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Articles avec #livres tag

Les homosexuels, Gonzague de Larocque

Publié le par Jean-Yves

Longtemps mis au ban de la société, les homosexuels ont été l’objet de nombreux fantasmes et préjugés. Avec l’irruption sur la scène publique de l’affirmation gay au cours de ces dernières décennies, les idées reçues ont continué de proliférer.




Les idées reçues abordées :


La collection "Idées reçues" s'attache à pointer ces idées dans un domaine précis pour en démonter la construction, en dénoncer les préjugés et approfondir les questions qu'elles posent.


-- "Les origines de l'homosexualité" : "L'homosexualité n'est pas normale." ; "Les homosexuels choisissent d'être comme ça." ; "Les gays sont efféminés." ; "Ce sont des pervers." ; "C'est génétique." ; "L'homosexualité, c'est la faute de la mère." ; "L'homosexualité, ça se soigne."


-- "Communauté et sexualité" : "Les homos font la Gay Pride pour provoquer." ; "Ils vivent en ghetto." ; "Le lobby gay est très puissant." ; "La sodomie est contre nature." ; "Les homos ont une sexualité débridée." ; "Le sida est une maladie d'homosexuels."


-- "Religion et société" : "C'est un vice interdit par les religions." ; "Avoir un fils homosexuel, c'est une catastrophe !" ; "Le Pacs a été inventé pour que les homos puissent se marier." ; "Les enfants ont besoin d'un papa et d'une maman pour s'épanouir." ; "Les homos qui veulent des enfants sont des pédophiles." ; "S'il n'y avait que des homos, ce serait la fin de notre civilisation."


"Proposer la rédaction des Idées Reçues sur les homosexuels à un sexologue est particulièrement audacieux. En effet, l’homosexualité s’inscrit davantage dans la rhétorique psychanalytique, sociologique et anthropologique. Nous l’avons constaté, lors des grands débats de société autour du Pacs ou de l’homoparentalité, les sexologues étaient absents. Sans doute est-il temps qu’ils reprennent leur place dans les réflexions concernant l’homosexualité."


"Pour ne pas réactualiser les anciennes conceptions théoriques et pathologisantes qui ont nourri les idées reçues et contribué ainsi à développer l’homophobie, il faut nous appuyer sur la réalité des homosexualités et penser en dehors du domaine de la lutte. L’orientation homosexuelle n’est ni le reflet déformé et infériorisé de l’hétérosexualité, ni une valeur opposée à l’hétérosexualité. Travailler sur les idées reçues permet de dépasser ces clivages."


Un regret tout de même sur l’interprétation de certains préjugés. Par deux fois, le développement ne correspond pas totalement au préjugé : «Avoir un fils homosexuel est une catastrophe» répondrait plus au questionnement de savoir comment les homosexuels se placent dans la cellule familiale, vis-à-vis de leurs parents - le paragraphe n’en est pas moins intéressant... Pour le dernier d’entre eux, il est dommage que l’auteur en ait fait une interprétation trop littérale : il serait absurde de penser que notre civilisation pourrait, en peu de temps, voir toute sa population devenir homosexuelle. Par conséquent, le préjugé selon lequel «S’il n’y avait que des homos, ce serait la fin de notre civilisation» était à prendre dans un sens plus littéral, y voyant la crainte d’une prépondérance des homosexuels par rapport aux hétéros, non une hégémonie totale. Plus que la stérilité mainte fois mise en avant dans ce paragraphe, ce préjugé se rapporte plus à ceux traités dans le reste du livre.


Gonzague de Larocque, Le cavalier bleu, coll. Idées reçues, novembre 2003, ISBN : 2846700680


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Les managers de l'âme : Le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique de pouvoir ? de Valérie Brunel

Publié le par Jean-Yves

Bien qu'elle s’en réclame souvent, on peut se demander si on peut ranger la « littérature managériale » dans le domaine des sciences humaines.


Ces dernières en revanche ont fait de cette littérature un objet d'étude : Valérie Brunel se penche sur la mobilisation des techniques de développement personnel dans les organisations. La Programmation Neuro Linguistique, l'analyse transactionnelle ou l'intelligence émotionnelle sont des méthodes issues de la psychologie cognitive partageant des visées communes : développer la confiance en soi, apprendre à se connaître, gérer ses émotions et ses interactions avec autrui. La psyché est pour ces méthodes un objet «gérable», que l'on peut améliorer, «reprogrammer», afin de libérer les potentialités des individus, leur permettre de «se réaliser», de devenir plus «performants»...


Le caractère opérationnel de ces techniques, leur insistance sur l'efficacité personnelle en ont fait des outils séduisants pour les managers. Proposées aux cadres de certaines entreprises, elles constituent, selon Valérie Brunel, les fondements d'un «modèle de pouvoir renouvelé, peu coercitif car reposant sur l’aspiration de chacun à se développer et à se rapprocher d'un mode comportemental jugé souhaitable».


Ces techniques et les valeurs qu'elles portent construisent une vision de l'entreprise fondée, montre l'auteur, sur un déni de tout enjeu de pouvoir. Tout conflit y est vu comme le résultat d'un problème de communication, lui-même engendré par les faiblesses affectives des individus !


Valérie Brunel a enquêté dans une entreprise de consulting. Le management s'y montre très soucieux du développement personnel de ses recrues, tout en évaluant étroitement leurs comportements au travail.


L’une des devises bienveillantes(!) de cette société est d'ailleurs «uporout», c'est-à-dire «tu progresses ou tu sors»...


Quelle éthique y a-t-il dans l’utilisation de valeurs morales comme vecteurs de communication à des fins stratégiques ?


Editions La Découverte, 2004, 192 p., ISBN : 2707143863



Lire aussi sur ce blog :

Votre vie sera parfaite : Gourous et Charlatans de Roger-Pol Droit


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Corfou, Robert Dessaix

Publié le par Jean-Yves

« Corfou » est l'histoire d'une fuite. Le narrateur fuit la personne qu'il aime ou croit aimer. Tous deux d'Adélaïde, ils s'étaient rencontrés à Londres. Lui était comédien, l'autre décorateur. Lui venait de divorcer et se posait une foule de questions, l'autre paraissait léger et plein d'allégresse. Il tente donc d'échapper aux souvenirs d'amours effilochées et à peine consommées avec cet autre dont on ne sait s'il était naïf ou arriviste.


C'est ce temps-là qui se déroule en arabesques de souvenirs doux-amers et d'expériences théâtrales dans les quartiers bohèmes de Londres, et se confond aussi au séjour à "Corfou" du narrateur. Le narrateur loue la maison de Kester Berwick, un vieil acteur et piètre romancier australien, qui était venu chercher en Grèce la spiritualité et la beauté des garçons. La vie passée de Berwick l’intrigue et cherche à découvrir qui est vraiment ce propriétaire qu'il n'a jamais vu. Mais cette volonté de savoir ne serait-elle pas avant tout une quête de soi, un écho de sa propre existence ?


Rapidement adoubé par les déracinés locaux, le narrateur explore l'île, les traces des occupations vénitienne et turque, le château pompier qui a été, un temps, celui de l'impératrice Sissi, ou encore les traditions du vendredi saint, avec ses lancers de cruches, qui le rendent perplexe.

Au hasard des sentiers et des rencontres, il se laisse gagner par ce qu'il tente d'oublier - les représentations londoniennes de Tchekhov et des sentiments à sens unique.


Robert Dessaix a l'art d'enchevêtrer les anecdotes, les conversations, les sentiments. Ses digressions sont de délicieux chemins de traverse.


Il faut lire Dessaix comme on se promène, sans but, pour le plaisir de rencontrer l'Oncle Vania, Sappho, Ulysse, Daphnis et Chloé... et peut-être bien pour se retrouver soi-même. Ce roman faussement nonchalant, bourré d'humour et de promenades littéraires, est un dédale d'intelligence et d'émoi.


Traduit de l'anglais (Australie) par N. Boothroyd, Le Livre de poche, 2004, ISBN : 2253072702


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Parlons Travail, Milan Kundera : entretien avec Philip Roth

Publié le par Jean-Yves Alt

QUESTIONNER : « Je me méfie des mots pessimisme et optimisme. Le roman n'affirme rien, il cherche, il pose des questions. Je ne sais pas si mon pays va périr et je ne sais pas non plus lequel de mes personnages a raison. Moi, j'invente les histoires, je les confronte, et c'est ma manière de poser des questions. La bêtise des hommes vient de ce qu'ils ont réponse à tout. (pp. 119-120)

La sagesse du roman, c'est d'avoir question à tout. Quand don Quichotte est sorti affronter le monde, ce monde lui a paru un mystère. Tel est le legs du premier roman européen à toute l'histoire qui le suivra. Le romancier apprend au lecteur à appréhender le monde comme question. Il y a de la sagesse et de la tolérance dans cette attitude. Dans un monde construit sur des certitudes sacro-saintes, le roman est mort. Le monde totalitaire, qu'il ait pour base Marx ou l'islam, ou n'importe quoi d'autre, est un monde de réponse plutôt que de questions. Le roman n'y a pas sa place. En tout cas, il me semble qu'à travers le monde les gens préfèrent aujourd'hui juger plutôt que comprendre, répondre plutôt que demander, si bien que la voix du roman peine à se faire entendre dans le fracas imbécile des certitudes humaines. »

Editions Gallimard, collection Du Monde entier, 2004, ISBN : 2070764672

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L'invention d'Alberto Manguel

Publié le par Jean-Yves

Né Argentin et de nationalité canadienne, Alberto Manguel vit près de Châtellerault dans sa bibliothèque de Babel.


…Un lecteur est un homme à qui il manque à peu près tout, sauf les mots des autres. Manguel a fait de ces manques un plaisir, et de ce plaisir, lentement, une profession...


...La lecture était une vertu impunie, infinie, un vice qui le remplissait du plaisir insouciant et pertinent qu'il ne cesse, dans ses propres livres d'«écrivain-lecteur», de redistribuer : dans Une histoire de la lecture [1] et Dans la forêt du miroir [2] (Actes Sud). La redistribution se poursuit dans son nouveau livre, le plus intime de tous : Journal d'un lecteur [3] . De juin 2002 à mai 2003, il relit chaque mois un livre qui l'a fondé. Par exemple, Kim, de Kipling (dont Manguel publie au même moment une brève biographie [4], claire et d'une tendresse didactique) ; les Mémoires d'outre-tombe, de Chateaubriand ; Don Quichotte, de Cervantes ; le Désert des Tartares, de Buzzati ; l'Invention de Morel, de Bioy Casares ; le Signe des Quatre, de Conan Doyle ; etc.


...Chaque livre est le fil rouge d'un mois. Il ouvre bien sûr sur d'autres livres ; sur des souvenirs, des rêves, des observations. Il colore la vie, les idées, les sensations, les opinions du lecteur Manguel sur les événements qui passent : un oiseau dans la neige, deux tours qui s'effondrèrent, une guerre imbécile en Irak, un mur qu'il faut réparer, une insomnie, une discussion avec ses fils. Le livre pourrait ne jamais cesser. D'ailleurs, Manguel le dit, un bon livre n'a pas de fin : il recommence, se redéploie. «J'avais même pensé, dit son auteur, tenir ce journal avec un livre unique. Je crois que j'aurais choisi Don Quichotte. On n'en finit pas. J'ai bien dû l'ouvrir cinquante fois.» Un chapitre, entre autres, le bouleverse : celui où la nièce et le curé brûlent les livres du chevalier. En 1973, quand Alberto Manguel est revenu en Argentine pour quelques mois, sa bibliothèque de jeunesse avait disparu. Dans son Journal, il rêve que sa bibliothèque a disparu : «C'est comme entrer dans une maison vide.» Même l'oubli a disparu...


...Chez Manguel, le lecteur a tous les droits. Il n'a que deux devoirs : lire à cœur ouvert et ne pas s'ennuyer. Quand lui-même s'ennuyait, il changeait de maison, de ville, de continent, ou de livre. Il est très rare qu'il commence par le début et finisse par la fin. Il entre au hasard, musarde, saute, revient, buissonne de page en page : «Nous n'avons pas à céder à la tyrannie de la narration, dit-il. La lecture est un acte libre. Son temps n'est pas fixé entre la première et la dernière page. Les couvertures contiennent le texte ; elles ne le ferment pas. C'est la leçon de Tristram Shandy, de Sterne : nous pouvons plonger dans un texte et en sortir n'importe où.»...


...Il continue de lire des écrivains contemporains : Cynthia Ozick, John Hawkes, Richard Ford, Ian Mac Ewan font ses délices. Les Soldats de Salamine, de Javier Cercas, l'a enthousiasmé. En revanche, il déteste les livres d'Amélie Nothomb et de Michel Houellebecq. Le succès du second, surtout, le dépasse.


«Nous lisons pour entendre l'écho ou la reconnaissance de l'expérience que nous avons eue. Houellebecq, c'est le roi nu que tout le monde voit habillé. Il est vide et plat, et je ne reconnais aucune expérience au néant et à la platitude.»


[1] Une histoire de la lecture, Actes Sud, 1998, ISBN : 2742715436

[2] Dans la forêt du miroir : essai sur les mots et sur le monde, Actes Sud, 2000, ISBN : 274272611X

[3] Journal d’un lecteur, Actes Sud, 2004, ISBN : 2742752005

[4] Kipling. Une brève biographie, Traduit de l'anglais par Christine Le Boeuf. Actes Sud, 2004, ISBN : 2742752013


Extrait d’un article de Philippe Lançon paru dans Libération du jeudi 30 septembre 2004



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