Le visiteur aux gants de soie
Marie-Hans Herder est gynécologue. Penché toute la journée sur les jambes écartelées des femmes, il sonde avec froideur leurs entrailles et écoute patiemment leurs confidences, les secrets livrés crus, sans passion ni pudeur.
Son unique assistante, Mademoiselle Jeanne, sorte de déesse tutélaire et sans âge, alimente avec une fidélité de chien de garde la flamme douce et protectrice du cabinet.
Dans cette moyenne ville de province, toujours grise et baignée d'une pluie qui semble immatérielle, il faut savoir se ménager un terrier de lumière et de vie. Mais Herder, méthodique et distant, ne semble pas remarquer la peureuse affection de la vieille fille, pas plus qu'il ne se soucie de sa solitude, de la grande maison qu'il habite, ni de son statut d'« étranger ».
Son intérêt est ailleurs.
Une fois le travail fini, le repas du soir expédié, il met ses gants, prend sa voiture, sillonne la ville endormie et l'aventure commence.
Goût pour la nuit, scènes de drague nocturne, voyeurisme mystérieux ? Un peu de tout cela, certes, flotte en lui.
Le malaise s'étend rapidement : une fillette a été assassinée, et les ragots vont bon train.
Mais c'est ailleurs que le lecteur va devoir chercher les clés, celles qui ouvriront peut-être sur un monde étrange, fragile, celui de l'errance, de la nuit et des fantasmes.
L'auteur mène son roman à la façon d'un roman policier : implacable, rigoureux, chaque chapitre entraîne dans le suivant les renseignements, la lumière et la force dramatique qui va faire rebondir l'action. Mais on sent bien que son but n'est pas là. La narration, claire et serrée, livre également les contre-renseignements, l'opacité et les culs-de-sac.
Le propos de ce livre n'est pas d'offrir les charmes palpitants d'une enquête à débroussailler, d'un pervers à épingler et d'un crime à juger, même si la narration rend cette lecture possible. Il regarde vivre un homme pour qui l'amour est impossible, et dont le cheminement pour s'en approcher au plus près est plus tortueux que pour les autres hommes. Point n'est besoin de comprendre, mais simplement de prendre cet homme tel qu'il est.
■ Le visiteur aux gants de soie, Hubert Haddad, Editions Albin Michel, 236 pages, 1988, ISBN : 978-2226031952
Du même auteur : Les effrois
























