Le nu, un délit ? par Marcela Iacub
En 1810, le Code pénal interdisait la nudité au sein de la collectivité. Élevant un « mur de la pudeur » entre espaces public et privé.
Les premières règles visant à protéger la pudeur (et concernant, notamment, la nudité) apparaissent à la fin du XVIe siècle : une ordonnance du prévôt de Paris stipule que le fait de se baigner nu dans la Seine expose à être « couru sus » et battu avec des verges sur le lieu du scandale. De même, les étuves, très répandues au Moyen Age, ont été fermées au cours du XVIe siècle. Mais ces dispositions ne concernent alors que quelques lieux et conduites spécifiques.
Une nouvelle étape est franchie en 1791 avec la loi de police du 19-22 juillet, selon laquelle (article 8) « ceux qui seraient prévenus d'avoir publiquement attenté aux mœurs par outrage à la pudeur des femmes, par actions déshonnêtes, par exposition ou vente d'images obscènes, d'avoir favorisé la débauche ou la corruption des jeunes gens de l'un ou l'autre sexe pourront être saisis sur-le-champ ». Ce qui est nouveau, c'est que cette disposition rend homogène l'ensemble de l'espace public comme étant interdit de sexualité (et de nudité).
Mais cette infraction ne prend ses allures précises et définitives qu'en 1810 dans l'article 330 du Code pénal qui punit « l'outrage public à la pudeur », délit censé offenser non pas des individus mais la collectivité dans son ensemble. Cette disposition cherche à protéger le public contre la vue de certaines scènes sexuelles. Précisons qu'à l'époque nudité et sexualité sont indissociables ; par scènes sexuelles, donc, il faut aussi entendre scènes de nus, gestes obscènes et relations sexuelles de toute sorte. L'invention de la pudeur publique date de cet acte institutionnel qui fait de la totalité de l'espace public un lieu de bannissement de l'ensemble des comportements censés exprimer la sexualité. Nudité et sexualité ne sont donc pas condamnées à proprement parler, mais distribuées dans l'espace, puisque redevables de deux régimes de visibilité opposés : l'un privé, l'autre public, séparés par ce que j'appelle le mur de la pudeur. Ce qui permet aussi, par contraste, de faire de l'espace privé un lieu où la nudité, la sexualité peuvent s'exprimer sans contrainte.
Pourtant, à partir des années 1840, les juges s'engagent dans une sorte de croisade morale et s'infiltrent de plus en plus dans l'espace « privé ». Dès lors, pour ne pas être condamné pour outrage public à la pudeur, il faut faire preuve d'une vigilance et d'un zèle sans faille : se méfier des fenêtres, du vent qui peut soulever les robes, des braguettes défaillantes, des brèches dans les murs, des portes mal fermées. Car ces passages qui font communiquer la sexualité (privée) avec l'espace public peuvent à tout moment transformer les nudités et les plaisirs intimes en un délit.
L'affaire la plus paradigmatique illustrant ce raidissement des juges fut l'objet de deux jugements par la Cour de cassation, l'un en 1858 et l'autre en 1859. Quatre jeunes hommes, après un dîner, se sont enfermés en compagnie de jeunes femmes au rez-de-chaussée d'un hôtel afin de se livrer à des « actes de libertinage ». Mais ils sont vus par d'autres qui se trouvent dans la rue et qui regardent la scène par le trou de la serrure et par les interstices des jalousies. La Cour de cassation déclare dans un premier temps qu'il y a bien outrage à la pudeur : être vu par le trou de la serrure à partir d'un lieu public comme une rue est considéré comme un acte d'exhibition volontaire de sa sexualité. Cependant, la défense parvient ensuite à établir que les témoins, pour observer la scène, ont fait tomber un morceau de papier bouchant la serrure et ont soulevé les lattes des persiennes. Les prévenus sont relaxés car les voyeurs ont fait preuve selon les juges d'une « curiosité malsaine » : pour voir ils ont transformé la disposition des lieux.
Le mot « pudeur » a disparu du Code pénal depuis 1992. C'est désormais le mot « sexe » qui organise l'ensemble des crimes et délits contre les mœurs. Il n'est plus question d'« outrage public à la pudeur » mais d'« exhibition sexuelle », délit qui décrit un comportement plus spécifique consistant à imposer à autrui une exhibition sexuelle dans un lieu accessible aux regards publics. Les peines le concernant ont été amoindries et la description des actes interdits a été restreinte. Mais, avant même ce changement législatif, la nudité n'était plus considérée comme elle l'avait été auparavant. La dernière condamnation par la Cour de cassation d'une femme en monokini remonte à 1972. Depuis les années 1930, les juges distinguent de plus en plus la nudité et la sexualité. C'est le résultat d'un combat culturel qui commença vers la fin du XIXe siècle et dont le résultat a été de faire de la nudité un signifiant relativement neutre. Autrement dit : avec la nudité, on peut exprimer autre chose que des messages de contenu sexuel.
Marcela Iacub, Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur XIXe – XXIe siècle, Fayard, 2008
in L'Histoire n°345, Dossier « Le corps mis à nu », septembre 2009, pp. 68-69
Dix jeunes garçons dorment sur une grande literie, lovés dans un léger duvet blanc. Seuls les bustes nus dépassent ; corps d'enfants fragiles, à la chevelure blonde ou brune, poings serrés, bras tendus.


Depuis que ses parents sont séparés, Davy Ross – le narrateur de sa propre histoire – vit à Boston, chez sa grand-mère adorée. A sa mort, il doit rejoindre, contre son gré, sa mère à New York qui vit dans un tout petit appartement.
D'après le roman d'Umberto Saba (1954), le réalisateur conte en images parlantes l'histoire, à la fin du XIXème siècle, d'un jeune italien à problèmes, Ernesto (Martin Halm) qui veut devenir violoniste de concert.
D'autre part, ayant essayé de conquérir sans grande envie une petite élève de son cours, le jeune homme est amoureux fou d'un jeune ouvrier – Michele Placido – qui se refuse d'abord.
« Il savait qu'on ne met pas l'amour en cage, qu'aimer c'est danser sur un fil entre les étoiles, qu'aimer c'est risquer à chaque seconde, et plus encore dans le fourmillement des Babylone où la liberté des comportements et le raffinement des apparences rendent si nombreuses et faciles les sollicitations.






















