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expositions-arts

Carnet de notes par Eugène Boudin

Publié le par Jean-Yves Alt

Eugène Boudin est qualifié par les historiens d’art comme un précurseur de l'impressionnisme. Faut-il s'arrêter à la recherche d'école ?

L'art d'Eugène Boudin est aimable : il me fait penser que le XVIIIe siècle aurait dû « s'installer » sur les plages normandes en s'attachant au pittoresque et à l'effet à donner.

Mais ce sont ses aquarelles qui m'émeuvent le plus : discrètes, patientes, silencieuses. Elles sont comme un carnet de notes sensibles.

Avec cette technique, qui abandonne le détail pour le détail et qui se concentre sur la recherche de la lumière, Eugène Boudin, produit des éclairages proches de l'abstraction.

Eugène Boudin (1824-1898) – Crinolines sur la plage

Huile sur panneau, Musée Malraux, Le Havre

Eugène Boudin (1824-1898) – Etude pour cabines de bain

Aquarelle

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L'or du soleil

Publié le par Jean-Yves Alt

L'or, matière de toutes les convoitises, rêve des alchimistes : l'incandescence imputrescible du métal total, celui qui capte le soleil, l'emprisonne et l'éternise, inaltérable et magique...

L'orfèvrerie ressuscitée d'un si lointain passé me trouble et me fascine. Sans doute parce qu'au-delà de la perfection du ciselage, la permanence de l'œuvre d'art survit à ceux, anonymes, qui l'ont créée.

Ces objets enterrés avec les humains révèlent le rapport intense que les vivants entretenaient avec la mort. Ils révèlent surtout le désir tout-puissant de vaincre le temps altéré des hommes pour rejoindre le temps idéal des dieux.

Manche de couteau en or de culture Chimu – Pérou

entre 1100 et 140 environ ap. J.C.

(laissez traîner votre curseur pour faire apparaître le dos du couteau ou cliquez si cela ne fonctionne pas)

Manifestation d'un rite funéraire ? Quelle que soit l'interprétation, cette utilisation de l'or et des pierres précieuses indique le faste accordé à l'être humain pour qu'il s'apparente aux divinités.

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Giotto ou quand les paroles sont traduites par des gestes

Publié le par Jean-Yves Alt

Marie-Madeleine, vêtue d’une cape rouge – véritable métaphore imagée de l’amour brûlant qu’elle voue à son Sauveur – a reconnu Jésus et se prépare à se précipiter vers lui.

Agenouillée, elle tend les mains – avec assurance et conviction – pour s’emparer de son Christ. Ses mains humaines expriment son désir immédiat de l’avoir auprès de lui. Ses bras, en position horizontale, pétrifiés, montrent pourtant qu’elle ne pourra l'atteindre, car son Sauveur n’appartient plus au monde terrestre. Le corps de celui-ci est déjà tourné vers l'extérieur. Entre la main droite du Christ ressuscité qui invite à la patience et les mains avides de Marie-Madeleine, il y a dorénavant un vide infranchissable.

Leurs gestes expriment une relation d'amour totalement déséquilibrée.

Giotto di Bondone – Fresque de la vie de la Vierge et du Christ (détail) – vers 1305

Chapelle Scrovegni, Padoue

Il ne reste plus à Marie-Madeleine (et aux hommes) qu’à méditer la parole du Christ incarné : « Ne me touche pas ! » [Noli me tangere ! en latin]

Dans cette fresque, j’aime à songer que les mots du Christ puissent devenir « Ne me retiens pas ! », tant le désir de Marie-Madeleine, visible dans ses mains, traduit l'idée de s’agripper à son sauveur.

En peinture, les gestes peuvent aussi « traduire » des mots...

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Arrêt au Jardin des oliviers par Andrea Mantegna

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce tableau fait partie d'un triptyque, base d'un retable exécuté pour l'église San Zeno de Vérone.

Dans les années 1450, Mantegna travaille aux côtés de Bellini, son beau-frère. Tous deux sont sensibles à la peinture flamande, fourmillant de détails, ce dont témoigne cette prière de Jésus au Jardin des oliviers.

Lapins en arrêt, ruches, roseaux... On a l'impression que la nature participe au drame – renforcé par l'arbre cassé – qui va se jouer dans quelques instants, avec l'armée de soldats romains en marche, visible à l'arrière-plan et conduite par Judas vers Jésus.

Andrea Mantegna – La prière au Jardin des oliviers – 1457/1459

Huile sur bois, 97,3cm x71,1cm, Musée des Beaux-Arts, Tours

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Le petit Jésus sous l'œil de la censure

Publié le par Jean-Yves Alt

Le petit Jésus tout nu, le sexe à demi caché par la main de la Vierge Marie : cette image a été révérée pendant des siècles par les pieux chrétiens. L'historien d'art Léo Steinberg dans La Sexualité du Christ dans l'art de la Renaissance et son refoulement moderne, a montré combien ce thème fait partie du programme théologique des images entre le XIVe et le XVIIe siècle, et comment il a été censuré par une vision profane qui avait oublié la vérité de foi sous-jacente.

Des restaurations plus ou moins récentes ont prouvé que des dizaines d'œuvres ont été retouchées, repeintes, pour voiler ce qui est apparu comme une inconvenance, alors qu'il s'agissait d'un mystère sacré.

Par le mystère de l'Incarnation, en effet, Jésus est à la fois Dieu et homme ; il s'est abaissé à prendre chair, et l'artiste de la fin du Moyen Age, soulignant le bonheur de l'humanité rachetée, a exalté le caractère humain du Christ en exhibant sa virilité et en affirmant son lignage.

Le processus de dévoilement commence à la fin du XIIIe siècle. Longtemps, l'enfant Jésus est représenté enveloppé de langes, mais déjà, dans les peintures de style byzantin, la robe se soulève et il arrive que ses jambes soient dénudées. Autour de 1400, le peintre se débarrasse tout à fait de la vêture byzantine et montre désormais l'enfant nu.

Parfois, un voile, une fleur, un grain de chapelet, un bout de serviette, la main maternelle cachent à demi le sexe du bébé porté sur les genoux de Marie. Mais dans certains tableaux, comme « La Vierge au panier » de Corrège, on assiste à une véritable ostentatio genitalium, exhibition des parties génitales.

Le Corrège – La Vierge au panier (détail) – 1524

Huile sur bois, 33.7cm x 25.1cm, National Gallery, Londres

Dès le début du XVIIe siècle, les censeurs, sensibilisés par la réforme des mœurs, ne comprennent plus la portée du geste, ne voyant là qu'une anatomie réaliste et indécente. Le bébé est rhabillé, et certains sujets sont désormais bannis de la peinture religieuse, comme, au XVIIIe siècle, la circoncision.

Article extrait de la revue Historia n°656, août 2001, page 71

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