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Articles avec #livres tag

Ambiguïtés, Elliot Perlman

Publié le par Jean-Yves

LES SENTIMENTS SONT-ILS UNE DENRÉE PÉRISSABLE ?


Ce roman est l'histoire d'une obsession. Simon ne s’est jamais remis de sa liaison avec Anna avec laquelle il est séparé depuis à peine dix années. Ils ne se sont jamais revus depuis. Elle s'est mariée, a eu un enfant. Simon, instituteur au chômage, s’imagine qu’en kidnappant le garçon, il pourra reconquérir son amour de jeunesse. Il faut dire que Simon boit trop, qu’il vit avec une prostituée, qu’il croit que la poésie va sauver le monde. Simon est un personnage complexe, séduisant, impossible, tourmenté.


Le roman est construit en sept parties qui donnent la parole aux divers protagonistes : Simon, son psychiatre, Anna, le mari de celle-ci, un courtier en Bourse, la call-girl atteinte de sclérose en plaques et la fille du psychiatre. L'ensemble est formidablement bâti, avec beaucoup de naturel.


Elliot Perlman radiographie son époque et analyse les bouleversements qu’un fait divers provoque dans les existences des uns et des autres, détaille les secrets que les proches ne devineront jamais. Le lecteur est au courant du moindre incident ce qui n’est bien évidemment pas le cas des personnages qui eux, naviguent à vue, émettent des hypothèses.



Cet auteur australien, qui a seulement la quarantaine, possède une maîtrise stupéfiante pour décrire un séminaire délirant pour cadres, pour nous plonger dans l’univers des quartiers de haute sécurité, pour disséquer les combines d’analystes financiers, pour dénoncer une arnaque aux soins médicaux ou pour inventer un psychiatre qui n’arrive pas à savoir s’il est Bettelheim ou Hamlet ?


Le plus intéressant est sa capacité à montrer comment les couples se délitent, pourquoi le soupçon s’installe et comment à partir d'un certain moment la vérité n'a plus sa place entre deux êtres.


Traduit par Johan-Frédérik Hel Guedj, janvier 2005, Éditions Robert Laffont, Collection Pavillons, ISBN : 2221095294



Présentation de l'éditeur : Simon, instituteur brillant et estimé, est au chômage. Un après-midi, sans que rien ne laisse prévoir son geste, il enlève un petit garçon à la sortie de l'école... Un petit garçon dont il a follement aimé la mère, dix ans plus tôt. Crime d'un pervers masqué en héros romantique ? Acte désespéré d'un homme abîmé par le chômage ? Fixation pathologique sur une femme indigne ? Simon est-il une victime ou un manipulateur ?.... Sept personnages témoignent. Tous sont acteurs de l’évènement qui a fait la une. Ils racontent leur version des faits et, peu à peu, se racontent, eux, leurs espérances, leur souffrance, leur lutte. Dans une Australie convertie au culte de l'argent roi, ils démontrent chacun à leur manière qu’il y aura toujours une place pour la poésie et l'amour fou.



Biographie de l'auteur : Elliot Perlman est né en 1964 en Australie. Il a reçu le Book of the Year Award pour son premier roman, Three Dollar et le Steele Rudd Award pour son recueil de nouvelle The Reasons I Won't be Comming. Un film tiré de Three Dollars est en cours de réalisation. Elliot Perlman vit à Melbourne, où il est avocat.



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Les mouettes volent bas, Joseph Hansen

Publié le par Jean-Yves

À La Caleta, pas loin de Los Angeles, le Chef de la police Ben Orton est une figure, celle de l'Ordre et de la Loi. Quand il meurt, le crâne fracassé par un pot de fleurs, le coupable semble évident : c'est un activiste homo qui n'a pas supporté qu'Orton refuse ses pétitions en faveur des droits des homos.


Dave Brandstetter entre alors en scène, pour mener une enquête diligentée par son employeur, Medallion Life, assureur auprès duquel le défunt avait souscrit une police d'assurance-vie. Et Dave trouve que les choses ne sont pas si claires.


Le chef de police d'une petite ville a été tué. Aimé par certains (rares), haï par d'autres, il voulait garder sa ville propre (c'est-à-dire pas d'homos, de drogués, d'hippies, de films pornos...) ; il voulait préserver l'ordre, la famille, et imposait la peur à toute une population. Un homme, Cliff Kerlee, est accusé de ce meurtre car, fait accablant, il avait professé des menaces de mort contre ce flic au cours d'une manifestation retransmise à la télé.


Comme on le voit, nous sommes en plein scénario classique de série noire. Ce qui l'est moins, c'est que les principaux personnages de ce livre, dont certains n'ont rien à voir avec le scénario, sont homosexuels, à commencer par l'enquêteur et l'accusé ; et on l'apprend dès les premières pages.


On a l'impression que le scénario policier d'ailleurs est mal mené, et que en fait il sert de prétexte à décrire les homosexuels, leurs luttes, leurs questions, leurs vies. Ce qui est une nouveauté dans le genre du polar, c'est la présence d'homos militants avec toutes les nuances possibles, au point que l'on croirait parfois reconnaître le mouvement français. Ainsi Nowell est obsédé par la respectabilité, agacé par les «folles» faisant irruption à l'assemblée où il essayait de se faire reconnaître, bref, on se croirait à un ancien congrès d’« Arcadie » ! Un autre, Harv, essaie de regrouper les homos sur la ville, rêve d'un mini San Francisco. Un autre, l'accusé, faisant pétitions, manifs, se bat pour que les pédés vivent comme ils l'entendent.



Et puis il y a aussi plein d'autres pédés, moins décrits mais tous sensibilisés à leur condition d'homosexuels. Les lesbiennes, sont elles complètement absentes, même lors des manifestations où pourtant elles devaient être. De même les femmes ne sont guère présentes ; au moins, elles ne sont pas utilisées comme objet sexuel (comme dans la plupart des polars).


L'intérêt de l'auteur va, cela est évident, vers les pédés, vers ce fait social qu'est la lutte des homosexuels.


L'intrigue en fait importe peu et il est émouvant de lire une «Série noire» mettant en scène des homosexuels avec naturel et sans caricature.


Gallimard, Collection Folio numéro 2673, ISBN : 2070388832



Du même auteur : Le garçon enterré ce matin - Un pied dans la tombe - Par qui la mort arrive - Petit Papa pourri - Pente douce


Lire aussi sur ce blog :

Joseph Hansen et son détective homosexuel, Dave Brandstetter


Hommage à Joseph Hansen et chroniques brèves des romans : Le poids du monde - En haut des marches - Les ravages de la nuit


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Un atlas des atlas qui montre le dessous des cartes... [1]

Publié le par Jean-Yves

On a perdu le nord ? Bizarre, non ? Pas pour les Australiens, qui trouvent normal de mettre leur pays au centre du planisphère, mais surtout de placer le sud en haut de la carte. Le fait de s'obstiner à vouloir que le nord tienne le haut du pavé ne serait qu'une convention venant des navigateurs européens, qui utilisaient l'étoile Polaire et le compas pour s'orienter. Remarquez comme le fait de placer les terres du sud au-dessus de celles du nord semble réduire l'importance géographique des Etats-Unis (en jaune, à gauche)...



Avec son amusant « Atlas des atlas », l'hebdomadaire Courrier International vient nous rappeler qu'«une carte n'est jamais neutre» et que «les guerres servent aussi à faire de la géographie».


Le concept de cet atlas repose sur une idée assez simple : regarder comment les autres pays, les autres Etats ou les journaux et mouvements militants représentent le monde – ou leur monde. Et organiser, le cas échéant, une confrontation entre toutes ces cartes qui représentent la même chose tout en disant autre chose.


Qui sait, par exemple, qu'après l'annexion des Sudètes par Hitler de zélés fonctionnaires retouchèrent au pinceau les frontières de la Tchécoslovaquie sur les globes terrestres des écoliers français ? Il est quelques exceptions historiques heureuses : au XVIIe siècle, explique le romancier américain Paul Theroux, la cour impériale chinoise s'indigna d'une carte jésuite qui représentait l'empire du Milieu sur le bord droit de l'image. Le père Jésuite eut l'intelligence de rectifier son erreur. Au XXIe siècle, il faudra peut-être sagement s'habituer à voir l'Europe tout au bout à gauche sur la carte...


■ L'Atlas des atlas, Hors-série n°11 de Courrier International, paru le 8 mars 2005 [Code presse pour le commander chez votre marchand de journaux : M04224 n°11H]


Cet article est paru aussi sur Castalie


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Peter Pan ou l'enfant triste de Kathleen Kelley-Lainé

Publié le par Jean-Yves

Peter Pan était un nouveau-né quand il décida de s'envoler pour aller jouer avec les fées. Quand l'envie lui vint de retrouver sa mère, il trouva la fenêtre fermée et aperçut, dans son berceau, un autre bébé. Walt Disney a occulté ce drame initiatique imaginé par James Matthew Barrie, l'auteur de Peter Pan.


La psychanalyste Kathleen Kelley-Lainé, quant à elle, ne s'est pas laissé abuser par le sourire aux dents de lait du lutin virevoltant. Elle a reconnu en lui le symbole même de l'enfant triste.


Trop tôt chassé du monde de son enfance, il n'a plus voulu ni pu grandir. Kathleen Kelley-Lainé connaît bien ce syndrome pour le retrouver chez nombre de ses patients, mais aussi pour y avoir fait face elle-même : elle était encore une toute petite fille quand ses parents durent fuir la Hongrie pour échapper aux persécutions du régime soviétique.


« Quelle est la vraie histoire d'une vie ? » s’interroge-t-elle. On oublie les blessures les plus violentes, on ignore les secrets de famille et les désirs inavoués qui pourtant déterminent un destin. La psychanalyste tente de mettre au clair sa propre « vraie histoire », à la lumière de celle de Peter Pan, mais aussi de son créateur. Cette exploration, qui renvoie évidemment chacun à ses négociations personnelles avec les fées, peut coûter au lecteur une part de sa tranquillité.


■ Editions Calmann-Lévy, janvier 2005, ISBN : 2702135455


Biographie de l'auteur : Kathleen Kelley-Lainé est psychanalyste. Elle a aussi écrit, avec Dominique Rousset, Petits contes cruels sur la mondialisation (Bayard, mars 2001, ISBN : 2227137835).


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Ivresses du fils, Daniel Arsand

Publié le par Jean-Yves

Mot de l'auteur : « Dans "Ivresses du fils" je me suis essentiellement attardé sur la sombre et longue relation que j’ai entretenue avec le vin.


C’est dire combien mon texte est autobiographique. J’ai osé aborder, scruter, affronter les scènes capitales qui ont jalonné mon enfance, mon adolescence et quelques années de ma vie d’homme. En les écrivant le passé m’est monté à la tête et j’ai lâché presque allègrement la bonde à mes souvenirs. Je me suis mis alors à évoquer un certain vin d’oranges dont le souvenir est associé à ma grand-tante, à sa demeure pleine de miroirs et de recoins, à son jardin où se dresse toujours un magnolia qui, croyais-je enfant, finirait par toucher le ciel.


A commémorer ce vin de table que je sifflais seul, le jeudi après-midi, dans la fascination que j’éprouvais pour ma grand-mère disparue avant ma naissance. A dresser un portrait sans concessions ? du moins, je l’espère ? d'un garçon timide, sensible, narcissique, violent et cruel, et d’un adolescent marqué par les humiliations verbales et physiques au lycée. J’ai exhumé de ma si frileuse mémoire le souvenir de ces nuits de mai et de juin pendant lesquelles j’avais éclusé tous les vins de la cave paternelle tandis que ma mère se mourait à l’hôpital.


De chapitre en chapitre, d’une évocation à l’autre, je me suis soudain enfoui dans la vision de vignes empourprées par un glorieux soleil d’automne. C’est de solitude, d’éblouissement et de désespoir dont je parle. Mais aussi de mon incapacité à éprouver le sentiment amoureux, incapacité que je niais parfois, que j’oubliais souvent en vidant bouteille sur bouteille, couché sur mon lit et attendant d’être enfin sans mémoire et sans désir. »

Daniel Arsand


Un récit autobiographique, impitoyable envers son auteur, laissant un goût de larmes. Daniel Arsand a entrouvert la porte de son passé. Et l'émotion est là, à fleur de page et de cépage qui nous vrille le cœur.


Sa mère se tait. Son père est ailleurs. Arsand raconte la vie souterraine d'un homosexuel d'avant Mai 68. Le tout avec une délicatesse, une retenue et une écriture qui bouleversent. Arsand cherche et trouve toujours le mot juste, celui qui dit le désarroi, l'amour, la quête désespérée d'une vérité qui se dérobe, le désespoir, la peur, l'ivresse de l'oubli.


Le vin est omniprésent, mais il n'est pas le même selon les moments de la vie. Vin joyeux de l'enfance savouré en compagnie de la grand-tante ; vin des jeudis bu en cachette pour s'étourdir sur le lit, tandis que dehors plane la menace des violents camarades de classe dits normaux ; vin du désespoir avalé pour s'abrutir, pour se persuader que la mère n'est pas malade puis qu'elle n'est pas morte et que les seuls cadavres sont ceux des bouteilles éclusées...


Daniel Arsand livre un terrible constat: il noyait dans l’ivresse sa douleur d’être totalement inapte à aimer ! Il retrace avec sensibilité les moments où elle fut comme une réponse apaisant la difficulté à vivre avec soi-même et avec son prochain.


On aurait envie de lui glisser à l’oreille qu’il suffit parfois de se savoir aimé.


■ Editions Stock, collection « Ecrivins », 2004, ISBN : 2234056659

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