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Articles avec #livres tag

La cour des miracles, Robert Massin

Publié le par Jean-Yves Alt

Histoire romancée et roman d'aventures, au début du XVIIe siècle, racontés par deux voyageurs italiens, en route pour Paris : l'incroyable ascension, puis la chute de Concino Concini, la cour de France sous le roi Henri IV et la régence de Marie de Médicis. Les deux italiens tiennent, la chronique d'une cour scandaleuse, dont les hauts faits ont traversé les Alpes.

Henri IV convole en justes noces avec Marie de Médicis. Celle-ci est accompagnée de son inséparable sœur de lait la « Galigaï » qui épouse l'ambitieux Concini suspecté de devenir plus tard l'amant de la veuve du roi tué par Ravaillac.

C'est la Régence. Louis XIII épouse Anne d'Autriche ; il a quatorze ans, sacrifie au dépucelage de sa femme-enfant mais vit en couple avec Luynes qui le protège.

Richelieu rôde et suit Marie de Médicis bientôt écartée quand son fils (Louis XIII), a seize ans, fait tuer Concini.

Parallèlement les gueux ont leur royaume à l'intérieur de Paris (la cour des miracles) et leur roi : les pauvres, déjà aussi, n'avaient de cesse que d'imiter les puissants.

Les grands les respectent et les manipulent. C'est une époque de crimes, d'horreurs.

Les deux chroniqueurs, envoyés spéciaux d'Italie, forment un couple d'hommes : le sombre chanoine Giovannini et son jeune neveu, le blond et délicieux Vincenzo. Aux haltes nombreuses du long voyage qui les achemine vers la capitale, ils dorment enlacés.

Ce roman sur le pouvoir, la violence, la raison d'Etat, le peuple, est écrit avec verve et talent. Il divertit tout en répondant à la curiosité historique.

■ Editions Payot, 1991, ISBN : 2228882828

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Coca-Cola Kid, Frank Moorhouse

Publié le par Jean-Yves Alt

Le Coca-Cola, le sexe, la campagne sont quelques-uns des thèmes de ce livre de l'australien Frank Moorhouse.

Sur la couverture est écrit « roman discontinu ». Il s'agit en fait d'une suite de récits dans lesquels se retrouvent des lieux et des personnages identiques sans que les histoires s'enchaînent de façon traditionnelle. Quelque chose entre le roman et le recueil de nouvelles.

Ce que Frank Moorhouse raconte est à la fois typiquement australien et complètement universel. Les crises, les névroses, les joies, les bonheurs de ses personnages s'insèrent parfaitement dans cet univers australien que l'on découvre par petites touches. Ce qui est véritablement intéressant, c'est la simplicité et l'authenticité avec lesquelles l'auteur traduit ces notions, du désir et du plaisir, avec ses variations sur l'amour, du bonheur intense des prémisses à l'ennui résigné du couple que toute passion a fui depuis longtemps, ses portraits d'hommes et de femmes qui tentent, avec plus ou moins de réussite, de trouver le bonheur.

Dans « Le Train arrivera bientôt », Bernie Turner revient chez ses parents après une longue absence. Il a près de trente ans et travaille dans une école chic de Sydney. Mervyn, son amant, lui manque et il replonge, avec délices et dégoût, dans son passé. Les premières aventures adolescentes ressurgissent... Tout cela avec un regard désabusé : « Boire à La Rose Rouge un milk-shake à la banane et songer aux fantômes des princes de l'enfance – princes devenus crapauds – était un jeu troublant. S'exciter en se rappelant des aventures prépubères était attristant. Bientôt, il se mettrait à courir après des gosses de douze ans et ce serait la fin. »

Coca-Cola Kid, c'est aussi, l'histoire de Becker, jeune cadre dynamique, « cowboy de motel » selon sa propre expression, envoyé par Coca-Cola pour améliorer les circuits de distribution australiens. Mais le pays ne lui réussit pas. Il manque être violé par des travestis et ne s'en tire que pour aboutir dans les filets de Terri, une ex-droguée complètement branque qui écrit un peu partout « Becker suce les queues » ! Un jour, il est bien obligé de quitter son travail et devient « le meilleur pianiste de jazz né à Atlanta qui ait jamais travaillé pour Coca-Cola ».

Frank Moorhouse fait aimer ses personnages qu'il fait vivre avec tant de vérité qu'on ne peut que se sentir immanquablement de leur côté.

■ Coca-Cola Kid, Frank Moorhouse, traduction de Jean-Paul Delamotte, éditions Presses de la Renaissance, 1985, ISBN : 2856163432

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Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde (1891)

Publié le par Jean-Yves Alt

A défaut de l'avoir lu, "Le portrait de Dorian Gray" et son inattendu canevas sont aujourd'hui connus de tous. Dorian est conduit à jouir de son portrait qui visualise à sa place tous les flétrissures physiques et morales de ses dépravations...

Lorsque ce roman paraît en Angleterre, en 1891, il a toutes les apparences d'un dandysme frénétique qui plaît à cette époque, car Dorian Gray, comme son auteur, est un esthète qui loue avec enthousiasme les valeurs du beau et dédaigne le clivage étroit et stéréotypé du bien et du mal.

Si la Révolution française affirmait, avec Saint-Just, que « Le bonheur est une idée neuve en Europe », cette déclaration n'avait pas encore atteint le pays de Wilde. Il restait à l'écrivain le recours à un cynisme provocant pour s'en prendre aux règles de bienséance en usage. Wilde opposait ainsi à la société victorienne des valeurs qui relevaient de l'aspiration individuelle.

« Sa propre vie, voilà la seule chose importante. Pour les vies de nos semblables, si on désire être un faquin ou un puritain, on peut étendre ses vues morales sur elles, mais elles ne nous concernent pas. » (Chapitre VI)

« Ne gaspillez pas l'or de vos jours, en écoutant les sots essayant d'arrêter l'inéluctable défaite et gardez-vous de l'ignorant, du commun et du vulgaire... C'est le but maladif, l'idéal faux de notre âge. Vivez ! vivez la merveilleuse vie qui est en vous ! N'en laissez rien perdre ! Cherchez de nouvelles sensations, toujours ! Que rien ne vous effraie... Un nouvel Hédonisme, voilà ce que le siècle demande. Vous pouvez en être le tangible symbole. Il n'est rien avec votre personnalité que vous ne puissiez faire. Le monde vous appartient pour un temps ! » (Chapitre II)

Dans "Le portrait de Dorian Gray", le lecteur ne découvre pourtant jamais les corps. La nudité en est absente. Telle était la condition pour faire face au puritanisme de la société victorienne. Ce roman – gloire au plaisir et à la libération individuelle – boude ainsi le premier affranchissement, celui du corps.

Pourtant, çà et là, Wilde ose être un peu plus explicite :

« Et encore, continua la voix musicale de lord Henry sur un mode bas, avec cette gracieuse flexion de la main qui lui était particulièrement caractéristique et qu'il avait déjà au collège d'Eton, je crois que si un homme voulait vivre sa vie pleinement et complètement, voulait donner une forme à chaque sentiment, une expression à chaque pensée, une réalité à chaque rêve, je crois que le monde subirait une telle poussée nouvelle de joie que nous en oublierions toutes les maladies médiévales pour nous en retourner vers l'idéal grec, peut-être même à quelque chose de plus beau, de plus riche que cet idéal ! Mais le plus brave d'entre nous est épouvanté de lui-même. Le reniement de nos vies est tragiquement semblable à la mutilation des fanatiques. Nous sommes punis pour nos refus. Chaque impulsion que nous essayons d'anéantir, germe en nous et nous empoisonne. Le corps pèche d'abord, et se satisfait avec son péché, car l'action est un mode de purification. Rien ne nous reste que le souvenir d'un plaisir ou la volupté d'un regret. Le seul moyen de se débarrasser d'une tentation est d'y céder. Essayez de lui résister, et votre âme aspire maladivement aux choses qu'elle s'est défendues ; avec, en plus, le désir pour ce que des lois monstrueuses ont fait illégal et monstrueux. » (Chapitre II)

Si l'amour (qui a conduit Wilde en prison) ne dit pas ouvertement son nom sous la reine Victoria, il aspire cependant, dans ce roman, à la reconnaissance, tout en évitant d'aborder les exaltations de la chair, les frémissements des corps…

« L'amour qu'il lui portait – car c'était réellement de l'amour – n'avait rien que de noble et d'intellectuel. » (Chapitre X)

N'oublions pas enfin que Wilde terminait son « De Profundis » (longue lettre à Bosie) ainsi : « Tu es venu à moi pour apprendre le plaisir de la vie et le plaisir de l'art. Peut-être suis-je choisi par le destin pour t'enseigner quelque chose de bien plus merveilleux : le sens de la douleur et sa beauté. »

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Le bal des soupirs, Jean-Paul Tapie

Publié le par Jean-Yves Alt

Un jeune homme solitaire et secret, Rocco Salvi Brentano, le « Prince de Venise » et Giorgio, « un très bel adolescent d'une vingtaine d'années » sont les trois principaux personnages de ce Bal des soupirs, une fête dans un palais superbe du XVIIIe siècle.

Venise vit sa dernière nuit, abandonnée par sa population à la veille de l'engloutissement dans la lagune.

La société cosmopolite vénitienne s'est réunie pour une dernière soirée mondaine avant la mort : une riche américaine, un prince pédéraste, une vieille comtesse perfide, quelques autres spécimens d'humanité décadente vivent leurs dernières passions dans une atmosphère de sensualité vénéneuse aux confins du surnaturel.

Un roman passionnant et terrible, d'une séduction efficace.

■ Editions La Table Ronde, 1982, ISBN : 2710300877

 

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Une histoire illisible, Claude Ollier

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux amis, plus très jeunes, plutôt silencieux, se meuvent lentement au début de cette histoire. Mais, comme pour les pigeons de la fable, l'un, Paul, qui s'ennuie toujours au logis, est absent, parti depuis on ne sait plus quand, à l'aventure, dans de lointaines contrées.

De temps en temps, il envoie à Bruno, celui qui est resté, qui s'est retiré du jeu depuis belle lurette dans sa maison d'Ile-de-Françe, une carte laconique, pour dire bonjour la mer est verte ou tout va bien.

Bruno, lui, ne joue plus ; il s'affaire calmement au jardin, vit en reclus, fait quotidiennement son petit tour et semble ne plus rien attendre. Pourtant on devine chez ce sédentaire forcené un passé d'aventurier, et les liens puissants qui le lient à son ami de toujours, pour élastiques qu'ils soient, semblent tout prêts à se resserrer.

D'ailleurs, une carte arrive : « A bientôt ». Puis Paul, grelottant sous l'hiver européen, fatigué et hilare, revient. Silence dans la maison, silence entre les deux hommes qui n'ont plus besoin de parler.

Un soir, à l'heure de l'apéritif : Les verres tintent. Ils les portent à leurs lèvres. Boivent, dans le parfum d'anis. Lentement, savourant la fraîcheur. Puis Bruno repose son verre et, sur le même ton, regarde à l'horizon – à l'horizon du mur, du laurier, du gazon : "Quand part-on ?"

Recommence alors un fantastique voyage dans le désert d'Afrique, et ce silence à deux dans la torpeur poussiéreuse et les rêches montagnes qu'escaladent laborieusement les ânes. Un vieux sorcier énigmatique fait boire à Bruno une boisson arrache-gueule, philtre magique lui ouvrant la voie d'un retour sur les événements passés. Revivre sa vie, reproduire des moments, des cas de figure, est tout aussi illusoire que raconter sa vie, qui se révèle illisible.

Restent la fable, le symbole pour témoigner de cette impossibilité.

■ Editions Flammarion, 1986, ISBN : 2080649485

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