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Les brésiliennes du bois de Boulogne, un film de Robert Thomas (1984)

Publié le par Jean-Yves Alt

Une parodie de la vie de ces belles de nuit, bien à l'image de son auteur, Robert Thomas, qui se veut être un amuseur.

Les mésaventures d'un jeune Brésilien, José (Michel Godin), élève danseur, débarquant à Paris pour y rejoindre son frère Antonio (Rebecca Potok), devenu Antonia, travesti vivant de ses charmes la nuit, qui par peur de lui avouer la vérité, le fuit.

Au hasard de rencontres, ce séduisant et naïf José retrouve inopinément Antonia, au Bois-de-Boulogne. Le mystère dévoilé, il décide de le tirer de cette mauvaise passe et de tout tenter pour gagner les deux billets d'avion du retour à Rio.

Enclin à connaître le Paris by night, José, pour s'en sortir, plonge lui aussi dans cette faune, le conduisant d'un cabaret sordide ou il se produit en travesti à des soirées très spéciales chez Madame Solange.

Déçu de ses expériences, José livre des spiritueux en attendant de décrocher le contrat fatidique lui permettant de retrouver le droit chemin.

Cette histoire très simpliste est d'une monstruosité rare. Ce film ne repose que sur le sordide, la dénonciation et le voyeurisme le plus abject. Le plus regrettable est la participation de véritables transsexuels, au mieux de leurs formes, se prostituant devant la caméra lubrique…

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Je, William Beckford de Bernard Sichère (1984)

Publié le par Jean-Yves Alt

Il aura vécu pour la beauté, celle des visages et celle des arts. Il aura sillonné L'Europe pour connaître et aimer les êtres les plus exceptionnels. Sa vie est un roman sensuel et flamboyant. Son nom : William Beckford.

Bernard Sichère lui a écrit son autobiographie fictive.

Fils du Lord-Maire de Londres, qui meurt alors qu'il n'a que neuf ans, William Beckford se retrouve à la tête d'une immense fortune, issue de plantations à la Jamaïque. Il vit à Splendens, le manoir de Fonthill, avec sa mère pour laquelle il éprouve un amour passionné.

« Je savais qu'elle n'appartenait pas à l'humanité commune et, puisque j'étais son fils, je n'y appartenais pas davantage. »

Beau, riche, adulé, William Beckford prend très tôt conscience de sa singularité. Sa vive passion pour les livres, sa fiévreuse imagination, son penchant pour la rêverie l'écartent plus encore du commun des mortels et le transportent dans un monde féerique, placé sous le signe d'un Orient mystérieux et voluptueux.

Sa première passion a la beauté et la sensualité du loup. Il est ébloui par Andrew et envie ce jeune faune, libre dans les bois alentour. Mais quand les hommes le prendront et l'émasculeront, William connaîtra sa première peine, un malheur intime qui le poursuivra sa vie durant.

Chez Lord Courtenay, il tombe amoureux de William, dont la beauté fragile le touche infiniment. L'enfant a onze ans et Beckford dix-sept. Il confie ses émois à ses deux seuls amis : Alexandre Cozens, son professeur de dessin qui lui donne le goût des sciences occultes, et Louisa, la jeune épouse de son cousin, dont il partage la soif de liberté.

Beckford entreprend un gigantesque tour d'Europe qui occupera sa vie entière. Il goûte la liberté des mœurs à Vienne, la « beauté partout répandue comme une grâce » de Venise dont Lucchino est le plus vibrant exemple.

« L'enfance est terrible qui ne connaît pas son pouvoir, qui nous charme sans le chercher, et dont l'amour entier nous submerge. »

La passion de l'enfant et de l'adolescent atteint de tels sommets que William doit quitter, à son cœur défendant, la cité lacustre dont il croyait avoir fait la conquête.

« Venise n'est pas, comme on peut le croire, le lieu de toutes les libertés, c'est aussi la cité des espions et des délateurs. Osez aimer contre les normes, et vous verrez cette liberté fondre comme neige au soleil pendant qu'on vous montrera du doigt et qu'on vous fermera les portes. »

De retour à Londres pour fêter sa majorité, il retrouve sa mère et Louisa qui n'a cessé de lui écrire.

« Terrible et adorable » Louisa protège les retrouvailles des deux William, dont la passion n'a pas été entamée, pendant que l'on cherche une épouse pour le plus beau parti d'Angleterre. Mais le bonheur est de courte durée. Marié avec Lady Margaret, « l'épouse la plus douce, la plus attentive » (elle mourra en couches après lui avoir donné son second enfant), Beckford est entraîné dans un guet-apens ourdi par ses ennemis avec la complicité du jeune William. Livré à la vindicte publique, il doit quitter l'Angleterre et s'installe au Portugal. Là, il folâtre en compagnie des jolis héritiers des plus grandes familles. Gregorio Franchi, un jeune et charmant claveciniste, fuit le séminaire pour rejoindre William, le retrouve à Madrid et ne le quitte plus. Revenu en Angleterre, il s'attachera aux pas de William, tel un « sphinx docile à mes désirs et qui se glisse en secret dans mes rêves, sans mot dire. »

A Paris, au moment de la prise de la Bastille, Beckford est fasciné par deux jumeaux adolescents, Georges et Louise, sublimement beaux et mystérieux, qui meurent décapités en raison de leur fidélité au roi. Tout au long de ce périple, William Beckford rencontre Marat, qui le fait acclamer par la foule, Cambacérès, Talleyrand, Bonaparte. Grand amateur de peinture et de musique, il est l'ami de Turner et de Pacchierotti, un castrat à la voix miraculeuse.

Au soir de sa vie de retour en Angleterre où les envieux et les bigots lui prêtent la sinistre industrie de Gilles de Rais, il voit son univers s'évanouir en même temps que ses revenus s'effondrent et qu'il doit vendre Splendens et ses trésors :

« J'appartenais à jamais à un monde où le luxe est souverain et ne voulais rien savoir de celui, sans gloire, qui venait et qui pour moi n'était pas habitable. »

Un être fascinant dont tous furent amoureux, hommes, femmes et enfants, dont l'emblème de toute son existence pourrait être :

« Merveilleux continent de l'enfance dont je me trouve le prince et le conquérant sans avoir rien fait pour mériter un tel honneur : est-ce parce que je suis demeuré fidèle à ma propre enfance, reniant les sots et vains principes du monde adulte, qu'ils me recherchent avec une telle passion ? »

■ Je, William Beckford de Bernard Sichère, éditions Denoël, 1984, ISBN : 2207230570


Lire aussi : Eblis ou l'Enfer de William Beckford par Marc Chadourne

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Le héros effarouché, Edmund White

Publié le par Jean-Yves Alt

Il est encore un enfant et il fait l'amour comme un dieu. Gabriel brûle son adolescence. Le roman d'Edmund White est un récit hallucinant, une épopée érotico-fantastique, la peinture d'un monde imaginaire...

Gabriel quitte les terres ancestrales et découvre la ville sous la tendre tutelle de son oncle Matéo. Des libertins fatigués l'initient aux rites de la vie mondaine. Mathilda, vieille égérie, domine le cérémonial des salons. Sous la chair neuve de Gabriel, elle s'abandonne à une ultime passion. Edwige, actrice amante de Matéo, subjugue l'adolescent.

Daniel, fils adultérin de Mathilda l'entraîne dans les bas-fonds de la ville. Monde décadent : les grands prêtres se précipitent sur le jeune garçon. Dernier soleil, ils dévorent sa chair, affamés de cette sexualité sans failles.

Au-delà des grilles où se consument les fêtes de la puissance et de l'argent, nourries d'un passé de luxe aristocratique, le peuple prépare la rébellion.

A l'issue de son adolescence de feu et le rapide apprentissage des réalités sociales et amoureuses, Gabriel échoue aux rives de son tout premier amour, Angelica, amour sauvage, aujourd'hui le signe d'un choix adulte : Gabriel prend la tête des rebelles. Une enfance meurt, une autre vie commence. Edwige, symbole de l'ambiguïté et des mirages, est assassinée.

Dans Le héros effarouché, Edmund White aborde le grand roman d'aventure et renoue avec la tradition classique de l'éducation sentimentale.

Il y a du Julien Sorel chez ce Gabriel, et le monde caustique, sublime et terrifiant de Proust n'est pas loin. Ces échos littéraires exaltent la lecture même si les intrigues et les passions s'inscrivent dans un lieu et un temps imaginaires.

Chaque personnage est conduit à l'extrême de son destin. La magie de l'écriture est produite par les superbes enchaînements des séquences qui n'obéissent pas à la chronologie des faits mais se créent à l'intérieur de l'événement psychologique intime. C'est aussi la ronde prisonnière de personnages imaginaires certes, mais crevant de vérité, prototypes subtils et affinés du grand jeu social.

Au-dessus de la mêlée, l'ange Gabriel poursuit sa route solitaire, sauvé du passé, ouvert à l'avenir. Il aime de son corps l'inaltérable puissance sexuelle. Il apprend trop vite que l'homme invente l'amour et que les paradis du plaisir posent une alternative insoluble.

■ Le héros effarouché, Edmund White, éditions Albin Michel, traduit de l'anglais par Marc Cholodenko, 1986, ISBN : 2226027076


Du même auteur : La tendresse sur la peau - Un jeune Américain - L'écharde (nouvelles avec Adam Mars-Jones) - Nocturnes pour le Roi de Naples - Oublier Eléna

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Ceci est mon sang, Jean-Baptiste Niel

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est l'histoire de Jésus, aujourd'hui, parmi nous. Un Jésus sans nom : le voyageur, l'étranger, l'ami, l'autre.

Ce personnage sillonne la France, hippie paisible ou anonyme errant, hôte de la dernière chance, celui qu'on aime, qu'on désire parce que son silence est le sésame-ouvre-toi de notre plus intime confession.

Cet homme entre dans les maisons, partage les repas, les siestes, les lits. Cet homme qui rencontre des homosexuels, des bisexuels, des célibataires, des hommes mariés a le don de révéler à chacun d'eux la vérité de sa jouissance homosexuelle :

« Ceci est ton corps », dit-il à celui qu'il caresse jusqu'à ce qu'il découvre sa plus profonde volupté, une fougue du désir remonte, délivrée enfin, du début des temps.

Ce sont bien sûr les apôtres que croise et aime Jésus. Les circonstances de leur rencontre sont redonnées dans de lents flash-back tout au long d'un grand repas (la Cène) dans un théâtre de la mémoire.

« Jude, Simon, André, James... Douze, cette nuit, autour de moi. Douze comme un rempart à la périphérie de mes angoisses, à mes velléités de renoncement. Qu'ils parlent, respirent, se nourrissent, s'interpellent, ne comptent ni le temps ni la salive : leur agitation m'est précieuse, leur nombre, comme du reste leurs brusques pauses silencieuses et quasi gênées, où je crois percevoir qu'ils espèrent toujours connaître à un moment ou à un autre du repas les raisons profondes de cette assemblée. Ils profitent ; mais s'étonnent. Devrais-je me lever et leur suggérer que c'est là après tout l'exacte définition de vivre ? » (pp.135-136)

Une vérité va être dite à tous ces hommes qui un à un ont fait l'amour avec Jésus. Le secret, la conclusion de cette parabole c'est - il faut lire entre les lignes - ce sang contaminé qu'Iscario (Judas Iscariote) a inoculé à Jésus lors d'une brûlante nuit d'amour.

C'est dire la force, le courage de ce livre exceptionnel qui suggère la maladie et décrit dans un style éblouissant les aventures sexuelles de Jésus, ce qui fait justement le mystère des amours masculines.

Une histoire de chair, une histoire d'ici et maintenant emportée par le souffle de la légende. C'est violent et tendre, courageux et nostalgique, c'est un roman rare et scandaleux.

■ Ceci est mon sang, Jean-Baptiste Niel, Editions Julliard, 1992, ISBN : 2260009603


Du même auteur : Ludion d'alcool

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L’arc-en-ciel : journal 1981-1984, Julien Green

Publié le par Jean-Yves Alt

Réfugié dans l'appartement de la rue Vaneau, entre ses livres et ses disques, le fidèle Éric et les amis qui passent, ce vieillard passionné s'émeut, encore et toujours, pour la vie.

Incorrigible rêveur, incorrigible enfant, Julien Green était un être déraciné de la mère protestante au jeune homme fervent catholique, de la famille américaine chérissant son pays, la Virginie, à l'enfant parisien.

Cette situation, particulière mais en somme banale, l'écrivain la contournait et s'en jouait : sa spécificité était ailleurs. Les nombreux romans, l'œuvre autobiographique surtout, ont cherché à comprendre le tendre jeune homme qu'il fut. Avec cet émerveillement mêlé d'appréhension quand, tout jeune homme débarqué au sud des États-Unis, ce Sud inconnu, berceau de sa famille, il découvrait enfin la splendeur de son pays.

Le frêle parisien qui n'en était pas un, sorti malingre de la Grande Guerre, allait se nourrir pour jamais d'un suc magique et inoubliable : le trouble de la beauté, la soif éperdue d'aimer. Si, malgré une vie somme toute tumultueuse, Julien Green a su trouver dans sa ferveur religieuse le seul amour capable de répondre au sien, il n'en reste pas moins que l'amoureux est toujours là, au sein même des pages de ce Journal.

Il n'y a qu'un amour, et la langue claire et sobre de l'écrivain se gorge d'une tendresse immense. Tendresse empreinte de pitié pour l'opprimé, pour celui qui souffre en prison, pour celui qui défend en y laissant la vie, sa liberté, son idéal.

Julien Green note tout ce qui, en ces trois ans d'histoire du monde, le scandalise et le révulse. L'Iran, les Malouines, la Pologne... Il note souvent sans commentaire et la limpidité du compte rendu fait frémir. Détaché, apolitique, il prend éternellement parti pour l'homme, imitant de Montaigne la sagesse.

Parfois, la plume s'enfle un peu : « En Irlande, catholiques et protestants rivalisent de cruauté. Le récit des supplices qu'ils inventent est à rendre malade. Les parents invités à reconnaître leur fils s'évanouissent ou vomissent. La peau du visage retournée de manière à en faire un bonnet sur le crâne, exemple entre dix. C'est la méthode protestante. Les catholiques utilisent sur le corps de leurs prisonniers la perceuse tournant au ralenti. Le diable est de tous les côtés, c'est la seule explication possible. »

L'homme à l'écoute du monde passe souvent la porte de l'appartement, et encore une fois opère des retours aux sources, avec pour prédilection l'Allemagne : « C'est un peu le délicieux Berlin de ma jeunesse avec les coups bas de la tentation, mais non plus pour moi heureusement. La beauté partout. Je la vois et ne peux qu'admirer, c'est tout, l'âme est ailleurs »... et bien sûr la lumière d'or, à nulle autre pareille, de l'Italie.

À Bologne, il se prend à rêver, à faire des projets : « Et si je déménageais, si je m'installais ici ? » Il arpente les rues, les palais, les musées, et comme un personnage de Forster se détourne douloureusement des Bacchus trop beaux, trop nus ; tourments émoussés mais toujours présents. Une fois de retour chez lui, le travailleur, le méditatif reprend le dessus. La foi conditionne le travail, les visites. On le voit peiner avec fièvre et bonheur sur le Saint François qu'il prépare. On reste éberlué devant ce dévoreur de livres, l'esprit toujours en éveil, sachant enregistrer autant que trier, faire des volumes épars sur la table de travail son miel comme une abeille dans sa ruche. Et si l'écriture le fascine, la musique, qu'il se refuse à analyser, l'enthousiasme.

Journal d'écrivain, ce Journal de Green l'est au plus haut point, et par bien des aspects : analyse précise d'un être profondément individualiste, passionné par lui-même, par son âme plus encore que par ses états d'âme, moins langue de vipère que Gide, irritant parfois dans ses pudibonderies, exaltant dans sa rigueur et ses élans, curieux et concerné.

Contre la guerre, quelle qu'elle soit, contre la peine de mort, contre toute forme d'intolérance, ne lui échappent ni les « années Mitterrand », ni le problème de la drogue, ni ce « mal horrible » jamais nommé, toujours périphrastique : le sida. Et comme protégé du mal derrière les remparts des livres et des souvenirs, il donne au lecteur une leçon de bonheur, de calme et, d'une certaine façon, de joie de vivre.

■ L’arc-en-ciel : journal 1981-1984, Julien Green, Éditions du Seuil, 1988, ISBN : 2020100819


Du même auteur : L'autre sommeil - Histoires de vertige - Moïra - Epaves - Frère François - L'expatrié (journal : 1984-1990) - Villes - Journal de voyage 1920-1984

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