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Articles avec #films tag

Lien de parenté, un film de Willy Rameau (1985)

Publié le par Jean-Yves

Le vieil homme et l'enfant dans un scénario original

 

Un bon vieux paysan, Victor Blaise (Jean Marais, inattendu et parfaitement bougon), sous le poids de ses soixante-douze ans et sa barbe fleurie, ne s'en laisse pas compter par les autochtones du sud de la France, des beaufs racistes si l'on en croit les résultats des élections législatives.

 

Le Loup solitaire s'accommode aisément de son train de vie, ses exigences sont toutes spirituelles et écologiques. Seul, un télégramme va déranger sa quiétude, il doit prendre en charge son petit-fils, Clément (Serge Ubrette), depuis longtemps installé à Londres, une âme urbaine élevée dans les faubourgs agités de la capitale. Clément est un sang mêlé, né du fils de Victor et d'une chanteuse jamaïcaine disparue quand Clément avait quatre ans.

 

Une nature ce garçon, bougeant comme un danseur de smurf, il ne mâche pas ses mots pour exprimer ses mécontements ou ses désirs.

 

Après la surprise et la consternation, c'est le désir qui, justement, alimente la deuxième partie du film.

 

Désir Charnel du voisin allemand homosexuel qui aimerait bien en faire son fils adoptif ; désir sensuel des jeunes filles en fleur qui aimeraient bien se faire culbuter par cet étalon des îles ; désir d'approche et de compréhension du vieux loup qui va apprivoiser l'oiseau.

 

Malgré quelques baisses de rythmes, le réalisateur Willy Rameau a visé juste. Une version inattendue de Vendredi et Robinson Crusoé.

 

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Les brésiliennes du bois de Boulogne, un film de Robert Thomas (1984)

Publié le par Jean-Yves

Une parodie de la vie de ces belles de nuit, bien à l'image de son auteur, Robert Thomas, qui se veut être un amuseur.


Les mésaventures d'un jeune Brésilien, José (Michel Godin), élève danseur, débarquant à Paris pour y rejoindre son frère Antonio (Rebecca Potok), devenu Antonia, travesti vivant de ses charmes la nuit, qui par peur de lui avouer la vérité, le fuit.


Au hasard de rencontres, ce séduisant et naïf José retrouve inopinément Antonia, au Bois-de-Boulogne. Le mystère dévoilé, il décide de le tirer de cette mauvaise passe et de tout tenter pour gagner les deux billets d'avion du retour à Rio.


Enclin à connaître le Paris by night, José, pour s'en sortir, plonge lui aussi dans cette faune, le conduisant d'un cabaret sordide ou il se produit en travesti à des soirées très spéciales chez Madame Solange.


Déçu de ses expériences, José livre des spiritueux en attendant de décrocher le contrat fatidique lui permettant de retrouver le droit chemin.


Cette histoire très simpliste est d'une monstruosité rare. Ce film ne repose que sur le sordide, la dénonciation et le voyeurisme le plus abject. Le plus regrettable est la participation de véritables transsexuels, au mieux de leurs formes, se prostituant devant la caméra lubrique…


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Vincennes-Neuilly, un film de Pierre Dupouey (1991)

Publié le par Jean-Yves

Jérôme (Philippe Etesse), le «héros», gigolo domine incestueusement sa sœur (ou présumée telle), Sophie (Anne Kessler) pour manipuler sans scrupule les nantis.



Ces Bonny and Clyde de salon ne cambriolent que les bonnes maisons. Neuilly aimante Vincennes : les deux escrocs jouent donc les pique-assiettes chez les bourgeois. Lui michetonnera le père banquier, elle nourrira l'affection de la fille. Plus tard, elle sera chargée de séduire le fils d'une veuve paralytique énormément fortunée, pour laquelle Jérôme plaquera son banquier, avant de l'entourlouper à son tour...


Ce qui me laisse perplexe dans cette histoire pas vraiment sereine, c'est que l'homosexualité n'est qu'un masque (la double-vie du banquier) ou une effronterie strictement pragmatique (les volte-face de Jérôme) ; c'est aussi le désert moral des protagonistes. Les codes n'y sont pas transgressés : ils ne sont qu'ostensiblement souillés.



Sexe et argent sont les deux mamelles de ce microcosme déprimant. Le cynisme du film n'est pas seulement celui des héros ; il tient plus profondément à cette vision extraordinairement étriquée du monde. Pas un atome de sympathie n'émane de ces créatures à l'affect robotisé.


Je suis épouvanté par ces liaisons dangereuses, transposées au seul degré du matérialisme, où les mots n'ont plus aucune magie, où les situations ne sont marquées que par la trivialité d'un réel sans grâce.


Vincennes-Neuilly semble n'avoir pas d'âme : juste du ressentiment.



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La Maison Russie, un film de Fred Schepisi (1990)

Publié le par Jean-Yves

Un Sean Connery en apprenti James Bond sur le retour, pris dans la toile d'araignée des suspicions méandreuses sur fond de glasnost glauque.



La Maison Russsie, signé Fred Schepisi, tortueux, compliqué à souhait, est le cheminement d'une traîtrise. Le londonien Barley Blair (Sean Connery), saxophoniste, éditeur, éthylique et célibataire, s'apprête à publier le document d'un russe se faisant appeler Dante, présumé génial (Klaus Maria Brandauer). Mais le brûlot est peut-être manipulé. Par qui ?


Jusqu'au bout, le film verrouille ses énigmes. Et le spectateur de cogiter pour débrouiller cette intrigue volontairement opaque, où il semble bien que la seule certitude soit celle de l'amour clandestin que voue l'anti-héros à l'intermédiaire, Katya Orlova (Michèle Pfeiffer), qui a transmis le manuscrit… au point de choisir la trahison pour sa sauvegarde.


Dans les chausse-trapes, les coulisses, les double fonds et les trompe-l'oeil de ce labyrinthe, le diaogue fait écho à des séquences rompues, dans un incessant contrepoint de situations parallèles où l'humour, efficace, sobre, sert de liant. Dommage que La Maison Russie se boucle par une scène finale un peu convenue.


Quant au reste, cette divine comédie sophistiquée rappelle opportunément qu'en anglais le mot straight désigne tout ensemble la rectitude morale et la normalité sexuelle. Sean Connery, dans le film, est-il straight ou pas ? C'est la question que se posent tellement les services d'espionnage qu'ils en viennent carrément à l'interroger là-dessus :


« Avez-vous eu des rapports homosexuels ? » Barley Blair répond sans se démonter :


« Le classique paluchage entre ados... »


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Oublier Venise, un film de Franco Brusati (1980)

Publié le par Jean-Yves

N'attendez pas de voir Venise et ses pigeons, la ville est un fantôme où les héros n'iront jamais, car Venise est pour Franco Brusati le passé qu'il faut oublier pour sortir de l'immaturité, pour atteindre enfin au réel.


Marta (Hella Petri) ancienne cantatrice d'opéra, accueille dans sa villa proche de la cité lagunaire son frère Nicky (Erland Josephson) et son jeune ami Picchio (David Pontremoli). Vivent auprès d'elle sa presque nièce Anna (Mariangela Melato) et l'amie de celle-ci, Claudia (Eleonora Giorgi). Les résurgences du passé envahissent régulièrement Nicky et Anna, jusqu'à la mort de Marta, qui semble être une libération pour eux.


Après le décès de Marta, Nicky reste dans la maison de sa sœur tandis que les trois autres rejoignent celle des deux hommes. Suivent d'innombrables souvenirs d'enfance téléphonés, dévoilant les sentiments d'insuffisance de chacun.


En recourant aux symboles et canons freudiens et en présentant deux couples homosexuels comme représentatifs d'un conflit entre immaturité et maturité, Franco Brusati tire, certes, sur de vieilles ficelles. Pourtant il réussit à approcher la complexité des relations humaines où se mêlent rapports amoureux, amicaux, familiaux… bouleversés par le temps qui passe. A cela s'ajoute l'énorme difficulté pour se soustraire à leur imbrication.


Nicky et Picchio forment le couple du reflet, du narcisse. Nicky en est la tête esthète et Picchio les jambes robustes. Chez le couple de femmes, on retrouve cette symétrie : Anna est la saine fermière et Claudia la fragile institutrice : le code est rebattu mais il permet de mettre en valeur la fuite du temps, la fin de la jeunesse et la mort qui approche.


Si les deux couples homosexuels semblent dépourvus de sexualité – aucune scène ne montre le moindre rapport amoureux entre eux –, c'est que le sujet du film est ailleurs : les rôles d'incomplétude des personnages apparaissent comme le signe qu'ils ont déguisés la réalité pour suivre leurs rêves.


Un film magnifique, très proustien, avec une esthétique sensible des images.


Ce film, où le présent s'affronte aux souvenirs embellis, montre l'impact d'un regard apitoyé et moralisateur sur le passé. Excellent pour réfléchir sur les effets néfastes de la nostalgie.


Cette enfance dorée vécue dans le souvenir, dans une sorte de temps mythique, m'évoque les vers de Sandro Penna : « La jeunesse n'est rien d'autre peut-être / qu'aimer toujours les sens et ne pas s'en repentir. »


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