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Articles avec #livres pour les plus jeunes et les autres tag

La règle d'or, Isabelle Minière

Publié le par Jean-Yves

Rentrée des classes à l'école primaire d'un petit village : un nouvel élève de Cours Moyen est immédiatement remarqué par les anciens de l'établissement. Ce qui frappe ces derniers, c'est que le nouveau n'a l'air ni apeuré ni angoissé. Il semble « tranquille comme s'il était en visite dans un musée et qu'il regardait les objets exposés » (p. 7). Quelques élèves vont néanmoins l'aborder : ils apprennent que le nouveau se nomme « Camille » et que contrairement à ce qu'ils croyaient, ce prénom est aussi celui d'un garçon comme « Claude » ou « Dominique ».

 

Camille a un comportement très différent de bien des garçons : il a l'esprit libre, il est généreux, il ne semble pas souffrir des moqueries ou des insultes. Léo, un élève de sa classe et narrateur de cette histoire, désire ardemment devenir son ami. Sophie et Agathe aussi. D'autres élèves ont des intentions moins honorables : Camille pourrait devenir leur parfait bouc émissaire.

 

Quand l'institutrice demande le métier que chaque élève envisage, Camille répond tranquillement qu'il « veu[t] faire le bien, c’est tout » (p. 16). Quelques élèves rient sous cape. Camille explique ensuite sa règle d'or :

 

« Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse. »

 

Ce qui déchaîne Sylvain qui, en prenant une voix aigüe et maniérée, répond :

 

« D'où tu sors, toi ? Tu viens de la planète des bisounours ? Faut atterrir, mademoiselle Camille, le monde est si cruel !!! Ah non, je ne veux pas faire de mal, c'est trop affreux !!! » (p. 26)

 

Peu après, le même Sylvain reprend :

 

« Alors dis-le, Camillette, comment on fait, hein ? On fait comme toi, on devient pédé et tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ? » (p. 28)

 

Léo, le narrateur, sent que quelques élèves regardent son ami Camille de travers, qu'ils se moquent de lui et de sa règle d'or :

 

« T'es riche, alors, si t'as une règle en or !

— C'est une règle pour pédés, ton truc, t'es pas un homme, Camillette ! » (p. 34)

 

Quand Léo demande à Camille de réagir, de ne pas se laisser insulter de « pédé », de se défendre, ce dernier répond calmement :

 

« Ce n'est pas une insulte. C'est comme d'être traité de blond ou de brun, tu ne choisis pas ta couleur de cheveux, et aucune n'est meilleure que l'autre. » (pp. 34-35)

 

A la sortie des classes, Sylvain et deux de ses copains agressent Camille à coups de poing. Léo essaie d'aider son ami mais il se retrouve lui-aussi à terre. Les agresseurs partis, Léo et Agathe décident de raccompagner Camille jusque chez lui.

 

Camille habite avec ses « parents » à l'extérieur du village, à l'orée d'une forêt, dans une maison tout en bois. Sur place, les deux accompagnateurs découvrent que deux hommes habitent la maison : Paul et Pierre.

 

« C'est lequel, ton père ? Paulo ou Pierrot ?

— Je veux bien vous le dire, mais ce sera un secret entre nous, d'accord ? »

On a aussitôt promis le secret ; c'était très mystérieux tout ça...

On ne le répètera pas, a juré Agathe, alors ? C'est lequel, ton père ?

— Les deux.

Camille a éclaté de rire devant la tête d'Agathe. Moi, je me disais que c'était une blague et j'ai rigolé avec lui. Mais pas longtemps : il nous a regardé tous les deux, et il a ajouté :

— J'ai deux pères.

On ne savait pas quoi dire. On ne comprenait pas très bien, ou on n'était pas sûrs de bien comprendre.

Paulo et Pierrot ont voulu un enfant ensemble... et c'est moi. Voilà, j'ai deux pères. » (p. 52)

 

Ce petit livre n'évacue pas la question de la mère. Rien n'a été caché à Camille sur elle :

 

« C'est Sophie qui a osé, un soir après l'école. […]

— Et ta mère ? T'as bien une mère, Camille ?

— Forcément...

Puis il a parlé tout bas :

— Je vais vous dire...

On s'est approchés très près, Bastien, Sophie, Alex, Agathe et moi. C'était un autre secret, il ne nous a pas demandé de ne pas le répéter : ça allait de soi. […]

— Ma mère m'a abandonné à la naissance, mes pères m'ont adopté. Peut-être qu'un jour je retrouverai ma mère, peut-être qu'elle aura changé d'avis... Enfin voilà, c'est pour ça que j'ai deux pères. » (pp. 55-56)

 

« Deux pères... c'était très insolite au début, parfois Bastien avait envie d'éclater de rire, en les regardant tous deux se comporter comme un couple, se chahuter, se plaisanter, se consulter du regard. S'aimer. Je ressentais cela, moi : les deux pères de Camille s'aimaient, qu'ils soient deux hommes n'était plus qu'un détail, comme d'être brun ou blond. Je me suis souvenu de ce que Camille nous avait dit un jour dans la cour : on ne choisit pas sa couleur de cheveux – même si on peut les teindre. » (pp. 58-59)

 

Pierre et Paul sont bienveillants avec leur fils. Ils restent cependant pragmatiques quant à la règle d'or qu'ils ont enseignée à Camille parce qu'ils n'oublient pas que l'humanisme de certaines pensées n'est pas accessible à tous.

 

Ce court roman montre l'importance de mieux regarder la vie autour de nous et de trouver un sens à ce que nous vivons. Camille est un garçon qui a construit une forte estime de soi, ce qui lui permet de vivre l'instant en pleine conscience : s'enthousiasmer, s'extasier, applaudir, glorifier, repousser l'amertume, rejeter l'animosité…

 

Camille ne fait pas de sa règle d'or un savoir. Pour lui, il suffit d'abord de la vivre. Il ne passe pas son temps à expliquer aux autres élèves cette règle ; il tente de les motiver à la mettre en pratique. Camille a compris que lorsque l'on n'a pas de bonnes raisons de pleurer, on doit s'appliquer à sourire.

 

Quel est le but de la règle d'or de Camille ? Peut-être, tout simplement, vivre un peu plus heureux, en évitant d'être inutilement malheureux. Avec cette règle, la notion de « normalité » devient caduque.

 

■ La règle d'or, Isabelle Minière, Editions du Jasmin, septembre 2013, 63 pages, ISBN : 978-2352841234

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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Noxolo, Jean-Christophe Morandeau

Publié le par Jean-Yves Alt

Jean-Christophe Morandeau raconte dans une bande dessinée en noir et blanc le parcours d'une jeune policière, Nalaxa, qui décide d'exhumer le dossier abandonné d'un crime homophobe qui a eu lieu en 2011, dans la banlieue de Johannesburg. Malgré les interdictions de son chef direct, Nalaxa rend justice à Noxolo, jeune mère de 24 ans, violée collectivement et tuée parce que militante lesbienne.

La postface de Marc Lévy informe que les violeurs et assassins de la jeune femme n'ont toujours pas été retrouvés.

Aujourd'hui, dans de nombreux pays, l'homosexuel(le) est une personne sans droits, hors du droit, donc hors la loi. Situation tout à fait scandaleuse au regard de la Déclaration Universelle des droits de l'homme. Tous les hommes sont libres et égaux en droit c'est-à-dire quels que soient leur sexe, leur race, et devrait-on ajouter, bien que cela aille de soi, quelles que soient leurs mœurs.

L'Afrique du Sud respecte, dans sa constitution, cette déclaration. Mais dans ce pays où circule un puissant courant homophobe, cela reste au stade de l'intention car l'homosexualité subit encore les contrecoups d'une triple malédiction : elle est perçue, par la majorité de la population, comme un vice, une maladie et/ou un péché.

En général, les agresseurs, pour justifier leurs actes, en appellent à une dimension rééducative : « Il s'agit de rectifier une déviance ! »

Le talent de Jean-Christophe Morandeau est d'avoir créé une inspectrice sensuelle et sensitive. Cette femme qui vit avec son compagnon sait d'emblée ce qu'a pu vivre Noxolo. Elle sait. Point ! C'est dans ce savoir-là que se situe l'attraction des lecteurs. L'enquêtrice entend la souffrance, la dérision, le malheur. Elle entend la différence et la violence qui a été faite à Noxolo, la victime.

Daouda, le compagnon de l'inspectrice paraît d'abord surpris par l'obstination de sa petite amie. Le lecteur comprend rapidement pourquoi. Car Daouda sait très bien de quoi parle sa compagne : il s'est tu quand son meilleur camarade de fac a été surpris avec un garçon… il sait que son silence – forme de mépris et de spoliation – a abouti au suicide de son copain de jeunesse.

Il ne faut pas oublier le personnage énigmatique de la « magicienne » que la nouvelle Afrique du Sud semble avoir reléguée aux oubliettes. Modèle de la femme, de la mère, de l'amante et de l'amie, elle apparaît aussi comme une déesse de cœur pour Nalaxa. La présence de ce personnage surnaturel permet de faire basculer le lecteur dans le monde des symboles qui révèle la force et le sens de la vie, et, qui évacue tout ce qui réduit l'être humain à un stéréotype.

Dans les dessins de Jean-Christophe Morandeau, tout est noir, tout est blanc, rien ne semble définitif. Des visages, une main, une épaule, une route, un terrain vague, aucune forme que l'on ne puisse traverser du regard. Tout se laisse aspirer dans un blanc lumineux ou un noir profond. Le blanc – de quelques rares paysages ou du ciel avec un unique oiseau – tombe avec une fébrilité calme. Le noir témoigne de l'âpreté de cette histoire et de la sensibilité coriace de l'auteur. Chaque dessin s'inscrit sur fond de silence originel et fait résonner la pensée du dessinateur avant que d'émettre un sens, que de faire signe, à tout prix. Le choix de montrer le viol uniquement avec des bulles en voix off est particulièrement judicieux. Finalement l'art de Morandeau s'écoute autant qu'il se parcourt des yeux.

Ce livre n'est pas fait pour aider à dire l'homosexualité : il permet de saisir tout ce qui existe autour des vociférations et des silences que provoque une sexualité différente. Par ce recul, cette BD apporte ainsi une forme de tendresse.

Par rapport à un combat autour du respect des homosexuel(le)s, il est intéressant d'avoir des militants comme il est important qu'un livre comme celui-ci existe, avec sa dimension terrifiante.

■ Noxolo, Jean-Christophe Morandeau (scénariste et dessinateur), postface de Marc Lévy, Editions La Boîte à Bulles / Amnesty International, Collection Contre-jour, 72 pages, janvier 2014, ISBN : 978-2849531969


Lire aussi : Lesbiennes des townships sud-africains : De la violence sexuelle au projet communautaire par Mélanie Vion sur le site minorites.org

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Deadline, Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi

Publié le par Jean-Yves

Deadline ou l'origine d'une vengeance

 

Un pays mythique, les Etats-Unis, une époque crépusculaire, la guerre de Sécession au début des années 1860, un milieu légendaire, le western mais où les cow-boys sont remplacés par des soldats.

 

Avec ces ingrédients de base pour réaliser un film noir, le scénariste Laurent-Frédéric Bollée et le dessinateur Christian Rossi ont réussi à faire revivre cette période sombre de l'Histoire américaine si rarement traitée dans la bande dessinée.

 

Le très jeune Louis Paugham a vu assassiner ses parents (des colons résolus à partir vers l'ouest pour faire fortune) par des esclaves en fuite. Il est recueilli par un vieil homme qui édite un journal favorable à l'abolition de l'esclavage. Cet humaniste est assassiné quelque temps après par des soldats sécessionnistes. Plus tard, Louis Paugham est enrôlé de force dans cette armée. Il doit alors surveiller des prisonniers abolitionnistes. Pour les garder, pas besoin de murs ni de barrières, une rambarde ou une simple ligne matérialisée au sol suffit :

 

« Tu vois la rambarde, là, qui forme une ligne ? Ça, mon pote, c’est la deadline ! Le doigt de Dieu  […]  s'il y en a un qui fait mine de franchir la ligne, tu tires ! » (p. 12)

 

 

Parmi les prisonniers, il y a un homme noir dont le courage, la dignité et la fierté troublent Louis Paugham. La jeune recrue ne fait qu'observer cet homme qui va être rapidement assassiné par des soldats habités par la haine des noirs.

 

Tout au long du récit, une voix off obsédante distille les questionnements de Louis Paugham :

 

« Bien sûr qu'il l'avait aimé dès qu'il l'avait vu ! Comme électrisé par cette révélation, Louis comprit alors ce qui avait dû se passer… Ils l'avaient tué ! » (pp. 43-44)

 

 

Chez Louis Paugham, l'amour, qu'il porte à ce noir, est une chose parfaitement pure. Même au moment où son âme est envahie par la vengeance, son attention ne cesse de se porter sur cet amour qui n'est jamais altéré. Comme si la pureté parfaite ne pouvait pas être souillée, pas même par Lester, l'assassin promu capitaine à la fin de la guerre et fondateur du Ku Klux Klan.

 

 

Louis Paugham n'est pas un personnage manichéen : sa sensibilité n'est pas abolie par le côté erratique et discordant de son siècle qui a multiplié les dimensions des catastrophes et le nombre des victimes. La révolte et le désir de vengeance de Louis Paugham révèlent la réaction vraie de tout homme atteint par un sort insensé et inique.

 

 

Deadline n'est pas une bande dessinée classique : c'est une histoire d'atmosphère, celle que veut à tout prix fuir et affronter son héros, Louis Paugham, en mettant à exécution, des dizaines d'années après, la vengeance qui l'a habité pendant toute sa vie. Et si cette vengeance était la seule possibilité de sortir de son cauchemar ?

 

 

Sur un scénario construit en va-et-vient temporel, Christian Rossi a réalisé un dessin noir et vigoureux, où la seule couleur vive qui apparaisse est le rouge, celui du sang versé.

 

 

 

 

Un magnifique ouvrage.

 

■ Deadline de Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi, éditions Glénat, 4 septembre 2013, ISBN : 9782723489461

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse  sur son site altersexualite.com

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Paco les mains rouges, Fabien Vehlmann et Eric Sagot

Publié le par Jean-Yves

C'est l'histoire d'un jeune instituteur, Patrick Comasson, auteur d'un crime passionnel qui se voit condamné au bagne à perpétuité.

 

C'est aussi l'histoire d'un hétéro qui se surprend à tomber amoureux d'un homme.

 

Direction la Guyane au bagne de Saint-Laurent du Maroni.

 

Le bagne commence dès le départ avec une promenade infamante à travers la France jusqu'au port de Toulon où se fait l'embarquement. Le bateau fait une escale à Alger pour embarquer quelques bagnards venant de Biribi. Patrick Comasson fait alors la connaissance d'Armand dit La Bouzille, un gros-bras au cœur tendre, qui – pendant les quinze jours de traversée – lui fait un grand tatouage dans le dos « La mort qui fauche ».

 

 

Sur le bateau, chacun est vite mis au courant par les récidivistes, de ce que seront les conditions, en Guyane.

 

Sur place, le jeune instituteur découvre que la réalité est pire que celle qu'il avait imaginée. Il se fait violer dès son arrivée par trois hommes. Personne n'intervient. Un chanteur est même là pour couvrir les cris.

 

 

Il y a aussi l'autoritarisme des gardiens, la chaleur tropicale, les moustiques, le paludisme, les cabanes qui vont compléter ce chapitre cruel.

 

Pour survivre, Patrick devra se salir les mains (d'où son nouveau patronyme, « Paco les mains rouges »). Pour se faire respecter, il devra semer la mort (à l'image de la grande faucheuse tatouée dans son dos).

 

 

Le bagne est peuplé uniquement par des hommes, pour lesquels, question sexualité, nécessité fait loi, sans que les autorités n'y trouvent à redire. Tout se monnaie contre argent ou services. Il est par exemple possible de se décharger d'une partie de sa peine grâce à un homme qui vous demandera en échange des services : sexuels ou autres. Il sera votre protecteur. La Bouzille jouera ce rôle vis-à-vis du jeune instituteur dès la traversée sans que ce dernier n'en prenne conscience sur le coup.

 



La découverte du désir homosexuel entre La Bouzille et Patrick permet au lecteur de s'apaiser avec l'idée que dans ces bagnes la discipline n'a sans doute pas empêché les détenus de se donner dans la nuit un peu de tendresse et de plaisir, d'arriver peut-être, pour survivre, à s'aimer, au rythme de regards et de caresses échangés...

 

 

Fabien Vehlmann et Eric Sagot ont su ménager çà et là, des pauses de pure poésie : elles apaisent avec opportunité. Car comment ne pas vibrer d'indignation à l'évocation de la vie de milliers d'hommes broyée dans cet univers carcéral.

 

Les dessins d'Éric Sagot transmettent parfaitement l'atmosphère angoissante qu'engendre la défiance permanente des hommes entre eux. Les couleurs de l'album tout en sépia réduisent quant à elles tout ce qui est noirceur dans ce récit.

 

Sur la couverture ténébreuse, le bateau, qui emmène les bagnards en Guyane, semble nous apostropher : « Quelle mémoire avez-vous gardé de ces hommes ? A quelle défense des valeurs vous êtes-vous attachés qui pourraient faire que plus jamais un calvaire comme le leur ne soit vécu ailleurs, dans l'indifférence générale, n'importe où au monde, aujourd'hui ou demain, par d'autres hommes ? »

 

■ Paco les mains rouges (tome 1) de Fabien Vehlmann (scénariste) et Eric Sagot (dessinateur), éditions Dargaud, septembre 2013, ISBN : 978-2205068122

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse  sur son site altersexualite.com


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Mariez-vous !, Alain Germain

Publié le par Jean-Yves

Gregory vient d'avoir 16 ans ; il est amoureux de Marie-Dorothée. De son séjour dans les Alpes où il est parti, avec elle, faire du ski, il écrit à son père Alexis, pour lui dire qu'il sait, grâce à sa copine, que Ludovic, l'ami si présent, est plus qu'un ami. Il parle de son enfance, de sa mère décédée alors qu'il n'avait que cinq ans, de sa vie entre son père et cet ami « deuxième papa » qui pourtant n'est jamais resté dormir à la maison. Il propose à ce second père qu'il l'adopte et aux deux hommes de se marier...

 

Voilà un petit roman où ce n'est pas la décadence qui se dévoile, mais un moralisme gentillet qui pointe son nez. Ceux qui, depuis fort longtemps, pouvaient passer pour les pervers de la société ouvrent leurs bras aux joies du puritanisme.

 

Ainsi, dans ce petit roman, homosexualité, mariage et adoption sont abordés en des termes politiquement corrects : couple, fidélité, monogamie sont les sous-entendus qui traversent les lettres qui constituent l'ensemble du récit.

 

Pourtant des problématiques plus intéressantes auraient pu naître de l'histoire de ces deux hommes ?

 

Ludovic est resté célibataire, Alexis s'est marié à 18 ans. Il est fort à parier que le père de Grégory a choisi de se marier si jeune pour repousser ses désirs homosexuels envers son camarade de lycée, Ludovic. Ce que le roman ne suggère pas c'est que de mettre un couvercle sur un problème conduit tout droit à une syncope. Si la femme d'Alexis n'était pas morte si rapidement, que serait-il advenu du mari et du fils ? Là encore, le roman fait silence en s'appuyant sur le conformisme ambiant. Conformisme qui ne dit pas son nom mais qui prend toutes les formes possibles de l'acceptation, de l'ouverture d'esprit : Grégory va jusqu'à proposer à « ses deux pères » : « Mariez-vous ! ».

 

Le personnage de Ludovic aurait gagné à être développé : il a fait le choix de rester célibataire. Est-ce seulement pour attendre Alexis, son amour de jeunesse ? Ou est-ce parce qu'il a gardé mémoire de son enfance avec plus de lucidité, n'ayant pas eu à reproduire ou à inverser des schémas mal digérés à la naissance d'éventuels enfants ? Grégory devine d'ailleurs, que son futur beau-père, est celui qui lui a permis de se construire des points d'ancrage lorsque l'image parentale a fait défaut. Un célibataire réagit-il mieux à un problème trop culpabilisant chez les parents ?

 

Certes tenter d'exprimer la complexité des formes d'unions et des désirs est plus austère et plus subversif que décrire un amour homosexuel ou le « mariage pour tous ».

 

Le livre se termine avec la publication intégrale du texte de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe (loi n°2013-404 du 17 mai 2013) : une excellente initiative mais dont on peut mettre en doute l'efficacité ; un texte de loi reste difficile à lire car il nécessite de nombreux renvois. Ce document permet néanmoins de prendre conscience de l'étendue du champ d'application de cette loi : modification du code du travail, du code de la sécurité sociale…

 

■ Oskar éditeur/Court Métrage, 56 pages, 30 août 2013, ISBN : 979-1021401266

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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