Pierrot fin-de-siècle, Jean de Palacio
La permanence de l'image de Pierrot en art et en littérature donne lieu à une savante et savoureuse relecture de l'identité masculine : ses langueurs affectées, sa désespérance, ses mornes échecs, cette part « féminine » de Pierrot est analysée par Jean de Palacio dans son essai « Pierrot fin-de-siècle » qui s'attache aux mutations des mythes masculins.
Pareil au Dandy de l'époque décadente, Pierrot, dans son attrait blessant des miroirs, illustre le gouffre du narcissisme. Corps au sexe incertain (« ambiguïté sexuelle partagée avec le diable »), parfois même privé de sexe, ce « décapité qui fait l'amour », damné ou castré, devient – au-delà de sa fonction initiale d'amuseur – un signe irréversiblement tragique, une anomalie dans les zones troubles de l'artificiel et de « l'anti-naturel ».
Salace et impuissant à la fois, platonique et priapique, Pierrot exalte les métamorphoses masculines, l'énigme et la prison du rôle sexuel.
■ Pierrot fin-de-siècle, Jean de Palacio, Editions Séguier, 311 pages, 2003, ISBN : 978-2877360890
























