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Articles avec #livres tag

Les noces de haine, Maurice Périsset

Publié le par Jean-Yves

Caroline Maxence Labray est la veuve du fameux producteur de l'entre-deux guerres et la directrice du célèbre théâtre Visconti où elle règne sans partage. Mais la machinerie commence à grincer quand, de productrice, elle devient, à contre-cœur, l'actrice principale d'une intrigue qu'elle a de plus en plus de mal à contrôler.

 

Caroline Labray est remariée avec Stéphane Gardel, de quinze ans son cadet. Beau comme un dieu. Mais parce qu'il sait ce qui s'est passé, autrefois, dans la vie de sa femme, il peut lui faire beaucoup de mal, l'abattre peut-être. Il va ainsi se transformer en complice d'un lourd secret avec un jeune loup intéressé et une vieille amie/ennemie de son épouse.

 

Qui trompe qui et pourquoi ? Femme de tête et d'argent, Caroline Labray a oublié le cœur et les sentiments ; habituée à régner sans partage, elle a oublié la révolte. Alors, comme beaucoup de tyrans quand leur pouvoir chavire, elle essaie jusqu'à la fin d'entraîner les autres dans sa chute.

 

Mais l'amour qui est l'un des personnages de la distribution viendra fausser le scénario que cet esprit pervers avait envisagé. L'amour que sa propre folie ne lui avait pas permis d'entrevoir. L'amour fidélité à Ludovic Faussoy, écrivain médiocrement écarté ; l'amour passion qui lie Stéphane Gardel et Julien Mansard et sur lequel veille la vieille amie, Véronique Châtel, habituée des seconds rôles.

 

Et si Caroline était – elle aussi – une marionnette dans le jeu cruel dont elle est l'une des vedettes ?

 

Dans ce roman qui commence par un cauchemar et s'achève par un triomphe, Maurice Périsset entraîne ses lecteurs dans l'univers et les coulisses du théâtre là où l'illusion et le trompe-l’œil règnent en maîtres absolus. Il offre une étude de mœurs sur ces actrices qui, une fois leurs heures de gloire à la scène effacées, ne peuvent les oublier et cherchent par d'autres moyens, à reconquérir leur vieux pouvoir. Sans perdre de vue les seconds rôles qui gagnent très mal leur vie mais qui sont eux aussi sensibles aux mêmes drogues. De plus, il propose une belle histoire sur la fidélité, même d'outre-tombe.

 

Un polar, au final sans crime, où tout devient clair quand on apprend au dernier chapitre que deux héros s'aiment.

 

■ Editions du Rocher, collection Quai des Orfèvres, 1984, ISBN : 2268003272

 


Du même auteur : Deux trous rouges au côté droit - Les collines nues - Les tambours du Vendredi Saint - Soleil d'enfer - Le ciel s'est habillé de deuil - Laissez les filles au vestiaire - Corps interdits - Avec vue sur la mort - Les grappes sauvages - Gibier de passage

 

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Tremblements du désir, Pierre Ehrart

Publié le par Jean-Yves

« Il faut être grand pour se marier et oser découvrir, enseveli sous les draps, un corps de femme. »

 

Tel est l'amer constat du petit garçon que Pierre Ehrart, avec une tendresse fascinée, évoque chapitre après chapitre dans un dense roman placé tout entier sous le signe du tourment.

 

Tourment délicieux du désir qui, bien avant la puberté, s'empare de l'enfant, avec son cortège de frayeurs feutrées et de hontes exquises.

 

C'est en eaux troubles que l'écrivain a choisi de pêcher ses souvenirs, dans ces lieux étranges et souvent sordides où s'élabore l'alchimie du désir : des cabinets de lycée aux émanations délétères, tel recoin poussiéreux de la maison, ou bien encore ce compartiment de train plongé dans l'obscurité dans lequel l'adolescent connaîtra un de ses plus grands frissons érotiques.

 

Il y a dans ce roman une diabolique combinaison d'innocence et de perversité, d'impudeur et de délicatesse.

 

■ Editions Mazarine, 1987, ISBN : 2863742574

 

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Les amis de Monsieur Paul, Suzanne Prou

Publié le par Jean-Yves Alt

Pierre a vingt ans et vit à Marseille entre sa mère, son oncle et une servante dans « un cocon tiède hors duquel il est malheureux, perdu ».

A la librairie où il travaille, il reçoit régulièrement la visite d'un mystérieux M. Paul avec lequel il se lie d'amitié.

Lors d'une soirée chez ce dernier où Pierre rencontre les plus beaux garçons de la ville, un simulacre de procès condamne à mort son oncle qu'il déteste : il le suspecte même de trafic de drogue. Dans la nuit, celui-ci est égorgé.

Qui est l'assassin ? Pierre, qu'on a ramené ivre chez lui ne se souvient de rien...

Un petit policier de série, avec une intrigue un peu courte mais du charme aussi.

■ Editions Mercure de France, 1985, ISBN : 2715202172 ou Gallimard/Folio, 1987, ISBN : 2070378071

Présentation : Un port sur la côte française - Marseille ? Une vaste maison que Pierre habite avec sa mère, son riche et vieil oncle, une servante asiatique. Une librairie, où travaille Pierre. Le mystérieux Monsieur Paul, qui vient souvent voir le jeune employé. Les allées d'Azémar, où ils se promènent. Une atmosphère trouble. Le décor est dressé. Les personnages s'agitent. Un meurtre se prépare... Pourquoi en dire plus ? L'art de Suzanne Prou est fait de nuances, d'indications discrètes, de notations furtives qui entretiennent le suspense et envoûtent le lecteur jusqu'au dénouement, brutal.

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Exercice d'amour, Anne Michel

Publié le par Jean-Yves Alt

« Il avait voulu qu'elle aime ce pays. C'est lui, bien sûr, qu'elle avait aimé. » Ainsi débute le roman d'Anne Michel. L'auteure a choisi l'Afrique pour y faire vivre ses deux personnages, au milieu de « parfums riches et violents » où les passions s'exacerbent.

Derrière l'image très convenable de directeur d'une importante entreprise d'exportation de bois précieux et de conseiller pour les affaires économiques auprès du ministre du Commerce, Cazette est un homme mystérieux, ambigu.

La narratrice se rend vite compte qu'il l'a épousée « pour sauvegarder les apparences ». Elle aime un homme insaisissable, inaccessible qui, de trafics illégaux en rencontres nocturnes, ne fait rien d'autre que se préparer une mort violente.

Il lui révèle peu à peu les zones d'ombre de son existence, lui parle de Jacques Thibault, cet adolescent qui, dix ans auparavant, l'avait « adoré comme un dieu » jusqu'à tenter de se suicider. Il la flatte « en lui laissant entendre qu'il ne l'avait pas fait venir pour dissimuler une vie corrompue, mais pour l'aider à retrouver une intégrité morale ». Mais dans ses « soirées solitaires sur la véranda », dans ses « moments mélancoliques passés à l'attendre », elle souffre en sachant que son mari cherche son plaisir dans la dégradation, les endroits sordides où il peut rencontrer des voyous qu'il affectionne. Elle sombre peu à peu dans la dépression et le délire, rameutant des bribes de souvenirs, tentant de reconstruire l'histoire d'un amour exalté.

Ce roman remet irrésistiblement en mémoire la « Nuit de l'Iguane », de Tennessee Williams.

Ce récit terrible d'amour et de haine colle à la peau et donne le vertige.

■ Exercice d'amour, Anne Michel, Editions Calmann-Lévy, 1984, ISBN : 2702113354

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Mohamed en hiver, André Barjou

Publié le par Jean-Yves Alt

Un livre luxuriant, plein d'entrelacs, dans une langue simple et riche à la fois, assez répétitive quand il le faut pour être étrange et prenante.

Pour avoir cru qu'en Tunisie les gens étaient plus heureux, pour avoir rêvé que les épaules noires de Mohamed étaient le dernier refuge, le narrateur quitte les brumes glacées de Paris pour s'enfoncer dans la tiédeur sournoise de l'hiver tunisien.

Mais Tunis en hiver ne tient pas les promesses brillantes et faciles de l'été. Les rencontres n'y sont plus innocentes mais inquiétantes. Les portes se ferment, les fleurs sont vénéneuses, le plaisir est vénal et l'amour, surtout s'il est homosexuel, se cache, se masque et se travestit.

Le livre est soumis à l'hiver, à une morte saison où la rencontre de deux modes de vie étrangers, de deux mondes qui ont été liés, de deux antagonismes, fait de l'existence une agitation sournoise, inquiète, équivoque et promise à une surveillance ambiguë et mal assurée. Il court dans ce livre la pauvreté, il court la misère, il court le mépris et la haine pour l'Européen dont l'image sue la richesse et à qui on vend de l'amour, celui qu'il n'aura pas autrement, avec tous les sourires aimables d'une hypocrisie d'hôte. Du moins tel serait le jeu que les parties – chacune profitant de l'autre et s'aveuglant sur elle – s'entendent habituellement à respecter pour leur tranquillité réciproque et leur jouissance immédiate.

Le moteur de dérèglement est ce sentiment qu'on appelle (à tort ?) l'amour, un sentiment en tout cas un peu poussé au-delà des limites expressément convenues d'ordinaire.

Et lorsque deux parias s'en mêlent, rien n'est tout à fait pareil : un Européen, jeune, désargenté (crime suprême), isolé, ne frayant guère avec la société, et un Noir tunisien, orphelin de père, misérable d'origine, prostitué, proie facile pour la police.

Deux qui ne sont pas de la bourgeoisie de leur pays respectif, et le moins que l'on puisse dire, c'est que chacune de ces bourgeoisies se voit clouée au pilori par des traits acérés et sans complaisance.

Une sorte de roman policier et d'aventures finalement dont on ne sait quel est trop le crime, ni le coupable et qui le poursuit, avec une police malséante et libidineuse, raciste et craintive, aux portes de la grande Afrique noire, déesse tutélaire et mystérieuse.

■ Mohamed en hiver, André Barjou, Editions Olivier Orban, 1980, ISBN : 2855651212

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