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Burning secret (Brûlant secret), un film d'Andrew Birkin (1988)

Publié le par Jean-Yves Alt

Andrew Birkin, (le frère de l'actrice), signe avec ce long métrage, une adaptation intelligente et sensible de la nouvelle de Zweig, Brûlant secret (1).

Le cinéaste ne s'est pas contenté de restituer servilement le cadre et l'intrigue du manuscrit original. L'époque déjà est un peu décalée : l’action se situait quelques années avant la Première Guerre mondiale dans le livre. Birkin la transporte quelques années plus tard, au sortir de cette même guerre, en 1919. En outre, alors que Zweig raconte son histoire à travers les yeux du baron séducteur, Birkin a préféré la montrer à travers ceux de l'enfant séduit et déçu. Ce changement de perspective donne au film toute sa personnalité et son trouble, sans trahir Stefan Zweig sur le fond.

Le jeune Edmund, fils d'un diplomate américain et d'une américaine d'origine autrichienne, est asthmatique. Tandis que le père reste à Vienne, la mère et le garçon se rendent dans un palace alpin proche d'un sanatorium, pour une cure hivernale. Pour Edmund, ce lieu magnifique est fort ennuyeux. Aussi, malgré sa très bonne éducation, se laisse-t-il aborder par un riche aristocrate autrichien dont les principaux atouts pour séduire l'enfant sont une luxueuse automobile, des histoires de guerre à n'en plus finir – dont le narrateur est le héros intrépide – et l'attitude plus amicale que paternelle qu'il adopte vis-à-vis du garçon. Celui-ci est très vite séduit, ne jurant plus que par son nouvel ami le baron Alexander interprété par Klaus-Maria Brandauer.

Mais le baron ne considère l'enfant que comme le moyen le plus sûr d'arriver à séduire Sonya, la mère (Faye Dunaway). « Qui prend l'enfant par la main prend la mère par les sentiments », et Sonya se laisse séduire pour des jeux moins innocents. Edmund devient jaloux de l'importance que prend sa mère dans les journées du baron, il se rend compte peu à peu que celui-ci s'est servi de lui pour pouvoir approcher sa véritable proie, pour conquérir une mère que lui, Edmund, n'imagine qu'immaculée.

Le coup de poignard dans le coeur de l'enfant est planté lorsqu'il découvre la réalité physique de cette conquête amoureuse, lorsqu'il surprend Alexander et Sonya dans de tendres ébats.

Il y a dans la réaction d'Edmund quelque chose qui ressemble fort à la déception amoureuse : il est doublement trompé, par son seul amour féminin du moment (sa mère), et par l'étranger qui avait su si bien le séduire.

Son humiliation est double, elle aussi : Edmund se perçoit un peu, en l'absence de son père, comme le gardien de sa mère, et l'adultère rejaillit sur lui à travers l'honneur de son père bafoué ; mais au-delà, il ressent l'humiliation d'avoir été joué parce qu'il ne connaissait pas les règles du jeu du monde des adultes.

En ce sens, Burning secret est un film initiatique, la révélation douloureuse du passage d'un monde à un autre, du code de l'enfance à celui de la société régie par les adultes. Dans ce code-ci, Edmund découvrira aussi l'usage du sous-entendu, voire du non-dit hypocrite, de la chose tue.

David Eberts campe un admirable Edmund. Cet enfant exprime de façon magique cette faculté qu'ont souvent les enfants de modifier un rien à leur visage pour donner une multitude de sentiments et d'émotions.

A noter, le magnifique passage où Alexander lit à Edmund la symbolique poésie de Goethe, Le roi des Aulnes ; ou celui où Alexander apprend à Edmund à nager dans la piscine du sanatorium, ou celui où Sonya, dans les bras d'Alexander, a l'intuition que son fils est en danger et court comme une folle jusqu'à sa chambre pour le découvrir effectivement secoué par une violente crise d'asthme.


(1) Brûlant secret, Stefan Zweig, éditions Le Livre De Poche, 2002, ISBN : 2253153532

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