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Articles avec #questions qui font ou non debats tag

Femmes sportives, corps désirables par Catherine Louveau

Publié le par Jean-Yves Alt

Une femme est-elle libre de pratiquer le sport de son choix ? Dans les pays occidentaux, cela ne prête guère à discussion : si les femmes s'investissent majoritairement dans les disciplines « gracieuses » et répugnent aux sports « virils », c'est que tel est leur choix.

A y regarder de près, pourtant, cette propension n'est qu'une construction sociale, qui réglemente les représentations et les pratiques « acceptables » du corps, et perpétue la division des rôles. Aux hommes le « faire », aux femmes le « plaire ».

Sur les terrains de sport, les femmes ne sont plus jugées comme inconvenantes ou incapables. […] Mais les pratiques sportives, comme on peut le constater à Sydney à l'occasion des Jeux olympiques, restent des territoires sexués.

[…] Les modes d'engagement sportif des hommes et des femmes traduisent […] la façon qu'ils ont d'investir l'espace et le monde. Les représentations « permises » dans le sport sont les mêmes que les métiers « autorisés » aux femmes. Montrer ou exercer sa force, se livrer à un combat, porter ou recevoir des coups, prendre des risques corporels sont autant d'attributs que les femmes semblent ne pas pouvoir faire leurs et qui appartiendraient donc, en propre, à la masculinité.

[…] En prêtant attention à ce que les femmes font, à ce qu'on montre d'elles, à ce qui est dit d'elles (et à ce qui n'est ni dit ni vu), on voit se dessiner des normes d'apparence corporelle : une prescription de féminité. Les femmes sportives posent (malgré elles) la question du corps et de la féminité conformes à la désirabilité sociale.

[…] Si les femmes représentent en France 30 % des sportifs de haut niveau, elles ne sont plus que 10 % des athlètes cités dans les médias. Pour se frayer un chemin dans les pages des magazines, les sportives doivent impérativement gagner.

[…] Ecoutons les journalistes sportifs : l'homme est décrit dans ce qu'il fait ; lorsqu'il s'agit de la femme, impossible d'échapper à une appréciation esthétique. Lorsque la sportive paraît, cherchez la femme : « La toujours belle et toujours aussi rapide Florence Griffith Joyner », ou l'alpiniste Catherine Destivelle, qui, « tranquillement redoutable derrière son joli sourire, arrive toujours au sommet ». L'Equipe magazine (6 novembre 1987) n'avait pas hésité à opposer, sur la question de la « féminité », la cycliste Jeannie Longo à Muriel Hermine (natation synchronisée). En légendant une photographie de cette dernière (« belle et féminine »), le journaliste indiquait : « La faute à qui si Longo rime avec macho et Hermine avec féminine ? » L'une était conforme au référent normatif de la « féminité », l'autre non.

[…] Sous le maillot, comme sous ces propos […], c'est bien LA femme que l'on cherche... et que l'on exige. Les sportives des pays de l'Est n'étaient-elles pas décrites, à la fin des années 80, comme des « erreurs de la nature » et des « monstres (Dossier « La fin des emmerdeuses », L'Equipe Magazine, 10 septembre 1989) » ? Le sport se pose à la fois en conservatoire d'une excellence féminine stéréotypée et en conservatoire des vertus viriles. La diversité des morphologies appartient à des concevables masculins ; on imagine mal qu'un sauteur en hauteur puisse avoir la même corpulence qu'un lanceur de poids. Mais on voudrait des sportives qu'elles soient toutes semblables, minces et longilignes, comme si, pour elles, l'efficacité gestuelle et technique pouvait être indépendante des capacités physiques et des pré-requis morphologiques.

A bien regarder les marginalités tolérées et celles qui ne le sont pas, deux terrains d'expression de la virilité se dégagent : l'un fait de connaissances et de savoir-faire, l'autre, plus « personnel », fait d'usages et d'images du corps - l'un et l'autre caractérisant l'homme dans son rapport aux autres, aux objets, au monde extérieur. Les femmes peuvent, sans trop déroger, s'approprier certaines prérogatives du premier (voir la reconnaissance de Florence Arthaud, Michèle Mouton, Catherine Destivelle), mais elles violent un tabou quand elles s'arrogent certains aspects du second (boxeuses, lutteuses, joueuses de rugby demeurent invisibles dans les médias).

[…] Les « affaires » de doute quant au sexe réel des athlètes sont anciennes. Dans la première moitié du XXe siècle, il est commun de penser que le sport virilise les femmes. Ce « trop de virilité » amènera à la mise en place du test de féminité comme à la suspicion de la prise d'hormones mâles par les sportives dans les années 60. Au fil du temps, les morphotypes des sportives se sont, de fait, rapprochés de ceux des sportifs : gestuels et efficacité technique se ressemblent, tout comme les corps, dans leur apparence comme au plan fonctionnel. Le physique avantageux des sportives, du fait de la nature, de l'entraînement ou de l'absorption d'androgènes, est indistinctement rapporté à ce procès récurrent. Leur virilisation « naturelle » ou « artificielle » et la suspicion quant à leur féminité se confondent durablement dans l'histoire. Comme on a pu le remarquer avec Amélie Mauresmo, l'homosexualité (déclarée ou présumée) amène à ce même procès : sont-elles de vraies femmes ?

[…] A travers cette représentation des corps, le sport devient le lieu où se joue l'imaginaire de l'Autre. Une masculinité et une féminité dessinées par leurs différences les plus accusées s'y expriment et s'y mettent en scène. Le sport veut et forge des femmes idéales, belles pour (le) séduire, de même que des hommes idéalement virils, c'est-à-dire forts ou courageux pour (la) conquérir. Les pratiques, les images et les discours du sport ont ce point commun : c'est l'image qu'elle donne à voir d'elle-même qui fait la femme, comme c'est l'action qui fait l'homme. [...]

Catherine Louveau (*)

■ in « Femmes sportives, corps désirables », Le Monde Diplomatique (Extraits), octobre 2000

* Sociologue du sport, professeure à l'université Paris-X I-Orsay. Coauteure avec Annick Davisse de Sports, école, société : la différence des sexes, préface de Geneviève Fraisse, Editions L'Harmattan, 1998


Lire aussi : L'homosexualité est davantage assumée par les sportives de haut niveau que par les hommes - Homos footballeurs, la grande omerta par Solen Cherrier - Homo Sportivus

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Affaire Piotr Pavlenski / Benjamin Griveaux : de qui se moque-t-on ? par Lionel Labosse

Publié le par Jean-Yves Alt

Et le « devoir d’exemplarité », c’est pour la valetaille ?

Concours d’échasses de l’indignation, comme d’habitude…

Il fallait les entendre, ces politicards et ces journaleux unanimes, vendredi 14 février, jour de la Saint-Valentin, pour dénoncer l’odieux Piotr Pavlenski parce qu’il a posté une vidéo montrant le candidat macroniste à la mairie de Paris en train de se masturber dans un cadre adultérin, une vidéo d’après ce que j’ai entendu (je ne l’ai pas vue et n’ai pas envie de la voir) qui ne résulterait pas d’un piège. Ah ! quelle atteinte à la démocratie ; le droit à la vie privée est sacré, et bla, bla, bla !

Et si nous rafraîchissions notre mémoire ?

Emmanuel Macron a invité Sandra Muller à l’Élysée dans une soirée consacrée aux « Héros 2018 », parce qu’elle avait eu le grand courage de livrer à la vindicte publique Éric Brion, qu’elle avait accusé le 13 octobre 2017 par un « tweet ». Objet de cette dénonciation ? Ledit Éric Brion lui avait envoyé un seul et unique texto faisant état, au terme d’une soirée arrosée, de son désir d’avoir un rapport sexuel avec elle ; mais elle-même, et des milliers de journalistes et de politiciens à travers le monde, dont Emmanuel Macron, ont estimé normal de se joindre à la meute #balancetonporc pour traîner dans la boue et pousser au suicide cet homme coupable d’avoir désiré cette femme et de le lui avoir dit, sans aucune sextape, sans le moindre geste déplacé ; un seul et unique texto. Et c’est cette même meute qui aujourd’hui se retourne aux basques de Piotr Pavlenski, ce pelé, ce galeux d’où viendrait tout leur mal. Le 25 septembre 2019, cette calomniatrice a été condamnée par la justice pour diffamation à l’encontre d’Éric Brion. J’attends toujours les excuses de M. Macron – qui entendait légiférer contre les fake news en période électorale, tiens, tiens ! – pour avoir contribué à cette fake news et à cette chasse à l’homme. J’aimerais savoir ce que M. Griveaux a pensé et a dit de cette affaire ; ; était-il par hasard présent à cette soirée des « Héros 2018 » ; Piotr Pavlenski sera-t-il invité à une soirée « Héros 2020 » ? En attendant, on nous bassine toujours avec « Balance ton quoi » l’hymne à la délation de la bien nommée Angèle, basée sur le hashtag créé par la diffamatrice en question, qui a failli obtenir une Victoire de la musique hier, en même temps que ce déchaînement d’échasses de l’indignation battait son plein : quelle époque !

[...]

Lionel Labosse

Lire l'article de Lionel Labosse en entier ici.

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Jouissance coupable

Publié le par Jean-Yves Alt

Très vite, dans son histoire, le christianisme a développé cette idée que le plaisir est le plus grand des péchés. Les évangiles furent reconsidérées : il fallait que Marie fut vierge avant et après l'enfantement de Jésus.

On réinventa l'histoire de Marie, et la femme à cause de la tentation qu'elle représente pour l'homme, devint suspecte d'une manière encore plus catégorique que chez les Anciens qui lui refusaient un rôle social.

Dans le droit fil du péché originel, tout ce qui se rattachait au plaisir fut puni, en même temps qu'on excluait les femmes des lieux du culte jusqu'à préférer des castrats dans les chorales.

L'idéal, c'était un état impossible de célibat ou de mariage sans désir. Le coït interrompu par exemple était passible d'une peine aussi grande que le meurtre d'enfant. Toute "pollution" nocturne ou éjaculation (même dans le vagin) qui n'était pas à fin procréatrice devenait un acte criminel.

Pendant des siècles moines et doctes (dont ce cher Augustin divorcé et père d'un garçon adoré qui mourut à dix-huit ans), ergotent pour savoir exactement quand l'acte conjugal peut être pratiqué sans pécher.

Il faut comprendre que la masturbation et la sodomie (et par conséquent l'homosexualité) qui auraient permis la jouissance et la régulation des naissances, furent réprimées, passibles de lourdes peines (parfois exécutées). Au point que femmes et hommes encore aujourd'hui, les regardent comme perversions dégradantes.

Poids énorme des lois religieuses qui nous dictent toujours notre manière de jouir.

Une question pour finir :

Pourquoi l'homme se punit-il de jouir sexuellement, alors qu'il s'autorise si allègrement l'injustice, le crime et la guerre.


On pourra lire avec intérêt l'essai de Uta Ranke-Heinemann, Des eunuques pour le royaume des cieux : L'Eglise catholique et la Sexualité, Editions Hachette/Pluriel, 1992, ISBN : 2010190068

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Sur l'homosexualité comme péché : la leçon de Michel-Ange à l'Eglise par Michel Masson

Publié le par Jean-Yves Alt

« […] L'Eglise s'est grandie en se repentant ­ tardivement - du mal qu'elle a causé aux juifs, aux protestants, à Galilée. Sans doute serait-il temps, à propos du péché "contre nature", qu'elle médite la leçon laissée par Michel-Ange dans le plus haut lieu du catholicisme, la chapelle Sixtine.

Tout autre que ce titan emploierait de longues démonstrations pour ruiner l'argumentaire de l'homophobie catholique.

Il dirait que les prescriptions de l'Ancien Testament ne sont plus contraignantes depuis que Paul de Tarse, au nom de l'Esprit, contre la lettre, a délié les chrétiens de la circoncision et des interdits alimentaires. Il dirait que les interdits prononcés par Paul de Tarse lui-même sont eux aussi relativisés : nul ne prétendrait plus aujourd'hui que "la femme doit se taire dans les assemblées", que "les esclaves doivent servir leur maître avec respect" ou "qu'il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu" ? Il dirait encore que la sempiternelle référence aux lois de la nature suppose qu'on les connaisse indubitablement alors qu'on sait bien que, toujours pour citer Paul de Tarse, "la science disparaîtra, car partielle est notre science..." et que, s'il est vrai que l'acte sexuel "ouvre au don de la vie", rien ne prouve qu'il se limite nécessairement à cela.

Il pourrait ajouter que tous ces adeptes du célibat, qui choisissent de contrer la nature, sont mal placés pour reprocher à d'autres leurs mœurs "contre nature" et qu'ils oublient bien vite que le christianisme est par nature contre nature puisque ce qui précisément fait sa grandeur, le pardon des offenses, consiste à briser le mouvement premier de la nature.

Non, Michel-Ange, lui, dédaigne le réquisitoire. Depuis le sanctuaire qui porte ses fresques il proclame le triomphe de l'Amour, dont la plus haute manifestation est celle du don et de l'abandon du Christ en Dieu : "Que Ta volonté soit faite." […]

Si nous faisons l'effort - certain - de regarder, il nous montre aussi que, par le don et l'abandon, l'homme peut se rapprocher de cet idéal. Pour nous convaincre, dans un parcours initiatique qui retrace l'histoire du Salut depuis la création jusqu'au Jugement dernier, il concentre notre attention sur tout un peuple de jeunes gens nus pris dans cette Histoire, les ignudi et, si nous osons voir, nous découvrons que l'éphèbe qui se donne charnellement joue le rôle de modèle : en se donnant de son propre gré, se faisant, si l'on ose dire, activement passif, il devient la préfiguration la plus achevée de l'amour christique. Inversement, le Christ est l'éphèbe par excellence […]

L'homosexualité s'impose ainsi comme voie mystique et même comme la voie mystique par excellence, non par argumentation besogneuse mais comme corollaire au primat de l'Amour […]

Le message du grand homme devrait inspirer de l'humilité aux petits hommes perclus de certitudes et de haine et les aider à découvrir qu'ils sont sans doute trop catholiques et pas assez chrétiens. Leur aveuglement suscite assurément beaucoup de compassion. Qu'ils aillent donc à la Sixtine et que les ignudi leur montrent la Lumière. Puissent-ils les préserver du péché contre l'Esprit ! »

Le Monde (Extrait), Michel Masson, 16 octobre 2005

Michel Masson est professeur émérite d'hébreu à l'université Paris-III.

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Sur la sexualité des jeunes et la débauche d'érotisme de leurs magazines

Publié le par Jean-Yves Alt

Que d’encre a pu couler à propos du port du string par les jeunes filles à peine sorties de l’enfance ! Je me demande si ce thème n’est pas un bon "filon" habilement exploité par de nombreux magazines pour les jeunes. Ces revues tournent presque systématiquement à travers reportages et conseils sur leur activité sexuelle. La période des vacances d’été, fait d’ailleurs redoubler ce phénomène. À croire, que pour l’ensemble des jeunes adolescents, l’été ne peut être qu’une véritable fête dionysiaque.

Je pense pourtant que pour la grande partie d’entre eux, ces années sont marquées par la peur des pulsions qu’ils sentent monter. Je ne suis pas du tout certain qu’ils recherchent massivement la sexualité. Et les tenues standardisées qu’ils arborent (string, t-shirt découvrant le nombril, pantalon à la taille très basse), qualifiées de "sexy" par les médias, sont à mon avis une barrière face à cette sexualité naissante, presque une façon de la neutraliser. Cela paraît paradoxal que des tenues "sexy" et des comportements "aguicheurs" servent de protection. Cette dernière est assurée par le "tous ensemble" et le "tous pareils". Attitude certes clanique mais qui permet de mettre à distance des relations trop individuelles perçues comme dangereuses.

Dommage que des stéréotypes vestimentaires collectifs soient perçus par les médias comme une provocation sexuelle alors qu’ils sont sans doute utilisés pour ne pas s’exposer individuellement à la sexualité. Pour ne pas s’anéantir dans le chaos de ses propres désirs.

Je me demande pour terminer si ces tenues qualifiées de "sexy" et utilisées collectivement ne viennent pas en réaction à ces reportages : une façon pour ces jeunes de se rassurer.

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