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Articles avec #livres pour les plus jeunes et les autres tag

Camille veut une nouvelle famille, Yann Walcker et Mylène Rigaudie

Publié le par Jean-Yves

Camille, le petit hérisson, profite d'une vie heureuse. Il n'a qu'un reproche à faire à chacun des membres de sa famille : sa mère « lui fait trop de bisous », son père « n'a jamais le temps de jouer avec lui » et sa petite sœur « lui casse les oreilles ».

 

Camille décide donc de partir, espérant trouver une « famille idéale ». Il rencontre, Yann l'âne qui a été adopté par un couple de chevaux ; Dorine la grenouille qui vit seule avec sa mère ; Enzo qui ressemble à un marcassin mais qui est moitié sanglier par son père et moitié cochon par sa mère ; Baptiste le veau qui vit avec ses deux parents taureaux ; Clémence l'hirondelle qui vit chez sa nounou la chouette ; Victor le loup qui a un papa, une maman, trois beaux-pères, sept belles-mères…

 

 

A chaque rencontre, Camille s'interroge sur la perfection des familles qu'il découvre. Il rentre chez lui en sachant qu'« il n'y a pas de famille idéale » mais que c'est la présence de l'amour qui rend chaque famille idéale.

 

Cette petite histoire se rapproche des contes de « randonnées » avec mouvement circulaire (retour au point de départ sans repartir en arrière). Elle est parfaitement adaptée aux plus petits (même pour ceux qui ne savent pas lire) puisqu'elle procède par rythmes (les rencontres successives) et accumulations (chaque animal rencontré apporte un éclairage nouveau au héros sur ce qui fait famille). Cette structure favorise le partage entre l'adulte qui lit et l'enfant qui écoute et regarde les illustrations.

 

Mylène Rigaudie, l'illustratrice, réussit dans cet album à dépasser les carcans de l'illustration narrative : la douceur de son dessin tout en courbes maîtrisées s'accorde bien avec le texte de Yann Walcker tout en complétant ce qu'il ne dit pas.

 

 

Un petit regret (très difficile à résoudre) : l'éthologie familiale fantaisiste des animaux rencontrés par Camille en dehors de celle de la « meute » de loups. L'essentiel, particulièrement réussi, est la diversité des familles présentées.

 

Cet album réjouissant, que chaque école devrait se procurer, transmet deux messages :

 

Le premier concerne la diversité des formes de parentalité qui peut exister dans les familles : la rencontre avec le « différent » est encore le moyen le plus sûr de comprendre ce que l'on désire.

 

Le second concerne l'attitude face à la vie : vivre, c'est découvrir – en allant voir – que le recto vaut bien souvent le verso.

 

■ Camille veut une nouvelle famille, Yann Walcker et Mylène Rigaudie, Editions Auzou, Collection Mes p’tits albums, 32 pages, 31 janvier 2013, ISBN : 978-2733822975

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

 

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Le secret d'Antonio, Hélène Paraire

Publié le par Jean-Yves

Après une enfance difficile, Antonio, bientôt 13 ans, et Pascual, 15 ans, semblent aborder la suite de leur vie dans de meilleures conditions. Les deux jeunes orphelins, mexicains d'origine, viennent d'être adoptés par une famille québécoise. Le premier, Antonio, se prostituait alors que le second faisait partie d'un gang de rue.

 

Mais suffit-il, pour échapper à un enfer, de trouver des parents adoptifs ? Si leur nouvelle famille est empreinte de bonne volonté, la vie passée des deux garçons peut s'arranger mal avec des adultes parfois rigides. Antonio sera celui pour qui l'adaptation sera la plus rude. Quel est donc le secret qu'il cache et qui rend son intégration si difficile ?

 

Si ce petit roman est plaisant, il se distingue surtout par un scénario insipide, un suspense mollasson : l'auteure, à travers l'histoire racontée, manque de nombreuses thématiques qui auraient donné une vraie vie à ce récit.

 

De nombreux manques ou incohérences aboutissent à rendre cette histoire non crédible :

 

— Comment comprendre que Pascual, ancien chef de gang dans son pays d'origine, devienne, dès son arrivée au Québec, un élève modèle, volontaire dans toutes les tâches que son nouveau monde lui propose ?

 

« Les vacances de Noël débuteraient dans quelques semaines. Pascual aimait tant l'école que les deux semaines de congé étaient presque une punition pour lui ! Rosie lui avait dit que rien ne l'empêchait d'étudier et de lire à la maison, s'il y tenait tant. » (p. 74)

 

— Comment se fait-il que les parents adoptifs ne s'interrogent pas sur les liens qui pourraient exister entre l'ancienne vie de prostitué d'Antonio et ses difficultés présentes ? Il est impossible de croire que le couple n'a pas réfléchi avant l'adoption aux vies antérieures possibles de leurs deux protégés.

 

— Comment entendre les hésitations d'un Antonio, qui a connu les bas-fonds de la prostitution, face à un Alex dont il est amoureux ?

 

« Son cœur était dévasté par un ouragan et ses pensées s'éparpillaient dans une tempête de contradictions. Il avait tenté de mentir à Alex et avait lamentablement échoué, Alex avait deviné. Deviné ce sentiment particulier qui les unissait secrètement. Ils étaient pareils, ça devenait évident. Antonio ne pouvait plus se le nier, il aimait Alex. Mais... mais alors est-ce que ça veut dire que je suis... gai ? pensa le garçon, désemparé. Cette idée le mit mal à l'aise. Lui fit mal, même. S'il fallait que ça se sache à l'école, on se moquerait de lui, on le traiterait de tous les noms, de tous ces mots qui, par leur cruauté, marquaient cruellement une différence... » (pp. 104-105)

 

— Il aurait été intéressant que ce roman propose une réflexion sur la prostitution au carrefour d'un sentiment de terreur et de fascination.

 

— L'homophobie d'Ivan (un autre élève de la classe d'Antonio) est traitée pauvrement. Elle ne révèle même pas la réaction d'Antonio frappé par un destin absurde et injuste : pourquoi moi ?

 

« – Oh, mais que vois-je là ? T'as dessiné ton amoureux ? fit une voix derrière eux. […]

Ivan, le colosse, se tenait devant eux, un sourire mauvais aux lèvres.

– Pauvre con ! riposta Antonio en se ruant sur lui, rouge de fureur. […]

– Je le savais, je vous ai vus l'autre jour, au parc ! T'aimes ça tâter des cuisses, Alex ? Ahahah ! » (pp. 120-121)

 

— Où sont l'indignation, la révolte, le désir de vengeance, etc., que pourrait vivre Antonio ? Au lieu de cela, le jeune garçon fait un faible exposé sur la tolérance où il n'arrive pas même à dire les mots essentiels.

 

« Grâce à lui, j'ai compris que je ne devais pas porter attention aux gens méchants. J'ai compris que des différences, il y en avait partout et qu'il y en aurait tout le temps, peu importe qui on est et d'où on vient. Alors, maintenant, c'est moi qui vous donne un conseil : si un jour vous avez peur, battez-vous ! Mais pas comme je l'ai fait, pas avec vos poings ! Battez-vous avec la fierté d'être ce que vous êtes. Combattez votre peur et vous serez bien. » (p. 185)

 

nullLe lecteur en vient à souhaiter que les réactions vivantes et pertinentes de Pascual, face aux questionnements des parents adoptifs, allègent magiquement les problèmes de son « frère » :

 

« Vous comprenez rien, rien du tout... Vous êtes là, à me faire la morale, alors que c'est Antonio que vous devriez écouter. Vous êtes dans la bonne écurie, mais vous soignez pas le bon cheval... » (p. 162)

 

Alors qu'Antonio pourrait commencer à donner le meilleur de lui-même, ce roman suggère que la vie continue de lui faire endosser un crime qu'il n'a pas commis : celui d'être gay. Une fin décevante où le jeune garçon n'arrive pas même à déclarer son homosexualité.

 

■ Éditions Guérin (Montréal), 186 pages, avril 2012, ISBN : 9782760173224

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse

 

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La peur de Lou, Gilles Bontoux

Publié le par Jean-Yves

Le père de Lou a décidé de rejoindre son compagnon dans une station de sport d'hiver. Tous les deux prennent la route ; le trajet sera source de peur – première thématique de ce livre – et sera aussi l'occasion pour la petite fille de dire, dans la justesse des mots de l'enfance, son rapport à son beau-père, Dav.

 

« Et c'est là qu'il m'a dit : Tu devrais essayer de dormir dans la voiture. Dav a un appartement à la neige pour ce week-end. On y va ! Mais on n'est pas encore arrivés ! C'est à Megève... Dav, c'est le copain de Papa. Et c'est aussi une sorte de papa pour moi. Entre lui, mon beau-père, qui est le nouveau compagnon de ma mère, et mon Papa à moi, J'ai trois papas ! Pour la fête des pères, ça me donne pas mal de travail, pour les cadeaux ! On passe presque tous nos week-ends ensemble, chez Dav, et je l'aime bien. Il est gentil. J'aime bien faire un câlin avec lui, le soir, quand on regarde la télé, tous les deux. Papa, il est toujours en train de bouger. Alors, pour me reposer, je me mets dans les bras de Dav. Je suis bien. » (pp. 10-12)

 

 

Le voyage vécu par Lou s'est-il réellement passé comme elle le raconte ?

 

Cet album, au-delà de la simplicité de son histoire, veut-il suggérer le chemin particulier qui conduit un enfant interrogateur et opiniâtre à chercher dans son imaginaire sa sauvegarde ?

 

■ Album illustré par Axelréza Tabatabaï, Editions Noir au blanc, 45 pages, 22 septembre 2012, ISBN : 979-1090635074

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse

 

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Mon frère, ma princesse de Catherine Zambon & Le refus de Christophe Léon

Publié le par Jean-Yves

Robes et jupes contre l'homophobie

Alyan est un petit garçon de 5 ans. Il adore porter le costume de princesse de sa sœur aînée Nina, déguisement qu'elle n'a d’ailleurs jamais vraiment utilisé. Il voudrait aussi qu'on l'appelle Nayla. Le problème pour sa mère, c'est que ce désir ne se limite pas aux quatre murs de la maison familiale. A l'école maternelle où il va, il devient la source de toutes les moqueries de la part de ses petits camarades. Pour échapper aux brimades, il se réfugie dans la « magie » pour faire disparaître ou transformer ceux qui l'insultent ou le frappent. Mais le résultat de ses « maginations » (imaginations) est incertain. Nina est consciente de la souffrance de son frère. Leur père ne voit pas le problème qu'il peut y avoir dans le fait que son fils porte une robe tandis que leur mère reste attachée aux apparences. Comment va faire Nina pour aider son jeune frère tout en respectant ses désirs ?

En abordant les rêves et les angoisses d'un très jeune garçon, Catherine Zambon, auteure de cette pièce de théâtre, permet à des enfants de fin d'école primaire d'aborder la différence, l'exclusion sexiste afin qu'un calvaire comme celui d'Alyan ne soit vécu ailleurs, dans l'indifférence générale, n'importe où au monde, par d'autres enfants.

■ Mon frère, ma princesse, une pièce de théâtre de Catherine Zambon, éditions L'Ecole des Loisirs, mai 2012, ISBN : 978-2211208116

 

 

Corentin est élève de seconde. Il est excellent élève et a deux années d'avance si bien que ses camarades de classe sont bien plus âgés que lui. Il est « intelligent, sensible et aussi timide » (p. 81). Quand il va au lycée, il fait toujours attention de garder une « bonne distance » (p. 82) s'il aperçoit devant lui un de ses camarades. S'il est totalement résolu dans son travail, il est beaucoup plus hésitant dans son approche des autres.

Un soir, après les cours, un élève de première, Adrien, se fait tabasser devant le lycée. Adrien n'a pas seulement été frappé mais aussi insulté ; ses agresseurs ont craché sur lui et l'ont traité de « gonzesse », de « fofolle », de « tante ». Les auteurs de l'agression, quatre terminales, sont interpellés.

La nouvelle « Le refus » (adaptée pour des lecteurs de lycée) rappelle que l'humain (les élèves, les professeurs, les parents, etc.) se constitue d'une part triviale, sordide, qu'il ne dissimule qu'au prix d'une fuite, d'une lâcheté profonde. Et c'est cette lâcheté-là qui est redoutable. D'où le retour constant de la bête, retour d'autant plus fort qu'il est rare de reconnaître la part de bête en chacun nous.

Corentin essaie de faire exception en venant au lycée en jupe pour dénoncer l'homophobie larvée de toute la communauté éducative (ses parents compris).

Refusant de montrer ou de nommer, l'auteur, Christophe Léon, ne dit rien sur l'orientation sexuelle de Corentin, même s'il sème ici ou là quelques (faux ?) indices. La fin de la nouvelle n'apporte pas une réponse univoque à cette question mais ouvre une perspective bien plus intéressante, le devenir de chacun :

« La société dans laquelle il vivait ne pouvait pas être celle qui venait de se révéler à lui – brutale, insensible et inhumaine. Il ne le supporterait pas. Avant de sortir de sa chambre, Cotentin s'est regardé dans la glace de son armoire. L'image qu'il y a vue était celle d'un garçon de treize ans qui voulait devenir un homme. » (p. 101)

Corentin est un adolescent en colère ; son désespoir se nourrit des petites lâchetés de ceux qui l'entourent. Cette nouvelle porte l'empreinte de sa blessure. Le lecteur ressent douloureusement le fatalisme de son combat au moment même où il se demande si l'adolescent pourra être entendu.

Lire aussi la chronique de Lionel Labosse

■ « Le refus », une nouvelle de Christophe Léon, in Désobéis ! (pp. 79 à 101), éditions Thierry Magnier, octobre 2011, ISBN-13: 978-2364740198

Du même auteur : Embardée


Les deux écrits, celui de Catherine Zambon et celui de Christophe Léon, rappellent que si notre époque intègre graduellement l'homosexuel qui sait se tenir à sa place, un être exubérant et incontrôlable, qui se refuse aux codes (par choix ou parce qu'il est encore trop jeune pour les avoir intégrés), continue d'alerter les hétéros, aux aguets dans la marge mouvante de toutes les marges, mettant mal à l'aise même l'homosexuel qui croit y voir sa caricature.

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Plan B pour l’été, Hélène Vignal

Publié le par Jean-Yves

Louise, 15 ans, narratrice de ce roman, se fait une joie de passer une semaine de vacances en Bretagne avec sa mère divorcée et son meilleur ami, Théo, 17 ans. Son père est comme un fantôme ; elle est habituée à son absence.

 

Au dernier moment, la mère de l'adolescente doit remplacer une collègue absente, ce qui remet en cause cette semaine de camping. Louise doit rester seule chez sa grand-mère bretonne, Jamie ; sa mère lui interdit de faire du camping, seule, même avec Théo, un jeune homosexuel efféminé.

 

La jeune fille imagine alors un « Plan B » qui consiste à persuader la grand-mère à accompagner les deux jeunes gens au camping. Sans la réussite de ce plan, Théo devra rester à Paris chez ses parents.

 

Théo, qui n'a pas dit son homosexualité à ses parents, a besoin de cette semaine pour vivre comme il est vraiment, sans risquer des réactions violentes de la part de ces derniers.

 

« À la crêperie, je fais une véritable orgie […]. Pendant le repas, la conversation tourne vite autour de Théo. En fait, je m'aperçois que Jamie est persuadée qu'il est mon "bon ami", comme elle dit. Dans sa langue, ça veut dire qu'on sort ensemble. En rigolant dans les vapeurs du cidre, je lui lance que c'est pas demain la veille vu que Théo préfère les garçons. C'est un sujet dont on n'a jamais discuté, elle et moi. […] Au début, elle prend son petit air pincé, mais ça ne dure pas longtemps. Je lui raconte ce que Théo subit sans broncher, les insultes, les menaces, les vannes pourries, je lui parle du courage qu'il lui faut pour vivre ça chaque jour. Et comme elle a l'air de penser qu'au milieu de toute cette adversité il a bien de la chance d'avoir une famille et des amis, je l'achève en lui expliquant qu'il n'a jamais avoué quoi que ce soit à ses parents sur ses préférences. Jamie est décomposée. » (pp. 102-103)

 

Louise permet à Théo d'éviter devant ses géniteurs d'aborder le sujet de son orientation sexuelle. Grâce à elle, il peut passer pour un « parfait » hétéro car le vrai sujet difficile pour Théo, c'est celui de l'homophobie de ses parents :

 

null « Là, Théo ne rigole plus du tout, n'est plus détendu, n'a plus de courage du tout, plus de force, plus d'assurance, plus de grand sourire, plus d'humour. Ces deux-là le tiennent. Il est comme une mouche prisonnière d'un verre retourné sur la table. C'est pour ça qu'avec eux il ne met pas de mots sur ce qu'il est, il espère être aimé encore un peu pour ce qu'il n'est pas. Quelques jours, quelques semaines, quelques années peut-être, à leur laisser croire que c'est un tombeur de filles, qu'il leur fera des petits-enfants et les emmènera camper en caravane, enfin tout ce qu'ils veulent entendre. Il ment par omission pour profiter encore de leur amour déglingué. » (p. 139)

 

« […] Théo gagne du temps avant la mise à mort, avant l'anéantissement qui arrivera un jour et que personne ne peut empêcher. C'est comme ça qu'il en parle avec moi, comme d'un truc inéluctable, écrit juste pour lui, sur un vieux parchemin prophétique pourri. Son projet, c'est d'essayer de tenir jusqu'au bac en jouant l'hétéro devant eux. Après, il espère pouvoir partir n'importe où, faire n'importe quoi, études ou boulot quelque chose qui lui donnera une bonne raison de partir de chez eux, sans rupture, sans drame, sans blessure, sans lynchage. » (pp. 139-140)

 

Le problème est de convaincre Jamie de partir une semaine sous une toile de tente. Comme la grand-mère est particulièrement névrosée et obsessionnelle, la tâche s'avère difficile. Louise, qui possède une bonne dose d'humour, réussit involontairement à persuader son aïeule à accepter le « Plan B » en abordant le sujet de son grand-père Michel, le mari défunt de Jamie. L'adolescente va alors découvrir les traumatismes de sa grand-mère : des blessures qui semblent inguérissables. C'est l'occasion pour l'auteure d'écrire de très belles pages sur les relations entre Jamie et Michel, avant et après la guerre d'Algérie. Louise devine que cette guerre a été vécue comme double révélation : la cruauté et l'amour. La jeune fille découvre la guerre dans sa tragédie intime quand le soldat appelé contre sa volonté est hostile, du plus sacré de son être, à la tuerie dont il est l'instrument. Louise se rapproche ainsi un peu plus de son aïeule qui accepte ce fameux « Plan B ».

 

Le personnage de Théo apparaît comme intelligent, maniéré, mélodique et un rien pédant à force de clins d'œil et de remarques envers les « familles parfaites » du camping. Néanmoins, l'auteure en fait parfois trop pour présenter ce personnage et ses difficultés liées à son homosexualité. Si Théo est sincère et inspiré, son introduction dans le récit sonne quelquefois faux. Il faut pourtant saluer la présentation positive d'un jeune homosexuel exubérant et aussi pudique. Son caractère doux, son attitude d'une correction parfois outrée en font un être attachant.

 

Le charme de ce roman est dans cet alliage exubérant du trivial et du précieux, dans cette culture de l'excès sous toutes ses formes.

 

■ Editions du Rouergue/Do/Ado, 220 pages, avril 2012, ISBN : 978-2812603402

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse

 

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