Peinture de guerre : le grand tableau antifasciste
Le Grand Tableau antifasciste, acte collectif d'opposition, réponse à la morale infligée par les gouvernements, les églises et les bien-pensants, est aujourd'hui le témoin historique d'une époque marquée par la contestation.
Ce tableau fut dévoilé pour la première fois à Milan, en 1961, lors de l'exposition « L'anti-procès » : manifestation et exposition internationales itinérantes regroupant une soixantaine d’artistes de tendances diverses, prenant position contre la guerre d’Algérie et contre la torture.
Saisi la même année par les autorités italiennes, qui voyaient en lui « un attentat à la religion de l'État, une offense au décor et au prestige de sa seigneurie Jean XXIII », le tableau a croupi au fond d'une cave de la préfecture de police de la ville de Milan.

Les peintres (1) devant leur œuvre en 1961
Rendu à ses auteurs en 1985, montrée en France à Beaubourg, la pièce monumentale est actuellement visible au Musée d'Art Moderne de Strasbourg.

Peinture collective – Le Grand Tableau antifasciste collectif – 1960
Huile sur toile, 500cm x 400cm, Musée d'Art Moderne de Strasbourg (en dépôt au)
Vu dans sa globalité, le tableau a tout d'une immense pizza froide. Son intérêt plastique est secondaire, si l'on ose la comparaison avec le Guernica de Picasso, autre œuvre contestataire. Mais, en y regardant de plus près, l'œil attentif découvrira dans cet épais magma, naguère sulfureux, les traces du pacte qui unit les militaires (ogres insatiables) aux dignitaires du Vatican.
Dans cette œuvre chaotique, où les coups de pinceau sont autant de jets de sperme sur la face du monde, l'armée et l'Église violent les libertés à coups de trique moralisatrice.
Sur la toile, les sexes sont tendus, les vagins soumis. La « Patrie » se branle pendant que le peuple algérien subit le joug du colonialisme à la française. Bras de fer ou bras d'honneur, Le Grand Tableau antifasciste dénonce bien des injustices.
À voir, rien que pour ça.
(1) Jean-Jacques Lebel, Enrico Bai, Erro, Roberto Crippa, Gianni Dova et Antonio Recalcati.























