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Articles avec #films tag

Go fish, un film de Rose Troche et Guinevere Turner (1995)

Publié le par Jean-Yves Alt

Il y a Camille, alias Max, écrivains en herbe en quête du grand amour, qui ne cesse de rebattre les oreilles de ses condisciples avec son célibat, particulièrement celles de Kia, sa colocataire.

Il y a Kia, enseignante, qui sort depuis trois mois avec Evy, infirmière récemment divorcée.

Il y a Evy qui habite chez sa mère tout en essayant de se débarrasser une bonne fois pour toutes de son ex-mari.

Il y a Daria, la tombeuse de la ville, qui brise en moyenne un cœur par semaine. C'est facile : elle travaille dans un bar de filles.

Enfin il y a Ely, assistante vétérinaire, dont la copine habite dans une autre ville, qui vit avec Daria.

Est-ce que Daria et Ely couchent ensemble ? Non. Mais tout le monde le croit.

Résumons : si Kia et Evy sont ensemble, Daria avec tout le monde, Ely avec ses appels longues distances et Max en tête à tête avec sa solitude, quelles sont les probabilités pour que Max et Ely sortent ensemble, sachant que les trois autres conjuguent tous leurs efforts pour qu'elles y parviennent ?

Go fish, un film de Rose Troche et Guinevere Turner (1995)

Ce film repose sur la drague et le désir, l'amour et l'amitié, l'humour et la dérision. C'est une chronique du quotidien, avec ses petits problèmes, ses coups de gueule, ses angoisses et ses grands éclats de rire.

Une simplicité qui n'est en rien la preuve d'un manque d'imagination des auteures. Leur manière d'appréhender les personnages, remarquablement interprétés, chacun étant parfaitement ancré dans son rôle, le déroulement presque en huis clos de l'action, mâtiné d'un certain suspens, montre à l'inverse une parfaite maîtrise du sujet.

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Henry V, un film de Kenneth Branagh (1989)

Publié le par Jean-Yves Alt

Henri V fait partie de ce grand cycle des chroniques historiques shakespeariennes, dont les titres portent les noms des rois qu'elles évoquent (Richard II, Henri IV, V, VI, Richard III, etc.). Schématiquement, elles embrassent la lutte pour la couronne d'Angleterre, de la fin du XIVe siècle aux dernières années du XVe.

Dans cet épisode-ci comme dans tous les autres, ce qui est montré, à l'état pur, de façon absolument charnelle, c'est le pouvoir : le pouvoir, ici, a des yeux pour pleurer de rage ou de honte, des mains pour frapper, étreindre, des paroles sculptées, dans le vers élisabéthain pour galvaniser, séduire, bannir, flatter.

C'est cela qui est fascinant et bien restitué, dans ce film qui n'appartient à aucun genre préétabli (ce n'est ni du théâtre filmé, ni un « grand spectacle », ni une tragédie version cinéma) : cette matérialisation, dans le verbe, de la volonté de puissance, du désir de souveraineté.

Kenneth Brannagh (un des interprètes de Another Country, aux côtés de Rupert Everett) l'a compris, en adaptant ce drame au cinéma, sans toucher au « livret » et en incarnant lui-même le rôle du jeune monarque britannique. Gérard Depardieu sans doute également, en assurant le doublage du rôle-titre, et en s'assurant d'être convenablement entouré pour la version française.

Le foisonnement et la somptuosité de la langue trouvent leur équivalent visuel dans des images aux tons ocrés, dilués, comme sous les feux d'une rampe imaginaire, qui serait, en quelque sorte, l'éclairage onirique de la légende.

Henry V, un film  de Kenneth Branagh (1989)

Même pour raconter la bataille d'Azincourt revisitée par le génie shakespearien, il n'est pas facile d'être épique pendant plus de deux heures sans jamais sacrifier aux effets pompiers ou aux morceaux de bravoure « trompettes et confettis ». C'est pourtant ce à quoi parvient Kenneth Brannagh, préférant les plans rapprochés aux panoramiques, les anatomies aux foules et, dans les scènes de bataille, immobilisant les mouvements comme sur les « grandes machines » de la peinture classique, dans des ralentis extrêmement denses.

Cette stylisation, qui fait écho au maniérisme de la langue, est servie par le jeu très structuré de tous les protagonistes. L'action ne renvoie au plateau de la scène qu'à travers les intermittentes apparitions du narrateur (Derek Jacobi) dans le clair-obscur des coulisses d'un théâtre élisabéthain, propulsant l'imagination du spectateur, précisément, vers ce lointain « théâtre des événements ».

Reste à dire, pour finir, que le film « Henri V » est une pièce très belliqueuse, très mâle, un drame entre hommes et pour les hommes. Et, cela aussi, sans ostentation, Kenneth Brannagh l'a fort bien compris.

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Entretien avec Sandrine Bonnaire au sujet du film "Le ciel de Paris" de Michel Bena

Publié le par Jean-Yves Alt

--- Suzanne oscille entre amour et amitié...
Sa relation avec Marc (Marc Fourastier), un homosexuel, est difficile. Marc, avant de rencontrer Lucien (Paul Blain), a dû désirer d'autres hommes. En fait Suzanne et Marc s'aiment l'un l'autre, mais avec une attirance sexuelle mal définie.

--- Marc aime Lucien qui aime Suzanne qui aime Marc, quel désordre amoureux !

Au début on ne sait pas très bien qui est vraiment amoureux de qui. En fait le film (Le ciel de Paris) se résume de la manière suivante "Je sais dire je t'aime", même si ce n'est pas dit à la bonne personne, même si c'est dit maladroitement : "je ne peux pas te donner ce que tu veux". Il y a dans le film cette très belle réplique de Lucien à Suzanne, "Mais pourquoi on se voit toujours tous les trois ?", elle lui répond : "si on était deux, tu serais tout seul". J'aime bien ce trio avec tous ces courts-circuits dans leurs rapports. On est tellement dans la réalité ! Souvent on aime une personne qui est amoureuse d'une autre personne...

--- Vous avez participé à l'élaboration du scénario ?

Il y a eu plusieurs versions du scénario. Michel Bena me demandait mon avis. J'ai voulu par exemple qu'il garde les rêves de Suzanne, ses désirs de voyages. Le scénario a beaucoup évolué. [...] J'ai aussi longuement recherché avec Michel le comédien pour le rôle de Lucien. On a visité les cours de théâtre et fait de nombreux essais, mais on ne trouvait pas. Il fallait que Lucien ait une sorte de féminité, et les jeunes acteurs ont tendance, pour s'affirmer, à jouer les machos, c'est ridicule. Il fallait que Lucien soit crédible, car Marc ne pouvait pas quitter Suzanne pour un mec "nul". Le rapport homosexuel ne, devait pas être trop affiché, et leur relation ne pas se limiter à une histoire de cul. La perversité pouvait aussi être un danger.

--- Qu'est-ce qui qualifierait selon vous les trois personnages ?

L'honnêteté. Ils sont honnêtes et très entiers. Lucien, par amour pour Suzanne, n'hésite pas à quitter une maison familiale confortable pour prendre un studio. Suzanne, de son côté, accepte de cohabiter avec Marc et de le supporter tous les jours. Elle en assume les conséquences. Enfin, Marc aussi est très honnête. Il parle de ses faiblesses. Tous sont guidés par l'amour.

La force du film, c'est aussi de traiter l'homosexualité avec une grande modernité. Je ne savais pas, avant de tourner ce film, qu'il existait autant de jeunes qui vont dans ces lieux de drague où l'on cherche des contacts humains, physiques, là où l'amour s'achète, se deale, se calcule. C'est terrible, parce que pour la jeunesse, l'amour est quelque chose qui arrive, qui est donné et que l'on partage. C'est ce que le film tente de montrer.
Et pourquoi ne pas être amoureux du même sexe ? Je trouve ça bien. Marc éprouve du désir pour les hommes, et tout à coup, il s'aperçoit qu'il est amoureux d'une femme. Pour lui, il n'y a pas de sexe. C'est là que le film est particulièrement moderne. Ce n'est finalement qu'une histoire d'amour.

 --- Parlez-nous de Michel Bena.

Un homme honnête, avec un vrai regard. Avec une vraie féminité, ce qui pour moi est une forme d'honnêteté. Il avait une vraie douceur, une véritable écoute. Il pouvait raconter ses peurs, ses joies, sans craindre l'humiliation. Voilà sa force, il pouvait tout raconter, sans se dévoiler, avec beaucoup de pudeur. Il savait très bien gérer les drames. Il riait tout le temps, sans jamais se laisser aller, et il ne s'est jamais menti. [...]
--- Marc Fourastier et Paul Blain, vos deux partenaires, tournaient leur premier grand rôle.

Jouer avec des partenaires peu expérimentés, c'est comme tourner avec des enfants. On oublie de se regarder, on est plus naturel. Dans la vie Marc est architecte d'intérieur. Il est d'une grande pudeur et son rôle est très impudique. Il fallait absolument qu'il donne. Ce n'est pas évident pour quelqu'un de réservé d'avoir à dire : "Je suis pédé, et tu crois que je vais t'enculer comme ça ?" Quant à Paul, il était souvent angoissé, sa voix tremblait... mais c'était bien parce que ça donnait encore plus de fragilité et de douceur à son personnage. [...]

Propos recueillis par Gaillac-Morgue publié dans le dossier de Presse du film


Lire l'entretien en entier

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Blue, un film de Derek Jarman (1993)

Publié le par Jean Yves Alt

Les yeux du spectateur s’abîment dans un unique plan bleu de 78 minutes, tandis que les oreilles sont captives grâce à la voix principale du comédien John Quentin qui livre le témoignage du réalisateur.

Grâce à sa forme et à son mode narratif, voilà un film qui arrive à évoquer le ralentissement psychomoteur, à exprimer la lenteur, à une époque où les clips envahissaient déjà les écrans.

Derek Jarman a tenté de faire ressentir aux spectateurs de ce film, les effets du sida qu'il vivait au quotidien.

Le réalisateur y traite notamment des troubles de la vue, souvent dus au CytoMégaloVirus : ces symptômes apparaissent rarement dans les films qui traitent du sida. Blue en est le parfait contre-exemple. En contraignant le spectateur à ne voir que du bleu, Derek Jarman leur permet de se mettre dans sa situation où ses propres perceptions sont brouillées.

BLUE DEREK JARMAN

Comment mettre en image la perte de la perception visuelle ? Comment se représenter ce qui se passe à l'intérieur de cet œil ? Derek Jarman évoque tout cela dans la première séquence de son film où se mêle image fixe bleue, musique et narration :

« Une lune verte et le monde tourne au magenta. Ma rétine est une lointaine étoile, planète Mars écarlate surgie de quelques BD. L'infection fait des bulles jaunes, je dis : On dirait une planète.

Le médecin dit :

― Moi, je trouve qu'on dirait une pizza. »

La perte du sens visuel altère la relation à l'autre, à la société toute entière.

Derek Jarman évoque aussi le traitement anti-CMV qu'il reçoit :

« La perfusion de ganciclovir pousse des cris de canari... Deux fois par jour, je me rends à l'hôpital pour ma perfusion de ganciclovir dont voici les effets secondaires : faible taux de globules blancs, risque d'infection accru, fièvre, éruption cutanée, frissons, œdème... ce produit risque d'entraîner une stérilité chez l'homme, un éventuel risque cancérigène... si un de ces effets secondaires vous concerne ou si vous voulez des renseignements supplémentaires, veuillez consulter votre médecin. Il faut signer un formulaire... je ne vois vraiment pas ce que je peux faire, je vais signer. »

Et un peu plus tard au sujet du traitement per os :

« Le plus difficile ce sont les pilules, certaines sont amères, d'autres sont trop grosses, un vrai laboratoire chimique ambulant, elles remontent à moitié dissoutes à travers la toux et les crachats... »

La tendresse n'est pas absente de ce film ; elle est mise en avant lorsque le personnage demande :

« Embrasse-moi encore et encore... »

Un beau film comme un poème lyrique exprimant une plainte douloureuse, des sentiments mélancoliques :

« La couleur bleue représente l'amour universel dans lequel baigne l'humanité – c'est le paradis terrestre. »


Du même réalisateur : SebastianeEdward IICaravaggio

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2 garçons, 1 fille, 3 possibilités, un film d'Andrew Fleming (1994)

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux garçons, une fille, trois possibilités est une comédie sexy et branchée traitant d'amours triangulaires. L'histoire fait penser un peu au film de Truffaut, « Jules et Jim ».

Quand on enferme dans la même chambre universitaire une fille et deux garçons, il y a trois possibilités. Soit la fille couche avec le premier garçon, soit la fille couche avec le second, soit les deux garçons couchent ensemble. C'est cette question de probabilités que se propose d'examiner cette petite comédie un peu hypocrite.

Pour qu'aucune des trois possibilités ne soit exclue, un des garçons est pédé (donc littéraire, raffiné, sensible avec tous les clichés afférents), l'autre est hétéro (donc sportif, sexy, un peu lourdaud etc.). Bien entendu, la fille tombe amoureuse du pédé, tandis que le pédé tombe amoureux de l'hétéro, tandis que l'hétéro tombe amoureux de la fille.

Si personne n'y mettait de la bonne volonté il ne se passerait pas grand-chose. Heureusement, l'amitié et la complicité aidant, les relations se décoincent. La fille consent à coucher avec l'hétéro (même si ce n'est pas lui qu'elle aime) ; le pédé consent à coucher avec la fille (même s'il ne prend visiblement pas son pied). Alors, bien sûr on attend, frémissants, qu'arrive le moment où les deux garçons vont coucher ensemble. Et ce moment ne vient pas.

A l'issue d'une partie de soûlographie effrénée, le pédé se risque à caresser l'hétéro, mais celui-ci, bien qu'ivre-mort, se reprend vigoureusement et explique à son petit camarade entreprenant que non vraiment il préfère les filles. Tout au plus, en bout de course, lors d'une partie à trois avec la fille au milieu, l'hétéro laissera le pédé poser sa main sur ses fesses.

Dans ce film, la vie est là, belle, intacte, évidente : la sexualité n'est pas traitée à travers le prisme du mélodrame, avec des tonnes de bons sentiments et de bonne conscience.

Le personnage homosexuel assume sa sexualité de façon non-conflictuelle. Dans le film, il parle également en voix-off pour raconter son histoire ce qui permet de faire entrer le spectateur dans le récit et de s'identifier à un gay.

A aucun moment, ne se pose le problème de la Loi (celle de la société, de ses parents, de son entourage). Les choix sexuels de chacun apparaissent acceptés avec une évidence.

Malgré leurs divergences sexuelles et le fait qu'aucun d'eux n'est amoureux de la bonne personne, il n'y a pas de cruauté dans la relation des trois personnages. Ils sont néanmoins très cruels avec ceux qui ne font pas partie de leur cercle notamment dans la scène où les trois amis se moquent d'une autre fille amoureuse de l'hétéro. Tout à coup, ils ne sont plus sympathiques, et là, le film ne permet plus de s'identifier aux héros : les trois personnages principaux apparaissent ainsi sous des aspects contradictoires.

Les personnages se séparent à la fin : est-ce pour dire qu'un trouple ne peut pas fonctionner ?

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