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expositions-arts

Mon regard sur le « saint Sébastien » de l'église de Joinville-en-Vallage (Haute-Marne)

Publié le par Jean-Yves Alt

Un corps d'athlète tout pétri d'une substance lumineuse, gracieusement déhanché, percé de flèches, est comme abandonné dans une singulière agonie. Sa chair est dense et résistante. Est-il possible de mourir avec tant de grâce ?

Paradoxalement la souffrance est là – toute présente – dans son regard au bord des larmes. Une contraction des muscles de la bouche laisse deviner non pas un râle mais un murmure pour dire la douleur. Si le plaisir accompagnait la mort, il ne resterait qu'à agoniser, percé de flèches...

Sébastien s'est débattu. Les liens sont légèrement détendus. Sa vie n'est plus menacée : les deux enfants-putti vont lui annoncer sa délivrance. Son visage de peine n'est là que pour rappeler, aux hommes, sa souffrance endurée.

L'entrée en scène de Dieu – par l'intermédiaire des angelots – opère un déplacement. Ce ne sont plus les flèches qui vont retenir l'attention. Sébastien ne regarde pas les fidèles présents dans l'église. Il est avec Dieu qui lui permet de prendre en charge sa situation. Il est un autre Christ en croix.

Si la mort rôde derrière Sébastien, elle ne réussit pas à s'infiltrer en lui. Le voile de soie rose semble la chasser comme dans un mouvement de la main pour éloigner un insecte.

Anonyme – Saint Sébastien – Eglise de Joinville-en-Vallage (52)

Huile sur toile – XVIIe

Le miracle est là, dans cette étoffe légère. Mais le peintre a choisi de ne pas montrer ce moment du salut tout proche. Les flèches n'auront bientôt plus qu’un effet décoratif. La douleur est sur le point de le quitter. Et avec, la promesse d'un nouvel avenir possible. Sur terre ou dans les cieux.

C'est cela l'incroyable, cela l'inespéré : suggérer l'expérience bouleversante d'accueillir en soi une nouvelle vie.

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Le chien mangeur de cheveux, Jean Dubuffet

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est un ogre, Dubuffet. Il est gourmand de poésie, de musique, de peinture.

C'est le Barbe Bleue de la Tradition.

Il prend des végétaux, des ailes de papillons, des morceaux de sol, d'écorce, du goudron, du sable, du gravier et en un tour de pinceau ou de ciseaux, il sort de sa tête un chien, mangeur de cheveux.

Le chien mangeur de cheveux, Jean Dubuffet, 1943

Huile sur toile, 51cm x 65 cm

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Mon regard sur un Sébastien « politique » par Enrique Ribo

Publié le par Jean-Yves Alt

J'ai retrouvé ce Sébastien dans mes archives.

Comme devant d'autres reproductions, l'opposition entre blanc et noir qui veut traduire des chromatismes que j'imagine superbe me déçoit. Cette grisaille sur grisaille, misérable, bien plus opaque que le jeu précis d'obscurité et de lumière que montrent les vraies photographies m'irrite. Mais ce Sébastien a quelque chose d'autre qui me le fait retenir.

Sébastien n'est pas attaché – comme le raconte la légende – à un arbre. Son bras gauche est lié à un joug. Cette pièce de bois qui sert à atteler les bœufs a été, je le soupçonne, délibérément choisie par le peintre. Attacher à un joug parce qu'il a trop voulu s'en déprendre ?

La mort n'est pas encore arrivée : ce Sébastien me regarde les yeux ouverts et avec une bouche esquissant – à peine – un sourire. Il est sûr de lui et sans douleur. Plus, il donne à voir une vie résolue qui demeure – quels que soient les événements – inébranlable.

Les flèches sur son corps sont là comme pour légender un message qui reste encore obscur pour moi. Visiblement, elles ne le touchent pas : comme si une paroi de verre l'avait isolé.

Au fond, des cathédrales s'écroulent. Comme si l'Église elle-même avait tremblé à la vue de ce condamné.

Les flèches barreaux qui montent semblent saigner dans un ciel que j'aime à penser de couleur or.

Seule la colombe de la paix est atteinte.

A l'évidence, ce Sébastien n'est pas celui de la tradition chrétienne : il n'est qu'une image métaphorique pour magnifier…

Salvador Puig Antich en Saint Sébastien par Enrique Ribo

Huile sur toile


Le 2 mars 1974, Salvador Puig Antich (1948-1974), jeune militant appartenant au Mouvement Ibérique de Libération (MIL), devenait le dernier détenu politique exécuté en Espagne selon le procédé du « garrot vil » : il avait 26 ans.

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Mon regard sur le « saint Sébastien » dessiné par Pierre Buraglio

Publié le par Jean-Yves Alt

Quelques traces au crayon guident immédiatement ma mémoire. Les lignes de force qui marquent le corps suffisent à me rappeler Sébastien et son martyre.

Il est là en une totale frontalité.

Et pourtant très vite cette présence semble se dérober : pour son Sébastien, Pierre Buraglio a laissé le visage transparent, comme si celui-ci était considéré comme un appendice inutile.

C'est que pour Sébastien, le visage n'est pas ce lieu singulier permettant d'appréhender sa particularité : son corps nu et l'arbre, poteau d'exécution auquel il est attaché, sont là, seuls, pour le nommer.

Le corps de Sébastien n'a nullement besoin de la signature de son visage.

Saint Sébastien, Pierre Buraglio, 2003

Dessin au crayon bleu sur papier calque d'après une statue d'un saint Sébastien du XVe siècle, 56cm x 37cm

Buraglio a retenu le calme, l'impassibilité paradoxale du saint. Il me fait penser aussi à un résistant souriant devant le peloton d'exécution. Une seule marque sur son flanc droit reste visible : dernière trace d'une flèche après le passage de sainte Irène ?

L'artiste n'a retenu que la corporalité d'un homme dont la mort serait parole

En retirant la face de Sébastien, Pierre Buraglio me permet de le dévisager comme je ne l'avais encore jamais fait, en convoquant toutes ses figures que l'histoire de l'art m'a faites découvrir.

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Mon regard sur le « saint Sébastien » de Joël Peter Witkin

Publié le par Jean-Yves Alt

Un saint Sébastien étrange…

Un squelette avec deux flèches maintenues artificiellement. La tête d'un homme ornée d'une couronne de laurier, les yeux couverts d'un bandeau à fleurs, la bouche ouverte où se lit une impressionnante extase. Un sexe mou, discret et pourtant bien visible.

Comment être mieux confronté à la mort – à notre propre mort ?

Cette théâtralisation de la mort semble se rapprocher des images macabres quotidiennes dont les médias nous abreuvent. Pourtant là, je ne ressens pas ce besoin pressant de détourner mon regard. Est-ce parce que cette mort est-ici totalement sublimée ?

En le nommant « Queer Saint », je devine que l'artiste a aussi voulu s'amuser de l'homo-érotisation de cette figure : l'absence de chair, en dehors de la tête et du sexe, révèle le trucage pour faire maintenir en place les flèches.

Joël Peter Witkin, Queer Saint, 1999

Photographie argentique, 50 cm x 40 cm

Ce Sébastien, je le vois comme une ironie de l'expression chrétienne Memento mori (Souviens-toi que tu vas mourir).

Contrairement aux représentations des siècles précédents du martyre de Sébastien, celui-ci m'invite à ne pas perdre l'idée que tout homme – même mort – reste mon semblable.

Quelle meilleure manière de lutter contre le tabou de la mort !

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