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Articles avec #questions qui font ou non debats tag

La mort réintroduite comme un élément naturel et tragique du paysage humain

Publié le par Jean-Yves

Le pape n'est pas mort en direct, puisque nous n'avons rien vu, de son dernier souffle. Mais, pendant ces dernières semaines, nous avons pu percevoir la dégradation physique de l'homme. Nous avons pu voir, ensuite, son corps exposé à la foule, ce qui n'existe quasiment plus dans l'espace public occidental. Son agonie a même révélé un certain temps un « dégoût » devant l'étalage de ses derniers mois.


Plus généralement, quel statut ont les vieux et la mort en notre monde ? Où sont passés aujourd'hui les grands vieillards, ceux du quatrième âge ? Souvent expulsés de l'espace de nos vies, au point que nous sommes frappés de stupeur et d'angoisse quand nous visitons des lieux où ils sont cachés.


Pour notre culture hygiéniste et lisse, c’est cette image publique du pape en fin de vie qui avait, quelque chose d'obscène ; la représentation des plus âgés étant éjectée de notre univers cathodique à un tel point que nous ne discernons plus la mort comme faisant partie de la vie.


L'Occident a retrouvé, à travers la mort du pape, des représentations, des émotions très profondes, liées à l'accompagnement des mourants et à la veille des morts.


Si le refoulement culturel de la mort est, pour une part, lié à la mise à distance du religieux, c'est peut-être aussi par la figure emblématique de cet homme, que la mort fut - pour un temps - réintroduite comme un élément naturel et tragique du paysage humain.


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Qu'est-ce qui se cache derrière l'homophobie ?

Publié le par Jean-Yves

Le terme d'homophobie est couramment utilisé pour exprimer qu'ON N'AIME PAS les homosexuels.

 

Le terme PHOBIE fait référence à une crainte excessive ou à une peur instinctive. Alors pourquoi ce "raccourci" où l'on parle de peur pour des choses qu'on n'aime pas ?

 

* Soit derrière l'homophobie, se cache de la peur : Les propos homophobes ne seraient-ils pas alors le signe de cette peur. Peut-on interdire à quelqu'un de la ressentir ? En "interdisant" ces propos, la violence née de cette peur diminuera-t-elle ?

 

* Soit derrière l'homophobie, se cache seulement le signe qu'on n'aime pas les homosexuels : alors une interdiction des propos homophobes risque de n'avoir aucun effet car très peu de gens supportent qu'on leur dise ce qu'il faut aimer ou ce qu'on a tort de ne pas aimer.

 

L'intention de réprimer les propos homophobes est-elle bonne ?

 

J'espère seulement que les effets ne seront pas contraires à ce qu'on en attend.

 

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Une loi ou des droits ? Contre une loi punissant les propos homophobes par Didier Eribon

Publié le par Jean-Yves

1- Je ne suis pas un chaud partisan d'une loi réprimant l'injure homophobe et l'incitation à la discrimination.


2- Oh, certes ! je ne verserais pas de larmes si ceux qui brandissaient des pancartes ordurières devant la mairie de Bègles le 5 juin dernier étaient condamnés par un tribunal. Mais je me demande si le combat que mènent actuellement les associations gay et lesbiennes ne risque pas de s'avérer contre-productif.


3- C'est que la notion d'injure ne se laisse pas aisément définir. On ne peut pas la circonscrire aux propos les plus haineux ou les plus insultants à l'encontre des gays et des lesbiennes en tant que groupe (la question ne se pose pas quand il s'agit d'un individu, puisque dans ce cas cela tombe sous le coup de la loi existante sur l'injure publique). Ce serait une vision beaucoup trop restrictive. Car, si l'insulte fonctionne comme un mécanisme d'intériorisation (il s'agit de dire ou de rappeler à une personne ou à une catégorie de personnes qu'elles sont inférieures), il est nécessaire d'y inclure l'ensemble des discours qui ont le même objectif. Tout propos qui vise à priver les gays et les lesbiennes de droits, tout propos qui promeut ou justifie la discrimination relève donc à mes yeux de l'injure homophobe.


4- Cela signifie que relèvent de la profération injurieuse aussi bien le discours des évêques que celui des psychanalystes (c'est d'ailleurs le même), ou celui des «experts» s'alarmant du danger que les revendications homosexuelles représentent pour la «survie de la société» (formule employée récemment par une juriste), ou encore les diatribes d'un ancien Premier ministre socialiste, qui affirme s'opposer au mariage homosexuel et à l'homoparentalité pour permettre à l'humanité de se perpétuer.


5- Mais va-t-on poursuivre tous ces gens en justice? C'est impossible. Et impensable. D'une part, la liberté d'expression est une valeur fondamentale et nous aurions grand tort de contribuer à la mettre à mal. D'autre part, même si une association avait l'idée d'engager des poursuites contre les auteurs de ces propos, aucun tribunal ne les condamnerait.


6- C'est plutôt l'inverse qui se produira : quand l'homophobie constituera un délit, il sera impossible de dire de quelqu'un qu'il est homophobe, sous peine d'être poursuivi en diffamation.


7- Ainsi, dès lors qu'il y aura une loi, et que de nombreux propos discriminatoires seront placés hors de son champ d'application, le résultat sera tout simplement que se trouvera institué un vaste espace discursif ouvert à une homophobie acceptable. Une homophobie légalisée, en quelque sorte.


8- Je sais ce qu'on va m'objecter: puisque les injures racistes ou antisémites sont pénalisées, ne pas pénaliser les injures homophobes revient à les considérer comme moins graves. On me fera le crédit de ne pas avoir en tête une telle hiérarchie. Mais ces lois sont en place depuis fort longtemps. L'on peut d'ailleurs s'interroger sur leur bien-fondé, et surtout sur leur efficacité. Il est de toute façon peu probable qu'elles soient abrogées. La question n'est pas là. Mais plutôt : est-il vraiment impossible pour le mouvement gay et lesbien d'imaginer d'autres stratégies de lutte contre l'homophobie ?


9- Je veux bien admettre que quelques procès pourraient avoir une grande valeur symbolique. Mais n'est-il pas plus efficace d'exposer publiquement l'ordure homophobe ? Un exemple : Noël Mamère a reçu des centaines de lettres dans lesquelles une violence inouïe se donnait libre cours. Chaque pièce de cette production épistolaire avait pour fonction de salir, de blesser. Mais lorsque Libération a rassemblé quelques échantillons de cette prose pour la faire lire le plus largement possible, la signification en a été transformée. Cela se retournait contre les auteurs, qui apparaissaient comme de pitoyables imbéciles, ou des malades mentaux.


10- Je crois surtout que les batailles pour obtenir de nouveaux droits, que ce soit pour les couples (en union libre, en concubinage, pacsés ou qui souhaitent se marier) ou pour les célibataires (adoption, accès à la procréation médicalement assistée...), sont beaucoup plus urgentes que toutes ces mobilisations dont le but se résume finalement à empêcher tel journal d'extrême droite de publier une caricature immonde, ou tel député de répéter les horreurs qu'il avait prononcées pendant les débats sur le Pacs. D'ailleurs, si presque tous les partis politiques affirment aujourd'hui qu'il est nécessaire de légiférer contre l'homophobie, ils sont moins nombreux à se préoccuper d'accorder des droits. Ils sont tous d'accord quand il s'agit de réprimer, mais lorsque se pose la question des droits nouveaux ils se réfugient bien souvent derrière des arguments qui devraient logiquement tomber sous le coup de cette loi qu'ils nous disent vouloir voter. Sommes-nous donc obligés d'adapter nos demandes à leur conservatisme, pour ne pas trop les gêner?


Magazine, TÊTU n°93, Didier Eribon, octobre 2004



BIBLIOGRAPHIE :


■ Didier Eribon, Sur cet instant fragile... : carnets janvier-août 2004, Fayard (2004)

Le livre retrace au jour le jour le combat qui a permis le 5 juin 2004 le mariage en mairie de Bègles de deux homosexuels. Une première en France qui fût néanmoins invalidée par la suite en raison de son illégalité. Propose également une série de réflexions historiques, théoriques et politiques sur le rapport des homosexuels au mariage.

■ Didier Eribon, Michel Foucault et ses contemporains, Fayard (2005)

Une synthèse systématique des rapports que M. Foucault entretint avec les grands esprits et les principaux courants intellectuels de son temps : Dumézil, Sartre, Lacan, Barthes, Althusser, Habermas...

■ Didier Eribon, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse (avril 2003)

Dictionnaire illustré et international consacré aux cultures gays et lesbiennes contemporaines depuis la fin du XIXe siècle. Contient 570 articles et 50 dossiers thématiques.

■ Didier Eribon, Une morale du minoritaire : variations sur un thème de Jean Genet, Fayard (novembre 2001)

Essai sur l’œuvre de l'écrivain Jean Genet. Ce dernier, tout au long de ses livres, analyse ce que signifie être un minoritaire. Il inventorie les mille et une manières qu'a imaginé l'ordre social pour imprimer la honte dans le cœur des gens qui ne sont pas comme les autres, et invite paradoxalement les déviants à revendiquer ce sentiment.

■ Didier Eribon (dir.), L'infréquentable Michel Foucault : renouveaux de la pensée critique, EPEL (2001)

Une synthèse systématique des rapports que M. Foucault entretint avec les grands esprits et les principaux courants intellectuels de son temps : Dumézil, Sartre, Lacan, Barthes, Althusser, Habermas...


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Ce qui est raciste, c'est de rester indifférent à la persécution des gays jamaïcains par Peter Tatchell

Publié le par Jean-Yves

« Je me réveille le matin, ne sachant pas si aujourd'hui je vais vivre ou mourir », m'a raconté un gay Jamaïcain.


Jusqu'à il y a encore 3 ans, presque personne ne connaissait, ou ne s'occupait, de ce genre de terreur. Maintenant le monde entier est au courant des souffrances des gays jamaïcains. A la demande de ceux-ci le groupe « Outrage ! » travaillant pour les droits des gays [...] a organisé une campagne de solidarité internationale.


Elle cible huit chanteurs dont les chansons encouragent les auditeurs à abattre, à brûler, à poignarder et à noyer les gays : Beenie Man. Bounty Killer, Buju Banton Capleton, Sizzla, TOK, Elephant Man et Vybz Kartel. La semaine dernière, nous avons demandé aux organisateurs des Prix Mobo (Mobo Awards) de supprimer les nominations des deux derniers interprètes de la liste. Ces artistes ont le dort de critiquer l'homosexualité mais la parole libre n'inclut pas le droit de commettre le délit criminel d’incitation au meurtre.


Nous sommes déjà parvenus à faire annuler une douzaine de concerts. Les immenses pertes financières subies, avec la menace de poursuites judiciaires, ont forcé les producteurs jamaïcains à envisager l’abandon des paroles homophobes meurtrières. Ces succès montrent que nos tactiques étaient les bonnes.


Nous sommes maintenant accusés de racisme par une partie de la communauté noire et de la Gauche. Mais je me pose la question suivante : comment cela peut-il être raciste de soutenir les victimes noires de l’homophobie et de s'opposer à la violence homophobe dans l'industrie musicale ? Le vrai racisme n'est pas notre campagne contre la musique meurtrière, mais l'indifférence d'une majorité des gens face à la persécution des gays jamaïcains. Personne ne pourrait tolérer de tels abus contre les personnes blanches en Grande Bretagne ; c’est du racisme de les tolérer lorsque ces abus concernent des personnes noires dans un autre pays. Certains de nos détracteurs ne sont pas d'accord. Ils disent que le peuple noir est une minorité opprimée et par conséquent toute critique des aspects de la culture noire est de facto raciste. Mais depuis quand être opprimé donne-t-il le d'opprimer d'autres personnes? Ou celui d'être à l'abri des réprimandes ? Des personnes qui souffrent de l'injustice sont autorisées à contre-attaquer face à leurs persécuteurs, peu importe qui ils sont. Je refuse de tolérer le racisme dans la communauté gay.


Et pourquoi quelques personnes excusent-elles la musique noire homophobe ? Elles disent que c’est de « l'impérialisme culturel » que de protéger les droits des gays en Jamaïque. Je ne me rappelle personne qui m’ait accusé d'impérialisme culturel lorsque je soutenais la lutte d'ANC contre l'apartheid. A cette époque, nous appelions cela de la solidarité internationale. Certains défendent violemment la musique reggae contre les gays prétextant que l’homophobie «fait partie de la culture jamaïcaine ». Le racisme faisait partie de la culture des Afrikaners en Afrique du Sud de l’apartheid, mais cela ne le rendait pas juste pour autant. Avec cette logique, nous devons aussi accepter des traditions culturelles telles que les pogroms, l'excision, les lynchages et les crimes d'honneurs. Dans aucun cas, l'homophobie ne fait partie de la culture jamaïcaine authentique. Elle a été imposée au peuple de la Jamaïque au 19ème siècle par les colonisateurs britanniques et leurs alliés les missionnaires chrétiens. Rien ne prouve que les Africains amenés en Jamaïque comme esclaves étaient homophobes. Au contraire, l'homosexualité était tout à fait banale dans certaines sociétés de l'Afrique de l'Ouest d'où ils étaient originaires. Cela devenait plus ou moins accepté parmi de nombreux esclaves dans leur exil aux Caraïbes, surtout lorsque la vie familiale traditionnelle a été perturbée par le système de l'esclavage. Les préjugés et les lois contre l’homosexualité ont été imposés par les Britanniques. Pourtant, la plupart des Jamaïcains prétendent maintenant que l’homophobie fait partie de leur propre culture dérivée d'Afrique. Ils sont dans une énorme dénégation.


La conversion ultérieure au christianisme a provoqué une grande culpabilité et une haine de soi, qui est toujours présente dans l'homophobie violente de la Jamaïque moderne. Les descendants de ces esclaves prient aujourd'hui dans des églises qui les encouragent à haïr leurs frères et sœurs noirs gay - les mêmes églises qui, dans le passé, soutenaient la mise en esclavage de leurs ancêtres africains.


Comment un Jamaïcain avec un peu d'amour-propre peut-il endosser un christianisme fondamentaliste qui donnait son consentement au plus grand crime contre l'humanité de tous les temps - l'esclavage - et qui prêche aujourd'hui la division et l'ordre, montant les Jamaïcains hétérosexuels contre les gays ? La Jamaïque a gagné son indépendance en 1962, mais l'esprit du Premier Ministre P.J. Patterson reste colonisé par les valeurs homophobes de l'Empire britannique du XIXème siècle. Il est en Jamaïque le plus grand défenseur des lois anti-gays imposées par les Britanniques, qui continuent à prévoir 10 ans de travaux forcés pour les relations homosexuelles.


Mais voilà des héros de la libération noire comme Nelson Mandela et Monseigneur Desmond Tutu soutiennent la lutte pour les droits fondamentaux des gays, Tutu considérant même l'homophobie comme « en tout point aussi injuste que l'apartheid ». Hallelujah !


Peter Tatchell (OutRage !)


[tribune parue dans The Guardian le mardi 31 août 2004]


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Programme commun pour l'homosexualité, par François Devoucoux du Buysson

Publié le par Jean-Yves

Il y a quelques années, alors qu'elle venait de faire voter le PACS et de désigner un candidat ouvertement homosexuel pour mener la campagne municipale à Paris, la gauche considérait le thème de l'homosexualité comme son pré carré et n'hésitait pas à faire expulser de la Gay Pride les quelques élus de droite qui tentaient de se glisser en tête du cortège. Depuis les choses ont bien changé, comme l'a montré l'édition 2003 de la marche des fiertés.


En effet, si la gauche veille à rester en pointe sur une thématique homosexuelle qui lui permet à peu de frais de s'afficher dans le camp de la modernité et de l'émancipation, elle doit désormais tenir compte des ambitions de la droite en la matière. L'affluence croissante suscitée par la Gay Pride et l'élection de Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris ont d'autant plus stimulé l'intérêt des partis de droite pour les questions relatives à l'homosexualité que l'indifférence de la société française à l'égard du PACS leur a fait prendre conscience qu'ils étaient tombés dans un piège en menant sur cette question une opposition frontale qui n'a pas échappé à la caricature.


Aussi l'UMP s'est-elle dotée d'un dispositif attrape-gays à travers des associations comme Gay Lib, qui regroupe une poignée de libéraux homosexuels, ou On est là !, fondée par l'ex-séguiniste Jean-Luc Romero. La lecture de la profession de foi d'On est là !, rédigée par Jean-Luc Romero avec, paraît-il, le soutien de l'Elysée, décoifferait d'ailleurs sans doute bon nombre d'électeurs de l'UMP. Parmi les propositions qui sont censées "déringardiser" la droite en lui permettant d'affronter des questions de société taboues, on relève pêle-mêle la création de "salles de shoot" où serait délivrée de l'héroïne sous contrôle médical, le droit à l'adoption pour les couples homosexuels, un "cours des différences de genre et d'éducation sexuelle de la sixième à la troisième" ainsi que la légalisation de l'euthanasie.


La droite n'a donc plus rien à envier à la gauche puisque ces propositions ne sont pas tellement différentes de celles formulées par Homosexualités et Socialisme, l'association se proposant de défendre au sein du PS les revendications du mouvement homosexuel, ou par la Commission nationale gais lesbiennes bi trans qui existe chez les Verts.


Comme celle de l'environnement il y a quelques années, la question de l'homosexualité a donc cessé d'être le monopole de la gauche et alimente désormais les programmes des partis de tous bords qui se disputent âprement une sorte de label rose. Il existe désormais sur la question de l'homosexualité une sorte de programme commun aux différents partis de gouvernement.


La gauche considère les gays comme l'avant-garde des fameux bourgeois bohèmes, ces couches urbaines salariées sur lesquelles elle compte s'appuyer pour conquérir le pouvoir dans un contexte d'abstention croissante des couches populaires. Mais cet étrange calcul visant à flatter une minorité dans le but de devenir majoritaire risque fort de se retourner contre la gauche. Tout indique en effet que la droite finira par récupérer l'électorat "bobo", dont le côté bourgeois résistera mieux à l'empreinte du temps que son mode de vie bohème. La gauche se leurre en croyant que les pratiques sexuelles des individus peuvent jouer un rôle déterminant dans leur comportement électoral au même titre que la catégorie socioprofessionnelle ou le niveau des revenus. On a trop vite vu dans l'émergence des bobos l'élément clé de la victoire de la gauche aux élections municipales à Paris alors que ce phénomène est, dans la durée, de nature à favoriser le succès de la droite. Car là où la gauche croit déceler des dominés, il y a, en réalité, souvent des dominants. Sa fréquentation régulière des boîtes gays ne changera jamais rien au fait qu'un bourgeois se définit avant tout par les capitaux qu'il détient et les revenus qu'il perçoit. Un homosexuel bourgeois ressemble de plus en plus à un bourgeois homosexuel en vieillissant, et il est probable que les électeurs parisiens qui s'identifient au mouvement gay se montreront plus sensibles aux arguments politiques leur permettant de valoriser leur patrimoine immobilier et d'alléger leur fiscalité qu'à des controverses relatives à des droits qu'ils ne sont qu'une minorité à réclamer, comme le mariage ou l'adoption.


C'est sans doute ce qui explique que la droite multiplie les signes à destination des homosexuels. Ainsi les militants gays, qui n'avaient pas pu obtenir du gouvernement de Lionel Jospin le vote d'une loi antihomophobie qu'ils réclament depuis longtemps, ont eu la surprise d'obtenir partiellement gain de cause auprès du gouvernement de droite qui lui a succédé avec l'adoption par l'Assemblée nationale, le 21 janvier, d'un amendement aggravant les peines encourues pour les actes homophobes et défendu personnellement par Nicolas Sarkozy.

À cette occasion, le ministre de l'intérieur, dont on dit qu'il pourrait être le candidat de la droite face à Bertrand Delanoë en 2007, déclara devant les députés : "L'homophobie est un véritable problème. Ce n'est pas un fantasme. Elle existe et, malheureusement, elle se développe." En reprenant presque mot pour mot la rhétorique des associations gays, Nicolas Sarkozy a sans doute voulu leur indiquer qu'elles pouvaient désormais compter sur la droite pour obtenir satisfaction.


Parodiant une phrase célèbre prononcée par Guy Hocquenghem pour saluer le ralliement du président Mitterrand aux thèses du mouvement homosexuel au début des années 1980, on aurait presque envie de s'écrier : "Homosexuels, vous avez changé de patron !"


François Decouvoux du Buysson est essayiste.


Le Monde du 2 juillet 2003


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