Reine Pokou, Véronique Tadjo
Véronique Tadjo avait dix ans quand on lui conta, pour la première fois, la légende d'Abraha Pokou, reine Baoulé. Ou comment Pokou, pour sauver les siens alors qu'ils fuyaient devant leurs ennemis, jeta son fils unique dans les eaux furieuses d'un fleuve qui leur barrait la route. Les dieux, sensibles à cette inestimable offrande, ouvrirent les eaux devant les fugitifs. « Baou-li », prononça Pokou : « L'enfant est mort. ».
Sa sentence devint le nom de son peuple, les Baoulé. Avec une douloureuse obstination l'auteur, qui a grandi en Côte d'Ivoire et vit en Afrique du Sud, revient sur le meurtre du petit prince. On peut y voir une tentative, sciemment désespérée, de trouver une réponse à la question de la mort des innocents, de tout temps innombrables, sur le continent noir et au-delà. Chacun d'eux est unique. Chacun d'eux est un prince. Chacun d'eux devrait subsister dans la mémoire des hommes.
Véronique Tadjo multiplie les variantes autour de la trame légendaire. Pokou a plusieurs visages. Elle est sublime ou assoiffée de pouvoir, soumise aux dieux ou révoltée, souveraine ou esclave.
De cette méditation est né un texte bref et dense. Il est à l'image des histoires les plus anciennes, roulées comme des galets, génération après génération, par les flots de l'histoire humaine, jusqu'à devenir ces pierres lisses, à la fois douces et dures, et qui font rêver.
Biographie de l'auteur : Véronique Tadjo vit actuellement en Afrique du Sud. Elle a écrit plusieurs romans et recueils de poèmes et consacré une partie importante de son œuvre à la jeunesse. Chez Actes Sud, elle a publié L'Ombre d'Imana (2000, et Babel n°677).
Reine Pokou, Véronique Tadjo, Actes Sud, mars 2005, ISBN : 2742753974























