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films

Melrose place, la série culte des séries cultes

Publié le par Jean-Yves Alt

Six feet under, Desperate Housewives, Twin Peaks... Toutes ces séries cultes auraient-elles jamais existé sans Melrose place ? Il est temps de rétablir la vérité cher ami lecteur : oui Melrose place est l'alpha et l'oméga du genre narratif audio-visuel. En voici des preuves irréfutables.

Tout d'abord les acteurs. Capables de jouer sur un large répertoire difficilement descriptible – l'indignation et la perfidie, pour résumer – les comédiens sont vite devenus la cible de toutes les convoitises une fois la dernière saison achevée.

Ce n'est que six ans après son départ de la série et autant de refus de tourner sous la direction de réalisateurs débutants tels que Martin Scorsese, Woody Allen, Francis Ford Coppola et Steven Spielberg que Marcia Cross se décide à incarner la subtile Bree Van de Kamp après avoir donné souffle à la complexe Kimberly pendant tant d'années...

Même chose pour Doug Savant alias Matt, « l'homo de Melrose » qui rejoint le même casting très select...

En parlant d'homosexualité, quel courage ne fût pas celui des scénaristes de Melrose qui osèrent montrer les premières scènes gay crues à la télé à une heure de grande audience et ce bien avant Six feet under ! Une fois franchies les dernières limites de la pudibonderie, ce ne furent qu'empoignades viriles et franches accolades entre Matt et ses amants.

Alors que les personnages hétéros s'accouplaient allégrement en deux minutes chrono sur la table d'opération de Michael Mancini, Matt, pas frustré le moins du monde, prônait lui la forme ultime du safe sex : le no sex ! Il fût également le seul personnage d'une droiture infaillible de la série : les scénaristes, soucieux du réalisme psychologique des personnages, ne voulurent pas charger la bête outre mesure sur le plan moral.

Quant à l'influence exercée sur Twin Peaks : même blondeur de reine du lycée, même ambiguïté sournoise chez Laura Palmer et Amanda Woodward. Aux petits malins qui rétorqueront que Twin Peaks est antérieur à l'arrivée du personnage d'Amanda dans Melrose place, je répondrai que ça n'excuse pas tout ! Bref, je pense vous avoir convaincu.

E. F.

(article publié avec l'autorisation de l'auteure)

in Sortie d’ce cours (magazine des étudiants des Universités de Clermont-Ferrand), n°19, novembre 2008

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Jeunes filles en uniforme, un film de Géza von Radványi (1958)

Publié le par Jean-Yves Alt

À la mort de sa mère, la jeune Manuela von Meinhardis (jouée par Romy Schneider) est envoyée, à Potsdam, dans un pensionnat. La discipline, menée par une redoutable directrice, est un choc abrupt pour la jeune fille dès le premier jour de son arrivée.

Dans l'établissement, Manuela s'attache très vite à la délicieuse et généreuse Mademoiselle Élisabeth von Bernburg, une professeure. Après une première phase de soutien, Manuela va porter à cette femme une affection de plus en plus grande jusqu'à lui vouer un profond amour.

Ce film est un remake du film allemand « Mädchen in Uniform » de Leontine Sagan (1931).

Jeunes filles en uniforme, un film de Géza von Radványi (1958)

En 1958 encore, l'intrigue de ce film restait osée (le lesbianisme), mais il me semble que l'intérêt du film se trouve aussi ailleurs : au cours d'une fête, Manuela, qui a trop bu, déclare devant tout le parterre du pensionnat qu'elle est amoureuse de sa professeure. Cette dernière devra alors démissionner et face à la tentative ratée de suicide de la jeune fille, la directrice reverra sa conception de la discipline.

Discipline fondée sur la place du devoir que chacun doit avoir vis-à-vis de la société. Aucune place pour autre chose que le devoir : il faut être tenu, obligé, contraint de. Filmer du bonheur en ce début de XXe siècle (le film se déroule en 1910) aurait été anachronique. Ce film suggère plutôt une forme d'opposition aux institutions militaires.

Le jeu de Romy Schneider, évalué à l'aune de la découverte par une jeune fille de son premier amour, est exceptionnel, tout comme celui de Therese Giehse (la directrice du pensionnat) est passionnant dans son cheminement : de l'autoritarisme à des interrogations sur les façons de diriger un établissement.

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Les oiseaux de nuit, un document de L. Barnier et A. Lasfargues (1977)

Publié le par Jean-Yves Alt

On peut cacher son homosexualité toute sa vie durant. On peut la vivre à heures fixes, dans les jardins publics ou ailleurs, mais la nuit, quand tous les chats sont gris. On peut la revendiquer aussi.

L'accepter soi-même et s'efforcer de la faire accepter. Ce n'est pas le plus facile. Surtout si on est vendeur sur les marchés, ouvrier dans une usine ou même agrégatif de mathématiques et que, comble de chance, on habite Roubaix, Bayonne ou Aix-en-Provence.

Ces garçons-là justement vivaient à Aix. L'un d'eux dit qu'il est homosexuel depuis sa naissance. L'autre qu'il se travestit depuis l'âge de 5 ans. Il peut nous montrer un petit film de famille qui en témoigne. Il y fait de gracieuses arabesques et des sourires enjôleurs avec un chiffon enroulé autour des reins et un voile de tulle dans les cheveux.

Ils se sont rencontrés tout naturellement, comme il est normal que se rencontrent ceux qui s'efforcent de vivre la clandestinité des minorités scandaleuses. Mais ils ne se sont dit que plus tard leur goût pour le spectacle.

C'est comme ça que le petit garçon danseur est devenu Nini Crépon, qu'un autre est devenu la Limande Germaine et qu'avec Loulou et Marie Bonheur, ils se sont métamorphosés en « Mirabelles ». La grande parade commençait.

Vêtus de robes somptueuses, ultra maquillés et pailletés, ces « oiseaux de nuit aux plumes gonflées de désir » dansent, chantent, miment avec poésie, humour, ironie féroce ou gravité. La caméra les montre sur scène, dans la rue où, se déhanchant sur leurs talons, enroulés de plumes et les cuisses gainées de collants, ils distribuent le programme de leur spectacle à des passants amusés ou réprobateurs, parfois bienveillants mais toujours ahuris. Elle les suit dans les coulisses où s'opèrent les métamorphoses, aux répétitions dont tout passionnel est banni au profit du professionnel, dans leur vie intime.

« Les Mirabelles » s'expliquent et ce faisant s'interrogent. Ils ont choisi la farce pour vivre leur homosexualité hors du ghetto. Ils ne se cachent plus, ils font le contraire : du spectacle. Ils s'offrent aux regards dans toute leur ambiguïté, agressivement maquillés, vêtus de la façon qui leur convient le mieux, en femmes puisqu'ils se sentent femmes. Et sans paradoxes, ils montrent leurs sexes. Des sexes d'hommes, ni glorieux, ni honteux.

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Au-delà du bien et du mal, un film de Liliana Cavani (1977)

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux hommes et une femme, dans leur tentative de vie commune, défient les tabous de la société allemande du XIXe siècle. Un film baroque, inspiré de l'œuvre du philosophe Nietzsche.

Liliana Cavani se moque des Nietzschéens. Elle ne s'adresse ni à eux, ni à tous ceux qui tiennent pour sacrée la « vérité » de l'histoire, grande ou petite, avec « Au-delà du Bien et du Mal ». L'image qu'elle donne du célèbre philosophe allemand est inattendue. Ce n'est pas du moins celle que se font les étudiants de philosophie.

Ce Nietzsche là (Erland Josephson), celui de Liliana Cavani, ne lit pas, n'écrit pas. Il mange, il boit, se drogue et s'il se retire dans son cabinet, ce n'est pas le cabinet de travail réservé aux nobles esprits, mais dans ce lieu où s'assouvissent les besoins plus prosaïques que provoque l'absorption massive de bière.

« L'âme allemande recèle des galeries et des couloirs, des cavernes, des cachettes, des oubliettes ; son désordre a beaucoup du charme du mystère. Et comme tout être aime son symbole, l'Allemand aime les nuées et tout ce qui est flou, mouvant, crépusculaire, humide et voilé; tout ce qui est incertain, inachevé, fugitif, évanescent ou en devenir lui paraît profond, où qu'il se trouve. »

À sa table de travail, le philosophe foulait aux pieds la vieille morale judéo-chrétienne et bâtissait le Surhomme. Dans le film de Cavani, dans la vie donc, Nietzsche rencontre Lou Andreas-Salomé. Intelligente et sensible, indépendante jusqu'à l'égoïsme, dominatrice, Lou (Dominique Sanda) est la correspondance vivante de ce à quoi il aspire. Elle, à proprement parler, ne lutte pas contre les vieilles valeurs. Elle vit en marge d'elles. Soumission corps et âme à la puissance du mâle, mariage, enfantement, sexualité normalisée ne la concernent pas. Nietzsche, fasciné, s'engage avec elle dans l'éblouissante aventure d'une relation à trois : Paul Ree (Robert Powell) qui partage l'amour passionné de Nietzsche pour cette femme d'exception sera le troisième membre de cette « Trinité ».

Aucune vulgarité en cela. Rien de ce « ménage à trois » avec lequel le théâtre de Boulevard aime faire ricaner les médiocres bien-pensants. Non, rien de cela. Mais une estime et un amour, réciproques, basés sans équivoque sur l'intelligence et le sexe entre Lou et Friedrich, entre Paul et Lou, entre Paul et Friedrich.

Ils s'y perdront. Le film se clôt sur la folie tragique de Nietzche, sur le « suicide » de Paul qui a fini par accepter son homosexualité, sur le mariage de Lou qui, parce qu'il lui était trop difficile d'aller jusqu'au bout d'une marginalité réprouvée, rentre d'une certaine façon dans le rang.

On peut faire reproche à la réalisatrice de se laisser aller à une complaisance pour les images de fellation, de sodomie, de sexualité agressive, images de cuisses ouvertes dans les bordels et de putain officiant sur un quai de gare. On peut être agacé de cette obstination à agiter le flambeau d'une provocation qui peut paraître dérisoire. On peut lui faire grief aussi que Lou ne soit que prétexte à déballer des fantasmes qui ne seraient qu'à elle. On peut trouver cela racoleur. Mais au bout du compte, il faut être bien sûr de soi pour rester indifférent aux questions que ce film soulève.

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La vie sur un fil, un film de Chen Kaige (1991)

Publié le par Jean-Yves Alt

La vie sur un fil est photographiquement beau comme un Géo-Spécial-Chine, même si ses interprètes ne peuvent hélas remédier à la maigreur du scénario : un très vieux sage aveugle et son disciple non-voyant traversent la Chine au radar, le premier grattant son banjo comme un dératé pour venir à bout de mille cordes (ce qui devrait lui rendre la vue), et le second commençant à « renifler » les femelles au grand désespoir de son possessif aîné.

L'intention humaniste est sans doute à la source de ce film chinois très singulier, où se retrouve la confrontation du grand âge et de la jeunesse, de la lumière et de l'obscurité, de la sagesse et de l'initiation.

C'est, sinon une parabole, du moins un conte, qui se passe dans une Chine d'avant le communisme, agraire, traditionnelle, emprunte de spiritualité. L'époque est difficile à identifier, mais l'action semble se passer au début de ce siècle.

Le film, lyrique, ample, montre la vie – quasi conjugale – de cet anachorète musicien et de son disciple adolescent, tous deux aveugles : pour guérir, le remède « banjo » consiste, selon la légende, à casser mille cordes de l'instrument.

Ce sera peine perdue, mais là encore, l'important est d'avoir la foi. Une bonne leçon donnée aujourd'hui à une Chine populaire sans croyances et aussi, en filigrane, de leur apprentissage de l'amour, de l'affranchissement progressif du giton aveugle.

Faut-il voir dans le banjo, entre le vieillard et le garçon, un symbole phallique de leur passion ? La corde cassant comme une débandaison…

Toute ironie mise à part, chaque scène, chaque dialogue suggère un décryptage sexuel. La vie sur un fil échappe certainement, pour une grande part, à une interprétation d'Occidental. C'est un film à voir, comme une histoire venue d'ailleurs.

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