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expositions-arts

Elégance par Antoine Watteau

Publié le par Jean-Yves Alt

Des roses à la main, des roses au chapeau, enrubanné, pomponné, poudré, satiné, parfumé, voici l'Indifférent.

Il provoque en moi un sentiment léger, impalpable, tendre jusqu'à la mélancolie.

Watteau s'est emparé du monde artificiel de la comédie pour murmurer sa chanson. Il n'appuie pas, il caresse. Il noie les formes dans une brume.

Ce tableau tire un air de féerie du choix des couleurs : les gris de lin, les satins blancs et noirs, les verts, les tons de tabac blond.

Les qualités mâles de cet Indifférent sont absentes si ce n’est sa culotte boursouflée sur le devant…

Un tableau qui semble protester contre la cruauté ou contre le philistinisme de son temps.

Jean Antoine Watteau - L’indifférent - 1717

Huile sur toile, 26cm x 19cm, musée du Louvre

Un spectre hante l'histoire de l'art : Watteau était-il homosexuel ? On peut le penser à la lumière des atmosphères évanescentes présentes dans ses tableaux, avec ses personnages rêveurs…

Le mot indifférent pouvait au XVIIIe se rapprocher sémantiquement d'homosexuel, alors…

Mais est-ce si important de savoir si un artiste était ou non homosexuel ? Il n'est pas nécessaire de justifier une œuvre par une biographie. Même si, dans le cas de Watteau, elle pourrait peut-être expliquer la solitude étonnée de son Pierrot appelé aussi Gilles...

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Mon regard sur « Le saint Sébastien », sculpture anonyme du Musée de Châtillon-sur-Seine

Publié le par Jean-Yves Alt

L'homme est en position de « garde à vous ». Il a un air impassible quoique ses yeux paraissent légèrement rieurs, ironiques. De qui se moque-t-il ?

L'homme est nu. Pas tout à fait. Un linge étroit ceint son bassin tout en mettant avantageusement sa virilité en valeur. A qui peut-il rendre hommage dans cette tenue ? Ou alors, attend-il la remise des honneurs comme sur une estrade olympique ?

L'homme a les mains derrière le dos car elles sont attachées à un poteau. L'hommage prend alors l'allure d'une exécution…

L'homme porte sur son corps plusieurs marques : des petits trous au niveau du cou, du ventre, du bras droit… Sont-elles les traces de balles ou de flèches ?

L'homme semble pourtant bien vivant. Aucune partie de son corps ne montre une défaillance... Sa tête, d'un port altier, est démesurée par rapport à la taille de son corps, accentuant par là même ce détachement visible sur son visage.

Saint Sébastien

Musée d'Art et d'Histoire de Châtillon sur Seine

Imaginons maintenant cet homme transpercé de flèches en place des trous visibles. Un peu à l'image d'une poupée-vaudou… Heureusement son visage semble se moquer visiblement de cette pratique comme si les flèches-aiguilles n'avaient aucun impact sur son devenir.

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Mon regard sur le martyre de saint Sébastien peint par Andréa Mantegna

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce tableau de la grande galerie du Louvre, je l’ai vu – enfant – , non pas dans ce musée, mais en l'église d'Aigueperse qui en conserve une copie...

A la fois, malaise et ravissement, ce jumeau du dieu crucifié...

Cette allure devenue une image, rien qu'une image, fine et musculeuse, vue régulièrement pendant mon enfance, une des images de ma mémoire, répétée par chaque visite, puis insistante, une image échappant au nom du peintre que je retiendrai seulement beaucoup plus tard, et échappant même au sujet, au tableau original lui-même et au musée qui le conserve...

Aujourd'hui, ce tableau me place en position d'un sourd duel car cette séraphique innocence du saint a comme soif de souffrance, comme si la douleur qui lacérait toute sa chair livide, comme si toute cette harmonie de son corps nu était la résonnance d'une délicate jouissance sur cette étude anatomique picturale offerte aux flèches d'un trouble martyre…

Le lieu reste ambigu et subvertit le sacré pour laisser s'insinuer un profane indicible et intense : il déplace l'émotion…

Petit garçon, je détournais très vite les yeux de ce tableau. J'étais gêné…

- Par la violence érotique que je pressentais obscurément dans cette transparence crépusculaire…

- Dans cette impudeur d'une béatitude écorchée…

- Dans la féminité glauque, presqu'aquatique du jeune saint que les couleurs et les formes représentent…

Aujourd'hui, je ressens une sorte de voyeurisme, une sorte de « joie complice » de ces trous de chair et de sang que le saint paraît ressentir avec cette douceur charnelle qui me séduit au lieu de m'apitoyer…

Andrea MANTEGNA, Le martyre de Saint Sébastien

Original au Musée du Louvre

Copie en l’Eglise d’Aigueperse [Puy de Dôme – 63]

Matériaux : Tempera sur toile, Peinture à l'huile sur toile, Dimensions : 1,40 m x 2,55 m, vers 1480

Je regarde maintenant presqu'amoureusement cet homme supplicié, ces tons lunaires, cette lassivité du pinceau qui, devant décrire la mort, la haine et le sacrifice, trouve les accents du sexe, de la volupté et de la beauté dans ces armes qui pointent, déchirent, pénètrent jusqu'au fond, jusqu'au tressaillement en dessinant sur la peau des points, des clignotements de sang coagulé et des filets ruisselants comme une myriade d'orifices, comme une multiplication de la pénétration…


Lire aussi : Un tableau exceptionnel de Mantegna en l’église Notre Dame d’Aigueperse (Puy de Dôme)

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Mon regard sur le « saint Sébastien évanoui » d'Antonio de Bellis

Publié le par Jean-Yves Alt

Devant cet adolescent laiteux, comme une statue déposée dans cette clairière, mon regard a d'abord été attiré par les muscles puissants de ses cuisses et mollets et leur galbe imposant.

Le reste du corps pourtant harmonieux est resté imprécis comme dans la visée d'une caméra très performante où seul un détail est soigneusement mis au point.

Je l'ai débarrassé immédiatement – comme l'aurait fait sainte Irène – de ses flèches et de son lien le retenant à l'arbre.

C'est alors que je crus qu'il s'éveilla :

Sébastien fit un mouvement : cette courbure accentuée qui se place au-dessus du genou parut gonfler un peu, puis se retira. Il se coucha sur le drap abandonné là, un bras sous la tête, étendit ses longues jambes aux cuisses magnifiques. Cuisses opalescentes, à la courbe extérieure convexe, pleines des quelques rayons de ce soleil qui percent à travers le ciel d'orage.

Indifférent à ma présence, il s'endormit, je crois, et dans la rêverie de son sommeil, je me remémorais, en surimpression, un tableau de Girodet, Endymion, où un mol pénis repose sur une belle cuisse comme sur un doux oreiller.

Et mon œil dévalait toujours cette cuisse, ce genou bien sculpté. Encore elle cette jambe au mollet gonflé, à la cheville mince, comme continuation naturelle de la cuisse, ainsi qu'une fleur est l'épanouissement de sa tige, ce pied cambré aux orteils nacrés.

Antonio de Bellis, Saint Sébastien évanoui, 1640 ?

Huile sur toile, Orléans, Musée des Beaux-Arts

Il fit un mouvement soudain dans son sommeil et, changeant un peu de position, dégagea l'autre jambe qui vint se presser contre celle que j'admirais tant : deux cuisses si belles, serrées l'une contre l'autre.

SEBASTIEN-DE-BELLIS-DETAIL.jpg

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Mon regard sur le « saint Sébastien soigné par sainte Irène » peint par Nicolas Régnier

Publié le par Jean-Yves Alt

De son corps on ne perçoit d'abord que la pâleur ivoirine. Puis, le regard lentement glisse comme porté par le balancement du modelé de la jambe et de la cuisse, et longe les lisières sableuses d'un ventre plat, que ceinture le plissé d'un linge.

Une ombre légère creuse un sillon à la surface de la poitrine qui s'offre. La chevelure protège la crête du cou, sommant le visage immobile. Les yeux sont clos.

La bouche entr'ouverte. Pour une plainte ? Un soupir ? Ou un souffle par où s'affirmerait la condition d'homme. Intime fracture, stigmate des origines.

Le jeune homme s'abandonne.

Il gît et les flèches du supplice délimitent son territoire. Certaines le percent encore. Mais la densité de la chair résiste, habitée par une force qui rend dérisoire ce transpercement fantôme.

A ses pieds une armure brille faiblement avec des luisances de coquillage.

Le silence vêt ce corps nu.

Saint Sébastien soigné par sainte Irène, Nicolas Régnier (Maubeuge, 1591 - Venise, 1667)

Musée des Beaux-Arts de Rouen (en réserve), huile sur toile, 148cm x 199cm

Deux femmes veillent. Elles montent une garde attentive. L'espace sculpte les profils à leur commune apparence. Leurs mains se croisent. Sur le pourpre d'une robe se noue leur double geste. Main qui porte un écrin mystérieux, main qui trempe dans ce néant noir. Quelle pâte, quel onguent ira remplir l'ouverture ourlée de sang que le trait d'un index désigne ?

Bouche d'ombre qui nomme le lieu de la douleur, le lieu de la mort jusqu'alors justement inommé. Lumière sur leurs visages, et distance d'un cri entre les regards qui s'affrontent.

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