Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #films tag

Love ! Valour ! Compassion !, un film de Joe Mantello (1997)

Publié le par Jean-Yves

Huit amis homosexuels dont certains ont le sida viennent passer trois week-ends de détente à la campagne dans une très belle maison de style victorien au bord d'un lac privé. Durant ces week-ends, ils vont tomber amoureux et tomber en disgrâce, ils se blesseront les uns les autres, et se pardonneront.

 

Des couples se formeront, d'autres se briseront, ils se moqueront les uns des autres et s'épauleront. En tout cas, aucun ne repartira sans dire combien l'amour est héroïque et drôle et combien l'esprit humain peut être merveilleux.

 

Il ne faut pas passer son chemin et prêter un peu de son attention à ce très joli film qui se cache derrière un titre pas forcément attirant. En fait, Love ! Valour ! Compassion ! à d'abord été une pièce de théâtre et l'équipe, metteur en scène et acteurs, est restée en grande partie la même pour le film. D'où cette cohésion qui fait beaucoup pour la crédibilité de l'histoire. Ici, pas de stars, tout au plus une ou deux têtes qui semblent familières, et le réalisateur fait ses premiers pas dans le métier.

 

C'est un film qui manie le chaud et le froid, l'humour et le tragique avec beaucoup de tendresse et qui sait capter quelques beaux moments d'intimité amoureuse ou amicale.

 

Voir les commentaires

Surexposé, un film de James Toback (1983)

Publié le par Jean-Yves

Dans Surexposé, Rudolf Noureev tente une nouvelle fois l'expérience cinématographique, aux côtés de Nastassja Kinski et Harvey Keitel. En violoniste vengeur, il n'apparaît pas très convaincant.

 

Surexposé est loin d'emporter l'adhésion. L'histoire n'est pourtant pas idiote : cela démarre dès la fin du générique sur un attentat terroriste dans une brasserie de la place du Trocadéro. Une bombe cachée dans un sac est amenée là par une jeune femme après avoir été quelque temps entre les mains de Vic (Pierre Clementi), énigmatique et hautain.

 

On passe ensuite directement au beau visage de la petite Elizabeth Carlson (Nastassja Kinski) assistant à un cours sur le romantisme allemand à l'Université du Wisconsin. Goethe, Werther, où l'ange de la Rédemption, explique le professeur passionné, devient l'ange de la Mort. Elizabeth, après une scène ridicule où elle rompt avec son professeur (il était son amant), rentre chez elle et annonce froidement à ses parents qu'elle cesse ses études et part pour New York. Avec sa fraîche beauté comme support, elle devient serveuse de restaurant puis mannequin vedette, top model que l'on voit bientôt sur la couverture des plus grands magazines internationaux.

 

Et Rudolf Noureev qui interprète le rôle du violoniste Daniel Jelline ? Il arrive, à l'occasion d'un cocktail mondain, tout de noir vêtu : mystérieux, secret, trouble, charmeur et mauvais acteur. Elizabeth Carlson se laisse séduire par ce personnage dont on ne sait pas d'abord s'il est réellement un violoniste de renommée mondiale qui, pour des raisons personnelles et d'ailleurs fort louables, lutte contre le terrorisme et en particulier contre un nommé Rivas (Harvey Keitel toujours impressionnant de présence et de talent) dont il veut la peau coûte que coûte, ou bien s'il n'est pas lui-même un terroriste qui voudrait utiliser la jeune fille (il veut simplement en faire un appât pour Rivas).

 

Cette ambiguïté est très bien vue par James Toback, de même que l'image qu'il donne de Rivas, terroriste à visage « humain », très éloigné en tout cas de la caricature traditionnelle du méchant assassin responsable de la mort des innocents.

 

Surexposé n'est certes pas une justification du terrorisme, ni un plaidoyer, mais à travers le discours et l'action de Rivas, un effort lucide pour expliquer et comprendre un comportement, un idéal.

 

Un instant dans la gueule du loup, la belle Elizabeth (qui, bien sûr, aime son violoniste justicier) est épargnée par Rivas, peu avant l'affrontement inévitable avec le musicien, sur les bords du canal Saint-Martin.

 

Autre ambiguïté : on se demande si Elizabeth, à un moment où elle peut encore fuir Daniel et l'aventure dangereuse dans laquelle il veut l'embarquer, décide de rester auprès du musicien par amour pour lui ou en vertu d'un sens du devoir, d'une mission noble et élevée. On ne sera sûr que plus tard qu'elle a été vraiment séduite par le violoniste, mais sans doute le combat qu'il mène, y est-il aussi pour quelque chose.

 

Un mot encore, sur le personnage de Vic joué par Pierre Clementi, très pédé, très folle distinguée au genre pseudo-artiste. Il est amoureux de Rivas (il le lui dit), c'est pour cela qu'il le sert, qu'il tue pour lui, mais c'est aussi pour cela qu'il le trahit et qu'il meurt, en représailles, de sa propre main ! Un héros de Genet là où on ne l'attendait pas...

 

Voir les commentaires

Ernesto, un film de Salvatore Samperi (1979)

Publié le par Jean-Yves

D'après le roman d'Umberto Saba (1954), le réalisateur conte en images parlantes l'histoire, à la fin du XIXème siècle, d'un jeune italien à problèmes, Ernesto (Martin Halm) qui veut devenir violoniste de concert.

 

D'un modeste milieu juif, il a grandi d'un père et d'une mère concubins. Son oncle ayant perçu la différence d'Ernesto, il lui paie une prostituée, mais ce sera l'échec.

 

D'autre part, ayant essayé de conquérir sans grande envie une petite élève de son cours, le jeune homme est amoureux fou d'un jeune ouvrier – Michele Placido – qui se refuse d'abord.

 

Et c'est au moment où, enfin consentant, le ragazzo lui cède, qu'Ernesto, si l'on peut dire, « redresse » le gouvernail. En fait, Ernesto craint un destin conditionné par ses goûts, une vie vouée au mensonge.

 

Il faut ajouter qu'Ernesto s'est rendu compte, lors d'une expérience peu réussie avec un garçon coiffeur, que dans la relation homosexuelle il y a du bon et du mauvais.

 

Salvatore Samperi observe tout cela avec acidité, drôlerie, évitant la caricature délibérée, et une certaine chaleur humaine. La fin du roman (inachevé) était optimiste. Le film l'est moins.

 

Voir les commentaires

Berlin Alexanderplatz, un film de Rainer Werner Fassbinder (1980)

Publié le par Jean-Yves

Inutile, de passage à Berlin, de partir à la recherche de l'Alexanderplatz. Le temps, la guerre et sa folie destructrice se sont chargés d'en effacer les contours. Là, pourtant, battit plus fort le cœur d'une ville ; et ses pulsations furent enregistrées au fil des pages du roman d'Alfred Döblin, dont l'action se déroule en 1928.


C'est cette œuvre foisonnante, que cinquante ans plus tard Rainer Werner Fassbinder, à l'apogée de sa carrière, adapte et réalise pour les télévisions allemande et italienne. Un an de tournage. Quinze heures trente de projection. Treize épisodes et un épilogue.


Le héros de cette longue histoire urbaine se nomme Franz Biberkopf. Ancien ouvrier, il a tué sa maîtresse qui se prostituait pour lui et purgé une peine de quatre ans de prison. C'est le jour de sa libération que le film commence, et par là même son châtiment, comme l'indique le titre du premier épisode. Car, malgré sa résolution de rester honnête dorénavant, Biberkopf va progressivement replonger dans une existence côtoyant le crime, contraint par une fatalité autant intérieure qu'extérieure dans cette Allemagne du chaos économique et de la confusion des valeurs.


Faisant toutes sortes de boulots, vendant des journaux nazis, Biberkopf tombe sous le charme de Reinhold, un maquereau sans scrupules. Entre les deux hommes, c’est le coup de foudre.


Déçu, trompé, bafoué dans ses amitiés et ses amours, diminué physiquement, Biberkopf craque et se retrouve enfermé en asile psychiatrique. Il en sortira, régénéré, et semble-t-il bon pour toutes les récupérations. C'est sur une marche nazie que se clôt cette visualisation somptueuse du roman de Döblin.


Dans un très beau texte, intitulé « Les villes de l'homme et son âme » (1), R.W. Fassbinder a raconté sa rencontre décisive avec Berlin Alexanderplatz, le livre, à l'âge de quatorze ans :


« Berlin Alexanderplatz a été pour moi une aide à vivre simple et concrète. J'ai, à l'époque, réduit le roman de Döblin à mes propres problèmes. Je l'ai lu comme l'histoire de deux hommes dont le petit peu de vie se brise sur cette terre parce qu'ils n'ont pas la possibilité de pouvoir s'avouer qu'ils se désirent d'une manière étrange, qu'ils s'aiment en quelque sorte, que quelque chose de mystérieux les unit davantage qu'il n'est d'ordinaire admissible entre hommes. » (1)


Et plus loin, après avoir réfuté l'aspect sexuel de cette attirance, Fassbinder ajoute :


« Ce qu'il y a entre Biberkopf et Reinhold, ce n'est ni plus ni moins qu'un pur amour que rien de social ne vient mettre en péril. Cette lecture m'a aidé à m'avouer les peurs torturantes qui me paralysaient, peur de m'avouer mes désirs homosexuels, de céder à mes besoins réprimés, à ne pas devenir complètement malade, menteur désespéré, à ne pas sombrer. » (1)


L'on mesure à cet aveu la dette contractée par Fassbinder à l'endroit de ce roman. S'il est certain que le rapport Biberkopf-Reinhold et ses zones obscures forment l'ossature secrète de l'intrigue, Fassbinder n'efface pas les dimensions historique et métaphysique de l'œuvre. Le film est aussi une véritable psychanalyse de l'Allemand moyen avant le nazisme – le sommet en étant l'épilogue (« Rainer Werner Fassbinder : mon rêve du rêve de Franz Biberkopf »).



C'est la description féroce et bouffonne de l'imparable solitude de l'homme des villes qui bouleverse ; Fassbinder n'a jamais mieux été inspiré que par ce tragique quotidien de l'homme face au chaos de l'existence et par ses efforts désespérés et comiques d'y trouver un sens et de s'y ancrer. Le gros Biberkopf – qui hésite tant sur le seuil de sa liberté recouvrée – pressent que, pour lui, le dehors vaudra le dedans et l'envers l'endroit. Le film restitue bien cette obsession claustrophobique, même dans ses rares scènes diurnes et bucoliques : la Freienwalde, cette forêt de la Liberté, plantée d'arbres hauts, aux troncs épais comme des barreaux de prison, où a lieu le meurtre de Miette, grand et dernier amour de Biberkopf, par Reinhold, son alter ego diabolique.


Au long de ces quinze heures torrentueuses, où le rire et les larmes, l'émotion et la réflexion se mêlent, la mise en scène de Fassbinder se joue avec brio de la structure narrative propre à la série télévisée et la retourne à son profit, créant ainsi un film de cinéma, en épisodes, produit par la télévision.


(1) Les villes de l'homme et son âme, par R.W. Fassbinder, traduction Jean-François Poirier / Cahiers du Cinéma n°321, mars 1981



Du même réalisateur : QuerelleLe droit du plus fort


Voir les commentaires

La désenchantée, un film de Benoît Jacquot (1990)

Publié le par Jean-Yves

Les spectateurs qui ont aimé « Les Adieux à la Reine », dernier film de Benoît Jacquot, devrait pouvoir apprécier de découvrir ou redécouvrir « La désenchantée », film qu'il a réalisé en 1990.

 

En l'espace de trois jours, la vie de Beth, lycéenne de dix-sept ans, androgyne et superbe, est traversée par trois personnages.

 

Ce film est tout entier fixé sur l'adolescente. La caméra pivote à portée de main de l'héroïne, balayant, sur ses pas, le spectre du désir : « l'Autre » (il n'est jamais nommé autrement), ce garçon jeune, viril, vorace et volage à la fois, celui qu'on rejette ; l'homme spirituel, plus âgé, qui entraîne sur la pente de son désenchantement ; l'Oncle, figure de l'abjection, libidineux et obscène comme l'argent qu'il paie pour le corps de Beth.

 

Le visage de Rimbaud plane sur ces séquences sans musique, et pourtant chargées d'une vivacité formidable : image de l'exigence absolue qui est celle de Beth.

 

La beauté de « La désenchantée », comme celle des « Adieux à la Reine », tient à la compacité du sujet, aux dialogues sans ornements, à la justesse des regards.

 

 

La force des images adhère à la puissance de ce qu'elles suggèrent. Par exemple, Beth et Remi (le petit frère complice, mature et lucide) dévorant ensemble le seul yaourt du frigo, tandis que par contraste elle refusera de partager avec l'Oncle une grillade parcimonieuse.

 

Le monde autour de Beth est peuplé d'hommes en qui elle cherche désespérément l'amour : une humanité masculine d'alter ego potentiels qui faillissent, se dérobent, ou qu'elle fuit avec âpreté.

 

Avant d'être seulement une banale « fille de dix-sept ans », Beth incarne surtout l'adolescence, avec la rectitude du désir, face aux autres qui transigent – qui désenchantent. On retrouve là, tous les traits de Sidonie (Léa Seydoux), du film « Les Adieux à la Reine ».

 

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>