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Articles avec #livres tag

L'arche du paradis, Christian Harrel-Courtès

Publié le par Jean-Yves

Pour Christian Harrel-Courtès, Venise est l'île magicienne des désirs les plus cachés au fond de soi.

 

Dans son roman, il campe un homme d'affaires d'une trentaine d'années en proie à la révélation de sa propre homosexualité.

 

Venise n'est-ce pas le lieu idéal pour remettre en question certains préjugés moraux ?

 

Alain de Sambrun, venu pour peindre le baroque de ce décor Italien se surprend lui-même à tomber amoureux d'Angelo – restaurateur de tableaux.

 

Angelo est un jeune homme de plaisirs qui refuse tout attachement sentimental. Ce qui n'ira pas sans quelques heurts.

 

Le trouble d'Alain sera augmenté par d'inquiétantes visites au monastère de San Francesco del Deserto...

 

Une magnifique promenade dans Venise.

 

■ Editions Mengès, 1984, ISBN : 285620203

 


Du même auteur : La Matriarche

 

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Avec vue sur la mort, Maurice Périsset

Publié le par Jean-Yves

Sébastien travaille dans l'immobilier. Lorsqu'il est assassiné au volant de sa voiture, le commissaire Jardet songe à un règlement de comptes lié aux promoteurs qui défigurent la région d'Hyères.

 

Fausse piste. Alors, que cherchent les voyous qui forcent la porte de Clémentine, la jeune femme qui devait épouser Sébastien ?

 

D'autres crimes aussi inexplicables sont commis dans cette ville tranquille de la Côte d'Azur sans lien apparent.

 

Maurice Périsset dépeint avec talent des milieux aussi divers que les HLM de banlieue, où sévissent pauvreté, ennui et racisme, ou les bureaux feutrés de l'agence où travaillait la victime.

 

L'écrivain est attentif à ses personnages et à leur univers. La suspense naît à mesure qu'apparaissent des personnages singuliers, aux motivations cachées, prisonniers à leur tour de labyrinthes inextricables, jusqu'à ce que la police remonte à un fait divers qui, en son temps, avait défrayé la chronique…

 

Ce n'est pas la sexualité, et l'homosexualité en particulier (ce roman met en scène une lesbienne vindicative) qui pousse au crime, c'est le manque d'amour.

 

L'humanisme et la tolérance qui s'expriment chez Périsset vont de pair avec une terrible peinture de la médiocrité. Les passions humaines, en particulier la jalousie, font les mêmes ravages partout.

 

■ Editions Hermé/Suspense, 1991, ISBN : 2866651421

 


Du même auteur : Les collines nues - Les tambours du Vendredi Saint - Le ciel s'est habillé de deuil - Soleil d'enfer - Laissez les filles au vestiaire - Corps interdits - Les noces de haine - Les grappes sauvages - Gibier de passage

 

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Quelque chose de la vie, Annie Saumont (Nouvelles)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Comment ça a commencé. On se demande. Personne ne sait. »

Vous souvenez-vous de cet assassinat des années 80 ? Trois parachutistes propulsent hors d'un train un jeune Arabe. Racisme ordinaire. Annie Saumont raconte l'histoire, l'imagine certes, par le truchement d'un témoin, un jeune « blond » qui se souvient du « basané » insulté et seul. Ce meurtre collectif devenu fiction est enfin réel. « Les billets s'il vous plaît » dit la vérité ; l'écrivain voit juste quand il invente ; il touche, mieux qu'un juge, le fond de la vie.

Les treize nouvelles du recueil d'Annie Saumont dévoilent l'immense solitude d'exister, sous le masque quotidien. Passe-moi le sel, dit le mari à sa femme, faute d'avouer que c'est atroce un couple éternel. En quelques pages, scandé par les événements de la petite et de la grande histoire, illustré par des « tubes » et relayé par des pubs, c'est le temps d'une vie. Une famille naît et meurt, sans mystère même si le fils aîné souffre, muet, parce que son amant l'a quitté. C'est le récit du « déjà fini », le roman des gens ordinaires.

Les homosexuels font partie de l'univers d'Annie Saumont, au même titre que les femmes qui rêvent du grand amour avec des aventuriers. Ses nouvelles sont révélatrices de notre société et de ses tabous.

Annie Saumont a une écriture sans fioritures, à la fois simple comme l'évidence des rivières, et heurtée par le bruit des remous : chacun est logé à la même enseigne, orphelins halés par la vie, toujours partants, en dépit des coups et de ce mur (Cet été là) qui sépare les êtres les plus proches, un obstacle interne, comme pour ces deux garçons paumés (La corde) qui ne couchent pas ensemble parce que il y a cette incommensurable difficulté à être heureux et à oublier les meurtrissures de l'enfance.

Des nouvelles où la plainte retenue a l'élégance de jaillir en échappées belles quand le désespoir est le plus âpre.

■ Quelque chose de la vie, Annie Saumont, Editions Julliard, 1999, ISBN : 2260015352


Du même auteur : Je suis pas un camion - La terre est à nous

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Les grappes sauvages, Maurice Périsset

Publié le par Jean-Yves

Maurice Périsset a fait de l'homosexualité le ressort de « Deux trous rouges au côté droit ». Sans être le moteur de l'intrigue, ou même au centre de l'univers dépeint, la tendresse discrète de deux jeunes hommes illumine par instants « Les grappes sauvages »...

 

« Qui avait donc jamais parlé de bonheur et d'amour ? » (p. 232)

 

Olivier et Catherine, la quarantaine tous les deux, ont restauré de leurs mains une ferme du Haut-Var ; ils y vivent une vie sans histoire. A un amour tranquille a succédé une affection routinière faite de petits renoncements, de petites concessions, de petites compromissions : l'habitude est devenue vertu.

 

 

Seule source de liberté et de joie dans cette vie de couple désormais sans surprise, leurs deux enfants : Gilles, seize ans et Sophie, sept ans.

 

Mais quels points communs ont-ils avec ce Gilles, intransigeant et réticent, en qui ils se reconnaissent sans se retrouver cependant ?

 

Ils iraient l'un et l'autre vers une vieillesse monotone si des grains de sable n'enrayaient soudain le mécanisme inexorable de leur désunion : l'irruption de Guillaume, un ancien compagnon d'Olivier, avec qui il a combattu en Algérie, la découverte faite par Catherine de certaines lettres compromettantes pour son mari.

 

Et si Olivier n'était pas cet homme fort, invulnérable et intransigeant qu'adolescente elle admirait plus qu'elle n'aimait ? Le doute s'installe : quelle a été exactement la conduite d'Olivier quand il « pacifiait » les Aurès ? Le destin va répondre à sa place en brouillant les pistes.

 

Distillant les enchantements de la campagne, et tout le drame d'un couple soudain déchiré par un chantage, Maurice Périsset s'attache aussi – en un mélodieux contre-point – à l'amitié qui existe entre Gilles et Michel, l'employé de ses parents, son aîné de deux ans.

 

Entre les deux garçons, c'est une fascination contenue, riche de secret et de poésie, née avec les mystères de la nature.

 

« Souvent, la nuit, Gilles avait eu envie de rejoindre Michel tant la solitude morale aussi bien que physique lui était intolérable, mais cela n'était pas possible parce que les barrières que son imagination dressait entre eux et qui n'existaient cependant pas, lui paraissaient infranchissables. » (p. 150)

 

« Les grappes sauvages » est un roman plein de péripéties et de tendresse, avec la quête de l'espoir rebelle et de l'odeur d'eau vive qui l'accompagne.

 

Ce roman, âpre et prenant, confirme qu'il y a des plaies qui restent ouvertes, malgré le silence...

 

■ Editions Jacques-Marie Laffont, Lyon, 1981, ISBN : 2863680455

 


Le roman « Les grappes sauvages » a été réédité en 1990 sous le titre « L’allée des tilleuls » (éditions Hermé, ISBN : 2866651154) dans une version définitive qui insère, entre chaque chapitre, le journal de Catherine Chauffin.


Du même auteur : Les collines nues - Les tambours du Vendredi Saint - Le ciel s'est habillé de deuil - Soleil d'enfer - Laissez les filles au vestiaire - Corps interdits - Les noces de haine - Avec vue sur la mort - Gibier de passage

 

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Mariages victoriens, Phyllis Rose

Publié le par Jean-Yves Alt

L'Américaine Phyllis Rose a l'impertinence de percer l'intimité de cinq couples illustres de l'ère victorienne.

En ce temps-là, Victoria, la « petite grande dame », étendait sur Albion son règne qui durerait soixante-quatre ans ; en ce temps-là, les enfants appartenaient à leur père et, selon la loi, l'épouse était également la propriété de son mari.

Epoque prestigieuse de la littérature anglaise où, pour le meilleur et pour le pire, devant Dieu et l'archevêque de Cantorbéry, Mr. Et Mrs. Thomas Carlyle, Mr. et Mrs. Charles Dickens prononçaient le « I will » sacramentel.

Mais dans ce pays flegmatique où, sur le balcon de Buckingham Palace, Victoria et Albert pinçaient jusqu'aux larmes leur nombreuse progéniture, pour émouvoir la foule de leurs fans, les démons de midi, de l'adultère et du féminisme viennent soudain bouleverser l'orgueil et les préjugés, que la romancière Jane Austen avait si bien dépeints, à l'aube du XIXe siècle. Délaissant le pauvre John Taylor, son épouse Harriet s'éprend d'une passion, provisoirement platonique, pour l'affreux John Stuart Mill qui lui écrit des lettres de soumission désespérée, en français de surcroît.

De son côté, l'auteur du Moulin sur la Floss, George Eliot, manifeste à l'égard de l'institution du mariage la même indépendance que son homologue française George Sand. Toutefois, l'unique et tendre liaison que George Eliot entretient avec George Henry Lewes ne peut se comparer à la collection impressionnante d'amants auxquels la dame de Nohan ouvre sa porte et ses bras musclés.

Quant à Charles Dickens, sa vie conjugale avec Catherine Hogarth est aussi féconde et prolifique que son œuvre littéraire, jusqu'au jour où, à quarante-trois ans, il se « laisse leurrer par l'espoir fallacieux de refaire son existence ».

Phyllis Rose, qui prête à la vie la couleur de son patronyme, déclare non sans esprit au sujet de Dickens : « Le mariage lui apporta une aide précieuse. Sa maison était bien tenue, ses besoins sexuels et son désir de compagnie étaient satisfaits ; il n'avait plus à perdre son temps à faire la cour aux unes et aux autres, à se désespérer des échecs, à dénicher la perle rare, à fantasmer. »

Car si, à la même époque, on applique à Balzac ce mode d'emploi, cet ABC de l'inspiration littéraire, on s'étonne qu'il ne soit pas resté un obscur plumitif : vie déréglée confondant le jour et la nuit, recherche effrénée de la femme idéale, de grisette en grisette, de duchesse de Castries en comtesse polonaise ; or de ses propres attentes, de ses propres frustrations naissent ses géniales figures de vieilles filles étiolées, ou de femmes abandonnées.

■ Mariages victoriens, Phyllis Rose, Editions Albin Michel, 1988, ISBN : 2226198946

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