de pêcher, comme si le taureau était absent. Il espère ainsi lui donner le change.

Sa nuque cuit sous son chapeau de paille.

Il retient ses pieds qui brûlent de courir et les oblige à fouler l'herbe. Il a l'héroïsme de tremper dans l'eau sa mouche verte. Il ne se cache que de temps en temps, derrière les peupliers. Il gagne posément l'échalier de la haie, d'où il pourra, d'un dernier effort de ses membres rompus, bondir hors du pré, sain et sauf.

Henri de Toulouse-Lautrec – Le taureau – vers 1899

Lithographie

D'ailleurs, qui le presse ?

Le taureau ne s'occupe pas de lui et reste avec les vaches.

Il ne s'est mis debout que pour remuer, par lassitude, comme on s'étire. Il tourne au vent du soir sa tête crépue.

Il beugle par intervalles, l'œil à demi fermé.

Il mugit de langueur et s'écoute mugir.

Jules Renard


in Histoires naturelles, Jules Renard, fac similé de l'édition de 1899 chez H. Floury éditeur, éditions PUF, collection Sources, 2010, ISBN : 978-2130585923

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Eros au potager, recueil d’encres sur papier de Robert Vigneau

Publié le par Jean-Yves Alt

Le potager de Robert Vigneau est plein de verges et de vierges. C'est un paradis de délices, bien loin de l'imaginaire végétarien de Rousseau : la vie des légumes est autrement exaltante que les pastorales ou l'île Saint-Pierre. C'est un carnaval, une sarabande, un tourbillon.

Une « révolution végétale » comme disait Grandville.

Les encres de Robert Vigneau m'ont incité à faire quelques recherches (il faudrait poursuivre) sur la « toile » à propos de la dimension érotique des légumes qu'il nous fait graphiquement découvrir. Qu'il soit remercié ici.

Curieusement, si dans la langue verte (et le code hétérosexuel), l'oignon a désigné le monde homosexuel masculin, l'ail a beau être viril, « manger de l'ail », c'est être ou paraître lesbienne. Pourquoi ? Par une allusion à la gousse et à une étymologie désobligeante : de gousser (manger comme un chien), sous le prétexte « l'homosexuelle est une mangeuse de sexe de sa partenaire ».

L'asperge a, depuis le milieu du XIXe, désigné le sexe des hommes en langage argotique. Et l'on doit à Auguste Le Breton, dans « Langue verte et noirs desseins », l'expression « aller aux asperges » qui signifie, pour les prostituées, aller à la recherche des clients. « Ne faites pas aller et venir une asperge dans votre bouche en regardant languissamment le jeune homme que vous voulez séduire » recommandait Pierre Louÿs dans son « Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation » (1926). Paracelse, alchimiste, et médecin, la recommandait pour affermir les virils appétits (« Traité des signatures »).

Si l'on parle du poireau comme d'un membre viril, c'est dit Rabelais par allusion flatteuse à sa queue verte (sens de grivois), droite et vigoureuse, alors même qu'il a la tête blanche : « Tu me reproches mon poil grisant, et ne considère point comme il est de la nature des porreaux, lesquels nous voyons la tête blanche et la queue verte, droite et vigoureuse » (Pantagruel). On peut « se chatouiller le poireau » (seul), « se dégourdir le poireau » (quand on a été privé depuis longtemps) ou encore « se faire souffler dans le poireau » (pratiquer la fellation, être l'objet d'une fellation) : expressions qui savaient ouvrir l'appétit…

Des deux frères Cucumis, il y a l'aîné (le concombre) et le cadet (le cornichon). L'empereur Tibère raffolait du Cucumis géant ; il s'en faisait cultiver toute l'année et ne se déplaçait jamais sans une provision. Ce qui est d'autant plus curieux que le concombre éteint les ardeurs sexuelles. Mais il est après tout d'autres usages, comme le dit Boris Vian dans la « Marche du concombre » : une jeune fille assez délurée, qui avait acheté un beau concombre « ben gros, ben long, ben vert » et qui s'en revenait du marché de Nevers, s'arrêta pour casser la croûte au pied d'un peuplier et, histoire de passer le temps, se le fourra dans les soutes, « Crénom c'que c'était bon ! »

L'aubergine est aussi appelée « vit de l'âne » (vié d'azé en provençal). La façon dont l'aubergine, satinée et gonflée, pend entre les feuilles, sa couleur violet sombre, la font effectivement ressembler au sexe déployé d'un âne entier.

Dans la langue verte, reconnaissons d'abord que la verge a plutôt sollicité les légumes, alors que le féminin relevait plus volontiers du fruité et du juteux : il y a une exception : la banane. Tout simplement parce qu'elle est d'introduction récente en Europe. Quand Joséphine Baker, en 1927, dans la Revue nègre, portait sur ses hanches douze bananes recourbées, tout en chantant : « Moi, j'aime les bananes parc'qu'y'a pas d'os dedans », on l'appela aussitôt la Vénus d'ébène. « Avoir la banane », c'est tout simplement bander et « éplucher la banane », tout ce qu'on veut…

■ Eros au potager, recueil d’encres sur papier de Robert Vigneau, Adana Venci, décembre 2013, ISBN : 978-2909984117


Du même auteur : Planches d'anatomie - Une vendange d'innocents - Ritournelles - Fariboles à l'école - Oraison


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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Le « saint Jean-Baptiste » de Léonard de Vinci : une prophétie

Publié le par Jean-Yves Alt

La plupart des tableaux de Léonard de Vinci ont trait à la prophétie.

L'Adoration des Rois mages, c'est la prophétie d'un nouveau Seigneur. Dans les vierges à l'enfant qu'il peint, ce sont toujours des prophéties : par exemple dans la Vierge aux rochers, c'est la prophétie de la Passion.

L'annonciation, c'est une prophétie au sens propre du terme, c'est l'ange qui vient annoncer à Marie qu'elle va être la mère du fils de Dieu.

La Cène, c'est encore une prophétie, puisque Léonard de Vinci choisit le moment où le Christ annonce qu'il va être trahi et non pas l'instant de l'Eucharistie.

L'essentiel de son œuvre semble être tournée autour de cet axe.

Si la prophétie se fait sur le Christ, c'est naturellement sur le Christ en tant qu'homme :

Quand saint Jean-Baptiste sourit, du même sourire énigmatique que celui de la Joconde, et désigne du doigt le ciel, hors cadre, il annonce, certes, que le Christ va mourir crucifié, mais aussi que toute sa vie est passion. La prophétie est heureuse.

Saint Jean-Baptiste peint par Léonardo di Ser Piero da Vinci (Léonard de Vinci)

Peinture à l'huile sur bois, vers 1514, 57 cm x 69 cm

Léonard, qui s'est interrogé toute sa vie, croyant pouvoir percer les mystères du monde, s'est aperçu en fin de compte que c'était impossible. La vérité est ailleurs. Cependant, même si chaque homme sait qu'il va mourir, que tel est son destin, Léonard de Vinci semble dire qu'il n'y a pas d'autres choix et que c'est une chose merveilleuse.

Et quand on sait que le saint Jean-Baptiste est son dernier tableau, donc d'une certaine manière son testament, et que dans ses derniers jours, malade, il écrit « je continuerai », ça prend un sens magnifique.

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