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expositions-arts

Les trois philosophes, Giorgione

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans la clarté de l'aurore, trois hommes drapés de flamboiement sont réunis près d'une grotte au ventre sombre. Des arbres noirs apparaissent dans un étonnant contre-jour.

Que viennent-ils chercher, loin de la ville, dans l'ombre de cette nature que le jour éclaire d'une lumière dorée, enveloppante, quasi surnaturelle ?

Semblant appartenir à un monde féerique, perdus dans leur contemplation, ils ne font plus partie du temps.

Immobiles, leurs corps semblent contenir un secret. D'où vient leur enchantement ?

Giorgione, Les trois philosophes, début du XVIe

Huile sur toile, 123 cm x 144 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum

Ces hommes sont-ils les Rois mages représentés dans le moment intense de la première lueur de l'Etoile ? Car le vieil homme tient une carte dans la main, signe, dans la tradition apocryphe des évangiles, des mages comme savants astrologues.

Ces trois personnages ne représenteraient-ils pas aussi l'homme à travers les trois âges de la vie ?

Le plus jeune tient dans ses mains une équerre et un compas respectivement symboles de la terre et du ciel, et plus largement d'une recherche intérieure.

Alors cette peinture serait-elle celle de l'homme en quête de son accomplissement ? La noirceur de la grotte répondant à la recherche de la lumière de l'esprit dans les replis obscurs de son être.

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Muse endormie par Odilon Redon

Publié le par Jean-Yves Alt

Un buste semble émerger d'un monde informe. Les yeux clos montrent-ils l'endormissement ou la mort ? A moins qu'il ne s'agisse…

Comment montrer qu'un visage aux yeux clos n'est pas mort mais simplement endormi ?

Comment donner à voir une présence qui porte en elle un retrait ?

Cette tête semble, dans son immobilité prête à s'animer : elle porte la vie – paradoxalement – dans un mystérieux retrait qui est à la fois montré par le sujet de la peinture et par la manière si discrète dont le peintre l'a réalisé.

Odilon Redon, Les yeux clos, 1890

Huile sur toile marouflée sur carton, 44 cm x 36 cm, musée d'Orsay

Odilon Redon me montre dans ce retrait, non pas le signe de la mort mais celui d'un être doué d'intériorité comme modalité vivante.

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Noli me tangere par Tiziano Vecellio (Titien)

Publié le par Jean-Yves Alt

La main droite du Christ tient son vêtement ; l'autre tient un instrument agricole : le bras s'ouvre, semblant envelopper Marie Madeleine. Cette dernière, la main gauche posée à terre tient un flacon tandis que son autre main désire accomplir un geste que la sainte implore de son regard.

Ces mouvements du Christ et de Marie Madeleine sont d'une tendresse infinie et d'une grâce bouleversante…

La scène représente le moment où le Christ ressuscité dit à Marie Madeleine : « Ne me touche pas ».

Jésus dit à Marie Madeleine : Ne me touche pas car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. (Jean 20,17)

Le Christ est comme inséré dans un demi-cercle où son recul peut se lire, paradoxalement, comme un accueil, au sens le plus profond : se montrer en se soustrayant !

Tiziano Vecellio - Noli me tangere - vers 1514

Huile sur toile, 109 cm x 91cm, National Gallery, Londres

Ce qui me séduit dans la manière du peintre à nous présenter cette scène, c'est ce retrait du Christ dans un geste qui, tout à la fois, se dégage de Marie Madeleine et l'accueille. Comme si son interdiction était aussi un encouragement à se joindre à lui.

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Enlèvement par Rembrandt

Publié le par Jean-Yves Alt

Un aigle majestueux occupe tout le haut du tableau. Ses ailes déployées et sa stature majestueuse renforcent sa puissance.

L'aigle a attrapé dans son bec et ses serres un bébé joufflu : son visage est renfrogné et il hurle de terreur à un tel point qu'il fait pipi…

Malgré sa peur, l'enfant ne lâche pas pour autant les fruits qu'il était en train de manger avant sa capture.

Il suffit d'observer les beaux tissus et les passementeries qui l'habillent, pour comprendre que cet enfant est un prince.

Rembrandt Harmenszoon Van de Rijn, L'Enlèvement de Ganymède, 1635

Huile sur toile, 177 cm x 129 cm, Dresde [Gemäldegalerie alte Meister]

Il s'agit de Ganymède, fils du roi de Tros. L'aigle symbolise Zeus. Le ciel, couleur d'encre confirme cette désignation puisque ce dieu est le maître de la foudre et des orages.

Rembrandt a choisi de représenter dans ce tableau le moment où Zeus, transformé en aigle, enlève Ganymède. Mais le peintre a transformé le bel adolescent en un bébé pleurnichard, nullement mignon…

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Mon regard sur «Le saint Sébastien soigné par Irène», copie d'un tableau disparu de Georges de La Tour

Publié le par Jean-Yves Alt

Un homme est adossé à quelque chose que je ne peux définir. Une femme, à l'attitude très ramassée (est-elle agenouillée ?) se tient au niveau des genoux de cet homme : elle retire délicatement une flèche qu'il a reçue au bas de sa cuisse. Une autre femme regarde avec attention et effroi la délicate opération. Je ne vois pas de larmes couler sur ses joues mais je les imagine volontiers. Cette seconde femme tient de sa main droite une lanterne.

Comment mon regard a-t-il circulé dans cet espace pictural ? Un regard circulaire autour de la lanterne, nœud central de la scène, favorisé par une représentation particulièrement nocturne :

D'abord j'ai vu un corselet rigide et largement décolleté fait d'une étoffe vermillon. Ensuite une main qui retire lentement une flèche dont la pointe est encore dans la cuisse de l'homme. Mes yeux ont remonté ensuite son torse glabre et raidi d'où j'ai pressenti une autre blessure et quelques gouttes de sang séché. J'ai découvert à ce moment l'index de sa main gauche désignant la blessure au-dessus de son genou. Sa tête de douleur aux yeux mi-clos m'a conduit à la main tenant la lanterne. J'ai aperçu alors une femme plus coquette que la première vêtue d'une chemise claire aux larges emmanchures…

La cage de verre cylindrique de la lanterne projette une lumière tout autour d'elle dont les effets sont savamment dosés : placée non pas au premier plan mais au milieu des trois personnages, elle donne une importance quasi égale à chacun d'eux.

Ce qui me frappe dans ce tableau, c’est le côté romanesque de la scène. Sans les connaissances que j'en ai, je pourrais facilement imaginer un dialogue amoureux entre deux jeunes gens après un accident de chasse. Rien ne désigne, dans ce tableau, une représentation, religieuse – le luxe des vêtements éloignant même l'idée d'un tableau de dévotion.

Le recueillement et la qualité du silence l'emportent : il n'y a rien de tourmenté ou de sanguinolent, tout est calme et sagesse. C'est encore une fois la connaissance que j'ai de cette histoire et non pas le traitement pictural du peintre qui provoque mon affliction.

Saint Sébastien soigné par Irène

Copie d'après un original perdu de Georges de La Tour

Huile sur toile, 105 cm x 139 cm, Musée des Beaux-Arts d'Orléans

J'aime cet art d'immobiliser les personnages pour me les rendre, à jamais, éternels. J'aime quand la lumière (peu importe sa véridicité) accroche des détails fragmentés et les rend ainsi chatoyants. J'aime cette lumière qui parvient dans une scène figée à animer des formes dans la pénombre.


Un autre tableau de Georges de La Tour sur le même thème

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