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Articles avec #livres tag

Le buveur de nuages, Fritz J. Raddatz

Publié le par Jean-Yves Alt

Bernd Walther, le héros de ce livre, découvre, à vingt ans, dans le Berlin d'Après-Guerre, et dans les bras d'un couple d'intellectuels, les peines et les joies des amours bisexuelles.

Grosse confusion des sentiments pour une jeunesse allemande :

« ... il y avait eu d'un côté le corps d'Yvonne ajouté au sien, de l'autre, son corps ajouté à celui de Stéphane. Mais voilà qu'à présent ses tendres caresses naguère réservées à Yvonne étaient dévolues à cet homme qui, de son côté, avait joui d'Yvonne. Ces poils sous les aisselles – Stéphane ? Yvonne ? De qui jouissait-il lorsqu'il fourrageait dans cette fourrure laineuse et qui jouissait de sa propre touffe rousse, de ses jambes, de ses hanches, de ses mains ? Etait-ce le désespoir ou l'ivresse qui mettait sa langue en feu ? Bernd n'aurait su le dire. Il donnait libre cours à sa tristesse, à sa lascivité, à sa douleur. Il voulait faire mai en se faisant mal – un bretteur qui tire l'épée pour le plaisir et qui tue. La queue de Stéphane dans sa bouche lui traversa le front, le crâne, le transperça comme une comète embrasée : avait-il déjà connu cela avec Yvonne ? Une succession de petits meurtres. »

Le buveur de nuages, Fritz J. Raddatz

De quel côté pencheront les préférences de Bernd ?

■ Le buveur de nuages, Fritz Joachim Raddatz, traduit de l'allemand par Bernard Kreiss, Editions Flammarion, collection Rue Racine, 258 pages, 1988, ISBN : 978-2080661234

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Antinoüs, Nicolas Henri (2016)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Antinoüs » de Nicolas Henri ou l'amour sans pudeur

L'empereur Hadrien (76-138) était un homme exceptionnel, d'une intelligence et d'une culture rares, dont l'essentiel de la vie fut sa passion pour le jeune Antinoüs.

L'Amour est grave, parfois terrible... Les scènes transcrites par Nicolas Henri parcourent toutes les régions de l'empire d'Hadrien, des élévations les plus sublimes de l'âme jusqu'aux exultations les plus triviales du corps.

Les lecteurs seront sans aucun doute séduits par l'enchantement des premières, même si elles sont assez rares dans ce roman :

« Antinoüs porterait-il encore le même regard fervent sur son empereur ? Bien sûr, Hadrien savait qu'il obtiendrait tout ce qu'il voulait de lui. Quel garçon de cet âge aurait osé lui résister ? Mais il redoutait sa soumission ; ce à quoi il aspirait, c'était de la connivence, de la complicité. Plutôt qu'un garçon qui se donne, il voulait un amant qui partage... Mais que peut partager un berger avec un partenaire qui dispose du droit de vie ou de mort sur tout un empire ? Comment faire comprendre à l'aimé que ce n'est pas l'empereur qui le convoite, mais Hadrien, mortel parmi les mortels... ? » (p. 129)

Mais que les lecteurs ne soient point troublés par les secondes (fréquentes et très explicites), qui témoignent, sous l'égide de la beauté, des mœurs d'une civilisation qui vivait les réalités de l'amour tout autrement.

« Antinoüs » de Nicolas Henri, n'est nullement un roman bêtement édulcoré, épuré de toute représentation de la sexualité et du culte que de toute éternité l'homme voue à son phallus. C'est bien Éros dans tous ses ébats que le lecteur découvre à de nombreuses reprises, même si tout est aménagé pour que jamais ne s'installe la moindre ambiguïté qui pourrait faire prendre les pages de ce roman pour une annexe de l'« enfer » d'un collectionneur érotomane.

Ce roman livre le parcours chronologique du jeune éphèbe tout à la fois très didactique (parfois même trop !) et fort réjouissant.

Les scènes sexuelles évoquent divers aspects de l'amour physique y compris le plaisir solitaire, l'amour de groupe ; certaines scènes rappellent l'importance du rôle joué par la prostitution, le fait de se prostituer équivalent dans certains cas à un acte de piété. Enfin, la pédérastie, prise dans le sens originel du mot – une relation entre l'homme mûr et l'adolescent incluant des valeurs pédagogiques et ne menant pas nécessairement à un commerce sexuel – semble avoir perdu, à l'époque de l'empereur Hadrien, son sens originel.

Antinoüs, Nicolas Henri (2016)

Si une petite partie du livre est consacrée à l'invocation d'Éros comme protecteur des relations nuptiales et de la fertilité des couples, le plus souvent, le bel éphèbe symbolise l'évocation du plaisir et de l'amour homosexuel.

Avec le personnage d'Antinoüs, Éros devient plus sage, plus sentimental quand il évoque les amours homosexuelles entre l'empereur Hadrien et l'adolescent, entre l'éraste et l'éromène. Ce qui n'empêche pas l'auteur de ne pas cacher le commerce sexuel. Ce roman montre autant la tendresse et le désir que la réalité des faits.

L'éraste devait guider son éromène avant le passage à l'âge adulte et lui inculquer dans le plaisir le goût du beau, de la beauté tant physique que spirituelle. Autant dire que sous le regard de l'empereur Hadrien et de son amant Antinoüs, on ressent une certaine nostalgie devant les vestiges d'une civilisation qui savait représenter sans pudeur des amours vécues sans honte.

Zoé Oldenbourg (in « Le roman historique », NRF, n°238, octobre 1972) écrivait que pour « attaquer de front l'Histoire, le romancier doit y être poussé par le sentiment d'une nécessité » : c'est cette nécessité qui n'est pas lisible dans le roman de Nicolas Henri. Peut-être parce que l'auteur a choisi un narrateur externe qui ne fait que relater, certes dans une langue magnifique, les actions des personnages, en occultant dans son roman ce qui relève de la raison et de la morale.

Pour atteindre au mieux l'humain et l'universel, il aurait été préférable de choisir Antinoüs comme narrateur : le lecteur se serait trouvé alors devant une réalité unique, celle de ce garçon-là, à ce moment-là, dans ce lieu-là. Et c'est par ce détour que l'universalité aurait pu prendre forme.

« Antinoüs » est un « roman d'amour » homosexuel : la passion de l'empereur pour son favori illumine tout son règne et lui permet d'adopter cette ultime devise stoïcienne : patience. Certes, Hadrien fait aussi référence à ses amours féminines.

Mais il manque dans ce roman le destin d'un homme d'État, également une méditation sur l'amour et sur le sens de la vie, enfin une réflexion sur la mort.

Lorsque le roman se clôt, l'empereur meurt dans le seul regret d'Antinoüs :

« Petite âme, âme tendre et flottante,

Compagne de mon corps, qui fut ton hôte,

Tu vas descendre dans ces lieux

Pâles, durs et nus,

Où tu devras renoncer aux jeux d'autrefois. » (p. 312)

■ Antinoüs de Nicolas Henri, Éditions H&O, 315 pages, septembre 2016, ISBN : 978-2845473041


Quatrième de couverture : Quand le mythe devient chair…

Si Zeus avait eu le choix, ce n’est pas Ganymède qu’il aurait choisi… Cette déclaration d’amour d’Hadrien, empereur d’une Rome à son apogée, marque le début d’une relation exceptionnelle dont l’histoire ne garde pour toute trace qu’une des plus importantes statuaires de l’histoire de l’humanité, hommage au destin tragique de l’être aimé.

Si le parcours d’Hadrien est aujourd’hui bien connu et a fait l’objet de nombreuses fictions, celui de son amant restait à imaginer.

Car l’on sait très peu de chose du petit berger de Bithynie, sinon que rien ne laissait présager sa rencontre avec l’homme le plus puissant du monde d’alors, ni la fin dramatique de leur relation…

C’est à cette découverte touchante et sensuelle que nous invite Nicolas Henri dans son nouveau roman.

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Les grenouilles de Transylvanie, Richard Sennett

Publié le par Jean-Yves Alt

Non, il ne s'agit pas d'un inédit de Jean Rostand ni même d'une étude spectaculaire de Konrad Lorenz mais d'un roman curieux, drôle et grave à la fois, sur Tibor Grau, un juif hongrois né en 1893, penseur et théoricien marxiste.

Ce livre serait d'une austérité mortelle si ne s'ajoutait pas toute une machination délirante faite de morceaux de journaux intimes, de lettres, de fiches et autres rapports de police que l'on se surprend à dévorer avec appétit.

Ce brave Tibor n'est pas un saint mais sa vie professionnelle est aussi ambiguë que l'est sa propre intimité.

Dragueur et homosexuel torturé qui passe ses nuits dans un parc municipal, Tibor Grau – sous le couvert de l'histoire métaphorique des gentilles grenouilles de Transylvanie – aurait pu être un héros de Vladimir Volkoff.

Les grenouilles de Transylvanie, Richard Sennett

■ Les grenouilles de Transylvanie, Richard Sennett, traduit de l'Américain par Philippe Mikriammos, Editions Fayard, 240 pages, 1984, ISBN : 9782213013480

Quatrième de couverture (extrait) : A travers ce portrait d'un personnage complexe chez qui grandeur et imposture, idéal et compromis se superposent plus qu'ils ne s'opposent, Richard Sennett réinvente un temps de révolution et de réaction en Europe centrale, les années de la Seconde Guerre mondiale et du stalinisme, avec une maestria, un sens de l'orchestration dignes du musicien professionnel qu'il fut avant de devenir sociologue et romancier.

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Babel des mers, René de Ceccatty

Publié le par Jean-Yves Alt

Harriet Norman est une vieille dame, anglaise, romancière. Elle a connu la gloire, l'oubli, la notoriété à nouveau. Elle regarde le monde, elle écrit.

Dans ce roman, il est question de la vieillesse, plus exactement de ce qu'est vieillir. Harriet Norman vit-elle réellement ses dernières aventures, a-t-elle vraiment rencontré ces jeunes hommes et ces jeunes femmes, lors d'une croisière au Japon ? Ces jeunes gens sur ce paquebot isolé ne sont peut-être qu'une de ses créations. Elle les fait naviguer sur sa mer mémoire.

Harriet n'a jamais édulcoré sa vie qui est cette force vive où se déchirent les passions, se greffent les espoirs, se consument, fragiles, les jours. Quel plaisir pour elle, d'écouter, de voler la vie des autres, de percer l'apparence, de veiller, au soir de l'existence, pour capter le moindre indice du mystère de vivre !

Harriet est celle qui prolonge en mots les états furtifs et les rencontres inabouties. Elle est celle qui emprunte aux autres le sang qui la tient allègre.

Adrian, Olivier, Georgina aiment, se confient. Les garçons sont homosexuels, Georgina aime un homme impossible. Harriet mesure la précarité de leurs passions, se souvient et sait par cœur le temps réduit de l'amour qu'on imagine éternel.

Babel des mers, René de Ceccatty

Les voix de ces jeunes gens permettent à Harriet, la romancière, de vivre sa vie avec toute l'ambiguïté des romans, des traquenards et des roueries des écrivains qui donnent plus de vie réelle que le lecteur n'oserait le faire.

Harriet est une femme heureuse car sans attente du bonheur. Elle ne tend ses bras à personne. Elle permet à chacun de devenir des personnages superbes de solitude.

■ Babel des mers, René de Ceccatty, Editions Gallimard, 324 pages, 1986, ISBN : 978-2070707355


Du même auteur : Une fin - L'extrémité du monde - L'or et la poussière - Esther - L'étoile rubis - La princesse qui aimait les chenilles

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Rivage des intouchables, Francis Berthelot

Publié le par Jean-Yves Alt

Allégorie de la peste des temps modernes, « Rivage des intouchables » parle du sida. Francis Berthelot n'en fait pas une banale transposition futuriste, mais invente une fiction pleine de sens : c'est pour mieux parler d'ici et maintenant qu'il choisit de parler d'ailleurs et demain, d'utiliser le détour de la SF.

Son récit se déroule en un temps indéterminé par rapport au nôtre, sur une planète mystérieuse récemment colonisée. Dans ce monde-là, appelé Erda-Rann, deux races s'opposent et se haïssent : les Gurdes, issus des terres désertiques de la planète, et les Yrvènes, produits des eaux de la Loumka, l'élément liquide.

Après une guerre récente, qu'on devine inexpiable, une paix précaire règne. Mais une loi interdit tout contact physique entre ces deux espèces dissemblables : écailles dures d'un côté et peau pigmentée de l'autre. Jusqu'au jour où les « transvers », ceux qui se mêlent en refusant le dogme au grand dam des dirigeants se révoltent et brisent publiquement les interdits.

Arthur, le jeune Gurde, n'a pas la force psychologique de son ami Cassian, le jeune Yrvène révolté. Comment réagir face aux insultes qui jaillissent : « Frottard, Poiscailleur, Lècheur de Couennes » ? Comment, dans ces conditions, les « transvers » pourraient-ils avoir une bonne estime d'eux-mêmes ?

Sur Erda-Rann, le neuf ne procède pas de l'ancien : il faut tout réinventer sans points de repères. Mais un jour la maladie, l'« épidermie », surgit et bouleverse des acquis fragiles et contestés. Le mépris, la haine et l'incompréhension rôdent avant de se déchaîner : c'est le temps des pogroms, de la répression et de l'exclusion.

Rivage des intouchables, Francis Berthelot

Léonore, l'un des personnages principaux, est de ceux qui s'insurgent, même si la peur la fait hésiter un moment : « Je ne comprends même pas ce que ça veut dire : transvers. On trouve la peau du voisin agréable ou repoussante, et voilà. Pourquoi coller un nom à ceux qui préfèrent le salé au sucré ? »

« Rivage des intouchables » est un récit de transgression, de régression et d'agression, où se reflètent des vies d'hommes qui peuvent s'exclamer, comme Arthur : « Je suis cousu de plaies, à l'intérieur. Depuis tout petit ! »

Métaphore du sida, « Rivage des intouchables » est une forte réflexion sur la difficile construction d'une identité sans points de repères stables et reconnus.

Le roman évoque sans fausse pudeur ces « nuits transvers » « dans lesquels les corps se frôlent et se happent, se prennent et se quittent, atteignent ensemble à des extases forcenées, qui fleurent parfois l'amour, parfois seulement le caniveau ».

Ce livre s'achève sur l'esquisse d'un futur supérieur où pourraient dominer les « fauteurs de paix ».

■ Rivage des intouchables, Francis Berthelot, Editions Gallimard, Folio/SF, 320, pages, 2001, ISBN : 978-2070417735


Du même auteur : La lune noire d’Orion

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