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Bloody Mary, Jean Vautrin

Publié le par Jean-Yves Alt

Jean-Yves Grandvallet a dix-huit ans. Militaire appelé, il subit, impassible, les brimades du sergent Reig Maxence et assiste au matraquage en règle de son copain Loiseau par le gradé sadique. Loiseau se révolte et en meurt.

Mais Reig Maxence, dans les marges d'un rôle de compensation où il réalise son idéal de virilité exacerbée, aime trop les hommes : son repos du guerrier est de se faire sucer et d'enfiler ceux-là qu'il brutalise.

Il a un grand faible pour Grandvallet qu'il daigne sortir du rang. Grandvallet ferme sa gueule mais jure de se venger à l'issue d'une comédie où il fait croire au sergent (quelque peu midinette dans le civil) qu'il est amoureux de lui et de sa belle queue de mec.

C'est le début d'une escalade de l'horreur et du crime…

D'une écriture violente et tendre qui prend en compte le parler populaire et regorge de trouvailles pittoresques, Jean Vautrin raconte les paumés, les ouvriers, les braves filles un peu putes, leurs rêves et leurs démons. Il dénonce aussi (sans jamais juger, par le seul jeu du récit et l'accélération des images) le fascisme ordinaire, le racisme et les conséquences de l'exclusion.

HLM, bistrots, égouts, parkings, caves de béton... le monde de Vautrin est sinistre mais irradié par son talent qui rend mythique et drôle tout à la fois un univers trop souvent rapidement stéréotypé. C'est fort et chaleureux. C'est juste.

Militaires et policiers n'ont pas le beau rôle. Les humbles ne sont pas à l'abri de l'humour. Le cœur de l'écrivain balance vers les victimes d'une société qui prône la réussite, l'argent et la puissance et propose à ceux qu'elle repousse le miroir aux alouettes d'un bonheur qui ne rend même pas heureux les nantis qui s'épuisent à en poursuivre les mirages.

■ Bloody Mary, Jean Vautrin, éditions Le Livre de Poche, 1987, ISBN : 2253029254

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La guerre des pédés, Copi

Publié le par Jean-Yves Alt

De la nostalgie, Copi n'en a rien à faire… dans ce roman écrit entre délire et folie : La guerre des pédés. Et pourtant, quel happy end !

Un « Roméo et Julio » cosmique, une envolée sidérale vers le bonheur sexuel total. Conceïçao do Mundo (Conception du monde) est un magnifique androgyne de quatorze ans : pas n'importe quoi de flou et d'inachevé mais un hermaphrodite prestigieux, festival de chair diversement perfectionné. L'homme et la femme s'y incarnent majestueusement : cul vertigineux, bite luxueuse et... comble de raffinement, sexe de femme inédit.

Pour parvenir à ses fins, ce Roméo de l'an 2000 vaincra tous les Capulet et les Montaigu (en l'occurrence les ligues militantes homosexuelles et les cohortes sud-américaines de travestis). Guerre monstrueuse, apocalyptique : l'hécatombe !

Mais... la nostalgie ? La frénésie sexuelle, jamais lassée, quand elle exprime le désir immense d'être possédé et de s'engloutir tout à la fois, ressemble fort à la quête du Graal.

La guerre des pédés est un roman très moral qui, au-delà des gros mots, hurle la solitude, démasque l'imposture machiste et ose filer le doux chant de la fragilité masculine.

■ La guerre des pédés, Copi, Editions Albin Michel, 1982, ISBN : 2226014187


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Sur les pas de Ripley, Patricia Highsmith

Publié le par Jean-Yves Alt

Tom Ripley est le héros de Patricia Highsmith, comme Arsène Lupin est celui de Maurice Leblanc.

Tom Ripley habite à Villeperce près de Fontainebleau avec sa femme Héloïse ; il aime la musique – il joue du clavecin – et la peinture – même lorsqu'elle est fausse et qu'il est un des seuls à le savoir.

L'histoire commence avec l'apparition d'un jeune homme, à la fois séduisant et mystérieux, qui vient demander son aide à Ripley. Ce jeune Américain vit sous une fausse identité mais Tom Ripley ne tarde pas à découvrir qu'il est le fils d'un richissime homme d'affaires, mort de façon étrange quelques semaines auparavant. Frank Pierson qui est le vrai nom de cet adolescent avoue à Tom Ripley le meurtre de son père. Dit-il la vérité ?

Toujours est-il que Tom Ripley s'attache à lui et va s'efforcer de l'aider en le cachant, lui fournissant un faux passeport. Il l'accompagne à Berlin pour échapper aux recherches qu'a entreprises sa famille, aidée d'un détective. Mais à Berlin, un événement inattendu se produit : on enlève Frank Pierson et Tom Ripley se lance à sa recherche.

Je ne vais pas conter toute l'histoire. J'ajoute seulement que cette amitié qui se noue entre les deux garçons ne manque pas d'une certaine séduction ambiguë. Tom Ripley, qui lit Christopher Isherwood et William Somerset Maugham, fréquente les bars homosexuels de Berlin dans lesquels Frank a beaucoup de succès.

Une foule de petits détails autorise le lecteur attentif à discerner dans cette relation une dimension amoureuse secrète mais forte. Cela constitue un charme supplémentaire de cette histoire policière racontée avec beaucoup de talent.

■ Sur les pas de Ripley, Patricia Highsmith, éditions Calmann-Lévy, Collection Pérennes, 2004, ISBN : 2702134432


Du même auteur : Catastrophes - Carol (Les eaux dérobées)

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Les tambours du Vendredi Saint, Maurice Périsset

Publié le par Jean-Yves Alt

« La femme tourna un bref instant la tête et Jardet saisit son regard, c'était le regard d'un être épouvanté. » (p.15)

On le serait à moins car Marie Burzet, l'infirmière qui joue le rôle de la Vierge lors de la procession du Vendredi Saint, sait qu'un crime est commis ce jour-là depuis quatre ans !

Le commissaire Jardet et son fils Raphaël, en vacances à Vars-les-Thermes, une petite ville de cure de quatre mille cinq cents habitants, assistent à sa mort en direct : Marie est tuée d'une balle en plein coeur, tirée à bout portant au milieu de la foule...

Reprenant l'affaire que la gendarmerie n'a pu résoudre, Jardet s'aperçoit que Vars-les-Thermes cache de bien lourds secrets : la découverte de la vérité se fera au prix d'un retour douloureux des personnages sur le passé.

Jardet constate aussi que si l'homosexualité produit parfois ses drames, comme tout amour, la dissimulation seule en aggrave les conséquences.

« La conspiration du silence, adjudant, vous connaissez ? Sébastien était mineur [...], Vilars tout autant que Karsen avait tout intérêt à se taire. Sauvegarder leur réputation, n'est-ce pas ? Et nous, on n'a pas voulu jouer les mouchards ! Marie était la première à dire qu'il fallait la boucler. Je comprends mieux maintenant sa position ! Après tout, vous n'aviez qu'à faire votre métier ! [...] Et puis, il n'est pas né, n'est-ce pas, celui qui fera de vrais ennuis à Karsen. Les plus hautes personnalités du département avaient table ouverte chez lui il n'y a pas si longtemps... Je n'affirme pas qu'en haut lieu on a tout fait pour étouffer l'affaire, mais c'est tout comme. » (p.214)

Maurice Périsset s'affirme une fois encore, avec ce roman comme l'un des maîtres du polar psychologique : un peintre caustique des lâchetés provinciales.

■ Les tambours du Vendredi Saint, Maurice Périsset, éditions du Rocher «Dossiers du Quai des Orfèvres», 1991, ISBN : 2268011690


Du même auteur : Les collines nues - Deux trous rouges au côté droit - Le ciel s'est habillé de deuil - Soleil d'enfer - Laissez les filles au vestiaire - Corps interdits - Les noces de haine - Avec vue sur la mort - Les grappes sauvages - Gibier de passage

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Lien de parenté, un film de Willy Rameau (1985)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le vieil homme et l'enfant dans un scénario original

Un bon vieux paysan, Victor Blaise (Jean Marais, inattendu et parfaitement bougon), sous le poids de ses soixante-douze ans et sa barbe fleurie, ne s'en laisse pas compter par les autochtones du sud de la France, des beaufs racistes si l'on en croit les résultats des élections législatives.

Le Loup solitaire s'accommode aisément de son train de vie, ses exigences sont toutes spirituelles et écologiques. Seul, un télégramme va déranger sa quiétude, il doit prendre en charge son petit-fils, Clément (Serge Ubrette), depuis longtemps installé à Londres, une âme urbaine élevée dans les faubourgs agités de la capitale. Clément est un sang mêlé, né du fils de Victor et d'une chanteuse jamaïcaine disparue quand Clément avait quatre ans.

Une nature ce garçon, bougeant comme un danseur de smurf, il ne mâche pas ses mots pour exprimer ses mécontentements ou ses désirs.

Après la surprise et la consternation, c'est le désir qui, justement, alimente la deuxième partie du film.

Désir Charnel du voisin allemand homosexuel qui aimerait bien en faire son fils adoptif ; désir sensuel des jeunes filles en fleur qui aimeraient bien se faire culbuter par cet étalon des îles ; désir d'approche et de compréhension du vieux loup qui va apprivoiser l'oiseau.

Malgré quelques baisses de rythmes, le réalisateur Willy Rameau a visé juste. Une version inattendue de Vendredi et Robinson Crusoé.

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