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Le bal des soupirs, Jean-Paul Tapie

Publié le par Jean-Yves Alt

Un jeune homme solitaire et secret, Rocco Salvi Brentano, le « Prince de Venise » et Giorgio, « un très bel adolescent d'une vingtaine d'années » sont les trois principaux personnages de ce Bal des soupirs, une fête dans un palais superbe du XVIIIe siècle.

Venise vit sa dernière nuit, abandonnée par sa population à la veille de l'engloutissement dans la lagune.

La société cosmopolite vénitienne s'est réunie pour une dernière soirée mondaine avant la mort : une riche américaine, un prince pédéraste, une vieille comtesse perfide, quelques autres spécimens d'humanité décadente vivent leurs dernières passions dans une atmosphère de sensualité vénéneuse aux confins du surnaturel.

Un roman passionnant et terrible, d'une séduction efficace.

■ Le bal des soupirs, Jean-Paul Tapie, éditions La Table Ronde, 1982, ISBN : 2710300877

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Entretien avec Sandrine Bonnaire au sujet du film "Le ciel de Paris" de Michel Bena

Publié le par Jean-Yves Alt

--- Suzanne oscille entre amour et amitié...
Sa relation avec Marc (Marc Fourastier), un homosexuel, est difficile. Marc, avant de rencontrer Lucien (Paul Blain), a dû désirer d'autres hommes. En fait Suzanne et Marc s'aiment l'un l'autre, mais avec une attirance sexuelle mal définie.

--- Marc aime Lucien qui aime Suzanne qui aime Marc, quel désordre amoureux !

Au début on ne sait pas très bien qui est vraiment amoureux de qui. En fait le film (Le ciel de Paris) se résume de la manière suivante "Je sais dire je t'aime", même si ce n'est pas dit à la bonne personne, même si c'est dit maladroitement : "je ne peux pas te donner ce que tu veux". Il y a dans le film cette très belle réplique de Lucien à Suzanne, "Mais pourquoi on se voit toujours tous les trois ?", elle lui répond : "si on était deux, tu serais tout seul". J'aime bien ce trio avec tous ces courts-circuits dans leurs rapports. On est tellement dans la réalité ! Souvent on aime une personne qui est amoureuse d'une autre personne...

--- Vous avez participé à l'élaboration du scénario ?

Il y a eu plusieurs versions du scénario. Michel Bena me demandait mon avis. J'ai voulu par exemple qu'il garde les rêves de Suzanne, ses désirs de voyages. Le scénario a beaucoup évolué. [...] J'ai aussi longuement recherché avec Michel le comédien pour le rôle de Lucien. On a visité les cours de théâtre et fait de nombreux essais, mais on ne trouvait pas. Il fallait que Lucien ait une sorte de féminité, et les jeunes acteurs ont tendance, pour s'affirmer, à jouer les machos, c'est ridicule. Il fallait que Lucien soit crédible, car Marc ne pouvait pas quitter Suzanne pour un mec "nul". Le rapport homosexuel ne, devait pas être trop affiché, et leur relation ne pas se limiter à une histoire de cul. La perversité pouvait aussi être un danger.

--- Qu'est-ce qui qualifierait selon vous les trois personnages ?

L'honnêteté. Ils sont honnêtes et très entiers. Lucien, par amour pour Suzanne, n'hésite pas à quitter une maison familiale confortable pour prendre un studio. Suzanne, de son côté, accepte de cohabiter avec Marc et de le supporter tous les jours. Elle en assume les conséquences. Enfin, Marc aussi est très honnête. Il parle de ses faiblesses. Tous sont guidés par l'amour.

La force du film, c'est aussi de traiter l'homosexualité avec une grande modernité. Je ne savais pas, avant de tourner ce film, qu'il existait autant de jeunes qui vont dans ces lieux de drague où l'on cherche des contacts humains, physiques, là où l'amour s'achète, se deale, se calcule. C'est terrible, parce que pour la jeunesse, l'amour est quelque chose qui arrive, qui est donné et que l'on partage. C'est ce que le film tente de montrer.
Et pourquoi ne pas être amoureux du même sexe ? Je trouve ça bien. Marc éprouve du désir pour les hommes, et tout à coup, il s'aperçoit qu'il est amoureux d'une femme. Pour lui, il n'y a pas de sexe. C'est là que le film est particulièrement moderne. Ce n'est finalement qu'une histoire d'amour.

 --- Parlez-nous de Michel Bena.

Un homme honnête, avec un vrai regard. Avec une vraie féminité, ce qui pour moi est une forme d'honnêteté. Il avait une vraie douceur, une véritable écoute. Il pouvait raconter ses peurs, ses joies, sans craindre l'humiliation. Voilà sa force, il pouvait tout raconter, sans se dévoiler, avec beaucoup de pudeur. Il savait très bien gérer les drames. Il riait tout le temps, sans jamais se laisser aller, et il ne s'est jamais menti. [...]
--- Marc Fourastier et Paul Blain, vos deux partenaires, tournaient leur premier grand rôle.

Jouer avec des partenaires peu expérimentés, c'est comme tourner avec des enfants. On oublie de se regarder, on est plus naturel. Dans la vie Marc est architecte d'intérieur. Il est d'une grande pudeur et son rôle est très impudique. Il fallait absolument qu'il donne. Ce n'est pas évident pour quelqu'un de réservé d'avoir à dire : "Je suis pédé, et tu crois que je vais t'enculer comme ça ?" Quant à Paul, il était souvent angoissé, sa voix tremblait... mais c'était bien parce que ça donnait encore plus de fragilité et de douceur à son personnage. [...]

Propos recueillis par Gaillac-Morgue publié dans le dossier de Presse du film


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Puissance colorée par Klimt

Publié le par Jean Yves Alt

Gustav Klimt est surtout connu pour ses représentations féminines mystérieusement parées d'or.

Le peintre observait les paysages à l'aide d'un carton percé d'un trou carré.

Pour produire l'éclat et la fraîcheur de ce qu'il voyait, il réduisait sa palette comme dans ce tableau « Champ de coquelicots » en associant deux couleurs complémentaires, le rouge et le vert, avec deux couleurs primaires : le bleu des bleuets et le jaune des boutons d'or.

Ce faisant, il traduit parfaitement la puissance colorée du site qu'il a sous les yeux.

Puissance colorée par Klimt

Gustav Klimt – Champ de coquelicots – 1907

Huile sur toile, Palais du Belvédère, Vienne, Autriche

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Une histoire illisible, Claude Ollier

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux amis, plus très jeunes, plutôt silencieux, se meuvent lentement au début de cette histoire. Mais, comme pour les pigeons de la fable, l'un, Paul, qui s'ennuie toujours au logis, est absent, parti depuis on ne sait plus quand, à l'aventure, dans de lointaines contrées.

De temps en temps, il envoie à Bruno, celui qui est resté, qui s'est retiré du jeu depuis belle lurette dans sa maison d'Ile-de-Françe, une carte laconique, pour dire bonjour la mer est verte ou tout va bien.

Bruno, lui, ne joue plus ; il s'affaire calmement au jardin, vit en reclus, fait quotidiennement son petit tour et semble ne plus rien attendre. Pourtant on devine chez ce sédentaire forcené un passé d'aventurier, et les liens puissants qui le lient à son ami de toujours, pour élastiques qu'ils soient, semblent tout prêts à se resserrer.

D'ailleurs, une carte arrive : « A bientôt ». Puis Paul, grelottant sous l'hiver européen, fatigué et hilare, revient. Silence dans la maison, silence entre les deux hommes qui n'ont plus besoin de parler.

Un soir, à l'heure de l'apéritif : Les verres tintent. Ils les portent à leurs lèvres. Boivent, dans le parfum d'anis. Lentement, savourant la fraîcheur. Puis Bruno repose son verre et, sur le même ton, regarde à l'horizon – à l'horizon du mur, du laurier, du gazon : "Quand part-on ?"

Recommence alors un fantastique voyage dans le désert d'Afrique, et ce silence à deux dans la torpeur poussiéreuse et les rêches montagnes qu'escaladent laborieusement les ânes. Un vieux sorcier énigmatique fait boire à Bruno une boisson arrache-gueule, philtre magique lui ouvrant la voie d'un retour sur les événements passés. Revivre sa vie, reproduire des moments, des cas de figure, est tout aussi illusoire que raconter sa vie, qui se révèle illisible.

Restent la fable, le symbole pour témoigner de cette impossibilité.

■ Editions Flammarion, 1986, ISBN : 2080649485

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A la limite des ténèbres, Françoise d'Eaubonne

Publié le par Jean-Yves Alt

Françoise d'Eaubonne réhabilite le meurtrier, ou du moins elle replace le monstre dans des dimensions à la mesure de son mystère. Un roman qui renouvelle l'analyse du criminel sériel.

L'auteure a souvent exercé son talent de biographe sur des êtres de la dérive, ceux que la société écarte parce qu'elle ne se reconnaît pas dans leurs comportements, ceux aussi qui se choisissent au-delà de la morale et de ses codes. Christine de Suède, Madame de Staël, Verlaine, Rimbaud sont des monstres car ils s'assument en dehors des références, s'inventent un cérémonial à l'écoute d'un cri profond qui s'impose comme survie.

Dans « A la limite des ténèbres », Françoise d'Eaubonne choisit le tueur Harry Whitecliffe, un criminel compulsionnel. Avec ce meurtrier dont on ne connaît presque rien, l'auteure a préféré la fiction. C'est acte d'honnêteté. Si des recherches ont retrouvé sa trace dans l'Allemagne pré-nazie, il est impossible de remonter au-delà de la guerre de 14, de connaître même le vrai nom du héros de ce roman noir. L'énigme est d'autant plus troublante que seul le hasard d'une enquête nullement dirigée contre lui a permis à la police de découvrir le meurtrier. Peut-on imaginer qu'à ses vingt-sept assassinats aient pu s'en ajouter impunément de nombreux autres ?

Françoise d'Eaubonne tente de dégager son personnage des analyses conventionnelles, confronté à ce mystère : qu'est-ce qu'un monstre ? Qu'en est-il d'un homme qui vit comme le plus accompli des humains (n'est-il pas écrivain célèbre, éditeur chanceux, beau, séduisant ? ... ) et qui, deux ou trois fois par mois, succombe au rite funèbre du meurtre sur des femmes et des hommes avec lesquels il n'a d'autre relation que le brusque éblouissement de la mort ?

L'auteure montre qu'un tel individu échappe aux perspectives d'une psychologie classique : c'est le personnage par excellence, celui – cher à Dostoïevski – qui tremble entre ciel et abîme, celui que la tentation sauvage des forces occultes désigne, plus que le goût du bien, comme le symbole de l'étrange déchirement humain.

Françoise d'Eaubonne refuse que la seule explication donnée au crime sériel soit toujours une motivation sexuelle, une sexualité de travers, une frustration qui fait que le criminel n'est pas arrivé à faire quelque chose qu'il compense en tuant : la criminalité compulsionnelle ne peut être seulement étudiée sous l'angle freudien, par la motivation sexuelle, mais – et même si le sexe est impliqué – par des motivations d'un autre ordre, notamment mystique.

La structure de ce roman respecte le suspense : lente découverte des zones secrètes du personnage principal. C'est seulement au dernier chapitre qu'est livrée la clé de l'énigme dans une longue lettre qui révèle le premier meurtre de Harry, celui-ci lavé de toute condamnation puisque perpétré en temps de guerre, reconnu par la morale au nom de l'idéal patriotique.

Ce corps à corps du dernier sursaut, dans la solitude de la tranchée, quand le meurtrier reçoit le regard de la jeune victime, s'enracine dans le lointain passé des pulsions primitives. Harry connaît alors une joie intense. Il parlera de bonheur. Il dira dans sa confession que ce bonheur à l'état pur fut semblable au bonheur de « l'oxygène qui vivifie les poumons », semblable à celui de « l'eau claire par jour torride ». Semblable encore à la joie de l'allaitement, joie que connaît la femme de « donner la vie en nourrissant de sa substance le sang de l'autre ». Lui, en tuant, il donne « le lait noir de la mort ».

La plus grande partie du livre est la narration de la vie émergée de Harry. Car tout est grand dans cette vie : son amitié pour Ralph, Mary, Lipton, son amour pour Wally, la complicité avec Birgit, sa réussite d'éditeur.

La force de ce roman est d'avoir laissé filtrer les ombres dans d'imprévisibles fissures. Harry est profondément sympathique jusqu'à sa bisexualité chaleureuse même si l'apologie de l'androgynat est davantage une conception chère à l'auteure.

A partir d'un fait divers réel, Françoise d'Eaubonne a créé un beau roman aux dimensions de son héros. Loin des analyses réductrices d'une criminologie freudienne, elle retrouve la fascination rituelle de la mort : le meurtre comme mystique.

■ Editions Encre, 1983, ISBN : 2864181401


Quatrième de couverture : « Je suis un assassin. Plus qu'un assassin : un démon, un animal féroce, un être qui ne tire sa vie que du sang des autres, comme, les vampires... »

« J'ai tué vingt-sept personnes, pour la plupart des femmes ; toujours dam les ténèbres, à la tombée de la nuit. Et quelques jeunes garçons, comme ce pauvre Karlchen. Je les avais attirés dans les lieux où d'ordinaire, se nouent les amours de passage. Les corps se livrent pour un peu d'argent nécessaire, dans les quartiers miséreux des grandes villes : ce sont ces mêmes endroits où se célébrait mon rite. Ils m'ont appelé, faute de mieux "le tueur des hôtels borgnes". J'ai donné un faux nom : Lovach Blume. Mais celui d'Harry Whitecliffe n'est pas plus réel. Mon véritable nom, qu'importe ? »

C'est ainsi que s'exprime le héros maudit d'un des plus incroyables faits divers des annales du crime.

Il aurait d'abord vécu dans l'Angleterre sophistiquée des Années Folles, fréquenté les milieux littéraires et artistiques avec succès. Il s'installe ensuite dans l'Allemagne pré-hitlérienne où sévit une criminalité hallucinante, tandis qu'il exerce le métier d'éditeur de poésie…

Françoise d'Eaubonne s'est attachée à peindre la tragédie intime de ce personnage schizophrénique, l'évolution entre génie et démence des forces sombres du désordre mental. Il finira par épuiser sa propre violence et devenir, amèrement le spectateur de son délire.


Du même auteur : Une femme nommée Castor - L'Amazone sombre : vie d'Antoinette Lix - Louise Michel, la Canaque

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