Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

expositions-arts

Paul Klee : Buste d'un enfant

Publié le par Jean-Yves Alt

Un enfant dont le visage est divisé, comme partagé en huit morceaux, porte une hache inversée sur son visage. Ses yeux ronds, bleus, fixent le spectateur, qu'il interroge, triste et décidé. L'arrière-fond brun contraste avec la pâleur d'un visage d'où semblent se retirer déjà la vie et ses couleurs. À peine marquées de deux traits, les lèvres serrées évoquent la crainte, le silence, le mutisme. Des lignes rouges traversent le visage, le partageant en morceaux dissociables.

Devant cet enfant menacé, je ressens à la fois un élan de tendresse et une souffrance : je me heurte à cette sorte de barrière affective que m'oppose la hache agressive dessinée par les traits rouges.

Klee m'apprend à rire avec légèreté de ma triste condition d'homme, parce que le sérieux n'est jamais là où je crois le voir : il est dans les petits yeux bleus d'un enfant-poupée qui me fixent pour me prier d'éloigner de lui, d'éloigner de tous les enfants du monde cette hache qui menace de l'écraser.

La demi-lune (en bas à gauche) m'annonce-t-elle le jour qui vient ou la dernière lueur d'un monde qui va bientôt disparaître, englouti par la nuit ?

Paul KLEE : L'artiste est né le 18 décembre 1879 à Münchenbuchsee en Suisse. Après son baccalauréat, il part pour Munich pour y commencer des études de peinture, puis retourne à Berne en 1902. En 1912, il participe à la seconde exposition du groupe "Der Blaue Reiter" (Le Cavalier bleu). En 1933, lorsqu'il exécute ce "Buste d'enfant", Paul Klee est à un moment de sa vie particulièrement dramatique : déclaré «artiste décadent» par les autorités nazies, il a perdu sa place de professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf et a été obligé d'émigrer en Suisse, à Berne. Dès 1936, il a de graves problèmes de santé. Il meurt en 1940.

À la mort du peintre, son fils Félix fit graver sur la tombe de son père ces mots qui disent si bien l'espérance lucide imprégnant l'œuvre de Klee :

« Ici-bas, je suis insaisissable. Car je vis aussi bien parmi les morts que parmi les âmes à naître. Un peu plus près du cœur de la création que l’ordinaire. Et pourtant, bien trop loin encore. »

■ aquarelle sur coton sur contreplaqué. 50,8 x 50,8 cm, 1933, Centre Paul Klee, Berne

Voir les commentaires

Un monde à part de Martin Parr

Publié le par Jean-Yves Alt

Quelle surprise cette photographie… totalement étonnante et drôle…

Artiste britannique, né en 1952, Martin Parr se plait à croquer ses contemporains d'un œil plein de dérision, en débusquant le grotesque dans nos petits travers quotidiens.

Peut-être veut-il aussi dénoncer – comme ici – la vulgarité de nos contemporains.

Derrière l’ironie cinglante, cette photographie permet de regarder la vie autrement et de garder le sourire…

Martin Parr – DIFC Gulf Art Fair (série Luxury) – 2007

Photographie prise à Dubaï

Voir les commentaires

Journal d'Andy Warhol

Publié le par Jean-Yves Alt

Un mot « andysme », définira le dandysme des années 60-80 dont Andy Warhol est la figure emblématique internationale.

Homosexuel, il dépita ses confrères, qui ont tenté de le reléguer dans la cohorte des touche-à-tout, en obtenant un succès retentissant durant sa vie.

Andy Warhol, c'est aussi de nombreux livres dont deux (presque) par lui-même : un "Journal" (1) - immense - dont on a extrait... presque 800 pages bien serrées, et "Ma philosophie de A à B et vice-versa" (2). Les autres ? Des monographies qui explorent son œuvre graphique, cinématographique, et bien sûr, ce que l'on croit, sa vie.

Retenons une longue biographie intitulée simplement "Andy Warhol" de Victor Bockris (3), un de ses amis intimes, et ce "Andy Warhol n'est pas un grand artiste" de Hector Obalk (4), qui tente de révéler l'imposture du provocateur.

La biographie d'Andy Warhol réussit l'acrobatie de tout raconter sans nous donner le sentiment que nous apprenons quelque chose de particulier. Sans doute parce que l'artiste a constamment travaillé sans filet, exposant ses outrances et livrant avec emphase une vie intime qui n'est jamais dissociée de la vie publique.

Mettant en application ce qu'il dénonce dans notre siècle, la banalisation du mythe par sa répétition, ravalant au même point de complaisance la "Joconde", "Marilyn Monroe" et une boîte de haricots, Andy Warhol est prisonnier de son talent admiré par la société de consommation. Quel espace d'ailleurs peut-il consacrer à sa vie privée qu'il régit avec autant de suprême désinvolture (apparente) et d'accélération que sa production artistique ?

Homme en mouvement, Andy Warhol, qui masque ses cheveux noirs par des perruques grises ou blanches, a traité son existence comme une énorme plaisanterie. Egocentrique à un point tel que cela impose le respect, il manipule le temps comme il soudoie la mode, jusqu'à le faire disparaître. En éveil perpétuel, il court au devant de la nouveauté, étonne et scandalise sans attendre les retombées des esclandres qu'il suscite.

Les garçons ? Ils sont nombreux mais comment résisteraient-ils, au-delà de l'aventure qui les flatte, à la mise en scène de Warhol qui «pose» dans un lit aussi vaste que sa notoriété ? Peut-il y avoir une place où se glisser paisiblement, où laisser couler la volupté et la tendresse ?

Andy Warhol est le dandy type qui préfère le spectacle de sa vie aux résonances profondes que l'on écoute dans l'abandon. Il appartient à la catégorie des homosexuels qui s'exhibent trop pour ne pas demander grâce de leur différence et camoufler leur fragilité. Suprêmement intelligent, d'une lucidité qui décape jusqu'à l'os les actes des autres et les siens, il devance et utilise la stupidité bêlante des mondains.

A les bien lire, le "Journal" et la biographie se complètent et se répondent. Andy Warhol relate jour après jour ses rencontres, et décortique avec passion les propos oiseux des nababs et des stars qui se pressent contre lui : tous les membres de la jet society et de l'underground veulent être photographiés avec le jeune génie.

Si parfois il tente de dire ses désirs de vie paisible avec un homme, il n'aime pas vraiment l'autre (et déteste le sexe).

Il aima Truman Capote pendant de longues années :

« Avec Truman, c'était dur de s'y mettre et de la mettre... La dernière fois qu'il a mis sa queue dans ma bouche, je suis resté de marbre. Le sexe c'est nul. Maintenant, nous baisons par téléphone, c'est mieux, j'aime pas qu'on me décoiffe. »

Propos de folle ? Sans doute, mais aussi la magistrale leçon d'un très grand génie, qui fut maître de son destin. Un dandy qui ne baissa jamais les armes et demanda à son amie et collaboratrice, Pat Hackett (1), de noter ses faits et gestes quotidiennement… ce qui fut réalisé pendant les dix années qu'il lui restait à vivre...


■ (1) Edition établie par Pat Hackett, Editions Grasset, 1990, ISBN : 2246428718

■ (2) Editions Flammarion, Collection Ecrits d'Artiste, 2001, ISBN : 2080119060

(3) Editions Plon, 1990, ISBN : 2259022960

■ (4) Editions Flammarion, Collection Champs, 2001, ISBN : 2080800205

Voir les commentaires

Le triomphe de Ganymède

Publié le par Jean-Yves Alt

Divers topoi spécifiquement homosexuels virent le jour durant la période 1050-1150. Le plus important d'entre eux est incontestablement celui de Ganymède, fils d'un roi troyen, remarquable par sa beauté, que Zeus/Jupiter enleva pour lui servir d'échanson dans son palais céleste.

Rapidement, l'usage du mot "Ganymède" se répand comme une traînée de poudre et devient synonyme de l'amour gai en général. Boswell écrit du reste à cet égard :

« Dans la littérature impériale tardive, "Ganymède" est devenu un terme générique désignant celui qu'on nommait l'aimé dans une relation homosexuelle, mais il devient durant le haut Moyen Age une figure plus souple, représentant coutumier des gais en général. Dans plusieurs débats datant de cette période il fait fonction de porte-parole du camp des gais et son nom est souvent employé comme s'il avait été l'archétype de la beauté masculine. »

John Boswell, Christianisme, tolérance sociale et homosexualité, Gallimard, Collection : Bibliothèque des histoires, 1985, ISBN : 2070700402, p.317-318

Les références à Ganymède doivent donc être regardées comme des allusions possibles à l'homosexualité. Et il serait erroné de penser que l'usage du terme "Ganymède" ne se restreint qu'à la littérature. On trouve aussi son utilisation dans la sculpture.

L'exemple du chapiteau de la basilique de la Madeleine à Vézelay, qui dépeint l'enlèvement de Ganymède par un aigle, est assez particulier.

Il diffère en tout point des habituelles peintures de l'enlèvement de Ganymède : de Michel-Ange, en passant par Titien, Corrège ou Rubens. Ces peintures sont en effet légions. Ces représentations ont en commun d'évoquer une fascination mutuelle plutôt qu'un rapt. Ganymède entourant le cou de l'aigle avec confiance n'est nullement effrayé, mais se laisse plutôt enlever avec allégresse et parfaite innocence. Ainsi dans les représentations grecques, Zeus entoure de ses bras le garçon dans une attitude protectrice ; chez les Romains, les ailes de l'aigle servent de support à Ganymède et ce dernier semble enlevé du sol avec une douceur infinie, sur un chariot ailé.

Rien de semblable dans la sculpture de Vézelay (ci-dessus) : les ailes de l'oiseau rapace sont dressées sévèrement à la verticale et son attitude est cruelle, comme s'il se tenait prêt à l'attaque, ses énormes serres sont agrippées au corps du jeune chien aboyeur (l'attribut de Ganymède) et le bec de l'oiseau, tel celui d'un faucon menace d'une pointe acérée l'enfant épouvanté. Tout concourt à faire de cette scène une image de terreur enfantine. A gauche de la scène, les parents éperdus d'inquiétude tentent vainement et avec force lamentations, de secourir le garçon. L'effroi de l'enfant est signifié à travers les détails suivants : il garde les mains désespérément jointes, les yeux roulent dans leurs orbites, les cheveux sont dressés et la bouche tente d'articuler un cri terrifiant. Cet enfant arraché au sol par un rapace cruel et agressif, sous l'emprise du démon, donne une empreinte tragique à la sculpture.

Mais pourquoi cet enlèvement de Ganymède diffère-t-il tant des représentations antérieures de la même scène et comment l'expliquer ?

Ilene H. Forsyth (Université du Michigan) a proposé une réponse : la représentation d'un Ganymède épouvanté dans les griffes de l'aigle ravisseur pourrait suggérer une attitude négative du sculpteur face à quelques aspects de l'homosexualité contemporaine. Il pourrait s'agir d'une dénonciation des violences sexuelles que les tout jeunes oblats subissaient sans doute dans les monastères. Forsyth rappelle en effet l'angoisse profonde de l'Eglise au XIe et XIIe siècles concernant la pédérastie.

Voir les commentaires

Merveilleuse perspective chez Claude Gellée dit Le Lorrain

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans ce tableau, la composition biblique - le prophète Abraham chassant sa servante, Agar et son fils bâtard Ismaël - est placée dans un espace d'une immense profondeur.

Cette profondeur est entièrement suggérée par les modulations de la couleur faite d'infinies variations de vert et de brun qui permettent de nous enfoncer dans l'espace dépeint jusqu'à la mer.

On est bien loin ici des "classiques" perspectives suggérées par une composition en triangle, la pointe de ce dernier suggérant le déploiement de l'espace.

La répudiation d’Agar Claude Lorrain 1668

Huile sur toile, 106 x 140 cm Alte Pinakothek, Munich

Voir les commentaires