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Impressionnisme et naissance du cinématographe

Publié le par Jean-Yves Alt

L’impressionnisme comme le cinéma ont reproduit des scènes de famille, se sont passionnés pour la vie urbaine et le monde industriel, explorant les méandres des villes en plein essor, s’émerveillant devant les locomotives à vapeur.

Un tableau : la gare parisienne Saint Lazare (1877) avec sa verrière et la fumée de ses trains. C'est une peinture de Claude Monet.

Une photographie : L'arrivée d'un train en gare de Perrache à Lyon (1896). Le plan est fixe, le cadre soigneusement composé, les frères Lumière signent un de leurs premiers films.

Même cadre, même action, le mouvement en moins. La coïncidence est troublante.

Les frères Lumière ont-ils vu l'œuvre picturale avant de tourner ? Rien ne permet de l’affirmer.

Une seule certitude : ils ont été initiés à la peinture. À l’aube du XXe siècle, le cinéma naît quand l’impressionnisme est déjà une référence.

La similitude du thème est frappante.

Mais l’analogie va plus loin, dans les choix de cadre, les effets de lumière... Une étape nécessaire avant que le 7e art ne s’affranchisse du plan fixe et que les cinéastes ne s’intéressent à la fiction.

Illustrations : Claude Monet, La gare Saint Lazare, 1877 - Frères Lumière, Arrivée en gare de Perrache à Lyon, 1896

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Réédition par les éditions GKC des romans de Max des Vignons : Fredi…

Publié le par Jean-Yves Alt

La série des Fredi en trois volumes est une étude sincère et consciencieuse de l’inversion sexuelle. Dans Fredi à l'école, c’est le début de l’inversion, sa marche lente et indécise, l’état particulier du jeune inverti, sa mentalité complexe, puis la manifestation des premiers rapprochements ; Fredi s'amuse. Fredi est sorti de l’école ; il est étudiant, il vit libre. Les femmes le recherchent, mais il sort de leurs mains absolument désenchanté et retourne à sa satisfaction réelle ; Fredi en ménage. Dans ce tome dernier, c’est le complet épanouissement de l’inversion. Fredi rêve de se créer un foyer, de posséder un ménage, mais, bien entendu, hors la loi naturelle.

« Un roman d’apprentissage assez troublant, miroir au masculin de la série à succès des Claudine de Colette/Willy. On y retrouve les thèmes vivifiants et modernes de l’insatisfaction et du triolisme. » L’éditeur

« Le style est abominable, les dessins croquignolesques, sans parler de l’idéologie Bref, un monument de kitsch assez singulier pour l’époque. » Jacques Desse, Catalogue Archives gaies, 2005

Chaque volume est illustré par le « maître » Smit (y compris les quatre hors-textes)

Max des Vignons - coffret des 3 romans "Fredi s'amuse, à l'école, en ménage" -  1930

Max des Vignons - coffret des 3 romans "Fredi s'amuse, à l'école, en ménage" - 1930

Chaque volume d’une centaine de pages illustrées 13 € Franco de port

L’ensemble des 3 volumes sous coffret illustré : 39 € Franco de port

Chèque à l’ordre de GKC. À envoyer à Patrick Cardon, 5 rue du Pavillon, 34000 Montpellier

Ou Librairies Les Mots à la Bouche et Violette & Co

Catalogue sur http://gaykitschcamp.blogspot.fr

Livres d'occasion : http://www.priceminister.com/boutique/gaykitsch

Actualités : https://www.facebook.com/groups/gaykitschcamp/

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Contre ceux qui demandent à l'État d'être toujours plus répressif sans vouloir réfléchir à leurs propres responsabilités

Publié le par Jean-Yves Alt

Il suffit de regarder la télévision, de lire les rubriques "société" des journaux, pour comprendre que les normes de notre société  changent : celles qui concernent les valeurs, nos habitudes quotidiennes, nos intuitions morales et qui nous conduisent pourtant à faire des choix. Le discours politique s’est emparé de ces questions de mœurs (homophobie, sexisme, tabagisme, alcoolisme, violences conjugales, insémination, filiation, adoption, euthanasie, obésité, etc.) : elles sont devenues de véritables affaires d’État.

Aujourd’hui, les citoyens exigent non pas plus de liberté, mais plus d’autorité. Ils craignent la perte des valeurs, ils se veulent vigilants sur les évolutions de la société. La crainte domine tout, l’espérance semble avoir disparu. La question essentielle n’est plus : « Que faut-il permettre ? » mais « Que faut-il interdire ? » Face aux nombreuses incertitudes de l’évolution des normes, ils réclament des lois, toujours plus de lois, le primat de l’autorité de l’État. Et, pas n’importe lesquelles : des lois avec toute la dureté du droit pénal pour que la société manifeste ses réprobations générales. Le nouveau rôle assigné à la justice est alors de bien séparer les victimes et les coupables, en demandant toujours plus de répression. En parcourant la rubrique "société française" des informations, on pourrait presque croire qu’il est moins dangereux d’aller en Irak que dans une école française ou chez son coiffeur.

Je suis attaché au respect de l’Etat de droit. Mais je suis aussi persuadé que l’arbitraire de l’État est un véritable danger. Je n’apprécie pas du tout que les autorités politiques prennent le droit d’envahir l’espace privé, c’est-à-dire ce qu’on pense en conscience et ce qu’on fait avec soi-même. Attention, je ne revendique pas le droit de faire n’importe quoi. Je souhaite par contre pouvoir discuter des critères qui fondent le partage entre le permis et l’interdit.

Ainsi, par exemple, je pense que le droit d’avoir des enfants ne doit pas rentrer dans un modèle familial particulier. Donc oui, aux enfants pour les couples homosexuels, oui pour les couples stériles parce qu’ils sont trop vieux... Les règles, (je ne suis aucunement contre les règles), devraient encadrer plutôt la responsabilité de chacun : concernant l’exemple précédent, je rendrais responsable des parents qui auraient décidé de faire naître un enfant dont ils savaient à l’avance qu'il aurait une vie de souffrances. Je rendrais responsable de l’obésité d'un enfant non pas le fabriquant de bonbons - comme on a pu le voir récemment - mais les parents qui n’ont pas su être vigilants... Un changement total de paradigme.


Lire aussi sur ce blog : Le code pénal comme nouveau catéchisme

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L'étoile rose, Dominique Fernandez

Publié le par Jean-Yves Alt

L'étoile rose, c'est d'abord la confession d'un homosexuel de quarante ans, David, longtemps professeur en province, à Alain, vingt ans plus jeune, l'ami qui remplit sa vie.

David confie à Alain ses interrogations, sa conscience malheureuse d'être homosexuel dans les années cinquante, ses difficultés à se vivre et à vivre simplement. Alain, son ami, lui, est né des révoltes de Mai 68.

« Les larmes de découragement, je les ai versées à ta place (...) Je suis ton propre passé. »

Ce passé ! Oppression intériorisée, solitude, détresse à la sortie de la guerre lorsqu'il constate que «l'auréole du martyre entourait les juifs rescapés». L'enseignement, la province, solitude du désir non vécu, la connaissance de M. Baïon,

«on le supportait à cause des armoiries gravées sur son papier (...) mais regarde Pasolini, le poète mort, on a recouvert de boue son cadavre, tout en excusant l'assassin».

Dominique Fernandez s'attaque aussi à la psychanalyse, celle bovine du docteur Zwang, mais aussi celle qui compréhensive extérieurement, n'en est pas moins normative :

«Vous aimez les femmes naturellement David... mais vous n'êtes pas assez dégagé de votre enfance pour accepter de les aimer.»

Et puis, c'est la rencontre, les rencontres, le monde de la nuit s'ouvre ENFIN. Donald, le gay américain, et Alain si différent dans sa façon de vivre.

Dominique Fernandez dénonce également le caractère normalisateur de la langue : grammaire, vocabulaire intériorisant les codes sociaux. Les gardiens du temple sont aussi les gardiens du dictionnaire.

«Je songeais (...) à tout ce qui aurait été différent dans ma vie, si. à dix-huit ans. j'avais pris conscience que j'étais gay, au lieu d’un paria.»

■ L'étoile rose, Dominique Fernandez, Éditions : Grasset, 1978, ISBN : 2246006651

ou ■ L'étoile rose, Dominique Fernandez, Éditions LGF - Livre de Poche, 1980, ISBN : 2253026271


Du même auteur : L'amour - Signor Giovanni - Jérémie ! Jérémie ! - La gloire du paria - L’étoile rose - Eisenstein - L'école du Sud - Dans la main de l'ange - Porfirio et Constance - Porporino, les mystères de Naples

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Au bonheur des hermaphrodites par Marcela Iacub

Publié le par Jean-Yves Alt

S'il est une minorité opprimée dont le sort s'est amélioré au cours de l'histoire occidentale, c'est bien celle des hermaphrodites. Depuis plus de deux siècles, le droit les traite sans violence ostentatoire : on s'efforce de les ranger dans le groupe des hommes et des femmes selon le sexe jugé «prédominant» qu'ils présentent; on rectifie les inscriptions initiales données à l'état civil au cas où le développement corporel montre une prédominance différente ; mais il ne vient à l'esprit de personne de les tenir pour coupables de l'usage qu'ils pourraient faire de leurs organes sexuels doubles. Tout autre était la situation dans l'ancien droit, où ils ont été victimes d'une violence institutionnelle débridée.

Au Moyen Âge, l'ambivalence de leurs organes sexuels était considérée comme un outrage à Dieu : qualifiés de «suppôts de Satan», ils étaient enterrés vivants. Au XVIe siècle, le droit et la médecine les affranchirent de ce sort, mais leur situation n'en restait pas moins difficile. Examinés par des médecins et des sages-femmes afin de déterminer leur sexe prédominant, ils étaient déclarés mâles ou femelles ; à égalité de sexe, on les laissait choisir. Mais, dans tous les cas, ils devaient s'interdire l'utilisation de l'autre sexe, car ils commettraient, ce faisant, le crime de sodomie, qui pouvait les conduire au bûcher. Néanmoins, ces classifications étant loin d'être stables et claires, certains se trouvèrent de nouveau en faute malgré eux, bien que celle-ci ne fût plus objective et physique, mais morale et personnelle.

Ce fut le cas d'un hermaphrodite qui naquit à Grenoble en 1732 et que l'on classa à sa naissance comme femme, le baptisant Anne Granjean. Vers quatorze ans, Anne se sent attirée par les femmes et développe les «attributs de la virilité». Son confesseur, se fondant sur son orientation sexuelle, la contraint alors à s'habiller en garçon et à se comporter comme tel. Jean-Baptiste, comme il s'appelle désormais, devient artisan et se marie. Mais une certaine Mlle Legrand, qui avait eu une relation passagère avec lui pendant sa transformation identitaire, raconte à la mariée, par jalousie, le véritable état de son époux. Celle-ci en fait part à son confesseur qui lui ordonne de cesser immédiatement tout rapport marital. On informe le substitut du procureur général, Anne Granjean est jetée en prison dans un cachot solitaire, car on ne pouvait la mettre ni avec les hommes ni avec les femmes. L'expertise ordonnée par le tribunal trancha, décidant qu'il s'agissait bel et bien d'un hermaphrodite femelle. Elle fut condamnée à trois jours de carcan avec un écriteau au cou portant la mention «profanateur du sacrement du mariage», avant d'être fouettée et bannie à perpétuité. Son avocat lui-même dut reconnaître le crime mais plaida la bonne foi. La pauvre Granjean fut obligée par un confesseur à devenir mâle et par un autre à devenir femelle. Innocentée par un arrêt de 1765, on lui ordonna de reprendre ses habits de femme avec défense de « hanter » son ex-épouse ou les autres personnes de son sexe.

Même si ces tristes histoires appartiennent à un passé révolu, le classement juridique en deux sexes s'est bel et bien perpétué, et continue à poser pas mal de problèmes à beaucoup de monde : aux couples homosexuels qui souhaitent se marier et avoir des enfants, mais aussi à ceux qui se sentent d'un autre sexe que celui sous lequel ils sont inscrits ou qui n'ont pas le sentiment d'entrer de manière stable dans aucune des deux classes. Certains voudraient que ce classement ne soit pas un arbitraire juridique hérité d'une lourde histoire, mais une sage condition permettant la survie psychique de l'humanité.

Certes, le droit français autorise désormais à avoir recours à une intervention chirurgicale pour changer de sexe, après expertise psychiatrique, et à obtenir ainsi des droits égaux à ceux des personnes nées dans ce sexe. Ainsi, non seulement une transsexuelle «femme devenue homme» pourra se marier, mais le couple pourra demander une procréation médicalement assistée (PMA). Néanmoins, un seul mouvement politique se révolte, pour la première fois peut-être dans l'histoire, contre la division juridique des sexes elle-même, arguant que les difficultés pratiques que suscite le fait de n'avoir pas l'apparence conforme à son état civil incitent manifestement à passer par la table d'opération. Il s'agit des transgenres. Certains d'entre eux s'habillent la moitié de la journée en homme et l'autre en femme, ou bien transforment seulement une partie de leur corps afin de devenir sexuellement non repérables. Ils demandent l'abolition de l'inscription du sexe dans l'état civil, revendication que le Parti socialiste espagnol a d'ailleurs faite sienne il y a quelques années. Non pas pour qu'il n'y ait plus de sexes, mais au contraire pour qu'ils puissent se multiplier librement. Lawrence Durrell a écrit qu'il y avait cinq sexes en Alexandrie. Peut-être un jour en comptera-t-on bien plus en France, peut-être bien moins, mais on ne se mettra cependant pas en tête d'en faire autant de catégories juridiques. Ce jour-là, on se rendra compte enfin qu'on a brûlé des hermaphrodites pendant des siècles pour rien de véritablement intéressant.

Libération, Marcela Iacub, 24 février 2004 

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