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Articles avec #livres pour les plus jeunes et les autres tag

« Papa, c'est quoi un homme haut sekçuel ? » un album d'Anna Boulanger

Publié le par Jean-Yves

dessin-d-un-livre.jpgTinig comprend au pied de la lettre tous les mots qui désignent son père… Un album qui aborde, avec délicatesse et sans aucun conformisme, l'homosexualité du père de ce jeune garçon. Avec des illustrations emplies de fantaisie qui donnent à ce livre un caractère vraiment singulier. Mais peut-il être compréhensible par un enfant de six ans ?

 

 

Texte de l'album : Tous les week-end, je vais chez mon Papa. Mon Papa est un monsieur joyeux, tout le monde dit qu'il est « gai » ! Tonton Marius croit que c’est un extra-terrestre : il dit que c'est un « Uranien ». Mais, j'ai demandé à Grand-Mère, et elle m'a confirmé que ni elle ni Grand-Père ne venait de la planète Uranus. Madame Huguette, la boulangère, elle est catholique. C'est pas comme mon Papa. Lui, il est « Socratique ». J'ai entendu Madame Huguette le dire à Marie-Thérèse, la vieille dame qui habite au coin de la rue de la Messe : celle qu'on traverse le dimanche avec Grand-Mère pour aller à l'église. Quand on va à la ville, dans l'appartement de ma Marraine Françoise, il faut monter en ascenceur. Mon cousin Gilles, le fils de Marraine Françoise, il dit qu'on habite au Moyen-Âge et il appelle mon Papa le « chevalier de la tasse ». C'est sans doute parce qu'il arrive à boire sa tasse de café avec seulement deux doigts “à l’anglaise”, sans en renverser une seule goutte ! Une fois, dans la rue, j'ai entendu Monsieur le poissonnier dire à Madame Huguette que mon Papa fait une bien bonne réputation au pays avec la « brouteuse de gazon » qui habite à la sortie du village ! Dans la vieille maison à la sortie du village, c'est Lucie qui vit là, avec Jeanne son amoureuse. Lucie, c'est la meilleure amie de Maman et c'est aussi la maman de mon amoureuse ! Mais je savais pas qu'elle était célèbre ; je savais pas que les banquières c'étaient des personnalités importantes. Mon Papa, il a plein d'autres surnoms : on l'appelle aussi « Pédale ». « Petite tapette ». Mon Papa s'appelle Paol Skouarneg. En breton, ça veut dire Paul qui a des oreilles. Moi aussi, je m'appelle Skouarneg, Tinig Skouarneg... Un jour, j'ai raconté tout ça à mon Papa. Ça l'a beaucoup fait rire, mais il s'est un peu fâché... Puis il m'a expliqué... Tous les mots que j'avais entendu voulaient simplement dire que mon papa est homosexuel ; ça veut dire qu'il aime les messieurs.

Si l'idée de départ est bien vue, sa réalisation s'adresse beaucoup plus à un public instruit pour comprendre les sous-entendus des jeux de mots évoqués par l'auteur. Je ne vois pas comment un adulte peut s'en sortir avec un très jeune enfant – auquel s'adresse cet album – pour faire comprendre les termes d'«uranien», de «socratique» ou de «chevalier de la tasse»…


■ Editions Zoom, Collection Gros béguin, janvier 2007, ISBN : 9782919934447

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com


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Je ne veux pas qu'on sache, Josette Chicheportiche

Publié le par Jean-Yves

Ce serait presque une banale histoire de séparation de leurs parents que Théo, 12 ans, et sa petite soeur Lola vont vivre dans ce roman, si ce n'était le motif : leur père, Gilles, est homosexuel. Il a rencontré un homme et tous deux s'aiment.



C'est indirectement que Théo apprend le motif de la séparation de ses parents ; il a entendu ses grands-parents paternels en parler : « Et la prochaine fois que je croise le Maire, [...] je lui dis [...] : ça fait longtemps que Gilles n'est pas venu, [...] il est pédé maintenant. » (p.56)


Au départ, Théo a besoin de se rassurer, de se dire qu'aux yeux des autres, son père à l'air normal, un « père et ses deux enfants » (p.74) Le jeune garçon va se placer dans une position d'évitement face à son père ; il sera largement aidé pour cela – inconsciemment – par sa petite soeur qui réclame tant d'attention.


Quand il a appris que son père était pédé, Théo a repensé à cet homme « en pantalon de cuir et débardeur qui parlait fort en faisant de grands gestes avec ses main. » (p.58)


Théo ne veut surtout pas qu'« on le sache », c'est pourquoi il n'a pas même confié cette donnée à son meilleur ami Tom. Quand ce dernier apprend la vérité, il en prend ombrage et s'éloigne de Théo. Cette position est intéressante dans ce moment du récit car là le narrateur essentiellement omniscient se tait : le lecteur ne sait pas si la rupture entre les deux jeunes garçons est motivée par l'homosexualité du père ou par le silence de Théo, perçu comme trahison par Tom.


La nouvelle ne tarde pas alors de faire le tour du collège. Théo doit alors faire face à de très nombreuses moqueries.


Alice, la mère de Théo ne cerne pas immédiatement – tant elle est effondrée – la souffrance de son fils et les questions qu'il se pose. Pourtant, peu à peu, elle arrive à trouver les mots justes pour faire comprendre la singularité de chacun, à partir d'une métaphore sensible :

« Non, toutes les eaux [ne] se ressemblent [pas]. Chaque eau provient d'une source et chaque source est différente. [Ton père] est différent des pères de tes copains [...], tu auras beau déchirer les étiquettes [comme celle que Théo arrache sur la bouteille placée en face de lui] qu'on lui collera, il sera toujours ton père. » (pp.118-119)

Ce roman montre, en accéléré, sur près de deux années, la transformation d'un jeune garçon face aux choix de vie de son père.


Le lecteur ne suit pas Théo au quotidien dans toutes ses interrogations, ses tergiversations, ses réponses, ses comportements. Théo a la chance d'avoir un professeur qui sait l'écouter et le rassurer notamment sur son propre devenir :

« Il n'y a pas de fatalité Théo. Ce n'est pas parce que son père ou son frère est homosexuel qu'on l'est soi-même. L'attirance que l'on éprouve pour un être lorsqu'elle est sincère n'est pas dictée par la morale, la société, la mode ou que sais-je encore. Elle ne répond qu'à la loi du coeur. » (p.147)

Un petit roman indispensable pour tous les jeunes – garçons et filles – qui n'ont pas la chance de rencontrer un professeur, comme celui de Théo.


■ Editions Pocket Jeunesse, avril 2007, ISBN : 9782266168687



Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com


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Noël, c'est couic !, Christophe Honoré

Publié le par Jean-Yves

Pour Anton, un gamin, à la fois rageur et attachant, c'est un réveillon à haut risque qui s'annonce : il a promis à son père – pour les fêtes – une conduite exemplaire chez sa mémère bretonne. Sinon, Noël, ce sera « Couic ! »



Christophe Honoré maîtrise l'art de renverser les situations de départ, pour faire réfléchir ses lecteurs sur l'opposition entre d'un côté, la complexité réelle des relations et, de l'autre, sa négation apparente devant les enfants qui seraient – eux seuls – les uniques troublions potentiels :


le père deviendra rapidement le perturbateur et, Anton, le fils, le perturbé.


Comme dans toutes les familles, des conflits familiaux sont toujours prêts à remonter à la surface. Présentement, Mémère ne se réjouit pas de voir arriver, Ferdinand, le compagnon de son fils… Un fils plus que passablement énervé, qui ne se retient plus et qui explose devant sa mère parce qu'elle n'accepte pas son homosexualité.


Anton se dit que la colère des adultes est si terrible qu’il n’y a plus rien à comprendre et plus rien à faire. Mais son père n'en reste pas là ; il attrape son fils par le bras et tous les deux quittent la maison de mémère avant l'arrivée des autres membres de la famille.


Il faudra une grosse tempête de neige, des routes verglacées, un arrêt obligé dans un village perdu… et manquer tenir le rôle de l'âne dans une crèche vivante pour faire prendre conscience au père d'Anton, la stupidité de sa conduite. Tous deux regagnent alors le foyer de mémère qui les accueille – heureuse – de pouvoir rassembler sa famille au complet. La magie de Noël peut alors s'amorcer.


Un magnifique petit roman qui montre les tensions entre les adultes, leurs non-dits et surtout les craintes d'un enfant tourmenté face à un différend familial.


Des émotions finement analysées, une histoire prodigieusement racontée, pour obtenir – in fine – un beau Noël pourtant si mal commencé.


Aux lecteurs de retenir que la tendresse est bien plus sacrée que toutes les fêtes du monde… même si ce sont ces dernières qui permettent souvent de la retrouver.


■ illustrations de Gwen Le Gac, Editions Ecole des Loisirs/Mouche, 2005, ISBN : 2211081479



Du même auteur : Tout contre Léo - Mon cœur bouleversé - Je ne suis pas une fille à Papa - Le livre pour enfants



Lire aussi l'analyse de Lionel Labosse


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Sexy, Joyce-Carol Oates

Publié le par Jean-Yves Alt

Darren Flynn est un adolescent, très séduisant tant aux yeux des filles que de ceux des hommes. Il fait brillamment partie de l'équipe de natation de son lycée. Darren n'est pourtant pas bien dans sa peau : il est loin d'être un garçon sûr de lui.

Un soir, après les cours, alors qu'il fait très mauvais temps, son professeur d'anglais, M. Tracy, le raccompagne chez lui. Dans la voiture, Darren éprouve de la gêne et craint d'être vu par ses copains. M. Tracy est-il attiré par Darren ? Il lui dit seulement qu'il est impressionné par sa sorte de dignité naturelle. Il ne se passe rien de plus mais à partir de ce moment Darren ne peut plus regarder son professeur comme avant.

M. Tracy, par la suite, propose à Darren de recommencer un devoir qu'il a négligé : ce qui ne favorise qu'un peu plus son embarras. Il se trouve aussi qu'un de ses copains du groupe des nageurs a obtenu une mauvaise note, avec M. Tracy, après avoir recopié un devoir sur internet : selon un accord avec l'entraîneur, il est exclu de l'équipe.

En se montant la tête les uns, les autres, tout est en place pour une vengeance : elle sera précédée par l'agression d'un garçon qu'ils pensent être pédé :

C'étaient les vacances de Noël. Ils étaient allés voir un film au CineMax du centre commercial nord. Ce garçon gay, qui, jura Kevin, les avait suivis par l'escalier roulant dans les toilettes pour hommes, devait avoir entre vingt-cinq et trente ans. […] Ouvrant le robinet de l'un des lavabos, Darren jeta un coup d'œil dans le miroir et vit que le garçon gay le regardait avec ce qui semblait être un petit sourire sournois, narquois, sa langue rose entre les lèvres, Darren sentit son cerveau s'enflammer, Kevin était penché en avant dans l'un des urinoirs, Roger remontait sa fermeture éclair, et sans que personne ne sache qui avait poussé l'autre le premier, la bagarre éclata, le garçon gay tomba aussitôt sur le carrelage sale, gémissant et implorant, Kevin lâcha un juron et lui donna un coup de pied, Roger lâcha un juron et lui donna un coup de pied, et Darren ne lâcha aucun juron mais saisit le garçon gay par ses cheveux huilés, prêt à lui fracasser la tête contre le mur en béton si l'un de ses amis ne l'en avait empêché… (chapitre 20, pages 65/66)

M. Tracy, un homme d'esprit pendant ses cours, qui, selon les copains de Darren a des manières efféminées, est accusé de pédophilie par eux grâce à une lettre anonyme envoyée au directeur de l'établissement, contenant une lettre et des photos pornographiques découpées dans un magazine.

La mauvaise farce se transforme inévitablement en rumeur où le recul et la sagesse n'ont pas leur place. Face à la pleuterie de ses collègues et de son directeur, à la seule enquête à charge des services de police, M. Tracy ne peut se défendre.

Le drame est proche : il se traduit par le suicide du professeur. Darren, qui n'a pas répondu à ses messages lui demandant de témoigner en faveur de sa bonne moralité, se vit comme responsable de sa mort. Il lui dédiera sa victoire lors des épreuves de natation.

Dans son corps, et hors de son corps à la fois, flottant au-dessus de lui au milieu des cris assourdissants, il entendait la voix d'un homme, Nage de toutes tes forces ! Nage de tout ton cœur ! la voix de son professeur d'anglais, et il sentait la main de Mr. Tracy sur ses épaules en mouvement, sa bénédiction : Que Dieu soit avec toi. (chapitre 61, page 195)

« Sexy » ne peut laisser indifférent. Joyce-Carol Oates sait aborder – de manière radicale – la haine qui perce, çà et là, chez chacun, face aux frustrations obsédantes. « Sexy » non seulement impressionne mais bouleverse et force la réflexion par la réalité qu'il décrit.

Dans la description de ce fait divers, Oates dévoile la haine de l'autre dans ses différences – réelles ou supposées – qui va faire naître le mensonge et qui aboutira au suicide. La perversité de cette haine prend toute son ampleur quand le lecteur prend conscience de l'absence de conséquences – Darren Flynn excepté – pour les protagonistes de cette affaire : la haine ne se retournant pas contre eux. Seul Darren accepte d'en porter les retombées.

La force étonnante et paradoxale de « Sexy », c'est – qu'en dehors du personnage de Darren – Oates écrit une sorte de rapport policier où les détours psychologiques sont absents.

En quelques pages, le lecteur découvre une tragédie emplie de fatalité. Au lecteur de se déprendre de cette dernière pour réagir, si pareille affaire venait à lui arriver.

■ Editions Gallimard/Scripto, janvier 2007, ISBN : 2070574687


Du même auteur : Corps – Des gens chics – Haute enfanceSolstice


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com

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F comme garcon, Isabelle Rossignol

Publié le par Jean-Yves

Zoé, la narratrice est inséparable de Nina, sa cousine et meilleure amie. Au moment de son déménagement, à l'autre extrémité de la France, Zoé découvre que Nina est bien plus qu'une amie :



De l'aimer avec mon âme mais aussi avec mes mains. Nina, je voudrais la toucher tout le temps. Quand on est loin l'une de l'autre, elle est devant mes yeux comme une chandelle qui brille. Je n'arrête pas de lui parler dans ma tête. Je lui dis des trucs fous : « Tu es ma vie. Sans toi, je veux mourir. Avec toi, je peux faire des miracles. Si tu meurs, je te ressusciterai. » Je lui dis tout ça, le soir, avant de m'endormir.

Je me demande si elle se rend compte que je l'aime autant. Je ne sais pas si elle m'aime. Mais elle est si petite qu'elle est entrée en moi depuis ma naissance. Et je veux qu'elle n'en sorte jamais, jamais, jamais. (page 16)

Zoé est amoureuse de Nina, ce qui ne se déroule pas sans culpabilité :

[…] lorsque je passe ma main sur sa peau, je deviens folle. Serviette ou non, quelque chose s'agite à l'entrée de mon sexe et je ne peux pas résister: je dois calmer cette chose. Et pour la calmer, il faut que je me frotte contre Nina. [...] J'enlève mon tee-shirt en cinq secondes et je m'écrase sur elle. Tout en frottant mon sexe contre ses cuisses, j'embrasse ses lèvres, je mords son cou. J'aime Nina à m'évanouir. À crier. [...] Aujourd'hui, je pleure, parce que je sens comme jamais que je ne suis pas normale. Je sais que Nina est une fille. Je sais que je ne suis pas un garçon. Je le sais parce que j'ai du sang qui coule entre mes cuisses et parce que je n'ai pas le même sexe que mon père. Mais ailleurs, quelque part dans mon corps, je ne suis personne. Je ne suis qu'un monstre qui a besoin de Nina pour soulager une faim dans sa petite culotte. Je me fais penser à un ogre. Un ogre qui ne voudrait que de Nina. (pages 24/25)

Nina accepte sans rien dire cette relation. Zoé a pourtant envie de savoir ce que son amie ressent, alors qu'elles ont décidé de passer la nuit, toutes les deux, sous la tente, Zoé se lance :

Nina : - Qu'est-ce que t'as aujourd'hui ?

[...]

Zoé : - J'ai que c'est dégueulasse, ce qu'on fait.

[...]

Zoé : - Ce qu'on fait toutes les deux, c'est dégueulasse, tu sais pas ?

Quoi qu'elle fasse, elle a des yeux qui roucoulent. Elle est une vierge, une sainte et je suis une fille anormale qui la salit. Je me retiens de pleurer. Je mâche mon ongle du bout des dents.

Nina : - Qu'est-ce que tu peux faire comme histoires !

Peut-être que, à sa place, j'aurais le même ton blasé. Là, évidemment, je ne peux que m'énerver. En silence. Sans rien montrer. Je me contente de faire comme elle tout à l'heure: j'écarquille les yeux pour demander qu'elle s'explique.

Nina : - Il y a plein d'autres filles qui font comme nous, figure-toi !

Je ne sais pas ce qui m'étonne le plus : quelle puisse être aussi tranquille ; d'apprendre que d'autres le font ; ou qu'elle en ait connaissance. (pages 40/41)

Zoé n'a pas perçu jusque-là que pour Nina, dans leurs étreintes, il n'y a pas de sentiments réciproques :

Elle [Nina] me pousse violemment et s'éloigne. Après quelques pas, elle se ravise. Me regarde avec un air triste que je ne lui ai jamais vu.

Nina : - Je croyais qu'on s'amusait, toutes les deux.

Je [Zoé] pourrais répondre oui. Pour qu'elle n'ait plus peur de moi et qu'elle se laisse encore approcher. Sauf que je ne peux plus mentir.

Zoé : - Je suis homosexuelle, tu sais.

Jamais, depuis que mon père avait dit le mot, je n'avais osé le prononcer. Étrangement, Nina ne semble pas du tout étonnée ou choquée. Pendant un moment, je pense que c'est parce qu'elle ne connaît pas le sens de ce que je viens de lui dire. Mais c'était la Nina d'avant qui était naïve. Celle d'aujourd'hui sait tout, comprend tout. Celle d'aujourd'hui peut être agressive.

Nina - Ça, merci, j'avais compris ! Sauf que ce sera plus avec moi, c'est tout ! (page 51)

En écrivant des lettres à Nina (qu'elle ne lui enverra d'ailleurs pas), pendant toute l'année qui suit, Zoé va accepter de ne pas être aimée de Nina et apprendre à mieux se connaître :

Ma chère Nina,

Je suis HEUREUSE.

Oui, c'est à toi que j'ai envie de l'écrire en premier : JE SAIS QUE JE NE SUIS PAS ANORMALE. Je peux même l'écrire sur toute une page : je suis NORMALE. Je suis homosexuelle, mais je suis normale. En plus, maintenant, j'aime bien le mot HOMOSEXUELLE. Avec le «elle» de la fin, ça me fait penser à rebelle, belle, éternelle, universelle. J'adore !!! (page 68)

Cette transformation est liée à la nouvelle vie de sa mère qui vient de divorcer et qui invite maintenant régulièrement chez elle une collègue de travail. Un soir, cette dernière est venue, accompagnée d'une autre femme, Marilyne. Zoé a compris immédiatement qu'elles étaient plus que des copines, même si personne n'en avait parlé. Marilyne devient alors sa confidente : elle l'aidera, avec une grande franchise, à oser se lancer vers les autres tout en lui indiquant les situations trop périlleuses :

Zoé : - Et au collège, si on repère que je suis homo ?

Marilyne : - Ah ! Ça, c'est le vrai problème ! Il faut que tu sois extrêmement discrète, parce que, si tu es épinglée homo : un, tes parents seront mis au courant, et deux, tu auras tout le monde sur le dos. Je te conseille de draguer à l'extérieur. Et puis d'être un peu patiente. (page 127)

Pendant les grandes vacances, Zoé fait la rencontre d'Albertine : elle croit avoir enfin trouvé le grand amour. La réalité sera, une nouvelle fois, différente :

Zoé : - Des filles qui se mettent nues, qui s'embrassent et qui se caressent, comment tu les appelles, toi ?

Albertine - Des filles qui font leur éducation sexuelle.

Elle a répondu sans une seconde d'hésitation, le visage et les épaules bien relevés, bien droits. J'accuse le coup en disant :

- OK !

Puis, dans un sursaut de dignité, je finis par dire :

- J'espère que l'apprentissage a été bon. Que tu seras au point pour les mecs, je veux dire. (pages 110/111)

Il faudra à Zoé la rencontre d'un garçon dont elle croira être amoureuse pour prendre confiance en elle et vraiment connaître où ses désirs se nichent :

Je dis que tout va bien, que je suis seulement troublée, et il me serre un peu plus fort, heureux sans doute de ma sensibilité de fille. Moi, je sais que demain, bientôt, je lui parlerai. Quels mots je trouverai ? je l'ignore encore. Pour l'instant, si j'avais le courage de lui dire ce que je pense, je lui dirais :

«Grâce à toi, j'ai vraiment compris que ce sont les filles qui me plaisent.» (page 153)

Isabelle Rossignol a trouvé avec succès les mots qui pourraient être ceux d'une jeune fille en dernière année collège. Elle décrit avec justesse les sentiments qu'éprouve Zoé, ses crises de désespoir comme ses moments d'enthousiasme. Son héroïne arrive à faire la part des choses et apprend peu à peu à s’accepter. I. Rossignol a eu la sagesse de ne pas utiliser de personnages prescripteurs de solutions : celui de Marilyne ne fait que proposer des directions que le lecteur (ou la lectrice), placé (e) dans une situation analogue, pourra – à son tour – suivre ou non. Quand le roman se termine, la vie de Zoé est prête à s'ouvrir devant elle, sans occultation de ses désirs.


Les romans de littérature jeunesse où le narrateur-héros de l'histoire est homosexuel ne sont pas nombreux (1). Celui-ci traite – avec une grande délicatesse mais sans pruderie – de la découverte des désirs chez une jeune adolescente. F comme garçon ne devrait que mieux aider les lecteurs qui vivent de semblables situations et éclairer fort utilement les autres sur la complexité, la diversité des désirs et la difficulté de les exprimer.


■ Editions Ecole des Loisirs/Médium, janvier 2007, ISBN : 2211083552



(1) Dans la même veine, on pourra lire : Côte d'Azur de Cathy Bernheim, Editions Gallimard/Page Blanche, 1989, ISBN : 2070564436


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com


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