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Articles avec #films tag

Poison, un film de Todd Haynes (1991)

Publié le par Jean-Yves

"Poison" sent-il le soufre ? Les Américains, en tout cas, s'étaient si mal accommodés du film, à sa sortie, qu'ils l'avaient classé X.


Qu'est-ce donc qui a pu épouvanter les chastes yeux yankees, dans ce triptyque inspiré par l'oeuvre de Jean Genet ? Est-ce la scène où les lèvres tout ouvertes d'un adolescent recueillent le crachat collectif des garçons qui lui font cercle ? Ou l'érotisme si doux de ces paluches de forçats qui se passent la dope ?


Ou une scène de viol qui, si l'on y tient, peut passer pour perversement homophobe.


Le réalisateur a mêlé trois histoires de style différent qui donnent au film une construction éclatée, composite. Trois parties, mais imbriquées les unes dans les autres.


- Horror, en noir et blanc, est un pastiche des horror films américains des années 50 : un certain "docteur Graves" a découvert le secret scientifique des pulsions sexuelles, mais il avale le breuvage magique, et devient un monstre sexuel, de surcroît contagieux. Tout ça finit très mal pour lui et sa laborantine qui l'aime d'amour fou.


- Héros répond plutôt à l'esthétique vidéo du téléreportage, mais ici, l'enquête porte sur un miracle : un enfant tue son père, et s'envole par la fenêtre. Pourquoi ? Comment ? La caméra se plante, six ans plus tard, devant les témoins. La mère, les voisins, les petits camarades du dangereux parricide. Et on commence à comprendre.


- Homo, enfin, fait passer dans le monde des prisons et des maisons de correction : John Broom adulte retrouvera, en tôle, Jack Bolton, son ancien bourreau adolescent de la prison de Fontenal. L'appellation est transparente pour tout lecteur de Genet, qui connaît par cœur les noms de Mettray ou de Fontevreau. Son passé s'incruste, en abyme, dans le récit de ces retrouvailles entre mâles, dans l'ambiance confinée des cellules. Jack (le prisonnier incarné par James Lyons) fait le dur et nie l'existence de son attirance pour John. Mais en fait il bande pour lui.


Le spectateur habitué aux narrations linéaires, est certes déconcerté mais il y a, aussi, quelque chose de stimulant à passer d'un sujet à l'autre à travers trois styles différents.



Ces trois histoires
ont en commun le sujet de la déviance, de la transgression, du rejet. A Genet, le réalisateur a emprunté, plus que des passages, mais des thématiques et un certain regard de rebelle sur le monde. Inspirées de Notre-Dame des fleurs et du Miracle de la rose, elles composent trois variations autour d'un même personnage : le hors-la-loi.


Pourquoi ce titre, Poison ? Le poison, c'est peut-être la souffrance, l'oppression sociale. C'est aussi ce qui est en soi, et qui vous dévore. Ou au contraire ce qu'on rejette loin de soi.




Du même réalisateur : Loin du paradis


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Sebastiane, un film de Derek Jarman (1976)

Publié le par Jean-Yves Alt

ou le martyre de San Sébastien

Des intrigues conduisent l'Empereur Dioclétien à persécuter les chrétiens qu'il tolérait jusqu'alors. C'est pendant une fête célébrant le 20e anniversaire de son règne que son favori, le capitaine des gardes Sébastien, connaîtra le début de son martyre.

Après les danses rituelles, on propose, pour terminer joyeusement la soirée, d'accuser un jeune page d'être chrétien et d'ordonner sa décapitation. Sébastien proteste avec une telle vigueur contre cette ignoble forfait qu'on le soupçonne de protéger les chrétiens. Il perdra son rang et sera éloigné du palais.

Pendant son exil, Sébastien se lie d'amitié avec Justin le seul soldat qui ne l'humilie pas. Dépité, semble-t-il, de se voir préférer un inférieur, le centurion Séverus soulèvera ses hommes contre Sébastien dont on décidera le supplice et la mort.

A travers «Le martyre de San Sébastien», Derek Jarman étudie la nature de l'homme, son ambivalence sexuelle.

Ce n'est pas une considération morale sur l'homosexualité qui ici est « naturelle ».

L'identification sexuelle du sanguinaire centurion Séverus par exemple, c'est l'amour refoulé qu'il éprouve pour ce «Christ-Apollon».

Il y a aussi les sentiments amour-haine entre les hommes parqués entre eux et leur prédilection pour les jeux sado-masochistes.

Au sujet de la mort de Sébastien peu d'éléments authentifient la légende selon laquelle il aurait été la cible vivante de jeunes archers. Le film se réfère donc à l'imagination des peintres de la Renaissance qui représentent le martyr attaché, le corps transpercé de flèches.

Les décors sont sobres, le maigre budget du réalisateur ne lui permettait pas une reconstitution fastueuse de l'Empire Romain. Les dialogues ont la particularité d'être en latin avec un accent anglais !


Du même réalisateur : Edward IICaravaggioBlue

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The adjuster, un film d'Atom Egoyan (1991)

Publié le par Jean-Yves

Sexe, porno, censure et perversité, ce sont les thèmes du film d'Atom Egoyan, « The Adjuster ».


Ces thèmes parcourent ce film hors du commun, tant par l'intrigue elle-même que par son traitement foncièrement original.


Le titre, « The Adjuster », qu'on peut traduire par « L'expert en sinistres », soit celui qui juge de l'importance des dommages auprès des compagnies d'assurances. C'est la profession du héros, Noah Render. Il est en plus passionné de tir à l'arc. Il est, en somme, le « juste » qui ajuste le tir : celui qui a le pouvoir de changer le destin des gens. Noah est également celui qui délivre, qui emporte, qui protège.


Les autres personnages ? Un couple d'homosexuels, deux sœurs voyeuses et nymphomanes, Bubba, un cinéaste ex-joueur de football américain, un collectionneur de papillons... Leurs actes ? Manqués, ou gratuits. Ou bien irréparables. Leurs raisons ? Fantasques.


La narration est éclatée : le film apparaît construit comme un puzzle, dont on a parfois du mal à reconstituer les morceaux.


En français, le mot « Adjuster » se charge quelque peu d'une connotation sexuelle : ne dit-on pas « ajuster le tir », mais aussi, plus trivialement « tirer son coup ». Noah passe beaucoup de temps à réconforter les sinistrés, et parfois même très intimement. Tous et toutes, y compris le patron du motel et la femme de ménage, profitent de leur bienfaiteur.


Le personnage de Noah m'a ainsi rappelé l'ange de « Théorème » qui descend sur terre pour coucher avec toute la famille. A la différence que Noah, contrairement au visiteur joué par Terence Stemp dans le film de Pasolini, ignore son influence sur les victimes qu'il tente de consoler. Il est lui aussi en état de choc. Noah se sent exclu de ces familles dans l'intimité desquelles son métier le fait entrer malgré lui. C'est pour lui une épreuve difficile d'évaluer ce que sont les gens, à travers la nomenclature de ce qu'ils possèdent.


Au début du film, on voit une main, illuminée artificiellement ; à la fin, c'est le feu purificateur, l'immolation de Bubba. Le film est comme traversé par le thème de la rédemption : Noah, à travers l'exercice de son métier, apprend à se détacher de l'idée de la famille. Il découvre qu'elle ne signifie pas forcément l'équilibre. C'est surtout un système tyrannique de valeurs.


Avec cet homme inconnu, Noah l'«adjuster», les sinistrés ont le sentiment d'être redevenus des enfants entre ses mains providentielles.


Ce film s'interroge sur cet homme chargé d'évaluer, à travers cette liste d'objets, les « valeurs » de chacun. Et du coup, se pose la question de savoir si les valeurs matérielles coïncident avec les valeurs morales.


Hera, l’épouse de Noah, travaille pour un comité de censure et visionne des films pornographiques. Dans son travail de censure, Hera protège des valeurs, en déterminant ce qui peut être vu ou pas. Le spectateur, en confrontant, les deux rôles de Noah et d'Hera, est amené à constater que si la maison est construite sur l'illusion de posséder des choses, la censure est elle-même fondée sur l'illusion de posséder des valeurs.



Dans le film, on ne voit jamais les pornos que se visionnent les censeurs, par contre on les entend, comme si la censure s'attaquait aux images, jamais au son. Et l'ironie, dans ces passages, c'est que ce qui est donné à entendre, c'est l'expression du tabou suprême, l'inceste, le meurtre.


« The Adjuster » n'est pas un film moraliste : il ne juge absolument pas telle où telle forme de sexualité même quand cela passe par la perversion. Noah veut, obsessionnellement, le bien ; il est hétéro, mais capable de transgresser sa propre sexualité, pour se confondre, pour se comprendre à travers ces gens. Il a toujours besoin de nouveaux « partenaires » et c'est sans doute sa névrose à lui.


Ce film semble ainsi vouloir transmettre que l'identité sexuelle d'un individu n'est jamais établie une fois pour toutes.


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Outrageous, un film de Richard Brenner (1977)

Publié le par Jean-Yves

Echappée de la clinique psychiatrique où elle était enfermée, Liza vient se réfugier chez son ami Robin, coiffeur homosexuel, qui rêve de quitter Toronto et sa vie médiocre pour faire carrière dans le music-hall.


Ce film traduit les rapports d'un couple inhabituel : Robin, un travesti (Craig Russell) et Liza, une schizophrène (Hollis McLaren).


Robin et Liza sont deux parias, rejetés par la société, qui se conforteront ensemble, réussiront à exprimer leur véritable identité, et atteindront par l'affection une forme de bonheur. Rien de sexuel entre eux. Avec leur spécificité propre, ils entreprennent, sans trop s'en douter, la lutte de David contre Goliath, du faible contre le fort.


Robin, dans les boîtes spécialisées de New York, parvient à imposer ses imitations : il est tour à tour Tallulah Bankhead, Bette Davis, Barbra Streisand, Carol Channing, Mae West, Marilyn Monroë, Judy Garland.


Liza, échappée d'une clinique psychiatrique, ne se consolerait pas de la perte d'un enfant (qu'elle aurait eu un peu au "hasard"), si Robin ne savait l'entourer.


Autour d'eux, circule, vit, souffre, pittoresque, pathétique, toute une petite faune pas piquée des vers.



Richard Brenner, avec talent et originalité, n'hésitant pas à multiplier ses personnages secondaires pittoresques, à explorer sans complaisance le monde nocturne des spectacles interdits, donne à son récit une réelle épaisseur romanesque.

Un film anti-conformiste au possible, à la fois baigné de mélancolie et d'humain espoir : touchant, qui tire le cœur par sa compassion.

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Invitation au voyage, un film de Peter del Monte (1982)

Publié le par Jean-Yves

Depuis toujours, la gémellité a jeté sur l'imagination des hommes son voile de fascination et de mystère : ô vertus oniriques des phénomènes d'exception !



Qu'il s'agisse des jumeaux de même sexe et c'est aussitôt la double nature de l'homme qui transparaît ; qu'il s'agisse ceux de sexe différent, et c'est le mythe du couple originel qui refait surface : «Dieu créa l'homme à son image, à la fois mâle et femelle».


"Invitation au voyage", film de Peter del Monte (inspiré du roman de Jean Bany, "Moi ma sœur", Editions du Seuil, 1976, ISBN : 2020043629), est au cœur du problème fondamental qui gouverne la psychologie des jumeaux, celui de l'individuation, et cela dans un couple bisexué.


« Et si je mourais ? » interroge la jeune rockeuse Nina ; « Je te ferais revivre ! », répond son frère Lucien (Laurent Malet).


C'est ce à quoi il s'emploie après la mort accidentelle de la jeune fille. Leur rapport incestueux où interviennent les composantes domination-soumission, extraversion-introversion, se poursuit par-delà la mort de Nina à travers un insolite voyage qui conduira à la métamorphose :


le frère, toujours effacé et soumis devant l'image de la star naissante et idolâtrée, fait le sacrifice de son identité, se raye de l'état civil par le don symbolique de son passeport et redonne vie à l'âme du couple par le travestissement.



C'est bien Nina qui quitte le port et s'embarque pour d'autres cieux. Lucien n'aurait pu être qu'un mirage, le reflet masculin de sa propre féminité, un miroir qui n'existait que par elle, mais qui lui-même insufflait sa propre vie, sa propre énergie.


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