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expositions-arts

Mon regard sur une représentation de saint Sébastien dans un vitrail (Colmar)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le cloisonné des vitraux, s'il fragmente l'image représentée, peut aussi, de cette manière, mettre en valeur certaines parties, voire les opposer comme dans ce Sébastien du début XVIe.

Ce qui me frappe, tout d'abord, c'est la sérénité de son visage soigneusement isolé.

Ensuite m'apparaît son corps dont les attributs triomphants sont totalement absents :

♦ Torse recouvert d'innombrables bubons évoquant la mort noire que connut l'Occident au milieu du XIVe siècle.

♦ Jambes décharnées rappelant celles d'un vieillard.

Le saint ne se fait pas homme viril : aucune beauté apollinienne n'a sa place ici.

Les flèches nombreuses ne sont nullement anodines : elles transpercent son torse en de nombreux impacts, annihilant totalement l'idée d'un torse antique

Comme toujours, seulement quelques gouttes de sang viennent tacher son corps. Ce sang ne coule pas pour mes yeux. Seules les flèches imposantes et grossières agressent mon regard visant à détruire un éventuel regard coupable que je pourrais encore avoir sur ce saint.

Saint Sébastien – Vitrail de l'ancienne église de Wihr au Val – début du XVIe

Vitrail conservé au Musée d'Unterlinden, Colmar

Retour sur son visage : épargné ! Il est « l'instrument » de l'âme. A travers lui, et, lui seul, la mort s'évanouit.

Dans sa bulle matérielle (du fait de son isolement dû à la technique du vitrail) et spirituelle, Sébastien ne m'a pas aperçu.

Aucun lien trouble entre lui et moi. Il attend, avec une joie certaine, les rayons de lumière, quotidiennement renouvelés, signe de son avenir éblouissant.

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Un regard humoristique sur saint Sébastien par Ralf König

Publié le par Jean-Yves Alt

Ralf König – Le martyre de saint Sébastien – 1986

Comics, Cartoons, Critzeleien, Janssen Verlag, 1988

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Au paradis avec Pierre & Gilles

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans le macrocosme des artistes actuels, Pierre & Gilles sont sûrement ceux qui se rapprochent le plus du ciel, donc du paradis.

Un livre, « Pierre & Gilles : Double Je [1976-2007] » de Paul Ardenne et Jeff Koons (1) vient, à nouveau, les sacraliser au firmament des étoiles de l'histoire de l'Art. Comme dans les tableaux du Douanier Rousseau, ils dépassent la naïveté pour toucher au sublime et à l'artificiel.

On dit Pierre & Gilles comme on dit Bernard Buffet. Contrairement à ce qu'en dit la presse, ils ne sont pas kitsch. A la rigueur « camp », mais surtout décalés par rapport à notre monde.

Les enfants, qui les adorent, ne s'y trompent pas. Ils abordent avec bonheur le monde du merveilleux.

Les Cosmonautes - 1991

Toujours imités, jamais égalés, Pierre & Gilles, comme le fit jadis Méliès, tels des aviateurs dans leur astronef en plexiglas, nous conduisent dans les stratosphères oubliées de l'imaginaire.

Avec eux, nous irons tous au paradis.


(1) Éditions Taschen, juin 2007, ISBN : 9783822846506

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Mon regard sur le « saint Sébastien » d'Eustache Le Sueur

Publié le par Jean-Yves Alt

Du corps de Sébastien, je ne perçois d'abord que cette couleur de la chair approchée par la mort. Seules, les extrémités des doigts semblent encore attachées à la vie.

Ses yeux sont transportés. Sa bouche est très légèrement entr'ouverte. Pour dire son acceptation de mourir ?

C'est d'abord de mourir à lui-même que Sébastien a accepté. Il y consent car il a aimé Dieu dans la passion ; il s'y est fondu, au point de s'y perdre. Son regard extatique exprime tant ce spasme d'amour que ce râle d'agonie ; les deux se mêlant dans ses yeux.

Eustache Le Sueur, avec une suave dérision, me montre ici une attitude trop théâtrale (magnifiques drapés aux couleurs primaires si caractéristiques qui ouvrent comme une scène) pour être honnête. Comment peut-on être capable de mourir avec tant de grâce ?

Eustache Le Sueur (1616-1655) – Saint Sébastien

Huile sur toile – Musée de Tours

Il y a dans ce corps – offert à la mort – une volonté secrète du martyre. Volonté qui me paraît être à l'origine des rêveries de tous ceux qui sont fascinés par ce regard de Sébastien qui défie, ironique, ambigu…

Sébastien après le départ des archers est protégé par sainte Irène, sa servante et une suite d'anges : ces personnages agissent sur moi comme un enclos sacré, métaphore de l'Eglise. Aucun effroi ne se lit sur leurs visages : chacun est occupé à sa mission ; l'heure n'est pas aux regards qui s'affrontent. Fin des tumultes de la vie, les portes du temps peuvent s'ouvrir à Sébastien.

Les flèches et les liens du supplice délimitent le territoire terrestre de Sébastien. La servante les ramasse avec délicatesse comme ultime trace, futures reliques du saint, bientôt disparu aux yeux des hommes. Pour nous, simples mortels, les portes du temps s'arrêtent à cette partie du tableau.

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Mon regard sur le « saint Sébastien » de François-Xavier Fabre

Publié le par Jean-Yves Alt

J'imagine ce Sébastien au fond d'une chapelle éclairée d'une lumière crépusculaire, embrumée d'encens…

Je vois aussi certains hommes agenouillés devant lui, s'abîmant ou plutôt se pâmant dans le remords d'une culpabilité distillée avec une exquise minutie.

Je devine que ce martyre – ainsi figuré – constitue/ait l'essence même des rêveries de ces hommes, fascinés par ce profil grec au regard empli d'une joie trouble.

Ce Sébastien à la beauté rayonnante, qui s'offre/ait, non sans ironie, à la dévotion de ces hommes, présente une sacrée ambiguïté : il incite moins à la prière qu'à favoriser des hallucinations de toutes sortes.

François-Xavier Fabre – Saint Sébastien – 1789

Huile sur toile – 196 cm x 147 cm – Musée Fabre Montpellier

Pourtant cette iconographie de Sébastien m'interroge sur l'essentiel. Derrière cette agonie terrestre (d'ailleurs fausse ; Sébastien étant percé d'une seule flèche non mortelle ; par contre l'arbre derrière lui annonce le martyre fatal...), je retrouve, de concert, la force érotique et le sacré qui consent à accueillir la mort.

Car ce qui va tuer Sébastien, c'est certes sa foi, affirmation d'un ordre mystérieux. Mais aussi et surtout l'acceptation de sa mort…

Paradoxalement, ce tableau délivre du sortilège du seul plaisir et ouvre vers une conciliation possible entre chair et sacré.

François-Xavier Fabre invite à refuser le Sébastien agonisant : il pose picturalement la question essentielle :

Vaut-il mieux rêver de sa mort ou risquer de la vivre ?

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