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Être quelque chose ? Réflexions autour des tests psychologiques

Publié le par Jean-Yves Alt

Pourquoi donc, toute l’année, multitude de magazines nous inondent-ils de tests psychologiques en tout genre ? Pourquoi tant de gens éprouvent-ils du plaisir à répondre à des questionnaires sur leurs goûts, leurs habitudes, leurs fantasmes ? Pourquoi nous-même, malgré nos dénégations, nous retrouvons-nous à mettre des petites croix dans des cases ? Pourquoi nous précipitons-nous sur les résultats, à la page suivante ?

En réalité, la frénésie du test psychologique ne date pas d'aujourd'hui. Certains se souviennent peut-être de la caractérologie de René Le Senne (Traité de caractérologie, Editions PUF, 1945), qui se demandait si nous étions «primaires» ou «secondaires». Les historiens, eux, trouveraient, dans les traditions les plus anciennes, une multitude de signes du désir permanent des hommes d'être identifiés une bonne fois pour toutes, rangés dans des cases.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Derrière la curiosité du « Qui suis-je? », il y a toujours le désir du : «Je voudrais bien être quelque chose.» Entendez bien : «quelque chose», précisément... Et non pas «quelqu'un» ! Car «quelqu'un» ne peut jamais être emprisonné dans des qualificatifs définitifs. « Quelqu'un » n'est pas patient ou coléreux en soi et définitivement. «Quelqu'un» a toujours la liberté de se changer, d'aller à contre-courant et contre-nature.

Mais voilà qui est fatigant ! Aussi préférons-nous considérer que «nous sommes quelque chose». Nous aimons dire, par exemple, que nous sommes «un étourdi», ce qui permet de ne jamais faire attention à quoi que ce soit et de se justifier en disant : «Mais vous savez bien que je suis un étourdi!»

Tous les tests psychologiques, plus ou moins sérieux, plus ou moins fatalistes, avec des relents plus ou moins eugénistes, participent de cette même paresse de l'homme : chercher, comme disait Sartre, à s'enfermer dans une essence pour ne pas avoir besoin de s'inventer une existence.

Et si nous profitions d’un peu de notre temps libre pour nous imaginer différents ? Pour ne pas chercher désespérément ce que nous sommes, mais nous demander comment nous pourrions être plus libres, plus solidaires, plus à la hauteur de ce que notre monde attend des hommes.

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